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Tunisie - Les raisons d'un revirement dans le traitement avec Ansar Al Chariâa

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Tunisie - Les raisons d'un revirement dans le traitement avec Ansar Al Chariâa

Pour la première fois depuis le début des incidents terroristes en Tunisie, le chef du gouvernement, Ali Laârayedh, parle de liens d’Ansar Al Chariaâ avec le terrorisme. Pourtant, que ce soit pour Rouhia, Bir Ali Ben Khelifa ou Fériana, et malgré le fait que les éléments impliqués aient toujours eu des profils jihadistes rigoristes, proches de la mouvance d’Ansar Chariaâ, il n’a jamais été question d’accusation directe conte ledit groupe. Y aurait-il donc du nouveau à ce propos pour que le chef actuel du gouvernement sorte de sa réserve habituelle ?

Les observateurs ont régulièrement constaté que les autorités ont toujours évité d’établir un lien organique entre Ansar Chariaâ et le réseau terroriste d’Al Qaïda du Maghreb islamique (AQMI). Cette réserve était la devise jusqu’au point de presse du 6 mai à la présidence du gouvernement lorsque le porte-parole du ministère de l’Intérieur avait parlé des 37 arrestations en liaison avec la Katiba Okba Ibn Nafaâ à Jebel Chaâmbi, suite aux explosions des mines terrestres.
Le ton a changé lors du week-end des 11 et 12 mai. Des tentes de prédication ont été interdites en usant de bombes lacrymogènes. Le ministère de l’Intérieur a haussé le ton à l’adresse des salafistes.
Et si le ministère de l’Intérieur a durci le ton contre les salafistes, la raison ne saurait se résumer au changement à sa tête avec l’avènement de Lotfi Ben Jeddou à la place d’Ali Laârayedh. Le second étant l’actuel chef du gouvernement et ayant toujours la ‘haute main’ sur la politique à mener en matière de sécurité. Ce seraient plutôt les dernières découvertes concernant les liaisons dangereuses d’Ansar Chariaâ avec Al Qaïda du Maghreb islamique et leurs desseins pour la Tunisie qui auraient changé la donne.

Le conditionnel est imposé par le flou avec lequel Ali Laârayedh a entouré cet attribut, ‘terroriste’, nouvellement utilisé par le chef du gouvernement, contre les salafistes rigoristes. Ceux-là mêmes qui ‘annoncent une nouvelle culture’ et ‘rappellent sa jeunesse au leader du mouvement islamiste d’Ennahdha, Rached Ghannouchi’, pas plus tard qu’en mars dernier.
Pour comprendre le changement du discours officiel, il est utile de revenir sur la manière avec laquelle les propos d’Ali Laârayedh ont évolué. En décembre 2012, et à une question portant sur les liens présumés entre Ansar Chariaâ et la ‘Katiba Okba Ibn Nafaâ’ que l’AQMI tentait d’installer en Tunisie, le ministre de l’Intérieur d’alors avait répondu : ‘l’AQMI recrute parmi les sympathisants d’Ansar Chariaâ. C’est sûr ! Mais, nous n’avons pas encore établi de liens entre les deux structures. Nous ne saurons donner une réponse ferme à cette question’.

Depuis décembre, et selon les déclarations des ministères de l’Intérieur et de la Défense, ‘il y a eu une quarantaine d’arrestations en rapport avec cette Katiba, qui sont toutes dans la mouvance proche d’Ansar Chariaâ’. Mais, jusqu’à la toute dernière conférence de presse citée plus haut, malgré le soutien présumé de cette mouvance aux maquisards de Kasserine, leur vénération du ‘Cheikh martyr Oussama Ben Laden’ et le fait que leur leader, Seifallah Ben Hassine, alias Abou Iyadh, soit un ancien lieutenant du chef d’Al Qaïda, les deux ministères n’ont jamais déclaré de lien organique entre l’AQMI et Ansar Chariaâ.
Plus encore, leurs tentes de prédication n’ont jamais été perturbées, malgré leurs discours violents et leurs prêches incendiaires, ce qui a poussé l’opposition à accuser régulièrement le gouvernement de la Troïka, notamment Ennahdha, de connivence avec les salafistes jihadistes.
Donc, face à ce durcissement dans les discours et les actes du gouvernement contre Ansar Chariaâ, et faute d’une communication gouvernementale transparente sur la question, on ne peut que présenter les analyses d’observateurs.

Pour l’islamologue, Néji Jaloul, il y a deux raisons derrière ce revirement. D’une part, Ennahdha ne peut plus se cacher la vérité évidente du lien organique entre Ansar Chariaâ et l’AQMI. ‘Ils prêchent les mêmes objectifs. Les sympathisants d’Ansar Chariaâ ont manifesté à Kasserine en soutien aux maquisards. L’aide logistique est assurée par ces mêmes sympathisants. Le lien organique est évident sur le terrain, comme au Mali et en Syrie’, a-t-il souligné. ‘Le trouble-fête, servant à mater l’opposition, pourrait devenir dangereux pour ceux qui l’ont entretenu’, a ajouté l’historien, parlant du rapport trouble entre Ennahdha et les salafistes jihadistes.
D’autre part, le mouvement Ennahdha commence à ressentir l’usure de la sympathie populaire dont il a bénéficié lors des élections du 23 octobre 2011 et pas uniquement à cause de ses défaillances socioéconomiques. La recrudescence violences perpétrées par des salafistes rigoristes commence à déranger, en raison, surtout, de leur aspect violent qui porte atteinte au visage de la Tunisie.
‘Les retours des investisseurs et des touristes ne pourraient se réaliser sans le retour du calme. Il fallait impérativement rétablir la confiance dans le site Tunisie’, n’ont cessé de réclamer les hommes d’affaires et les institutions internationales de notation et de crédits, a martelé Néji Jaloul.

De telles raisons seraient à l’origine du revirement des autorités par rapport aux salafistes. Il n’empêche que, pour le commun des citoyens, cette action anti-salafiste jihadiste a été classée à l’actif du nouveau ministre de l’Intérieur, l’indépendant Lotfi Ben Jeddou, qui s’est éloigné de ‘la complaisance de son prédécesseur, Ali Laârayedh, en matière de lutte contre les groupes extrémistes.

Mounir Ben Mahmoud

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Commentaires

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hédi
| 22-05-2013 15:48
Il faut savoir que les mouvements du genre frères musulmans (Nahda par ex) sont téléguidés par le qatar alors que les mouvements salafistes toutes tendences confondues (wahabites ou autres) sont gérés par l'arabie saoudite ; le tout orchestré par le duo CIA / Mossad. Dernièrement, lors de la visiste du secrétaire d'état Kerry, les américains ont demandé au qatar de se retirer du dossier syrien et de laisser la main aux seuls saoudiens !

antiréligions
| 22-05-2013 14:56
BN merci d'avoir zappé mon commentaire pourtant il y a rien de déroge a la règle surtout s'était une simple pensée qui est la mienne ou j'ai donné peut être les bonnes raisons du revirement du gouvernement vis a vis des salafistes et j'ai comparé ( ganouchi ) de Hassen Assabah fondateur des hachachines et les salafistes tunisiens de hachachines

veritas.
| 22-05-2013 12:02
....on peut pas plaire...
....ils vont se trouver face....
Merci.

veritas.
| 22-05-2013 11:43
Ennakba a trop fait le malin par soucie d'avoir toute les tendances des khwanjias a ses côtés mais oublie qu'on peut plaire a tout le monde par ce même jeux malhonnête ennakba va se trouver seule face au mur et par la même occasion elle va signer sa mort et l'explosion de tout les partis islamistes qui va se trouver face a la grogne d'un peuple qu'on a abusé de lui et qui ne fera plus jamais confiance a eux.

Karim
| 22-05-2013 11:40
29 avril: Alger convoque Ali Larayedh le ton est ferme et ne laisse aucun doute: "ça fait 12 mois qu'on vous envoie des infos sur les camps jonchés tout au long de nos frontières. Vous n'avez rien fait. Soit vous nettoyez votre merde ou bien on le fera pour vous". C'est l'unique explication.

aboughanoucha
| 22-05-2013 10:52
Pourr dire que les pseudo responsables savaient tout depuis le début mais , par malhonneteté, ils ont joué la carte perdante , contre la volonté de la majorité des tunisiens. Ce n est pas par méconnaissance mais par calcul malhonnete envers le pays et les tunisiens avec.

Khaled
| 22-05-2013 09:57
La relation entre ennahdha et ansaar ch est ombilicale, leur projet commun est l,application catastrophique de la chariaa , ennahdha au pouvoir se la joue en douceur :constitution minée par l,islam, l,augmentation des prix de l,alcool,l,infiltration de l,administration tunisienne et les services sécuritaires par des éléments islamistes etc...
Tous ce qu'on vit comme événements médiatiques n,est qu,une mise en scène pour faire passer des projets financiers très dangereux pour le pays a leur tête les crédits du FMI conditionnés :suppression des subventions des matières premièresl,appauvrissement de la classe moyenne,augmentation des impôts, prolongation de l,âge de depart à la retraite,destruction des entreprises nationales en les offrant à bas prix pour les firmes internationales c,est le SACCAGE D,UN PAYS organisé.
Dans toute cette agitation le citoyen tunisien ( el3ayyech) ne sait plus où se donner la tête et ne pense plus qu'à sa sécurité et celle de sa famille, et on lui fait subir toutes les expériences comme un cobaye qui devient passif sans résistance.
La religion et l,ignorance forment la meilleur recette pour dominer et soumettre les peuples.

Abdel
| 22-05-2013 06:09
Le revirement du gouvernement est certainement lie' a la visite qui sera rendue par Ghannouchi aux USA . D'ailleurs depuis l'annonce de cette visite , tous les responsables du gouvernement ne parlent que de l'application de la Loi , que personne n'est au dessus de la Loi etc etc ... . C'est une preparation du language a tenir avec les
Americains afin d'eviter leurs mecontentements . Une fois la visite terminee c'est autre chose !!

khammous
| 21-05-2013 23:43
Entre Ghannouchi et Abou Yadh il se passe pratiquement le même scénario que entre Bourguiba et Ben Youssef . BY impatient d'arriver à son objectif : l'indépendance ( en réalité le pouvoir ) se dressait contre BOURGUIBA..On avait bien connu la guerre civile pour çà en 1955....

GHANNOUCHI AVAIT BIEN ESSAYE DE FAIRE PATIENTER SON DAUPHIN ABY DANS SA FAMEUSE VIDEO LE TEMPS QU'IL CONCOCTE UN DESTOUR AVEC LA CHARIAA
ABY s'est rendu compte que l'affaire du destour est perdue. Il a donc rompu toute entente avec son maître RG et est passé à l'action

Résultat probable : Ce sont les hauts fonctionnaires de la police et de l'armée qui ont aujourd'hui la réalité du pouvoir avec la bénédiction de la population dont le premier réflexe reste toujours la sécurité et l'Ordre....Un réflexe qui peut entraîner la restauration de la dictature si le peuple fait preuve de nativité comme il l'a démontré au 23 oct 2011

Tunisien
| 21-05-2013 21:25
Lotfi Ben Jeddou sinon il menaçait de démissionner , ce n'est pas un succès des islamistes .

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