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Tunisie - L'homme qui en dit trop, Ayoub Massoudi fait des confidences fracassantes

Tunisie - L'homme qui en dit trop, Ayoub Massoudi fait des confidences fracassantes

L’affaire d’Ayoub Massoudi, qui passe devant le tribunal militaire de Tunis suite à la plainte déposée par le général Rachid Ammar, semble s’estomper et perdre du terrain face à la multitude d’évènements marquant la scène sociopolitique en Tunisie. Pourtant, on ne peut dissocier ce dossier des autres faits, puisque tout semble lié et le tout remonte à la même source, à savoir : le gouvernement, la transition démocratique et la révolution.
Rappelons qu’Ayoub Massoudi risque aujourd’hui entre 3 mois et 3 ans de prison pour « atteinte au moral de l’armée et diffusion de fausses nouvelles à travers les médias » pour avoir soulevé une interrogation sur les raisons ayant incité Rachid Ammar à ne pas informer le président de la République de l’extradition de Baghdadi Mahmoudi.


Ce ne fut qu’une déclaration entre autres portant aussi sur le gouvernement et son rendement. Ayoub Massoudi a, également, pris position dans certaines manifestations au centre du pays, où des jeunes furent arrêtés pour des revendications sociales. On se demande alors si la plainte a été déposée uniquement pour atteinte au moral de l’armée – si atteinte il y a – ou alors parce qu’Ayoub Massoudi, contrairement aux simples citoyens qui critiquent aujourd’hui la situation, est un ancien homme du palais qui risque de trop en dire ? Un démissionnaire qui ne cesse de faire du bruit et qu’il fallait faire taire ? Le punir d’être passé dans le camp de l’opposition ?

Nous avons eu un entretien avec Ayoub Massoudi qui est revenu à la chronologie des faits avant de nous livrer quelques détails de ce qui se passe derrière le rideau et sa propre lecture de la situation.
« Le 24 juin Rachid Ammar et Abdelkrim Zebidi, ministre de la Défense, ont accompagné le président de la République au désert tunisien. Partis à 8h du matin, ils ne sont revenus que vers 17h30. Le même jour vers 10h20 du matin, « par coïncidence », Baghdadi fut extradé vers la Libye.
L’objectif de la mission était l’inauguration de l’école militaire « Pasteur » à Borj El Khadhra et la visite de quelques sites militaires. ». Ayoub Massoudi précise : « On nous a dit de ne pas passer l’information sur ce déplacement pour des raisons sécuritaires » et il ajoute, par rapport à la date de la planification de la mission « il est vraiment rare qu’il y ait une planification à l’avance des activités présidentielles. »

Dans son témoignage, Rachid Ammar avoue avoir été au courant de la décision de l’extradition de Baghdadi, mais qu’il ne s’était pas senti dans l’obligation d’en informer le président et que c’était au gouvernement de le faire. Rappelons ici que Moncef Marzouki est le chef suprême des forces de l’armée et donc, le chef hiérarchique de Rachid Ammar. M. Massoudi ne tardera pas à souligner d’ailleurs que « le président étant le chef suprême des forces de l’armée, on ne peut extrader une personne - d’autant que cette extradition est en rapport avec un pays dont nos frontières sont communes tout en mettant dans une mauvaise posture l’Algérie qui héberge des membres de la famille Kadhafi – sans que le chef de l’Etat n’en soit au courant. »

Ayoub Massoudi nous rappelle aussi que de son côté, Hamadi Jebali avait déclaré à l’ANC qu’il s’était réuni avec les officiers supérieurs de l’armée qui ont estimé l’extradition de Baghdadi comme étant moins coûteuse que de le garder.
Dans ce cadre, Ayoub Massoudi relève : « On vit dans un pays où un général est au fait de choses, mais pas le président, c’est le contraire qui devrait avoir lieu normalement… »
Le président est manipulé et isolé, mes déclarations ont, entre autres, mis le doigt là-dessus. J’irais jusqu’à dire qu’il existe déjà une guerre « par procuration » entre responsables politiques ». »


L’affaire Baghdadi Mahmoudi semble n’être que la partie visible d’un iceberg que l’opinion publique ne connaît pas. En effet, Ayoub Massoudi nous apprend que concernant la nomination des gouverneurs, par exemple, le parti Ennahdha a procédé seul, sans consulter ses alliés. La longue liste de ces gouverneurs, reçue au palais et transmise par Imed Daïmi au président, a suscité un grand éclat de colère chez ce dernier que M. Massoudi entendait révéler.

Ayoub Massoudi poursuit en expliquant la situation : « le 15 juillet, j’ai parlé sur la chaîne « Ettounissia », le 18, je suis parti en France et je suis revenu au bout de trois jours. Entretemps, le président a reçu Rachid Ammar et Abdelkrim Zebidi le 19. Le lendemain, un communiqué du gouvernement a été rendu public condamnant mes déclarations et les qualifiant «d’irresponsables et nuisant à l’Etat et l’image de l’armée, donc ne pouvant rester sans suites ».
« Il est clair qu’ils ont pris l’aval du président pour sortir ce communiqué, m’adressant un message pour me taire ».
« Durant les quelques jours où je suis resté en France, quelques membres du CPR et du cabinet présidentiel m’avaient mis en garde contre une potentielle menace et conseillé de ne pas rentrer au pays».

Il continue à nous réciter les faits : « Le 11 août, je suis parti à Sidi Bouzid et j’ai publié, le 12, un article intitulé ‘Sidi Bouzid et la Mafia’ où je parlais de l’absence de toute activité de développement dans cette région et de la volonté d’Ennahdha d’y flouer la population».
Il poursuit dans la chronologie : « j’y suis revenu le 14, jour de la grève générale pour protester avec la foule contre la traduction de 12 personnes devant le tribunal de première instance le jour même et exiger que les familles y assistent ainsi que la libération des détenus, considérés par nous comme prisonniers politiques ».
Suite aux déclarations et positions j’avais, et après avoir accusé Rachid Ammar, ils ont estimé que j’avais touché à la garantie de la stabilité de l’autorité politique en Tunisie : chef d’Etat, chef du gouvernement, Troïka et leurs deux alliés, le Qatar et les USA »
« D’ailleurs, ce gouvernement n’a pas de légitimité révolutionnaire, il a l’appui de ses alliés qatari et américain qui lui procurent argent et armement. Comment expliquer alors que les Etats-Unis aient décidé d’augmenter considérablement leur aide militaire au profit de la Tunisie ?».

« Parmi les détails qui ont entouré mon affaire, le 17 août, Adnane Mnasser déclare que je n’avais pas remis mon passeport diplomatique. Or, tout conseiller ou secrétaire d’Etat peut disposer de l’habitat, du téléphone, de la voiture et du passeport diplomatique jusqu’à trois mois après qu’il ait quitté son poste. Il semble avoir omis de préciser que le 6 juillet (huit jours après ma démission) j’avais tout remis sauf le passeport. Seul avantage non matériel puisqu’ayant démissionné de mon travail en France et ne jouissant que de carte de séjour renouvelable annuellement, formalité que je n’ai pas effectuée cette année, ce passeport était ma seule perspective pour aller voir ma famille le temps que je régularise ma situation. », souligne-t-il.

Concernant les faits et la lecture politique de la situation, Ayoub Massoudi affirme qu’il n’existe point de prospection ni de stratégie claire, outre l’isolement et la manipulation du président.
« Ettakatol a disparu sur le plan politique. Un député d’Ettakatol m’a confié qu’il ne représentait aujourd’hui qu’un groupe d’amis (chella) comme Mohamed Bennour, Khalil Ezzaouia, Lobna Jribi qui œuvrent pour faire parvenir Mustapha Ben Jaâfar à la présidentielle afin d’accéder à quelques postes ministériels. De son côté, MBJ acceptera le régime parlementaire qu’Ennahdha veut passer, même avec de faibles prérogatives, car l’âge maximum pour se présenter au poste de président sera de 75 ans, il en a 72 et ce sera alors sa dernière chance. , indique encore M. Massoudi.
Il continue : « le CPR n’est qu’un parti porteur d’un rêve de pouvoir et les membres d’Ennahdha ne reconnaissent pas la notion de l’Etat nation. C’est pour cela que l’extradition de Baghdadi ne fut pour ce parti qu’un « don sans suite fait aux frères musulmans ». »

« Nous sommes en train de glisser d’une manière pernicieuse et invisible dans une dictature religieuse alors que la Tunisie est vendue contre des prêts. L’usine d’acier de Menzel Bourguiba revient à la Turquie, Sra Ouertane aux Qataris et Africom aux Etats-Unis. »
Dans un Etat de dictature religieuse on interdit de critiquer le sacré, dans un régime policier, on épie et arrête ceux qui critiquent les dirigeants et quand on vit dans une dictature militaire, on ne doit jamais toucher à l’armée. En Tunisie, entre armée, Abdelliya et guignols, le joug des trois règles se resserre et on est en droit de se demander, quelle démocratie est-on entrain de nous offrir, puisque les trois autorités, religieuse, politique et militaire se montrent si susceptibles et se dressent en alliées interdisant tout et par tous les moyens ?

Hajer AJROUDI

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Commentaires

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Ergo sum
| 03-09-2012 13:58
Il y a toute une guerre qui se déroule derrière le rideau, l'ami! Il n'est pas si facile de limoger le général Ammar dans ces conditions, toute personne qui le fera sera immédiatement brisée politiquement parlant, les médias le présente encore comme le héro de la révolution...
Docteur Marzouki avait dit que Massoudi sera amnistié, et ça porte plusieurs significations...
Comprenez, docteur Marzouki oeuvre contre plusieurs forces silencieusement, Massaoudi qui, malgré tout, n'a pas tiré sur le président, le voit mais ne l'a pas encore compris, les jours vous le prouveront!
Nous, citoyens révolutionnaires avisés, tenterons de notre mieux de le remettre sur la tête de l'état dans un autre contexte, de répartition équitable des pouvoirs, et ainsi, la révolution sera gagnante et l'aurait remporté enfin contre toutes les forces occultes qui oeuvrent encore en cette terre mondialement désirée;)

ali.akim
| 03-09-2012 13:04
les secrets polichinelles dévoilés par Ayoub je les ai soupçonnés dans un article sur BN daté du 7 Juillet 2012à 10H., mais à mon avis le président a été au corant..je conseille Ayoub de ne pas jouer le role de la chèvre de Mr Seguin surtout aue les 3 forces sataniques travaillent en symbiose

Coca
| 03-09-2012 07:36
Ceux qui ont fait la révolution n'ont pas encore obtenu ce pourquoi ils ont affronté la mort. Ceux qui ont construit l'infrastructure économique et industrielle de la Tunisie se mordillent les doigts en voyant des gens qui n'ont pas contribué à la révolution vendre le fruit de leur travail et de leurs privations. Comme si les tunisiens ne peuvent faire fonctionner ces institutions économiques: L'usine d'acier de Menzel Bourguiba revient à la Turquie, Sra Ouertane aux Qataris et Africom aux Etats-Unis et l'aéroport de Monastir à TAV et dieu sait ce qu'ils nous préparent encore. Ajoutez à cela la tentative de priver nos chômeurs de travail en voulant importer de Turquie des maisons préfabriquées contre des devises dont nous avons tant besoins.

james-tk
| 02-09-2012 23:56
Un vieil adage français dit : "je ne sais rien,mais je dirai tout" !
Moi,je pense qu'il y a des choses qui m'échappent,mais malgré cela je soutiens aveuglement Ayoub Messaoudi,qui vit actuellement une situation très difficile;et ce qui me chagrine dans cette affaire le silence assourdissant du cpr,le soutien plus que timide de certains de ses membres en dit long sur la gangrène qui le ronge et le décrédibilise et ternisse son image auprès des citoyens.Le "cpr" minuscule parti,et grand avaleur de couleuvres ?

insoumis
| 02-09-2012 12:01
Le général Rachid Ammar n'est nullement tenu de rendre compte au président de la république . Le chef direct du général est le ministre de la défense et c'est à celui-ci de le faire. Ceci dit , je pense que le silence de mr?. Marzougui en dit long . il n'est pas étonnant que le ministre lui a rendu compte avant l'exécution de la mission,mais, pour des raisons qui lui sont propres il a feint l'étonnement et l'ignorance des faits. Je reproche au ministre de n'avoir pas révéler la vérité ,et, s'il a fauté il doit démissionner!

je dis la vérité
| 02-09-2012 08:51
Si le Docteur Marzouki, était sincère, intègre et ayant sa tête sur ses épaules, la première réaction qu'il aurait faite -apprenant la nouvelle de son ancien conseiller- serait celle de :

*Limoger immédiatement, le général Rachid Ammar, suite aux nouvelles divilguées
par son ancien conseiller, ce fameux Messaoudi ; car c'est une terrible nouvelle.
Il aurait pu convoquer dans son bureau, le général lui-même, le ministre de la défense, Messaoudi et d'autres témoins et prendre sa sage décision....

*Mettre au pas le chef du gouvernement, H. Jebali, en demandant son départ et en faisant pression sur lui à l'ANC même.
Vu la situation actuelle, une majorité à l'ANC, l'obligerait à s'en aller. H. Jébali, s'est conduit avec le chef de l'Etat sans délicatesse.

*"Savonner" le ministre de la défense nationale pour avoir caché l'information.Le discréditer devant les médias.

Notons que le docteur Marzouki est le chef de l'Etat tunisien et le chef des forces armées du pays et c'est dans ses prérogatives de limoger un militaire de haut rang.

Mais.....
Marzouki, est sans personnalité, malade et incapable de prendre des décisions pareilles.
Il était incapable d'affronter Ennahda en critiquant ce parti dans le dos. Il paraît qu'il s'est rétracté devant les menaces de Ghannouchi, suite à l'affaire du papier qu'il a fait lire par un de ses lieutenants, à l'ouverture du congrès du CPR.

Pourquoi il n'a pas bronché alors que le député Hamila, ce vieux chnoque, l'a traité de fou, devant les médias. Parce que c'est vrai, il a été interné à l'hôpital Saint Anne, pour dépression grave....

Ce monsieur n'a pas l'étoffe d'un chef d'Etat et il compte se faire élire comme président de la république.Il s'accroche encore au pouvoir et c'est encore le syndrome des politiciens des pays arabes.

Les Tunisiens qui l'éliraient, je les considérerais comme nuls et sans lucidité....

landy
| 02-09-2012 00:14
appel aux fidèles de la nouvelle dictature islamique .
ne croyer jamais que le tapis rouge sera sous vos pieds là ou vous allez .vous serez toujours au chomages .vous ramasserez les miettes de vos chaikh et imams. vous serez toujours des ignorants ,des sales dans la tête.
vous serez leurs chiens fidèles aboyants sans cesse à gauche et à droite.
bonne chance ..

je dis la vérité
| 01-09-2012 21:05
Si le Docteur Marzouki, était sincère et intègre et ayant sa tête sur ses épaules, la première réactions qu'il aurait faite, apprenant la nouvelle de son ancien conseiller, serait celle :

*Limoger immédiatement, le général Rachid Ammar, suite aux nouvelles balancées par son ancien conseiller, ce fameux Messaoudi.
Il aurait pu convoquer dans son bureau, le général lui-même, le ministre de la défense, Messaoudi et d'autres témoins et prendre sa sage décision....

*Mettre au pas le chef du gouvernement, H. Jebali, en demandant son départ et en faisant pression sur lui à l'ANC même.
Vu la situation actuelle, une majorité à l'ANC, l'obligerait de s'en aller.

*Savonner le ministre de la défense nationale pour avoir cacher l'information.

Marzouki, est sans personnalité, malade et incapable de prendre des décisions pareilles.
Il était incapable d'affronter Ennahda en critiquant ce parti dans le dos. Il paraît qu'il s'est rétracté devant les menaces de Ghannouchi, suite à l'affaire du papier qu'il a fait lire par un de ses lieutenants, à l'ouverture du congrès du CPR.

Pourquoi il n'a pas bronché alors que le député Hamila, ce vieux chnoque, l'a traité de fous, devant les médias. Parce que c'est vrai, il a été interné à l'hôpital Saint Anne, pour dépression grave....

Ce monsieur n'a pas l'étoffe d'un chef d'Etat et il compte se faire élire.
Les Tunisiens qui l'éliraient, je les considérerais comme nuls.

HatemC
| 01-09-2012 20:19
STP pas d'insultes et restons cordial,je ne suis payé par personne,je donne un avis personnel.Maintenant si tu trouves que cet homme a failli et qu'il aurait fallu qu'il se taise sur des affaires impliquant notre avenir proche libre à toi, tu as tes arguments, j'ai les miens. Qu'auriez vous fait à sa place si vous soupçonneiz des dérives et que le pays part dans le mur ? En toute honnêteté sans langue de bois. hatem chaieb

C'est la vente du fer importé
| 01-09-2012 19:33
les 0,

referont la révolte à cette date, pourquoi ?

on a rien à perdre, puisque tout est perdu

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