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Tunisie - Kamel Morjane, le vainqueur discret
04/11/2011 | 1
min
Tunisie - Kamel Morjane, le vainqueur discret
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Kamel Morjane est l’un de ceux que l’on a le moins entendu durant la campagne électorale, nonobstant le cas particulier d’El Aridha.
Il a réussi à obtenir cinq sièges à la Constituante sans télé, sans radio, sans journaux et sans Facebook. Son parti a été le seul à se faire élire parmi tous les Destouriens.
Qu’a-t-il fait pour atteindre ce score ? Que prépare-t-il ? Que se passe-t-il dans les coulisses avec les autres partis destouriens et le milieu tunisien de la politique et des affaires ?
Et après ce « succès », sur lequel rares sont ceux qui ont misé, Kamel Morjane est resté discret. Sa stratégie table sur la durée et, jusque là, elle semble être gagnante. De tous les Destouriens, il est le seul à tirer son épingle du jeu et il ne compte pas s’arrêter là…


En bon diplomate expérimenté et chevronné, Kamel Morjane sait qu’il faut faire le dos rond lorsqu’on affronte un orage. Et des orages, il en a affronté depuis le départ de son ancien patron et parent par alliance Zine El Abidine Ben Ali.
L’hostilité publique à tous ceux qui ont collaboré avec Ben Ali était, et demeure encore, sans commune mesure. Au nom d’une certaine justice populaire et révolutionnaire, il a été écarté des dernières élections.
Il n’a pas baissé les bras pour autant et a accepté le « diktat » révolutionnaire, comme les « révolutionnaires » ont dû accepter le « diktat » destourien, puis RCDiste, pendant 50 ans. De toute façon, on ne lui a pas laissé le choix. Aussi bien lui que les autres transfuges du RCD et ils sont nombreux.

Mais ce serait méconnaître ces Destouriens, élevés dans la pure école bourguibienne. Et dans cette école bourguibienne, il ne faut pas combattre l’ennemi de front quand les armes sont inégales. Il faut savoir récupérer ce que l’adversaire vous laisse comme miettes et exiger davantage ensuite.
Reste que les disciples de Bourguiba n’étaient pas d’accord sur tout. Eux aussi, comme dans les autres partis, ont leur ego et chacun d’eux veut occuper une place de choix dans l’après-Constituante.
Dès lors, une quarantaine de partis destouriens ont été créés. Chacun d’eux était persuadé qu’il allait gagner des sièges ou, au moins, peser un certain poids dans les élections.
Seules les urnes pouvaient les départager. En France, au Parti Socialiste, on a imposé les Primaires pour départager ces candidats qui se croyaient tous présidentiables. On voit que la méthode américaine fait des émules. C’est exactement ce qu’ont fait les Destouriens, mais sans le crier sur tous les toits et, surtout, loin des projecteurs. Ils ont même eu à se lancer des peaux de banane. L’affaire des passeports en est une et elle est l’œuvre d’un frère ennemi, nous dit-on.
Au départ, il y avait donc 40 partis ; à la finale il y avait Mohamed Jegham et Kamel Morjane qui émergeaient du lot. Et la finale de ces Primaires a eu lieu le 23 octobre. Pendant que tout le monde fêtait (ou pleurait) la victoire d’Ennahdha, les Destouriens, eux, fêtaient la victoire de Morjane. Cinq sièges sans véritable campagne, c’est un exploit face à l’hostilité du « peuple ». Autant que le PDM et un peu mieux qu’Afek qui ont occupé tous les médias.

Mais à l’instar d’Ennahdha, les militants d’El Moubadara de Kamel Morjane étaient sur le terrain au fin fond du pays. A l’instar d’Ennahdha, ils ont bénéficié d’une certaine sympathie des électeurs face à la campagne anti-destouriens lancée un peu partout dans le pays et dans les médias.
La seule différence avec Ennahdha est l’absence du soutien des imams de mosquées. « Cela ne saurait tarder, ils ont su séduire avec la religion, nous saurons convaincre avec le bon sens », jure un militant d’El Moubadara.
Le même parle de ces semaines à venir qui seront cruciales pour le parti.
Les Destouriens n’entendent pas laisser Ennahdha conquérir le terrain face à une opposition progressisto-moderniste inexpérimentée et visiblement déconnectée des réelles préoccupations des Tunisiens.
Ils ont l’expérience, le savoir-faire et la connaissance profonde et concrète du terrain. L’argent est loin d’être un souci et il ne leur reste qu’une chose à combattre, l’hostilité du grand public et des médias.
C’est d’ailleurs en raison de cette hostilité que les leaders d’Ennahdha ont évité des contacts avec El Moubadara. Les Islamistes parlent bien d’un gouvernement d’Union nationale, d’ouverture et d’intérêt supérieur du pays, mais oublient cette ouverture et cet intérêt supérieur dès qu’il s’agit des Destouriens dont les connaissances de la Tunisie profonde sont sans commune mesure avec les Qotbistes, les PDPistes et même les CPRistes et Takattolistes. Et pourtant, les urnes démocratiques ont bien offert cinq sièges à ce parti « honni » !
De toute façon, c’est réciproque, Kamel Morjane a été l’un des tout premiers à féliciter Ennahdha, mais il a rapidement souligné qu’il n’y aura aucune coalition ni coordination avec les Islamistes.

Pour réussir les semaines cruciales à venir, les militants d’El Moubadara vont continuer à travailler en toute discrétion avant de sortir le grand jeu dès que la machine sera prête.
Les contacts avec les principaux intervenants des milieux économiques, médiatiques et politiques n’ont jamais cessé. Idem du côté des contacts avec les diplomaties étrangères.
Le jour venu, les Destouriens entendent surprendre avec ces personnalités, de haut calibre célèbres et populaires, qui se sont jointes à eux. Et c’est au nom de l’intérêt suprême de la nation que ces « coalitions » se feront. On parle même de certains noms islamistes célèbres (et populaires) qui réfléchissent à joindre El Moubadara après leur débâcle électorale.
C’est bien au nom de cet intérêt supérieur que Mustapha Ben Jaâfar s’est ligué avec les Islamistes ? Et le jeu du leader d’Ettakatol se préparait bien avant les élections en dépit des dénégations de ses militants et ses sympathisants qui ne pouvaient pas croire à l’incroyable.
Avec Ettakatol, l’incroyable a eu lieu et ça sera de même avec El Moubadara. « Un jour ou l’autre, indique un militant fidèle du parti, on finira par admettre que les attaques contre les Destouriens doivent cesser, que l’on ne doit plus faire l’amalgame RCD-Destouriens et qu’il est impératif de penser à la construction de la Tunisie avec des forces vives autres que les Islamistes (puissants pour attirer les masses) et les progressisto-modernistes qui peinent à convaincre ces masses ».

Paradoxalement, c’est la même stratégie suivie par Ennahdha. Les leaders islamistes jouent sur la fibre religieuse, mais entendent également ramener les lobbies économico-médiatiques à leurs côtés.
D’illustres hommes d’affaires, réputés proches de certains gendres de Ben Ali, ont d’ores et déjà rejoint Ennahdha. Assarih et Hannibal TV semblent aussi prendre ce chemin.
Dans un temps, pas très long, il n’est pas du tout exclu que l’on ait trois principales forces politiques dans le pays : les Destouriens, les Islamistes et les progressisto-modernistes. En plus de la « petite » force bruyante (pour ne pas dire agaçante) que composent les Communistes et leurs acolytes.
Au vu de l’historique des uns et des autres, Kamel Morjane croit fortement en ses chances puisqu’il a l’avantage de pouvoir aisément recruter chez les Islamistes et les modernistes.
Nul ne peut dire qu’il est laïc et nul ne peut dire qu’il est islamiste. Nul ne peut dire qu’il est libéral et nul ne peut dire qu’il est communiste. Il est à la fois de droite et de gauche épousant toute l’essence de la politique bourguibienne et benaliste. La corruption en moins. C’est sa carte maîtresse et il la garde soigneusement dans la main pour la sortir le jour venu.
04/11/2011 | 1
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