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Tunisie – Béji Caïd Essebsi à la conquête de la majorité non islamiste
17/06/2012 | 1
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Tunisie – Béji Caïd Essebsi à la conquête de la majorité non islamiste
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Partant des résultats des élections du 23 octobre 2011, on ne peut que déplorer l’émiettement du vote. Seul le parti Ennahdha a pu tirer son épingle du jeu. De là à réfléchir à restructurer le paysage politique afin de réussir les conditions de l’alternance, ce n’est qu’un petit pas que Béji Caïd Essebsi (BCE) a franchi en lançant son initiative de Nida’ Tounes (l’appel de la Tunisie). Mais la crédibilité acquise de BCE, suite à la réussite de sa présidence du gouvernement de transition, suffit-elle pour faire le poids face à Ennahdha ? Et, surtout, parviendra-t-il à exorciser les diables des ex-RCD ?

De prime abord, une analyse objective de la situation tunisienne après la révolution du 14 janvier 2011 ne peut mener qu’à une valorisation de l’action entreprise par Béji Caïd Essebsi (BCE) et par son équipe gouvernementale qui sont parvenus à réaliser une transition en douce en Tunisie suite à des élections démocratiques et transparentes.
La personnalité de BCE n’est pas étrangère à cette réussite et y a gagné beaucoup de crédibilité auprès de la population autochtone mais aussi chez la communauté internationale. Si Béji a fait l’unanimité autour de lui et les éloges lui parvenaient de tous les bords.
Le vide de la scène politique aidant, le Premier ministre de la transition a été vite promu leader charismatique d’une société qui croit beaucoup au génie du ‘Chef’. Et, même une bonne frange de la classe politique, a vu en la réussite de BCE un bon tremplin à exploiter pour se hisser au devant de la scène. Mais chacun y allait à sa manière et selon ses convenances et petits calculs politiques.

Par ailleurs, il y a deux familles politiques intéressées par une telle initiative. D’une part, les destouriens et autres RCDistes qui veulent se refaire une virginité, en se dissociant de la ‘dictature’ de Bourguiba et de la ‘Mafia’ de Ben Ali. Béji Caïd Essebsi est parvenu à balayer d’un revers de main son ‘histoire’ avec ces deux régimes. Pourquoi pas eux ?
Les partis démocratiques de centre-gauche, comme le PDP, Ettajdid ou Afek Tounes sont aussi tentés par l’exploitation du potentiel de cette figure emblématique, qu’est désormais si Béji, eux qui ne sont pas parvenus à faire de l’ancrage au sein des masses populaires, véritables réservoirs électoraux, comme l’ont indiqué les résultats des élections du 23 octobre 2011.
Toutefois, l’apport de l’ex-premier ministre n’est pas perçu de la même manière chez ces différents partis politique. Ainsi, certains ont accepté sans problème son leadership, convaincus qu’ils sont de la nécessité de sa présence au haut du piédestal pour tirer profit électoralement de son image reluisante auprès de la population et, surtout, éviter les combats de coqs, pour diriger le nouveau parti, ce qui risquerait d’avorter le projet. On pense notamment dans ce clan à Ahmed Brahim et Kamel Morjane.

Une autre frange de partis politiques a voulu limiter l’apport de Béji Caïd Essebsi à une présence symbolique derrière cette initiative, le sage auprès duquel on cherche le bon conseil, voire la bonne parole. Ils n’ont juste pas repris les paroles de Rafik Abdessalem que son âge biologique en politique a expiré. Le leadership, ce n’est pas son affaire. Dans ce clan, il y a notamment Ahmed Néjib Chebbi, Amor S’habou mais, aussi, Mohamed Sahbi Basli.
Pour preuve de ce différend, alors qu’Ahmed Brahim et Kamel Morjane étaient assis aux côtés des fondateurs de Nida’ Tounes, Amor S’habou s’est retiré de l’initiative et ne s’est même pas déplacé. Néjib Chebbi a délégué Mongi Ellouze pour représenter le parti au lancement de Nida’ Tounes alors que Mohamed Sahbi Basli a quand même assisté, sachant qu’il n’a pas d’avenir politique en dehors de cette initiative.

Fait notable, Saïd Aïdi, ministre d’Emploi du gouvernement de transition et membre directeur du parti républicain, était par contre au milieu des membres fondateurs de l’initiative. Tout laisse croire qu’il va geler son membership au parti républicain, comme l’a fait Boujemaâ Remili pour Ettajdid.
L’architecture de la disposition de l’assistance lors du discours de Béji Caïd Essebsi a déjà donné une idée sur la première ligne du nouveau parti, en rapport avec ces diverses prises de position. Les organisateurs ont attendu la dernière minute pour mettre une rangée de chaises devant où se sont assis les membres fondateurs, Ahmed Brahim, Kamel Morjane, Saïd Aïdi, etc. Un signal fort pour dire que cette ligne constituera la cheville ouvrière de Nida’ Tounes, non pas ceux de la désormais deuxième ligne formée de Sahbi Basli, Mohamed Jegham, Mongi Ellouze et, même, Mohamed Sayah.

L’autre signal, adressé à l’UGTT, n’est pas passé inaperçu. C’est dans le discours même de Béji Caïd Essebsi qu’il a reconnu l’apport de la centrale syndicale dans la révolution, alors qu’il lui a renié toute coloration politique ou partisane. ‘Les locaux de l’UGTT ont constitué des relais pour les jeunes contestataires’, a-t-il notamment dit lors de son discours.
L’ex-premier ministre a également rappelé l’initiative de la centrale syndicale pour apaiser la vie politique et rabaisser la tension, afin de permettre la réalisation des objectifs de la révolution. Si l’on ajoute à cela la visite qu’il a rendue le 25 février à la place Mohamed Ali pour exprimer son soutien à l’UGTT, on comprend facilement le rôle important qu’il accorde à la centrale syndicale comme relais pour la réussite de son initiative sur le plan social.
Il est à rappeler, à ce niveau, que les objectifs politiques annoncés de la direction de l’UGTT ne diffèrent pas de ceux de l’initiative de si Béji, appelant à la décrispation de la situation et se positionnant en tant que force de propositions, qui contribue à la réalisation des objectifs de la révolution.

A l’actif de Nida’ Tounes donc, l’image reluisante de son leader, l’expérience des destouriens, la fougue des tajdidiens et autres démocrates indépendants et une perche tendue à l’UGTT. Mais, comment vont-ils éviter les critiques sur le retour des RCDistes à travers ce parti ?
Béji Caïd Essebsi a certes affirmé qu’il faut mettre fin à l’exclusion arbitraire en procédant à des poursuites juridiques en bonne et due forme contre tous ceux qui ont commis des délits qu’ils soient des personnalités politiques ou des hommes d’affaires, faisant ainsi d’une pierre deux coups.
Il est d’une part pour la reddition des comptes et ne s’est donc pas prononcé pour un pardon direct au nom de la réconciliation nationale. Il a, par ailleurs, régulièrement rappelé ces derniers mois des impératifs de la justice transitionnelle. D’autre part, il s’est prononcé contre une exclusion arbitraire des RCDistes de la vie politique pour des raisons électoralistes.
Un tel positionnement satisfait certainement une bonne frange de la population qui cherche plutôt une justice transitionnelle sereine qu’une vindicte populaire. Mais le mouvement Nida’ Tounes aura-t-il la force de pénétration nécessaire pour communiquer ces idées centristes au sein de la population en dehors des réseaux de l’ex-RCD ?

En tout état de cause, Béji Caïd Essebsi vise, surtout, la conquête de la majorité de Tunisiens non islamistes, car il ne faut pas perdre de vue que sur les 4 millions de votants, le 23 octobre 2011, pas moins de 2,5 millions d’électeurs se sont prononcés contre les islamistes.
Plusieurs observateurs pensent qu’il est nécessaire d’éloigner les RCDistes ‘véreux’ de ce projet politique pour assurer sa réussite. Mais est-ce possible alors que tout le monde sait que la politique n’a jamais été propre ?
That’s the question.

Crédit photo :
Ayoub Z - Groupe Récupérons notre pays sur FB

Mounir Ben Mahmoud
17/06/2012 | 1
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