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Tunisie – A qui profite le climat d'insécurité ?
04/04/2011 |
min
Tunisie – A qui profite le climat d'insécurité ?
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Même si, en ces temps de démocratie retrouvée, on évite de parler d’unanimité, il est utile de mentionner qu’une sorte de majorité s’est dégagée, ces derniers jours, quant à la considération de la sécurité comme étant la première parmi les nombreuses priorités auxquelles se trouve confrontée la Tunisie.
A quelques exceptions près, tous les membres du gouvernement transitoire, et à leur tête le Premier ministre, Béji Caïd Essebsi, tous les partis politiques, toutes les composantes de la société civile, tous les médias, tous les citoyens s’accordent à dire que sans sécurité, le pays ne peut rien construire et que Révolution n’a jamais rimé avec anarchie. Même ceux qui fustigeaient la « fezzaâ » de la sécurité ont fini par reconnaître cette évidence.

Le nouveau ministre de l’Intérieur, Béchir Essid, a affirmé, samedi 2 avril 2011 lors d’une réunion avec les cadres de la Garde nationale, que le « rétablissement de la sécurité fait partie des exigences prioritaires afin que le système économique et de développement reprenne son rythme régulier » tout en appelant à « rompre avec les pratiques du passé et à veiller au respect du citoyen, relevant la volonté du ministère d'appliquer la loi contre tout abus de pouvoir ou atteinte aux droits des citoyens ».
Le porte-parole du gouvernement provisoire l’a mentionné, vendredi 1er avril 2011 à l’issue de la réunion du Conseil des ministres, que « la révolution ne signifie nullement l'anarchie », soulignant que les révolutions qui ont échoué à travers l'histoire ont eu un tel sort parce qu'elles étaient livrées à la surenchère et à l'anarchie qui aboutissent à l'effondrement des économies.
Pour sa part, Jalloul Ayed, ministre des Finances, a tenu à préciser en ce même 1er avril lors de la présentation du programme économique et social à court terme, que la sécurité est une « donne essentielle pour tout développement de l'activité des individus et des sociétés ».

Pour étayer ces dires, il n’y a qu’à voir les entreprises qui et la marche au ralenti d’autres entreprises ainsi que les services administratifs des départements ministériels et de plusieurs sociétés publiques et privées.
L’exemple le plus frappant et inquiétant est celui de JAL à Menzel Bourguiba et de British Gas à Sfax, deux entreprises étrangères qui investissent gros en Tunisie et y font employer des milliers de cadres et travailleurs.
Sans oublier les gouvernorats, les délégations et les municipalités qui peinent à retrouver leur rythme de croisière. Tout le monde ressent qu’il y a comme un maillon qui manque à la chaîne sécuritaire, mais personne n’arrive à identifier, avec certitude, les origines de cette situation.

Les observateurs initiés estiment, d’abord, que le pays traîne, certes, le vide qui a accompagné le 14 janvier, mais ils restent convaincus que le passage de Farhat Rajhi à la tête du ministère de l’Intérieur s’est accompagné de quelques ratés. Il a beau être populaire et qualifié de « M.Propre », il y a des faits qui ne jouent pas en la faveur de l’ancien ministre de l’Intérieur.
Il y a d’abord eu cette affaire des « 2000 – 3000 policiers » qui, aux dires de M. Rajhi l’avaient attaqué et menacé au siège du ministère de l’Intérieur avant de « se diluer à travers le pays pour terroriser la population », toujours selon les propos du même ex-ministre.
Cette « histoire », racontée sur les antennes de la télé, a été suivie par le limogeage et la mise à la retraite forcée de pas moins de 42 hauts cadres dudit ministère. Cette décision, prise sans donnes concrètes et sur de simples présomptions, a entraîné, d’après les connaisseurs, un vide subit dans un ministère aussi sensible, surtout qu’il s’agissait de compétences avérées et qui méritent – du moins pour ceux d’entre eux auxquels on n’a rien à reprocher – d’avoir une chance de reprendre du service.

Les mêmes observateurs pensent, ensuite, que certaines parties politiques continuent à se comporter comme s’ils confondaient révolution avec anarchie : des manifestations et des rassemblements pour un oui ou un non, des revendications exagérées, parfois légitimes mais qui peuvent, voire doivent, être reportées, créant ainsi un climat propice au chaos et aux dérapages.
En effet, en voulant tout et immédiatement, alors que le pays se trouve, par définition, dans une phase transitoire, ces revendicateurs semblent être inconscients et adeptes du « après moi le déluge ».
Tout en reconnaissant l’attitude raisonnable et responsable de l’UGTT depuis l’avènement de Béji Caïd Essebsi à la tête du gouvernement provisoire, il n’en est pas de même pour certaines autres parties dont notamment l’attitude de certains mouvements extrémistes aussi bien islamistes que ceux de gauche.
Les premiers s’illustrent par les manifestations qu’ils organisent sporadiquement. On citera, notamment, celle du vendredi 1er avril 2011 où ils étaient, effectivement, plus d’un millier comme nous l’avions indiqué (la photo de Firas Guefrech ci-dessus le prouve superbement) et non quelques centaines comme tenaient à nous démentir certains de nos lecteurs dans leurs commentaires.
Ces manifestations ont été marquées par des slogans appelant à la violence et à la haine sans oublier le fait qu’ils constituent une menace et un obstacle pour la bonne marche des commerces dans des zones à haute densité démographique.
Les seconds se distinguent par leurs passages et propos répétés et alarmistes. En effet, ils ne cessent de crier leurs craintes de voir les « forces réactionnaires » contourner la révolution et faire retourner le pays à la case d’avant le 14 janvier 2011.

Or, on a l’impression que ces voix essaient de faire trop de bruit et aiment bien faire durer la période actuelle, allant jusqu’à réclamer le report des élections de l’Assemblée constituante pour le début de l’année 2012. C’est à croire que ces parties ont peur des urnes et qu’une sorte de chaos pourrait arranger leurs affaires. Les observateurs sont persuadés que ces parties savent qu’ils n’ont pas encore d’assise populaire et qu’ils risquent de « disparaître » du paysage politique après le prochain scrutin.
D’où les tentatives de maintenir la pression et de faire retarder l’échéance des élections, ce qui ne peut qu’exacerber les tensions et accroître la pression.
D’ailleurs, les analystes se demandent le pourquoi de cette tendance à faire accaparer les plateaux des différentes chaînes de télévisions par les représentants de ces petits partis dont la plupart se trouvaient à l’étranger avant le 14 janvier alors que ceux qui bataillaient à l’intérieur du pays sont, plus ou moins, laissés de côté. On citera, en particulier, parmi ces laissés pour compte, les représentants du PDP, du FDTL et d’Ettajdid qu’on voit et écoute très rarement.

Il est bon de noter, toutefois, qu’on sent l’existence d’une certaine prise de conscience, de plus en plus généralisée, quant à la nécessité de se mobiliser pour un rétablissement, au plus vite, de la sécurité, une reprise rapide du cours normal de l’économie nationale et un respect de l’échéancier politique pour faire triompher, justement, les objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique.

Crédit photo :
Firas Guefrech (Facebook)
04/04/2011 |
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