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Chroniques
Pour réussir, un gouvernement doit savoir dire non
Par Houcine Ben Achour
26/11/2020 | 22:59
4 min
Pour réussir, un gouvernement doit savoir dire non

 

Non, le pays ne va pas mal. Il va très mal. Tous les ingrédients d’un déchaînement de violence de toute sorte sont réunis. La multiplication des mouvements de colère, de protestation et de revendication en est le premier témoin. L’effet d’El Kamour ne s’est pas fait attendre. Beaucoup s’en offusquent aujourd’hui. Qu’on ne s’y trompe pas. L’erreur originelle ne réside pas dans l’accord, tenants et aboutissants confondus. Le dossier d’El Kamour n’est que la suite d’une série qu’on n’a pas voulu voir. Aurait-on oublié le bassin minier de Gafsa et ses multiples interruptions d’activité qu’on a pu résoudre qu’à coup de millions de dinars sans qu’ils n’aient, à ce jour, créé la plus infime des valeurs, ni rapporté le moindre millime à l’Etat ? Aurait-on oublié ce qui s’est passé à Gabès, à l’instar du bassin minier de Gafsa ? Aurait-on oublié ce qui s’est passé à Kerkennah avec la société Pétrofac alors qu’elle constitue en fait la matrice de tout ce climat de tension dans lequel baigne actuellement le pays.

 

Ce pays risque de payer cher, très cher l’incurie de ses gouvernants successifs. Car, l’accord d’El Kamour, tout comme d’ailleurs les mesures mises en œuvre dans le bassin minier ou à Gabès ne mènent nulle part. Pire, sur ces dossiers, on a hypothéqué le moyen et le long terme de ces régions, et probablement d’autres par la suite, par des expédients de court terme sinon immédiats. Et si à Gafsa et à Gabès, l’Etat s’est adossé sur ses entreprises nationales  pour distribuer des centaines d’emplois fictifs, à Tataouine, ce sont des entreprises privées qu’on a invité à mettre la main à la poche. Quand bien même accepteraient-elles ce qu’il faut bien qualifier de diktat, à l’inverse de Pétrofac qui a préféré plier bagages et partir, une chose est sûre, c’est qu’on ne les y prendra pas par deux fois. Et plus que cela. La rencontre entre la ministre de l’Industrie, de l’Energie et des Mines et des chefs d’entreprises installées dans la région de Tataouine, en plein tourment dans la mise en application de l’accord d’El Kamour, tout comme la rencontre entre le chef du gouvernement avec les représentants de la multinationale italienne ENI, installée depuis des décennies dans la région, n’auraient-elles pas été l’occasion d’établir un deal : accepter l’accord d’El Kamour contre la promesse de juteux contrats, foulant au pied les principes de transparence et de concurrence dans l’octroi de marchés publics ? Si l’hypothèse est avérée, cela reviendrait à guérir le mal par un mal plus dangereux encore, celui de l’Etat-mafieux.

 

Au-delà, il y a bien pire. Le  gouvernement ne semble pas avoir pris la réelle mesure des conséquences d’un tel accord, non pas seulement au niveau de l’effervescence qu’il risque de créer dans les autres régions. Car enfin, quel promoteur aurait la témérité d’investir dans le pays et dorénavant à Tataouine, sachant que son projet risque de connaître de semblables pressions ? Il ne serait d’ailleurs pas surprenant que l’investissement dans le secteur de l’énergie, dans ses trois segments de prospection, d’exploration et d’exploitation n’enregistre dans l’avenir un sérieux ralentissement alors qu’il représente plus du tiers du flux annuel d’investissement direct étranger dans le pays. A cet égard, le gouvernement prévoit un volume d’investissement de l’ordre de 1,3 milliards de dinars dans le secteur de l’énergie en 2021. Cela semble trop ambitieux, sinon illusoire.

L’accord d’El Kamour et ses conséquences sociales impacteront vraisemblablement l’investissement. L’objectif d’un taux d’investissement de 14% fixé par le gouvernement - déjà en-deçà des 17% réalisés en 2019 - risque de ne pas être atteint. En tout cas, il ne faudra pas s’attendre à ce que cela booste la croissance et génère les emplois suffisants, encore moins de gonfler les ressources budgétaires de l’Etat. Bien au contraire, alors que ses besoins de dépenses sont de plus en plus incontrôlables. C’est que le gouvernement Mechichi, comme ses prédécesseurs, n’est pas ferme dans ses actes. Il n’ose pas dire non. A telle enseigne et sans le moindre fondement logique, il en est venu à adopter l’idée de construction d’un hôpital dédié exclusivement magistrats. Dans cet ordre, pourquoi pas un hôpital pour les diplomates et ainsi de suite.

 

Cela dit, il est tout à fait normal qu’il ferraille à boucler le budget de 2020 et s’ingénie à faire passer un projet de loi de finances et un projet de budget de l’Etat 2021 totalement surréaliste. Un projet de loi de finances qui reflète plus les pressions des lobbies que des orientations claires pour remettre l’économie du pays sur les rails et les Tunisiens au travail.  Un projet de loi qui se situe dans le prolongement du projet de dynamisation de l’économie. Ainsi, on amnistiera les fraudeurs d’un côté et on n’hésitera pas à taper à la porte de la vieille vendeuse de pain tabouna pour qu’elle acquitte son tribut fiscal. On abaissera les taxes sur les quads, hors-bords et autres yachts mais augmentera les taxes sur les bouteilles de gaz, les cigarettes, la bière et le vin, ce luxe des petites gens. Le fin du fin, la cerise sur le gâteau, c’est la mesure d’abandon du principe d’incessibilité du véhicule importé dans le cadre du régime FCR (Franchise pour changement de résidence) alors que l’on s’égosille sur la lutte contre l’économie informelle.

Pour réussir, un gouvernement doit savoir dire Non. Le gouvernement Mechichi ne le sait pas. Jusqu’à quand ? On ne le sait pas.     

Par Houcine Ben Achour
26/11/2020 | 22:59
4 min
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Commentaires
aldo
==== SALEM GHAZI KHOUYA ====
a posté le 27-11-2020 à 13:52
on est bien d'accord , mchichon ! est un nouveau fardeau pour ce pays - MELLA AZA - KEN EZOUKRA OUKHOUH --------- nharik mabrouk ya khouya .
Ghazi
@ aldo & Tunisino : Bonjour Alikom
a posté le 27-11-2020 à 13:04
L'auteur, Si Ben Achour n'a pas gaffé, il y a juste une faute d'orthographe qui a UN PEU changer le sens, il s'agit de "Compétents", il voilait écrire "CON-PETANTS".
Bien à vous et Nharkom Zine.
Tunisino
Hypothèse?
a posté le 27-11-2020 à 12:53
L'auteur par sur l'hypothèse que le gouvernement est compétent, alors que ce n'est pas le cas, on ne peut pas reprocher au fou qu'il est fou. Incroyable mais vrai, ce pays est géré par des nuls, merci à RG!
A4
Erreur !
a posté le 27-11-2020 à 11:26
El kammour est une grande victoire par ... soumission !

FAIBLESSE
Ecrit par A4 - Tunis, le 10 Novembre 2020


Moi j'ai la faiblesse de croire
En tout ce que l'on me dit
Que le corbeau n'est pas noir
Et que les chats sont tous gris

C'est ma faiblesse, je l'avoue
C'est comme ça depuis longtemps
Je suis ainsi, voyez-vous
Je crois même les charlatans

Je crois l'idiot du village
Qui me dit tout effrayé
Que faute d'apprendre la nage
Des poissons se sont noyés

Je vous crois les yeux fermés
Sans jamais d'hésitation
Je me sens bien désarmé
Face à vos affirmations

Je crois tout ce que vous dites
Que vous êtes le grand vainqueur
Que vous avez le mérite
De céder aux arnaqueurs

Je n'ose rien mettre en doute
Car je vous trouve bien hardi
D'avoir su quitter la route
Pour la céder aux bandits

Je n'aime pas qu'on vous critique
Car j'ai de l'admiration
A votre nouvelle tactique
De "victoire par soumission" !
aldo
==== COMMENT ? VOUS AVEZ DIS GOUVERNEMENT !! ====
a posté le 27-11-2020 à 10:53
toujours est-il qu'il faut deja trouver des femmes ou des hommes COMPETENTS pour former un gouvernement ----