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Chroniques
Passages en force, impasses … un pays mené à sa perte
Par Ikhlas Latif
27/05/2022 | 22:00
3 min
Passages en force, impasses … un pays mené à sa perte

 

« L'objet principal de la politique est de créer l'amitié entre les membres de la cité », disait le bon vieil Aristote dans sa Morale à Eudème. Quelques siècles plus tard, dans un continent pas si loin du berceau de la philosophie antique, dans un petit pays d’Afrique du Nord, la sagesse semble avoir remballé ses affaires et déserté les lieux laissant place au chaos et à la mésentente. La politique, maniée par le seul et unique, divise la cité ne laissant aucune place à l’entente. Les membres de la cité s’entredéchirent et l’édifice risque de s’écrouler.  

 

Au préambule un tantinet pédant, cédons la parole aux faits. Le président Kaïs Saïed continue à diviser les Tunisiens entre bons et intègres qui sont de son côté et vilains et traitres qui s’opposent à lui. Le président Kaïs Saïed a réussi l’exploit de se mettre à dos de plus en plus d’acteurs de la scène politique, non pas qu’ils possèdent, tous, la graine de la félonie mais du fait qu’il n’ait pas pu (ou voulu) rassembler. Le président Kaïs Saïed a foncé dans le tas, piétinant tout sur son passage afin de faire vivre sa vision unique, quitte à ce que la défiance à son encontre se renforce. Le 25 mai, trois décrets parus dans le journal officiel à minuit, n’ont fait que confirmer cet état de fuite en avant dans lequel il s’est confiné. Il convoque les électeurs pour son référendum du 25 juillet malgré les réticences même de l’Isie qu’il a nommée en personne. Il annonce une constitution publiée par décret. Il désigne à sa commission consultative, censée mener le dialogue et élaborer le texte de la constitution, des personnes qui ont catégoriquement refusé la participation. On n’en est plus à dire qu’on nage en plein délire, ce stade on l’a bien dépassé.

 

Pourtant, au lendemain du 25 juillet 2021, le président Kaïs Saïed avait tout un champ des possibles afin de lancer les réformes nécessaires à un système en périclitation. Ses adversaires, notamment le chef du gouvernement Mechichi et son « coussin » islamo-qalbiste ont atteint des sommets sur l’échelle de la détestation chez la population et l’élite. La crise et l’impasse étaient telles que le terrain était tout prêt pour qu’il engage le pays sur une voie nouvelle. Le diagnostic était connu de tous, les solutions aussi. Au lendemain du 25 juillet 2021, le président Kais Saïed aurait pu lancer un véritable dialogue, faire participer les composantes de la scène, accélérer les choses, abréger au maximum l’état d’exception pour un retour rapide à la légalité républicaine…

Sauf que le président Kaïs Saïed ne voyait pas la chose de la sorte. Il était investi d’une mission. Il s’est attelé à surfer sur le large soutien populaire dont il a bénéficié dans le seul but d’accomplir sa mission : un projet utopique, une vision autoritaire, une exclusion de tout corps intermédiaire…

 

La haine envers une classe politique qui a échoué durant les dix dernières années, la peur que celle-ci revienne en force si jamais le coup présidentiel tombait à l’eau, ont donné à Saïed la latitude d’entreprendre des passages en force et de contorsionner le texte constitutionnel à souhait. Il a profité de cette situation pour attiser les divergences. Il a laissé les choses pourrir pendant dix mois pour enfin mettre tout le monde devant le fait accompli. Cependant, les limites de cette approche se font ressentir. Climax. La défiance à son encontre est à son comble. La tension est à un point culminant. L’isolement du président s’accentue. Moins de deux mois du référendum sur une nouvelle constitution, ceux qui sont convoqués pour la rédiger refusent. Les doyens des facs de droit n’y tiennent pas. Moins de deux mois du référendum, le dialogue national factice voulu par le président ne tient pas la route, l’UGTT a claqué la porte avant même qu’elle ne s’ouvre.

Si la politique est aussi de rendre possible ce qui est nécessaire, alors le président Kaïs Saïed est passé à côté de l’essentiel. Ses décisions unilatérales l’entraineront tôt ou tard dans une impasse.

 

Par Ikhlas Latif
27/05/2022 | 22:00
3 min
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Commentaires
Fares
Les acquis du 25 juillet?
a posté le 29-05-2022 à 17:44
Je ne connais qu'un seul 25 juillet celui de 1957, la fête de la République. Malheureusement un bâtard politique a récupéré cette date importante dans notre histoire pour la pervertir et s'en servir afin d'assouvir un fantasme personnel.

90% des tunisiens sont contents que Ghannouchi et ses mafieux ne contrôlent plus le pays, mais je n'irais pas jusqu'à parler d'acquis. On n'a rien acquis depuis 2011, le pays est en chute libre tel un avion sans pilote. Ennahda serait tombé avec ou sans le papi révolutionnaire. Quiconque qui pouvait contrôler l'armée ou une partie de l'armée aurait pu le faire.

Depuis ce 25 juillet, beaucoup de mensages et de tromperies ont coulé sous les ponts.
A4
Citation
a posté le 29-05-2022 à 16:48
Citation de Monsieur Chocotom:
Quand l'électeur moyen est idiot, les politicards pour qui il vote ne peuvent être que des minables !!!
Faysall
Pas tout a fait
a posté le 29-05-2022 à 15:53
Pas tout a fait, puisque vous continuez en toute liberte, a nous abreuver avec vos litanies hebdomadaires contre ce Monstre Kaeies Saeid..
GZ
Le texte
a posté le 29-05-2022 à 09:35
Texte bien rédigé, sans scories, chose rare. On ne va pas faire la fine bouche.
Quant à ce qui est des solutions alternatives, mon avis est que, sauf erreur, cela ne rentre pas forcément dans les obligations de l'auteure.
Le ferait-elle que certains ne manqueraient pas de la rappeler à l'ordre. Vertement. C'est arrivé.
On peut avoir son idée sur ce qu'il ne faut pas faire sans pour autant prétendre savoir ce qu'il faut faire.

Ne pas réitérer "la tragédie du roi Christophe" est, à ce j'ai compris, le dessein de l'auteure.
GZ
Question de méthode, pour éviter que le 25 juillet ne se transforme en 18 Brumaire An Vlll
a posté le 29-05-2022 à 09:17
Carthage vaut bien un Thophet, la Constitution un débat.
"La constitution, ensemble de textes juridiques qui définit les institutions de l'Etat et organise leurs relations. Elle peut aussi rappeler des principes et des droits fondamentaux. Elle constitue la règle la plus élevée de l'ordre juridique". "[...] juge et législateur doivent la respecter sous le contrôle du juge constitutionnel". Dernier passage pour @Tardi.
Il ne s'agit pas d'une quelconque circulaire ministérielle, ni d'un insignifiant arrêté municipal.
Sa rédaction ne saurait être faite en catimini, proposée pour approbation telle une pochette surprise. Je force le trait.
Quelles que soient les valeur, compétence et indépendance de ses rédacteurs nullement récusés ici, la discussion et la rédaction de ses articles devraient être ouvertes et publiques. Le meilleur endroit eût été le siège du parlement. Quid avec une représentation nationale aux activités suspendues, discréditée, honnie, regrettée par personne ?
N'aurait-il pas fallu procéder à des législatives anticipées ? Avec le même code électoral on aurait repris les mêmes voyous pour retomber dans les mêmes travers. Dans sa ronde infernale, le serpent se serait mordu la queue. Argument recevable.
Il faut bien commencer quelque part.
On pourrait imaginer, faute de mieux, pour couper cours à toute critique, pendant quelques semaines, voire des mois - au point où nous en sommes - retransmettre les débats sur une chaîne dédiée avec présentation des enjeux et synthèse régulière de l'avancement des travaux.
Combien sont les familles - autour de la table les débats doivent être animés, de haute tenue - @The Mirror, à même de dérouler le pavé constitutionnel, en décrypter les enjeux, tenants et aboutissants pour aller faire son choix en connaissance de cause ?
Au pays des footeux, @@ Arbitre et Tardi, vous trouverez des millions de sélectionneurs à même de vous concocter la meilleure équipe mais infoutus de citer onze membres de leur gouvernement.
Sachons donner du temps au temps et à l'explication. Ce ne serait pas un luxe. L'-en-jeu en vaut largement la chandelle.
Dire ceci n'est pas rejeter les acquis du 25 juillet.
Tardi
Soyez direct
a posté le à 12:11
Encore une fois,@GZ,je vous fais le même reproche que celui que je vous avais fait par le passé;Soyez direct,vous vous adressez à moi et j'ai du mal à vous comprendre alors imaginez les autres!
Allez droit au but et arrêtez de zigzaguer,de quoi avez-vous peur exactement? Un mot de travers et alors? je ne vais pas surgir de votre écran pour vous demander des comptes!
J'ai l'impression que vous avez par dessus tout le souci de soigner votre image,vous comptez vous présenter aux prochaines élections de Mèwlènè el Emir Kais Saied ihéb yohkom wahdou sous l'étiquette @GZ?
GZ
@Tardi
a posté le à 14:43
Bonjour.
Je crois être clair. Si je vous cite, c'est bien que je partage votre propos.
Si vous avez lu mon commentaire sous la dernière chronique de Mme Latif, vous devriez savoir que je compare l'hôte de Carthage à Robespierre ou Napoléon. D'où l'allusion au 18 Brumaire. Toutes proportions gardées bien entendu. De l'un comme de l'autre, la fin n'est pas enviable. Non plus souhaitable pour le pays. Les choses étant où elles en sont, il y a probablement quelque chose à sauver. Qui vous dit que la réponse au projet présidentiel sera Oui ? Ce projet de Jamahiriya ne fonctionnera jamais. De Gaulle a bien quitté le pouvoir après pareille mésaventure. S'approprier les acquis du 25 juillet n'est pas donner un blanc seing à leur initiateur.
Quant à un quelconque poste électif, à dieu ne plaise, si dieu il y a. Je ne sais où vous avez été chercher cela. C'est la meilleure blague depuis longtemps. Je ne puis penser que vous soyez sérieux. Je ne suis pas suffisamment camelot, hâbleur, bonimenteur. Costume trop large pour mes frêles épaules.
Passez un bon dimanche.

PS. Pour "Mèwlènè el Emir" et les autres, je cultive mon droit à l'irrévérence. Je m'efforce de juger sur pièce.
Tardi
Merci
a posté le à 17:42
Merci @GZ d'avoir pris la peine et le temps de clarifier vos propos;
Bonne fin de Week-end à vous aussi.
Fares
Skoutia un prélude du skout
a posté le 28-05-2022 à 20:17
Saïed nous a montré cette semaine sa skoutia avec son forcing. Il ne restera plus qu'à attendre son skout prochain. Il a dépassé les bornes ce fils de. ..
Fares
Erratum
a posté le à 21:49
Soukout et pas skout.
The Mirror
@ Tounsi Fakhour: Elle ne peut pas donner ce qu'elle n'a pas
a posté le 28-05-2022 à 17:49
J'apprécie ton analyse et ton appel à la valeur travail.
Cependant, tu demandes à l'auteur de l'article des propositions. C'est là que je ne te suis pas.
En effet, avec un peu de recul, je sais maintenant que ces gens-là écrivent, non pas pour critiquer et proposer des solutions, comme c'est le cas partout ailleurs, non, ils écrivent pour trois raisons:
- pour quelques dollars de plus,
- pour amuser la galerie,
- pour tire sur tout ce qui bouge.

Et pour finir, j'avoue que je ne lis plus ce genre d'articles, je lis plutôt les commentaires, que je trouve parfois constructifs.
Tounsi Fakhour
@The Mirror
a posté le à 12:02
Merci pour votre commentaire.
Continuons à élever le débat.
Bien à vous
Pan
Le temps perdu
a posté le 28-05-2022 à 14:37
Le dialogue ! C'est avec le FMI et non pas avec les morts, sinon on est obligé de solliciter une necromancière et non une journaliste.
nazou de la chameliere
Il court il court le facho
a posté le 28-05-2022 à 13:07
Et...droit dans le mur !!!
Les fachos sont géniaux !!
Ils interdisent de voyage, des gens qui n'ont pas l'intention de voyager !!!

C'est tellement débile et énorme, que je me demande s'ils se rendent compte de l'énormité de leur bêtise !!!

MH
Bonjour nazou
a posté le à 13:55
Pas trop futé notre furet !!
nazou de la chameliere
Bjr MH
a posté le à 09:44
Pour le coup, ce serait plutôt des ...puTOIS !!!

Et la traduction en arabe de "putois " est excellente !!
Surtout les trois premières lettres .
:))))
Tounsi Fakhour
Sujet intéressant
a posté le 28-05-2022 à 12:27
Cette chronique est bien écrite.
Mais, elle semble :
'?' Un peu biaisée,
'?' Chercher la petite bête,
'?' Sophiste,
'?' Un peu stérile.
Que conclure ? Proposez-vous quelque chose ?
KS est le président de l'exécutif, il dispose de beaucoup de pouvoirs'?'
Il a assaini l'ossature. Son coup d'état magistral et son action salvatrice entamée le 25 juillet ont permis :
1. Gel puis dissolution d'un parlement catastrophique,
2. Eviction du gouvernement Mechichi (un incompétent notoire qui a pactisé dès le début avec les frérots et les klebs),
3. Les magistrats : KS les a prévenus, ils l'ont dénigré, le peuple le veut et KS a remplacé le CSM,
4. Pour une fois, le dossier FMI est sérieux et un exécutif qui ose aborder les douloureuses mais nécessaires réformes,
5. La consultation nationale : Cette consultation est loin de faire le pschitt (tant espéré par certains), c'est l'inverse,
6. KS a remplacé l'ISIE,
7. Un débat national est en vue avec les parties honnêtes,
8. Un référendum est prévu pour le 25 juillet,
9. Etc.
Toutefois, personne n'a de baguette magique et n'oublions pas que les temps judiciaire, médiatique et politique sont différents.
Alors au travail : le gouvernement, les administrations, les tribunaux, '?' TOUT LE MONDE !
Tardi
Elloum mouch âlè Kais Saied
a posté le 28-05-2022 à 08:34
Yè Ikhlass,elloum mouch âlè Kais Saied.....
Elloum à tous ces politiciens de pacotille,à la Société civile,aux intellectuels ,aux journalistes,bref à nous tous,citoyens tunisiens,pour ne pas avoir su voir venir le TSUNAMI et mettre les populations à l'abri,à défaut de l'en empêcher;
Qu'espérez-vous donc d'une Société qui dés le début n'a pas respecté son Destour de 2014?
Qu'espérez-vous d'une Société qui regarde d'un oeil passif des élus saboter à chaque fois et de façon systématique la mise en place de la COUR CONSTITUTIONNELLE,seule instance régalienne,qui, en vertu du Destour, est habilitée à arbitrer dans les litiges entre les 3 pouvoirs indépendants,litiges devant forcément survenir puisque ce Destour avait pour première ambition d'éviter de tomber de nouveau fél hokm el fardi?
Kais Saied n'a fait que profiter d'une situation qui convenait à son tempérament et à sa nature,croyant disposer d'une mission particulière.
Voilà ,le mal est fait et au lieu de "laver notre linge sale en famille" avec une Cour Constitutionnelle "Jeraba safi",regardons la Commission de Venise,le FMI,le Sénat américain et comble de la déchéance,cette putain d'UE (mè èhhan ommè âlè sèréhha) nous faire des leçons de morale politique.....
Fadhoula Faffou
Oublier la Politique
a posté le 28-05-2022 à 06:17
Faut pas deranger Aristote , : aucune théorie ne s'applique chez nous : il n y a ni cit'? , ni citoyens , ni 'etat , ni 'institutions.... mais des profiteurs , des comploteurs et des opportunistes ...
Gg
Pédant? Oh non!
a posté le 27-05-2022 à 22:44
"Au préambule un tantinet pédant, cédons la parole..."

Mais pas du tout, quelle gêne y aurait-il à se référer aux plus grands penseurs de l'humanité?
Encore, encore... Cela nous changera des faux grands, bien vivants!