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Oncle Sam, dites-nous ce qui va se passer en Tunisie !
17/02/2013 | 1
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Oncle Sam, dites-nous ce qui va se passer en Tunisie !
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L’assassinat de Chokri Belaïd a conduit le pays dans une crise sans précédent depuis les élections du 23 octobre 2011.

La situation était déjà tendue depuis des mois, mais elle vient de prendre une ampleur plus importante depuis le 6 février, date de cet assassinat politique odieux.

Depuis, les différents observateurs étrangers n’ont cessé de bouger pour contacter les principaux dirigeants politiques du pays, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition. Et en premier lieu, les Américains. Dictent-ils la conduite à suivre en Tunisie ? Il y a lieu de le croire… En tout cas, ils ne sont pas et ne sauraient pas être totalement étrangers à l’initiative de Hamadi Jebali.

 

Rappelez-vous, c’était en octobre dernier, quelques semaines seulement après les événements du 14 septembre, lorsque des salafistes ont pénétré de force l’ambassade américaine. Ils ont alors brûlé les voitures, cassé des vitres et remplacé la bannière étoilée par leur drapeau noir.

Le 8 octobre 2012, Sarah Chayes, associée sénior de la fondation « Carnegie Endowment for International Peace » publie un article intitulé "Flirt avec l’extrémisme en Tunisie" (cliquer ici) dans lequel elle recommande le remplacement immédiat de trois ministres : la Justice, l’Intérieur et les Affaires religieuses.

Sarah Chayes n’est pas n’importe qui à la fondation Carnegie et cette fondation a un très grand poids (voire le plus grand) dans le paysage lobbyiste américain en matière de politique au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. C'est l’un des think-tank les plus influents au monde et la plus influente dans la région du Moyen-Orient et Afrique du Nord.

Ses recommandations sont prises très au sérieux par le gouvernement américain dont les membres participent régulièrement à ses conférences.

 

Dans son article, que nous avions alors synthétisé et traduit pour nos lecteurs, Mme Chayes écrivait : "Que ce soit faute de maturité ou pour cause de connivence latente, l’attitude du gouvernement tunisien a été équivoque face au phénomène de l’extrémisme. Plusieurs incidents suggèrent que le parti au pouvoir, Ennahdha, serait en train de flirter avec la violence afin de s’agripper au pouvoir", a averti l’analyste.

Elle poursuit en affirmant que "Si Ennahdha cherche réellement à sauvegarder sa crédibilité à l’intérieur du pays comme à l’étranger, à vouloir prôner la modération, il devra résister à cette tentation !".

Le parti au pouvoir devrait, selon elle, s’engager à garantir la sécurité et la neutralité de l’arène politique.

Elle a ajouté : "Pour un bon premier pas, le chef du gouvernement Hamadi Jebali devrait commencer par limoger des ministres clés et les remplacer par d’autres personnes plus neutres et plus expérimentées".

 

Le mot est dit depuis octobre et il a fallu attendre février, et deux assassinats politiques plus tard, pour que Hamadi Jebali applique ce que la fondation Carnegie (et une très bonne partie de l’opposition et la société civile tunisiennes) recommandaient !

 

Depuis l’assassinat de Chokri Belaïd, Américains et Européens n’ont pas cessé de bouger. Et un bon nombre d’entre eux a rencontré Hamadi Jebali.

William Taylor, chargé de la transition démocratique dans les pays dits du Printemps arabe au sein du Département d’Etat américain l’a rencontré lundi dernier, en présence de l'ambassadeur américain en Tunisie Jacob Walles.

Le lendemain, mardi 12 février, c’est l’ambassadeur Walles qui a eu un entretien avec Rached Ghannouchi. Ce dernier a, soudain, mis de l’eau dans son vin pour s’approcher, plus ou moins, de l’initiative de Hamadi Jebali, alors qu’au début il y avait un rejet catégorique.

Deux jours plus tard, jeudi 14 février, le même ambassadeur est reçu par Ali Laârayedh, ministre de l’Intérieur. En quatre jours, donc, Jacob Walles a rencontré les principaux acteurs du pouvoir en Tunisie. Sans parler des rencontres qui n’ont pas été rendues publiques.

En même temps, certains dirigeants d’Ennahdha dénoncent l’ingérence française, mais deviennent soudain muets quand leurs chefs ont de pareilles rencontres, en pleine crise, avec les Américains !

 

Qu’est-ce qui a filtré de ces rencontres ? Quel poids a l’opinion de l’ambassadeur américain sur nos décideurs ? Officiellement, on l’ignore.

Ce que l’on sait, par contre avec certitude, c’est que les Américains ont fortement appuyé Ennahdha avant les élections. Personne ne parlait alors d’ingérence.

Le véritable tournant a eu lieu en septembre, après les événements de l’ambassade. Rafik Abdessalem s’est alors dépêché à Washington pour calmer les esprits et il est revenu satisfait. Très satisfait même. Quand l’article de la fondation Carnegie a été publié, son effet a été minimisé par le gouvernement.

Il est vrai que Hamadi Jebali a persisté à faire confiance à son équipe, malgré les multiples échecs. Il est vrai aussi que tout le monde attendait le résultat des élections US.

Ce que l’on oublie, c’est que la politique américaine et l’opinion d’une fondation, telle Carnegie, ne changent pas au gré des élections.

Il n’est donc pas interdit de sauter le pas et de dire que la « recommandation américaine » de nommer des ministres neutres et apolitiques à la tête des ministères de souveraineté est de nouveau mise sur le tapis pour qu’elle soit immédiatement « appliquée » par Hamadi Jebali. Il a mis beaucoup de retard à le faire, il est temps ! D’autant plus que l’expérience marche à merveille avec Abdelkrim Zbidi. On se rappelle qu’avant les élections, le CPR (et à degré moindre plusieurs dirigeants d’Ennahdha) opposaient un niet catégorique à cette nomination.

 

Le hic maintenant, c’est que cette recommandation de Carnegie (et de l’opposition tunisienne) que tente d’appliquer Hamadi Jebali, est farouchement rejetée par Ennahdha et le CPR.

 

Ceux qui connaissent le paysage politique tunisien savent parfaitement que rien ne se décide dans le pays, sans la « bénédiction » des Algériens, des Américains et des Français. Vraisemblablement, le 14-Janvier s’est décidé sans les Algériens et les Français.

Les Tunisiens voulaient une démocratie, ils l’ont eue et les Américains ont fortement applaudi. Mais il se trouve que l’expérience a montré ses limites avec un pouvoir tenté de devenir hégémonique et dictatorial.

Si l’on part du principe que les Américains ont un poids sur les décisions politiques internes tunisiennes (ce qui reste à prouver naturellement), il est curieux de connaître ce que leur ambassadeur a prévu en conséquence.

Soutiendra-t-il Jebali ? Le laissera-t-il démissionner pour que les Tunisiens décident seuls de leur sort ? Convaincra-t-il Ennahdha de revenir sur sa décision pour que le parti islamiste respecte les règles du jeu et que la démocratie naisse réellement dans le pays ? La réponse n’est pas pour demain…

 

 

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