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Nawaat ou comment créer un vrai-faux scandale pour accabler Caïd Essebsi
13/06/2013 | 1
min
Nawaat ou comment créer un vrai-faux scandale pour accabler Caïd Essebsi
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Chiboub/Caïd Essebsi, relations en or noir. Tel est le titre de l’article anonyme publié, mercredi 12 juin, par le site d’investigation Nawaat et qui a fait immédiatement le buzz sur les réseaux sociaux. Un article qui fait le bonheur de ceux qui cherchent à décrédibiliser « le vieux », ceux qui veulent obligatoirement voir des liens douteux entre l’ancien régime et ses successeurs et ceux qui cherchent à connaître tout simplement la vérité et en finir avec la corruption (sous toutes ses formes).

Truffé de détails croustillants, de preuves et de fac-similés, l’article donne l’impression qu’il est costaud et rédigé selon les règles professionnelles en la matière. Il faudra cependant un regard plus pointu pour voir que ce n’est, en fait, qu’un amas de petites pièces empilées de force pour donner l’impression d’être un véritable article d’investigation.

D’après Hafedh Caïd Essebsi, leader à Nidaa Tounes et fils de l’ancien ministre, c’est un montage. Il parle carrément de diffamation et de faux documents. Nous n’irons pas jusque_là, car (à vue d’œil), les documents révélés par Nawaat nous semblent authentiques.
Seulement voilà, il nous semble aussi que les rédacteurs anonymes de Nawaat font dire à ces documents ce qu’ils n’ont pas dit et inventent des faits essentiels, non étayés par aucune preuve.
Nawaat écrit : « Le 24 août 2011, soit 5 mois après la parution du décret-loi précédemment cité, Slim Chiboub présente à la Direction Générale de l’Energie du ministère de l’Industrie, une demande d’accord pour le transfert de sa part d’obligations et des droits du permis « BEKS » au profit de la compagnie « Andarko BEKS Tunisia Company », et ce, conformément aux dispositions de l’article 34 du Code des hydrocarbures exigeant cette autorisation ».
Nawaat n’a présenté aucune preuve ou document prouvant que Chiboub ait présenté une quelconque demande. Qui nous dit que ce n’est pas l’Etat qui a présenté ladite demande. C’est pourtant essentiellement sur la base de ce paragraphe que Nawaat a construit son titre faisant état de liens « en or noir » entre Chiboub et Caïd Essebsi. Par ailleurs, Slim Chiboub, contacté par Mosaïque FM, a assuré ne pas être au courant de cette histoire et a exprimé son étonnement vis-à-vis de ce genre de « révélations ».

A qui appartiennent officiellement ces parts et vers qui elles ont été transférées réellement ?
D’après le JORT et le ministère de tutelle (et c’est sur quoi a signé le ministre Abdelaziz Rassâa et visé BCE), une demande est parvenue le 24 août 2011 pour solliciter l’accord de la Tunisie pour le transfert de parts de la société Voyager Oil and Gaz vers la société Andarko Tunisie.
Voyager Oil est cotée sur la bourse américaine et Slim Chiboub était titulaire de quelques actions en bourse de Voyager. Nawaat dit que Chiboub est propriétaire, ceci est faux et personne ne peut prétendre qu’il est vraiment propriétaire d’une société cotée. A la limite, on dit actionnaire de référence. Nawaat dit que Chiboub est président de cette entreprise. Ceci est faux, le président s’appelle Shiraz Dhanani comme nous avons pu le constater nous-mêmes. Nawaat présente un document censé prouver que Chiboub est président, nous prouvons le contraire. Et si on entend Hafedh Caïd Essebsi, ce document de Nawaat serait carrément un faux. Nous n’irons pas jusque-là, une fois de plus, mais ce document ne prouve pas un quelconque lien Caïd Essebsi/Chiboub.
Dire par ailleurs que les parts transférées de Voyager à Andarko appartenaient à Chiboub et que l’ancien ministre Abdelaziz Rassâa était au courant de ce fait est léger et manque terriblement de preuves. C’est là une autre pièce essentielle de l’article de Nawaat qui tombe à l’eau.
On poussera plus loin pour dire que les parts de Chiboub dans Voyager (détenues via son entreprise Maillon d’Or) ont été confisquées par l’Etat suite à un décret signé par BCE.

La troisième pièce essentielle « découverte » par Nawaat pour voir des liens douteux entre BCE et Chiboub est qu’Andarko est représentée en Tunisie par Slah Caïd Essebsi, frère de BCE et que ce dernier est membre du cabinet de son frère Caïd Essebsi & Partners.
Il se trouve que Slah Caïd Essebsi est un avocat d’affaires et nul ne peut lui demander d’arrêter son activité et d’avoir des clients internationaux de cette envergure, sous prétexte que son frère est devenu Premier ministre. Il faut juste que ces affaires ne soient pas illégales. Mais s’il y a une quelconque illégalité, il faut d’abord présenter des preuves et, jusque-là, Nawaat n’en a présenté AUCUNE.
On se rappelle, début 2012, que Béji Caïd Essebsi s’est inscrit de nouveau à l’Ordre des avocats (voir notre article à ce sujet), ce qui laisse entendre clairement que BCE n’était pas avocat ni membre du cabinet de son frère au moment des faits reprochés.

Andarko est également une société cotée sur la bourse américaine. D’après Hafedh Caïd Essebsi, sa représentation tunisienne est assurée légalement et officiellement par un avocat tunisien qui est son oncle Slah Caïd Essebsi et il n’y a aucun conflit d’intérêts dans cette histoire de transferts de parts entre Voyager et Andarko.
Les deux sociétés sont cotées en bourse, la seconde a acheté des titres dans la première et a demandé le transfert de parts dans un permis d’exploration en Tunisie. Jusque-là, a priori, il s’agit d’une opération ordinaire qui n’est pas compliquée à comprendre pour les initiés. Quant aux parts de Slim Chiboub, selon Hafedh Caïd Essebsi, elles sont sous la tutelle de l’Etat tunisien.
« S’il y a malversation, ils n’ont qu’à aller déposer plainte », conclut Hafedh Caïd Essebsi.
Justement, c’est ce qu’a fait l’avocate Faouzia Bacha, experte en contrats pétroliers internationaux, comme l’indique Nawaat. Il n’est d’ailleurs pas exclu que ce soit Me Bacha qui soit à l’origine de plusieurs informations figurant dans l’article.

Pourquoi Nawaat a-t-elle mis côte à côte tous ces éléments de telle sorte que Béji Caïd Essebsi soit épinglé devant l’opinion publique ? S’agit-il d’une simple investigation, menée sans la technicité nécessaire, mais en toute bonne foi ? S’agit-il d’un règlement de comptes ?

Si le site Nawaat s’est distingué dans certains de ses articles par son professionnalisme (dont les auteurs ont quitté le site depuis), force est de remarquer que le traitement d’autres dossiers est mené avec amateurisme dans un total esprit de revanche où l’on mêle l’info à l’intox afin de « plomber » son sujet et de l’accabler coûte que coûte.
C’est le cas de cet article non signé, ce qui est contraire aux règles en la matière.
Ce qu’il faut savoir, et les professionnels des médias tunisiens ainsi que les politiques connaissent parfaitement cela, c’est que Nawaat est financé par des fonds étrangers. Et on sait parfaitement que c’est celui qui finance qui commande. Que dire alors pour un média, destiné à orienter l’opinion publique ? Il faut connaître qui finance Nawaat et quels sont ses objectifs à travers ces financements pour savoir pourquoi ce site cherche à faire ce qu’il fait. Faire de l’art pour l’art ? Le doute est permis…
Les initiés connaissent parfaitement la gravité de l’ingérence de fonds étrangers dans les médias (et la loi tunisienne l’interdit clairement) et les Tunisiens ne le savent que trop quand ils se rappellent le rôle joué par Al Jazeera dans le printemps arabe. Avec Nawaat, on est à des degrés moindres et pour des objectifs différents, mais le principe est le même.

N.B.



13/06/2013 | 1
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