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Chroniques
Mechichi et le président fusible de la farce
Par Ikhlas Latif
27/11/2020 | 20:30
4 min
Mechichi et le président fusible de la farce

 

C’est indéniable, le projet de loi de finances 2021 est loin de faire l’unanimité. Il provoque même de vives réactions de tous bords. Acteurs politiques, économiques ou sociaux sont très virulents et n’épargnent pas le chef du gouvernement. Alors que la plénière consacrée à l’examen du PLF est prévue ce samedi 28 novembre, Hichem Mechichi multiplie les rencontres « pour dialoguer » et « enrichir le contenu du projet » selon laïus officiel, pour se garantir un minimum de chance afin que le texte passe, essentiellement.

A son premier grand test, celui qui a été désigné, puis désavoué dans la foulée par le président de la République, est en train d’en prendre pour son grade et pas qu’un peu. Entre les difficultés à boucler le budget de l’Etat pour 2020, les bisbilles avec la Banque centrale, les foyers de colère partout dans le pays suite à une malencontreuse gestion des revendications, le Covid qui continue à se propager allégrement et sa gestion tout aussi malencontreuse, une opposition qui l’attend au tournant et des pseudo-alliés tout autant, Mechichi est le moins qu’on puisse dire dans de très sales draps. S’y ajoute donc ce projet de loi de finances qualifié de surréaliste par la majorité des experts.

 

On ne parlera pas chiffres et hypothèses barbantes, mais d’une théorie qui trouve un grand écho chez les fans du président de la République. Une théorie, portée en premier par son frère très actif sur les réseaux sociaux, autour d’un complot de la classe politique qui, étant consciente de son échec, balancera la patate chaude du PLF au chef de l’Etat. Selon cette théorie, ceux qui ourdissent ce plan visent à faire d’une pierre deux coups. Naoufel Saied ne nomme pas le chef du gouvernement et ses pseudo-alliés, mais c’est tout comme. Donc d’un côté, ils se délestent d’un dossier qui les dépasse, d’un autre ils tendent un piège au président de la République qui devra assumer politiquement les travers de cette loi de finances boiteuse.

 

Concrètement, cela revient au recours à certains alinéas de l’article 66 de la constitution qui prévoient les mesures à prendre si le projet de la loi de finances n’est pas adopté dans les délais. Faisons un peu de politique-fiction qui rejoint, d’ailleurs, cette théorie en vogue chez les amis du président. Le PLF doit être adopté au plus tard le 10 décembre et le président de la République peut renvoyer le projet pour une deuxième lecture (selon ses fans il sera amené à le faire tellement le PLF est catastrophique). Le Parlement se réunit pour un deuxième débat dans les trois jours suivant le renvoi. La loi est adoptée en deuxième lecture. Le chef du gouvernement ou un groupe de trente députés peuvent intenter un recours pour inconstitutionnalité des dispositions de la loi de finances devant la Cour constitutionnelle qui statue dans un délai ne dépassant pas les cinq jours. En l’absence de cette cour, c’est l'Instance provisoire du contrôle de la constitutionnalité des projets de lois qui s’en charge. Donc, si l’inconstitutionnalité est déclarée, la balle est renvoyée au président de la République, s’en suit alors une série de dispositions qui aboutissent à la conclusion que la promulgation de la loi doit se faire au plus tard le 31 décembre.

C’est le dernier alinéa qui fait dire à Naoufel Saied and Co qu’on cherche à tendre un piège au président. Parce que si le projet de loi de finances n’est pas adopté le 31 décembre, « il peut être exécuté, en ce qui concerne les dépenses, par tranches trimestrielles renouvelables et ce, par décret présidentiel. Quant aux recettes, elles sont perçues conformément aux lois en vigueur ». Ainsi, dans cette situation de crise économique et sociale le président de la République aura la charge des dépenses, sans intervenir sur les recettes. Par conséquent à chaque revendication, à chaque protestation, ses adversaires s’en laveraient les mains et diraient, « allez voir le président, c’est lui qui réglera la facture ». On comploterait donc pour que Kaïs Saïed soit le « fusible » de la farce, celui qui sera désigné responsable des bévues des autres. Mais, selon son frère, le président de la République a démasqué ce plan machiavélique et est déterminé à assumer pleinement ses responsabilités.

 

Dans cette morosité ambiante, où les spectres de la mort, de la faillite et de la révolte rodent, notre classe politique ne fait pas grand-chose pour rassurer les Tunisiens, au contraire. S’agissant de cette théorie du complot, rien ne dit qu’elle ne se réalisera pas, tant on a vu des vertes et des pas mures ces dernières années.

Par Ikhlas Latif
27/11/2020 | 20:30
4 min
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Commentaires
GZ
@BN
a posté le 29-11-2020 à 13:06
Bonjour.
De plus en plus fort .
On annonce 8 commentaires sous cette chronique . Sur les huit , six seulement sont visibles . Les deux miens , en réponse à Gg , ont disparu tout en étant comptabilisés . Allez comprendre .Est-ce parce que je n'ai pas débordé d'enthousiasme vis à vis de la nouvelle version du site ?

B.N : Cher lecteur il s'agit d'un problème d'ordre technique, nous sommes entrain de faire le nécessaire pour y remédier.
Nous vous remercions pour votre retour.
Ghazi
On est toujours
a posté le 28-11-2020 à 16:26
Soit dans le Hara-kiri soit dans le kamikaz voulu, c'est pour cette raison que je n'arrête pas de crier depuis 2014 que toute cette classe politique doit être écarté de la scène, TOUS sans exception, surtout celle de 2019, du sommet au plus jeune responsable de l'état, à écarter.

Ya Chaâb, ya Touensa, avec Ennahdha, ses arrivistes et ses gauchistes, sera un bled dans les 100 blagues.
AR
La politique et ses diables
a posté le 28-11-2020 à 11:56
Nous retournons toujours vers la case départ : L incompétence.
Faute d'avoir la capacité de proposer dès solutions, des idées constructives et un compromis pour l'intérêt général, on s'oriente alors vers la stratégie du complot, c'est l'essence même de l'esprit, du monde de fonctionnement de ces politiques, couvert par le camouflage de la légitimité et la démocratie. La principale motivation c'est se positionner dans le cercle de pouvoir et de décision. Peu importe les dégâts qui en découlent, le temps va cicatriser les plaies.
Mr Jomni a porté son témoignage, il a été prié de présenter sa démission avant le vote. Se plier aux exigences de sa sainteté ou plier bagage, c'est à eux seuls de fixer les règles de jeu et gare à celui qui ne les respecte pas.
Bob
La farce est indigeste
a posté le 28-11-2020 à 02:21
Le titre de votre article est aussi bizarre que la situation politique de la Tunisie, Je connaissais l'expression française dont l'origine est toujours en discussion et qui dit "le dindon de la farce". Et voilà que compliquez les choses en inventant une autre expression qui élimine le dindon et vous le remplacez par un fusible. Quelle idée! Je me demande depuis quand on met un fusible dans une farce Si le terme fusible vous plaît, je n'ai rien contre, chacun ses obsessions! mettez un fusible mais à condition de le remettre dans un circuit normal et oubliez la farce. Sans oublier aussi qu'un président dindon de la farce n'est pas un président fusible et inversement. Mais comme votre article est clair, prenez ma remarque -presque sous le seau de la plaisanterie
Léon
cette nouvelle configuration
a posté le 27-11-2020 à 20:46
De moins en moins bien.
Gg
Moi non plus, Léon!
a posté le à 17:23
Moi non plus je n'aime pas du tout la nouvelle présentation de BN.
Textes écrits en gris clair sur fond blanc, pop ups incessants, des pubs partout, obligation de dérouler trois pages pour trouver les commentaires... Ils,veulent faire plus de fric avec ça? Je vais aller voir ailleurs, c'est tout!
GZ
@Gg ,addendum
a posté le à 06:48
Avez-vous compris la raison de la présence de ces lolitas ?
Alimenter le débat ?
Faire concurrence à Nemrine Sfar ?
Est-ce la rançon du renouveau ?
Si quelqu'un a la réponse ...
GZ
@ Gg
a posté le à 06:20
Bonjour.
Je partage votre avis . Manque de contraste , difficilement lisible , on s'use les yeux .C'est dissuasif .
L'ancienne formule convenait parfaitement . Mais il fallait " moderniser " et comme tout le monde sait , mieux est l'ennemi de bien .
Les abeilles finiront par aller butiner ailleurs .
Bien à vous .
Mansour Lahyani
Léon, où sont passées les abeilles de la sourate 32 ?
a posté le à 16:52
Outre qu'elle n'est pas très esthétique, cette refonte de la présentation de BN est aussi très cruelle : elle nous prive de la référence cardinale du pauvre Léon : ses abeilles, qui nous ont tant fait rire !!!