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mercredi 17 août 2022
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Chroniques
Les combattants suprêmes
27/07/2015 | 15:59
6 min

 

A l’actualité cette semaine, la Fête de la République, les arrestations spectaculaires des terroristes à Sejnane et Menzel Bourguiba, les réactions algériennes et leur impact suite à la visite de Sarkozy, la fin (provisoire) de l’affaire Belloumi, Ben Ticha, Boughediri et Ben Hamida et la libération de Samir El Wafi. Il n’y a rien d’autre ? La loi antiterroriste enfin votée par une majorité de députés responsables et mâtures et la polémique en cours de naissance autour du projet de loi relative à la réconciliation. Pour une fin de juillet bien caniculaire, on ne chôme pas trop en Tunisie… Le pays bouge. Pas toujours dans le bon sens, mais il bouge et c’est déjà une bonne chose.

 

Pour la Fête de la République, le président Béji Caïd Essebsi est allé à la réception classique du 25-Juillet au Bardo. Les invités étaient triés sur le volet et, comme du temps de la troïka, seuls les amis sont invités. Les « nouveaux amis » précisément, pas les anciens grâce auxquels les Nidaistes sont montés. Ceux-là, pour le moment, ils sont oubliés. On fera certainement appel à eux quand il s’agira de voter utile la prochaine fois.
Parmi les nouveaux amis, on voit le londonien Hachemi Hamdi et quelques enturbannés du Golfe, par-ci par-là. Ceux-là mêmes que les Nidaistes moquaient et accusaient de tous les maux, sous la troïka. Elle est belle la République de Nidaa. Nidaa qui, depuis qu’il a gagné les élections, n’a quasiment plus de structures et voit ses militants partir désorientés et déçus, et ses bureaux fermer les uns après les autres. Nidaa qui n’a toujours pas de règlement interne et n’envisage toujours pas d’organiser son congrès. Nidaa dont le SG n’assume pas son invitation à Sarkozy qui n’hésite pas à créer des incidents avec l’Algérie. Quand il était opposant, sur les plateaux télé, Mohsen Marzouk répliquait plus vite que son ombre à ses adversaires politiques. Ses phrases assassines étaient toujours au bout de ses lèvres pour remettre ses vis-à-vis à leur place. Mais face à Sarko, il a dû avaler sa langue. Passons, nous y reviendrons certainement, puisque le nouveau Marzouk vient de s’inscrire dans le concours des hommes politiques qui font le plus de bourdes.

 

Pour aller au Bardo, depuis Carthage, Béji Caïd Essebsi a emprunté samedi dernier la RN9 (route de la Marsa), la RN8 (route de Bizerte) et le boulevard Mohamed Bouazizi (route X). Ceux qui sont passés par l’une de ses routes, samedi dernier, ont remarqué deux choses. La première est que les drapeaux tunisiens étaient accrochés à tous les réverbères et lampadaires, à l’occasion de ce 25-Juillet. La seconde est qu’il y avait un agent des forces de l’ordre tous les cent mètres, aussi bien à l’aller qu’au retour. Cette image des drapeaux et des agents pointés tous les cent mètres, les Tunisiens ne l’ont pas vue depuis 2010. A l’époque, il n’y avait pas de liberté d’expression, certes, mais il n’y avait pas d’insécurité ou de terrorisme non plus. Revoir ces agents des forces de l’ordre a de quoi rassurer, alors que nous sommes paradoxalement en pleine guerre contre le terrorisme. Revoir ces drapeaux rouge et blanc accrochés a de quoi faire plaisir, quand on sait que la Tunisie était commandée par des gens qui rêvaient d’accrocher des potences et d’autres d’y installer un califat.
S’il y a un cadeau à offrir aux Tunisiens, à l’occasion de la Fête de la République, c’est le « retour » de cette sûreté républicaine, celle qui sert la patrie et non les partis. Et ce retour ne s’illustre certainement pas avec des agents pointés tous les cent mètres sur le trajet présidentiel, mais par le coup d’éclat hollywoodien signé la veille à Sejnane et à Menzel Bourguiba. Ce même village de Sejnane était un fief du salafisme depuis 2012. Les autorités laissaient faire et fermaient les yeux. Quand le quotidien Le Maghreb a dénoncé l’existence de tout un émirat à l’époque, il a été « lynché » par les démentis éhontés des gouvernants.

 

La guerre contre le terrorisme avance. Il y a trois semaines, la nation a reçu un coup très douloureux avec l’attentat de Sousse. A la veille de la Fête de la République, cette même nation a donné deux coups douloureux aux terroristes, les arrestations de Sejnane et la loi antiterroriste enfin votée !
La loi a été votée par une majorité de députés responsables et mâtures. Seuls dix députés ont refusé de l’approuver. Ils n’ont pas eu le courage d’aller jusqu’au bout de leurs idées en votant contre, mais on sait désormais qui sont les députés qui luttent contre le terrorisme et ceux qui ne luttent qu’en façade. On le savait déjà, pour ces derniers, mais une preuve supplémentaire est toujours bonne à prendre.
Pour justifier leur position, ces députés parlent de liberté d’expression, de droits de l’Homme, de peine capitale et tout un vocabulaire pompeux pour faire croire qu’ils sont des anges. On les croirait volontiers si ces mêmes députés appliquaient, à eux-mêmes, leurs propres devises.
Au même moment où ils défendent la liberté d’expression, ces partis attaquent quatre journalistes au pénal, en les accusant de falsification et de faux et usage de faux dans une affaire de délit de presse. Après le dessaisissement du juge cette semaine, nous espérons que cette affaire honteuse sera définitivement classée, ne leur en déplaise !
Alors qu’ils ont signé eux-mêmes une constitution refusant d’abolir la peine de mort, ils s’élèvent contre la loi antiterroriste qui la prévoit dans ses textes. Alors qu’ils protestent que le terroriste soit traité comme un criminel différent des autres prévenus dans cette nouvelle loi, ils disaient que Jabeur Mejri croupissait en prison « pour sa sécurité ».

 

Qu’ils le veuillent ou pas, la lutte contre le terrorisme, contre l’obscurantisme, contre la revanche primaire et contre l’exclusion, continuera.
Il est vrai que le gouvernement est faible et affaibli, il est vrai que le principal parti au pouvoir multiplie les bourdes, il est vrai que le moral n’est pas toujours au beau fixe. Mais en dépit de tout cela, la justice et la République vaincront contre ces revanchards obscurantistes, ne leur en déplaise encore une fois.
Tant qu’il y aura des patriotes qui préfèrent défendre les intérêts tunisiens plutôt que défendre les intérêts qataris, tant qu’il y aura des patriotes qui ne s’enfuient pas à Paris au moindre problème, tant qu’il y aura des patriotes qui ne jurent que par la République tunisienne et rejettent une Tunisie noyée dans un monde arabe ou dans une Oumma islamique, cette Tunisie républicaine vaincra.
Samedi dernier, ces patriotes ont fêté leur République. Lundi prochain, on fêtera l’anniversaire d’Habib Bourguiba. Le modèle que le combattant suprême nous a légué résiste encore grâce à tous les patriotes croyant en son projet de Tunisie républicaine et moderne. Qu’ils appellent à la revanche, qu’ils appellent au califat, qu’ils appellent aux potences et aux terres brûlées, ils demeureront éternellement minoritaires, tout comme ces 10 députés (sur 184 votants) qui n’ont même pas eu le courage de voter non.

 

27/07/2015 | 15:59
6 min
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Commentaires (19)

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boubaker sadok
| 28-07-2015 21:57
c'est une nouvelle tentative de Tartour et ses 10 élus avec leur guide suprême au Qatar pour livrer la Tunisie au terrorisme islamiste des frères musulmans

Faddit
| 28-07-2015 14:01
Dans cette Tunisie il y a des gens qui trouvent que le moyen âge était le siècle des lumières et qui veulent y retourner.
Dans cette Tunisie il y a d'autres qui pensent que le pays se développera et deviendra une puissance mondiale seulement par la grâce de dieux, alors ils cessent de travailler en attendant le miracle.
Il y a d'autres qui préfèrent à l'intérêt général leurs intérêts personnels.
Et le pays est plein d'autres catégories de pseudo-citoyens qui aiment leur pays mais ne participent pas à son développement (qqes exemples, Ils ne paient pas leurs impôts, jettent leurs poubelles devant la maison de leurs voisins, roulent sur la bande d'arrêt d'urgence, grillent les feux rouges, travaillent 2 ou 3 heures par jour et font grève pour dénoncer leurs conditions disent-ils inhumaines')
Ah oui il y a aussi les "a3touna" une catégorie Tuniso-Tunisienne qui ne fait rien mais demande du pognon, du travail une maison et voir même une X5... bien évidement sans rien B'
Si vous vous reconnaissez dans une de ces catégories ne cherchez plus pourquoi notre pays est un pays du tiers monde, miné par la corruption, l'insécurité, la misère et le terrorisme.
Changez votre logiciel, ne suivez pas les adeptes de la théorie du complot qui vous font croire que notre malheur vient des Qataries des Sionistes ou je ne sais quel peuple incapable de situer la Tunisie sur une carte.
Regardez vous dans un miroir votre ennemi est peut être en face de vous'.ou pas

j.trad
| 28-07-2015 13:08
j'adore les métaphores ,je meure d'envie de voir la tunisie noyée dans l'océan de OUMMA ISLAMIYYA ,parlant la merveilleuse langue arabe ,et parée du BAYAN ,oui ALFASAHA ,a presque disparu ,la foi vacille ,sous l'arrogance et la vanité des êtres humains frappés de toutes les présomptions ,contre ALLAH ,le créateur qui leurs donnes toutes les forces ,y compris l'intelligence ,j'admire les ISLAMISTES qui se cramponnent au texte sacré ,le SAINT CORAN ,le guide suprême ,ceux qui aspirent à l'union sacrée :khilafa ISLAMIYYA ,rien de plus merveilleux ,rien de plus prestigieux ,Rêve ,c'est le meilleur rêve ,nous souhaitons qu'il se réalise dans l'océan de lumières ,pas dans les bains de sang ,comme cherche à le noyer les ennemie de l'ISLAM (IBRAHIM houwwa alladhi sammakoum al mouslimin ...voir le verset .AL OUMMA ,c'est plus vaste même que l'arbre généalogique du prophète IBRAHIM ,AL OUMMA ,c'est un projet universel ,censé mettre fin à tous les conflits ,si tous les pays du monde enseignent la langue arabe (tout en gardant les langues indigènes :wa ja3alnakom chou3ouban wa 9abaila li ta3arafou ,inna akramakom 3inda'ALLAHI at9akoum )c'est très simple de sauver l'humanité (il suffi d'arracher la tumeur sioniste,j'espère qu'elle soit bénigne ,j'ai bien peur que ceux qui s'opposent à son ablation à temps ,lui donnent le temps de devenir maligne et donc mortelle pour l'humanité entière ,à DIEU ne plaise)./.

Bourguibiste nationaliste
| 28-07-2015 10:38
Où sont mes commentaires?

Réponse BN : Votre commentaire d'hier a été publié (tardivement), celui d'aujourd'hui a été censuré vu qu'il contient des accusations directes à un autre commentateur et ceci est contraire à nos règles de publication et tombe sous le coup de la loi. Merci pour votre compréhension.

Lolo69
| 28-07-2015 03:24
A quand un article sur votre ami journaliste qui a totalement dénigré les TRE ( zimigri) COMME vous dites si bien

Abel Chater
| 28-07-2015 02:37
Le Tout Puissant nous a créé une logique humaine, une balance, une parallèle et des mathématiques.
Ils se réjouissent de fêter la «République» avec «nationalisme» et «fierté», sans avoir compté avec la logique humaine. Qu'est-ce que c'est que le régime républicain, sinon la succession périodique au pouvoir, par des élections populaires démocratiques?
Lorsqu'on constate que la Tunisie avait connu la succession de six (6) monarques dans les cinquante-cinq (55) années qui précédèrent l'instauration du régime républicain de 1902 à 1957
Hédi Bey: 1902-1906
Naceur Bey: 1906-1922
Habib Bey: 1922-1929
Ahmed II Bey: 1929-1942
Moncef Bey: 1942-1943
Lamine Bey 1943-1957
Alors qu'elle ne connut que deux présidents de la République seulement, le long des autres cinquante-cinq années (55) qui suivirent.
Habib Bourguiba: 1957-1987
Zine El-Abidine Ben Ali: 1987-2011
De quelle république parlent-ils donc et comment voudraient-ils nous imposer à fêter une République tunisienne avec un président à vie, Bourguiba plus monarque que les rois eux-mêmes?
Ces donneurs de leçons, ont-ils perdu leur raison ou est-ce qu'ils nous prennent pour des brebis qu'on broute l'herbe qu'ils nous tendent avec une bassesse inouïe?
Cinquante-cinq années d'indépendance virtuelle de la France. Les deux dictateurs déchus Bourguiba et Ben Ali prenaient les instructions directement de Paris et avaient mis la Tunisie sous protectorat français inconditionnel, nous ayant garanti une pauvreté et une soumission perpétuelles.
Maintenant que nous jouissons d'un vrai régime républicain parlementaire, octroyé par la Révolution du 14 janvier 2011, au lieu d'abolir ce théâtre mensonger du 25 juillet et de se limiter à fêter le vrai jour de notre libération et de l'instauration du vrai régime républicain du 14 janvier, tout en nous libérant du colonialisme français, il y a ceux qui ne veulent pas nous permettre le changement tant attendu et tant rêvé. Ils ferment leurs yeux et défoncent avec haine et rancune une porte ouverte vers nos frères les Arabes et les Musulmans.
Le pays nain du Qatar situé à six mille kilomètres de la Tunisie, devient dangereux colonisateur de la Tunisie et le vrai colonisateur français, devient un ami intime, docile, bienfaiteur, bénévole et sans le moindre danger pour la Tunisie.
Le monde musulman et le monde arabe ne les honorent pas. Ils sont tous devenus des «combattants suprêmes» qui ne tirent profit que de Jean-Pierre ou de Pierre Mendes France, en se protégeant sous leurs souliers, les prenant pour des parapluies.
Comprend qui veut, comprend qui peut.

james-tk
| 28-07-2015 01:22
Je ne peux même plus utiliser la formule consacrée "le ridicule ne tu plus",non!
Là il s'agit bel et bien de vrai(e)s malfaisants,de véritables erreurs de la nature,ils avancent des principes nobles,mais,pour une utilisation à "mal escient",si je peux me permettre ce néologisme,à des fins funestes pour notre chère patrie,?
Ils sont d'une mauvaise foi,à toute épreuve,atteints tous, des mêmes défauts,les plus inimaginables aussi?

mizaanoun
| 27-07-2015 22:31
« Parmi les nouveaux amis, on voit le londonien Hachemi Hamdi et quelques enturbannés du Golfe, par-ci par-là »

Une certitude, dans toutes ces « festivités solennelles », on ne verra jamais par exemple, un Nicolas Maduro, un Evo Morales, un Rafael Correa, ça sera noyer la « belle Tunisie » dans l'Océan de ces « fous » qui croient encore à la justice. En plus ce sont des pays trop loin et puis, ils sont des farouches ennemis de « nos » amis les yanquis.

Par contre en plus des oligarchies du Golfe, on pourra bien compter sur les John McCain, les Georges Soros les cousins de Sarkozy ou même sur Obama, qui s'est révélé être un ami personnel de M. Essebsi. Et tant que les amis de ce pays sont ceux qu'on connait, c'est sûr qu'il ne bougera jamais nulle part en dehors de l'espace marginal, l'espace poubelle, autour de l'empire et de ses vassaux européens.

JOHN WAYNE
| 27-07-2015 22:26
La perte d'un être cher est inévitablement accompagnée d'une rétrospective des moments les plus difficiles de la personne en question.
Par exemple, lorsqu'à Paris j'apprenais en ce triste jour par un télégramme froissé et glissé sous la porte de ma chambre de bonne, que mon Père avait quitté ce monde, ma réaction fut de vivre une intense colère liée à la souffrance que cet homme aurait connu de son vivant.
Mon père était un homme chétif, aigri, et constamment pessimiste. L'auteur de mes jours vouait aux Tunisiens sauf à Bourguiba et à sa clique de nationalistes, un profond mépris. Il était par exemple convaincu que les Tunisiens n'étaient qu'un peuple de traitres se complaisant dans un Protectorat qui n'existait que par la complicité de ce dit peuple. Une espèce de colonisation taillée sur mesure par la France dans un contexte de mentalité de collaboration entre cette puissance coloniale et le peuple Tunisien. Pour mon Père, le protectorat Français était né à la demande des Tunisiens.
Une théorie qui étrangement vous rappellera la situation politique de la Tunisie d'aujourd'hui ou un peuple et ses hommes politiques marionnettes, passent le plus clair de leur temps à quémander des audiences de chefs d'états de puissances coloniales dans l'espoir d'intensifier l'ingérence de ces derniers.
Et donc me voici à Paris, effondré et le souffle coupé après avoir lu ce sombre télégramme glissé sous ma porte par la propriétaire du logis ou je louais une chambre de bonne aussi étroite que glaciale.
L'on dit souvent que nos pires des cauchemars finissent toujours par se réaliser. Il y a une espèce de prémonition naturelle chez l'homme.
Par exemple, lorsque je quittais mon petit village du Sahel vers deux heures du matin afin de prendre le premier train pour Tunis en direction du port qui me mènerait à Paris, j'avais serré dans mes bras mon vieillard de père tout en étant convaincu que je ne le verrai plus jamais. Aujourd'hui, j'ai encore en moi l'odeur de cette embrassade avec l'auteur de mes jours. Cet odeur bien particulière était celle d'un homme épuisé par des années de travail et ayant atteint la fin de sa vie. Une odeur à la fois agréable, familière, et angoissante de fatigue, de sueur, et de poussière. Une odeur de renfermé habitait mon Père comme s'il avait déjà posé un pied dans la tombe.
Arrivé à Tunis à l'aube, me voilà foulant les rues pavées et a moitié vides de la ville me menant au petit train qui lui-même me mènera au port de la Goulette. J'ai pour bagages deux couffins dont l'ouverture fut cousue par ces mêmes aguilles et fils qui servent à confectionner des matelas remplis de laine de mouton. Et en transportant ces deux valises de fortune, je suis pris d'un sentiment ambivalent de désir de conquête de la ville lumière, et de tristesse quant à des êtres chers que je ne rêverai peut être plus jamais.
Mais revenons à la mort de mon Père.
Ma première réaction à la lecture de ce télégramme fut de chercher à quitter le logis en question et d'essayer de me perdre dans les rues de Paris afin de tenter de dissiper ma douleur.
A cette époque, il n'existait guère de téléphone disponible dans la bourgade dont était originaire ma famille. Et donc, et après avoir sillonné les rues du quartier latin ou la nuit achevait de tomber, ou les cafés se remplissaient, et ou les lampadaires des rues clignotaient avant de s'allumer, mon unique consolation fut d'écrire une longue lettre adressée à mon oncle paternel.



JOHN WAYNE
| 27-07-2015 22:25
Les mois passent et me voici retrouvant le sourire.
J'alterne mes cours à la Sorbonne avec un emploi de plongeur dans un restaurant du quartier Latin.
Le propriétaire est un Italien aux cheveux gras, épais, et frisés coiffés à l'huile d'olive de Sicile. Il a pour passion un vin au gout de vinaigre qu'il fabrique lui-même dans sa maison située en dehors de Paris et qu'il transporte dans ces mêmes bonbonnes qui servent au transport de l'huile d'olive dans mon Sahel natal. Il a pour autre passion Mussolini qui selon lui avait prodigué a l'Italie et a son peuple une grandeur digne de celle que la Rome antique connut.
Nombreux de mes amis sont Algériens, ou Vietnamiens. Tous parlent de cette fin d'époque coloniale qui semble toucher au monde entier.
Les fins de semaines sont en général consacrées à des visites discrètes aux dames de la Place Pigalle dont certaines ayant la quarantaine et d'une fine élégance, exercent sur l'indigène brun de peau que je suis, une étrange fascination.
Mais notre libertinage a parfois un prix à payer. Il ne s'agit pas d'un prix en monnaie mais de celui que l'on paye après avoir contracté une de ces maladies honteuses.
Nous voici un ami Algérien et moi-même à l'Hôpital de la Pitié-Salpêtrière par un morne dimanche matin. J'ai pour la énième fois cette sensation d'avoir été puni de Dieu par ces brulures qui agrémentent mes visites au petit coin.
Une bonne s'ur au visage sévère et masculin nous guide d'un ton sec vers une salle d'examen ou se trouve posée une boite métallique sur une table peinte en blanc.
« Déshabillez-vous ! » nous somme la none en question.
Nous voici debout, caleçons en berne, et attendant le châtiment d'une piqure de pénicilline.
Un jeune interne aux cheveux roux pénètre dans la salle, ébouriffé et de mauvaise humeur.
Il semble vouloir insister sur des détails désobligeants :
«Ou avez-vous été pour avoir attrapé cela» nous demande-t-il sans nous examiner, mais en nous dévisageant d'un air dégouté derrière ses lunettes rondes.
« A la Place Pigalle Missieu» lui répond mon compère Algérien d'un fort accent bougnoul.
«Vous auriez pu faire attention !» lui lance le toubib rouquin de mauvais poil.
Caleçon baissé et dans une position plutôt humiliante, mon complice en débauche Algérien reçoit la première piqure. Il émet un gémissement et grommelle des injures en Arabe sans doute liées au calibre effrayant de l'aiguille.
Je subis le même sort mais sans broncher.
« Ce médecin Français était raciste ! » me confie d'un air humilié l'étudiant Algérien sitôt le toubib disparu dans le couloir.
Nous voici de nouveau flânant dans les rues de Paris.
Des rayons de soleil se hasardent dans le ciel.
Des voitures s'arrêtent pour ensuite démarrer dans des crissements de pneus.
De fortes odeurs de café émanent de bistrots ou des garçons, vêtus de tabliers blancs et cigarette à la bouche, posent bruyamment des chaises sur le trottoir.
Même après la perte de l'être le plus cher, la vie a l'air de continuer.

F.M. Alias JOHN WAYNE
Ancien Elève au Collège Sadiki
Diplômé d'Histoire et de Sciences Politiques de l'Université Paris-Sorbonne.
Ancien Fonctionnaire aux Ministères des Affaires Etrangères et de l'Intérieur Tunisiens des gouvernements d'Habib Bourguiba et de Zine El Abidine Ben Ali.
Diplomate de carrière et spécialiste de la sécurité et du renseignement.