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Le Tribunal administratif peut-il fausser le vote populaire ?

Temps de lecture : 3 min
Le Tribunal administratif peut-il fausser le vote populaire ?

 

Le Tribunal administratif rendra dans quelques heures, sa décision concernant les recours présentés par six candidats suite à la proclamation des résultats du premier tour de l’élection présidentielle. Epargnés par la désaffection et la suspicion générale et populaire qui ont éclaboussé la magistrature tunisienne, les juges administratifs seront très attendus. Leur décision pourrait, en effet donner une orientation totalement nouvelle au déroulement du deuxième tour de la présidentielle.

 

Bien entendu, le verdict du tribunal administratif demain, pourrait consacrer les résultats proclamés du premier tour. Dans cette perspective, qui semble être la plus envisageable, le processus électoral se poursuivra selon le schéma prévu par l’Isie, même si le calendrier continuera à être incertain. Mais dans le cas où le jugement du tribunal administratif ira dans le sens de l’invalidation des résultats de l’un des deux candidats gagnants du premier tour, beaucoup de choses seront fortement chamboulées. Une telle décision provoquerait des débats houleux, des tensions extrêmes et pourrait impacter lourdement l’ambiance dans laquelle se déroulera le second tour de l’élection présidentielle, mais aussi les élections législatives prévues le 6 octobre prochain.

 

Ce scénario relancerait le candidat d’Ennahdha, Abdelfettah Mourou, arrivé troisième à l’issue des résultats proclamés par l’Isie, qui sera amené à annuler l’appel précédent des islamistes à voter en faveur du candidat Kaïs Saïed au second tour. Dans cette perspective, certains appuis actuels de Kaïs Saïed pourraient changer de camps, ce qui conduirait au fait que les 300 mille voix qui le séparent actuellement de Mourou peuvent ne pas être déterminantes dans le décompte final.

 

La situation peut s’avérer encore plus compliquée si le Tribunal administratif décide d’aller dans le sens du recours présenté par le candidat Abdelkarim Zbidi et invalide de ce fait les résultats des deux candidats Nabil Karoui et Abdelfettah Mourou. On se retrouverait dans cette perspective avec un deuxième tour qui opposerait le premier candidat du premier tour au quatrième candidat du fait de l’élimination du second et du troisième candidat par décision judiciaire.

 

Beaucoup parmi la famille dite « démocratique et centriste » espèrent que ce scénario devienne réalité, ce qui donnera une seconde chance au candidat Zbidi. Mais cette nouvelle chance pour le candidat Zbidi est-elle réellement une chance pour le pays ou au contraire un saut dans l’inconnu qui n’aura comme seul résultat acquis, que l’élargissement de la faille qui sépare le monde politique des citoyens tunisiens ? Sans interférer dans les décisions de la justice, il est plus judicieux de penser que les élections doivent se gagner sur le terrain et non sur tapis vert. Cela évitera au pays des tensions dont l’issue est incertaine. Cela lui évitera surtout l’éclosion de héros de pacotille qui n’auraient jamais dû exister. Quant au candidat qui profiterait d’une éventuelle décision de la sorte, il ne sera, quoi qu’il fasse,  jamais un président à part entière, mais juste un président mal élus et un président de fortune.

 

Doit-on accepter la situation actuelle donc ? Oui parce qu’elle traduit la volonté des citoyens tunisiens, ceux qui ont boycotté les urnes tout comme ceux, moins nombreux, qui se sont déplacés jusqu’aux bureaux de vote. Mais les absents ont toujours tort. Oui parce qu’elle met aussi à nu toutes les faiblesses, toutes les lacunes et tous les égoïsmes de la classe politique, responsable du saut dans l’inconnu que le pays s’apprête à faire. En effet, cette classe politique a enclavé le pays dans un choix incertain entre un justicialiste révolutionnaire que personne n’a vu venir par ignorance structurelle et égocentrisme maladif ; et un aventurier magouilleur que tous ont cherché à ménager pendant trop longtemps par calculs politiciens et intérêts primaires.

 

Sans trop espérer de ce qui pourra advenir du pays durant le prochain quinquennat, il restera toujours aux Tunisiens leur vote aux législatives pour atténuer un tant soit peu leur vote à la présidentielle. Qui a dit que la construction démocratique est un long fleuve tranquille ?       

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Commentaires (16)

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BRUTUS
| 23-09-2019 12:32
kar-OUI & kar-NON ... aurait du ètre disqualifié dès le départ. dès son incarcération, il aurait du jeter l'éponge, ou ètre forcé à le faire:
peut-on imaginer un président diriger le pays depuis la prison
peut-on imaginer DSK diriger le FMI depuis la prison
DSK a du démissionner. kar-OUI & kar-NON doit suivre l'exemple.

Professeur de droit
| 23-09-2019 01:57
La fraude ou les irrégularités prévus par la loi, concernent les MANQUEMENTS MATERIELS éventuels de l'ISIE dans l'organisation du scrutin, et qui aurait , CLAIREMENT ET DIRECTEMENT porter préjudice à un candidat ( accès de ses électeurs au bureau de vote, disponibilité ou lisibilité de ses bulettins, heures d'ouverture et de fermeture des bureaux, ainsi de suite...).
Or aucun des candidats ne reprochent RIEN à l'organisation des élections, mais ils font tous des procès d'intention (irrecevables en droit) à des concurrents.
-Un candidat ne peut pas etre tenu responsable des propos des journalistes qui le soutiennent (en cas dépassement, ceci est du ressort de la HAICA et non du TA).
- Un candidat qui aurait "dérobé les voix" des tunisiens avec la charité. Ceci est une insulte au peuple, dont beaucoup des gens ne sont pas conscients.
RIEN n'interdit à un citoyen de recevoir des dons et de voter comme il entend ( Karoui ne prend pas leur place dans l'isoloir). Les citoyens ne voteront pour Karoui ou pour Olfa Terras que s'ils croient en leur sincerité.
Et s'ils sont sincères dans le soutien à la population, ils méritent d'etre élus car ce sont des vrais démocrates.
Les pays démocratiques sont bien gérés, précisément parce que les leaders s'attachent à etre apprécié du peuple.
Les dons et subventions existent aussi, dans les grandes démocraties, ils se font meme avec l'argent de l'Etat. Nos immigrés hypocrites font semblant de l'oublier, alors que c'est la raison de leur présence dans ces pays, pour la plupart.


.

tounsia2
| 22-09-2019 23:01
Je pense qu'il est peu probable que les élections soient annulées puisqu'il n'y pas eu de recours contre K Saied, par contre certaines candidatures objet des recours, dont celle de N karoui peuvent être annulées, ce qui modifie le classement des candidats et donc le nom du 2eme candidat au second tour; On verra bien demain. . .
Merci pour le lien !

nazou de la chameliere
| 22-09-2019 22:58
un ptit coup pour la route ?
Les pages en question ,dénoncent la corruption ,et les hommes et femmes politiques ! tous connus pour leur appartenances politique !
Mais .... pourquoi KS est-il sur ces pages ?
Il n'était et n'est toujours pas un homme politique ni responsable de rien dans la politique tunisienne ! non ?
Il n'était meme pas encore candidat !
Par contre sa cote de popularité a commencé a grimpée 2 a 3 mois après !

nazou de la chameliere
| 22-09-2019 21:26
Mais madame ,il faut tout simplement annulé les élections !
La popularité de NK est factice !
Lisez l'article de "inkyfada" a qui profite le contenu des page FB tunisiennes ! LISEZ LE BIEN
Evidemment ca n'est pas NK qui les a commandé !
Mais ceux qui voulaient qu'il soit deuxieme a cette election !
Madame ça , ça n'est certainement pas tunisien ,ni israelien d'ailleurs !

tounsia2
| 22-09-2019 21:04
Le Tribunal administratif (TA) est le seul organe juridique habilité à trancher dans le cadre des recours conformément au règlement de l'ISIE ; Par ailleurs et historiquement parlant, le TA a toujours été indépendant en Tunisie, contrairement à la juridiction pénale qui a toujours été au service du pouvoir en place et qui continue à l'être jusqu'à ce jour comme en témoigne l'affaire de N Karoui et l'affaire de l'appareil sécuritaire du parti Nahdha ; Pour ma part, quelque soit la décision du TA, je la respecterai et je ne me permettrai pas de la juger car je reste convaincue que ce n'est pas le TA qui risque de fausser la volonté du peuple mais plutôt les candidats tricheurs qui risquent de réussir sans le mériter et fausser ainsi la véritable volonté du peuple.

EL Ghoudi
| 22-09-2019 20:51
si K. S, SI VOUS AVEZ pas CONFIANCE a notre chaîne national nous aurons pas confiance en vous.au 2iem Tours

Many
| 22-09-2019 20:01
Si Sofiene, Le vote des tunisiens est faussé dès le départ, l'un des candidats a profité d'une chaîne de télé et de la naïveté d'une partie des tunisiens pour dérober leurs voix. Comme vous l'avez dit, quelques heures nous séparent du verdict pourquoi tant de gymnastique, épargnez nous vos hypothèses et suppositions et attendons

DHEJ
| 22-09-2019 19:33
Cest au nom du peuple aussi !

Mustapha Mezghani
| 22-09-2019 19:00
Je suis surpris d'une telle réflexion de la part d'une élite comme Sifiene Ben Hamida.
Tout en étant d'accord sur les risques pouvant être associés à une décision invalidant les résultats de tout ou partie des élections,
Je partage parfaitement l'avis que les absents ont tort et qu'il auraient du aller votre
Mais je suis aussi convaincu que ceux qui ont triché doivent être sanctionnés et que la sanction doit être à la hauteur de l'infraction commise.
S'il y a eu abus dans le recours à un média ou à un autre, s'i y a eu abus dans une pratique ou une autre, l'abuseur doit être sanctionné sur tout ou partie de ses voix.
A défaut, nous considérons que nous ne sommes pas dans un Etat de droit et, pire encore, nous encourageons ceux qui concourent à la présidentielle et qui sont supposés être irréprochables à user de pratiques non recommandables.

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