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La connexion djihadiste tuniso-libyenne, l'hydre qui menace la Tunisie
18/08/2015 | 19:59
5 min
La connexion djihadiste tuniso-libyenne, l'hydre qui menace la Tunisie

Il est un fait incontestable, la Tunisie se trouve dans une position extrêmement vulnérable au vu de ce qui se passe en Libye, pays voisin, en plein troubles, avec lequel nous partageons une frontière qui s’étend sur près de 459 kilomètres. Ce que nous partageons aussi avec la Libye est la connexion entre les mouvements djihadistes. Et avec l’ascension de la nébuleuse « Daech » à nos portes, la menace se précise de jour en jour…

 

Les relations entre les djihadistes tunisiens et libyens remontent à des décennies et ces connexions méritent la plus grande vigilance et attention, puisque cette situation pourrait bien conduire à de nouvelles attaques de Daech sur le sol tunisien. C’est ce qu’affirme un rapport publié récemment par le Washington Institute for Near East policy, tirant la sonnette d’alarme sur ce qui pourrait advenir de la Tunisie si jamais la menace n’est pas prise avec tout le sérieux qui se doit.

 

Ce n’est pas donc une surprise si l’auteur de l’attentat terroriste de Sousse, Seifeddine Rezgui s’est formé au maniement des armes dans un camp d’entraînement libyen, ou qu’il se trouvait en Libye en même temps que les deux assaillants de l’attaque contre le musée du Bardo. Ces opérations représentent la suite logique des relations, remontant aux années 1980, qui lient les djihadistes tunisiens et libyens, et qui se sont intensifiées, il est vrai, depuis 2011. D’après le rapport, ces attaques sont un rappel brutal de ces liens, amenés à s’amplifier si Daech choisit de cibler directement la Tunisie.

 

Un bref rappel historique fait état de l’existence de réseaux djihadistes depuis les années 1980 ou des Tunisiens et des Libyens ont étroitement collaboré en Afghanistan. On apprend que le chef de l’organisation « l’Union islamique » en Afghanistan, avec d’autres chefs libyens, avaient entrepris d’aider les Tunisiens à créer leur propre camp djihadiste. Ce projet ne serait venu à maturation que bien des années après, lorsque les futurs chefs d’Ansar Chariâa ont collaboré ensemble. L’un d’eux se prénomme Seifallah Ben Hassine, alias Abou Iyadh.

 

Après le 11/9, les Tunisiens et les Libyens ont travaillé ensemble sous la bannière de Katibat Al Fath Al Moubin près des frontières tunisiennes. L’étude souligne, qu’à bien des égards, cette formation a été un précurseur à l’actuelle Katibat Okba Ibn Nafaâ, basée dans les montagnes de Châambi…

 

Vers la même époque, c’est-à-dire la première décennie des années 2000, les réseaux du Groupe Islamique combattant en Libye, fournissaient un appui logistique et facilitaient l’infiltration des djihadistes Tunisiens vers l’Irak, pour combattre dans les rangs d’Al-Qaida. C’est ainsi que de nombreuses connexions se sont installées. Connexions qui ont été importantes après 2011, quand les djihadistes d’Irak ont rejoint Ansar Chariâa en Tunisie et en Libye et plus récemment Daech…

 

Au cours des quatre dernières années, les activités des réseaux terroristes dans la région se sont intensifiées, notamment après les soulèvements en Tunisie et en Libye. Une Libye qui est devenue le refuge des djihadistes étrangers. Le Washington Institute précise qu’AQMI a continué à jouer son rôle, en particulier avec la contrebande d’armes à partir de la Libye vers la Tunisie. Plusieurs de ses membres ont été arrêtés soit sur le sol tunisien ou libyen pour des affaires liées à la contrebande ou à la planification d’attaques terroristes.

Outre les nombreuses arrestations, dont beaucoup n’ont pas été rendues publiques, les relations entre les combattants tunisiens et libyens se sont renforcées, à travers les deux organisations présentes dans les deux pays, Ansar Chariâa. Les signes, attestant que des Tunisiens se rendaient en Libye pour s’entrainer dans les camps djihadistes, ont été constatés depuis le printemps de 2012. Le rapport estime que le kamikaze ayant échoué en 2013 à faire exploser un hôtel à Sousse, s’était vraisemblablement formé dans un camp libyen.

Par ailleurs, en Libye, les différentes attaques commises contre les sièges de la diplomatie tunisienne, en l’occurrence l’ambassade et le consulat, étaient liées à Ansar Chariâa en Libye. Le Tunisien Ali Harzi, abattu dans un raid aérien américain le 15 Juin à Mossoul, était l’un des instigateurs de l’attaque de 2012 contre le consulat US à Benghazi et est impliqué dans le meurtre de l’ambassadeur américain. D’autre part, suite à la classification d’Ansar Chariâa en Tunisie en tant qu’organisation terroriste, par le gouvernement tunisien en 2013, ses membres qui n’ont pas été arrêtés,ont rejoint le djihad en Syrie ou Katibat Okba Ibn Nafaâ à Châambi, ou ont fui vers la Libye, dont leur chef Abou Iyadh.

 

Au-delà des réseaux d’Ansar Chariâa, depuis l’automne 2014, les activités djihadistes des Tunisiens se sont accrues en Libye au sein de Daech. Le gouvernement tunisien estime que jusqu’à 1000 de nos compatriotes, combattent actuellement en Libye ou y suivent un entrainement. Les attaques les plus sanglantes connues par la Tunisie, ont été commises par des jeunes partis se former aux camps de l’organisation terroriste. Les auteurs des attentats du Bardo et de Sousse avaient réussi à passer par tous les filets sécuritaires, sortant et entrant en Tunisie sans être inquiétés outre mesure.

 

Le rapport, se basant sur ces éléments, et sur la difficulté pour l’Etat tunisien de contrôler ou sécuriser les frontières, durant les quatre dernières années, met en garde sur la forte probabilité, que des attaques terroristes soient perpétrées sur le sol tunisien, en provenance directe ou en lien avec la Libye. Le fait est que cette menace ne vient pas de nulle part, découlant d’une histoire qui remonte à des décennies et qui représente un problème trop souvent ignoré ou pris à la légère par les autorités tunisiennes, avant et après la révolution de 2011.

 

Pour endiguer ce flux de djihadistes et la menace venue de Libye, le gouvernement tunisien a entrepris de construire un mur séparateur longeant la frontière tuniso-libyenne. Mais ce dispositif sera-t-il efficace si on prenait en compte les réseaux bien rodés impliquant contrebandiers et terroristes ? Cela reste à prouver.

 

Ikhlas Latif

18/08/2015 | 19:59
5 min
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Commentaires (14)

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Citoyen_H
| 19-08-2015 23:41
est égal à de la nitro-glycérine.
Si on ne se réveille pas, le moment venu, ils nous pulvériseront sans aucune vergogne. Vous n'avez pas idée de la haine que ces énergumènes emmagasinent dans leur coeur d'enfoirés.

Observateur en Tunisie
| 19-08-2015 21:40
Merci, Ikhlas Latif, pour votre article, qui a le grand mérite de nous alerter un jour avant l'attaque à Sousse contre des policiers.

Merci encore à ceux qui ont laissé des commentaires indispensables, @Linx @Habroud @Bourguibiste nationaliste et en particulier @Walid.

Pour ce que n'est pas dit dans l'article, car M.Latif ne veut paraître partisan, c'est indispensable encore de rappeler aux lecteurs que le parti-pieuvre islamiste Ennahdha n'a pas voulu déclarer terroriste le mouvement Ansar Char'îa, qu'après de fortes pressions étrangères (j'en sais quelque chose...), alors que les liens avec Al-Qayda et autres centrales terroristes de cette organisation étaient déjà CLAIRS à tous.

Un lecteur [@Walid] a noté justement l'affaire très actuelle des camps d'entraînements djihadistes dans le djebels, à commencer du Chaâmbi, pour arriver aujourd'hui à djebel Mghilla, au coeur de la Tunisie, qu'a été OCCULTÉE à l'opinion publique par le "maître penseur du terrorisme international" Rached Khriji al-Ghénnouchi (selon expression du spécialiste Alain Rodier), en utilisant la sornette cynique de "terrains de sport" et encore de "jeunesse impétueuse".

Seul un ennemi mortel de la Tunisie républicain pourrait faire autant. D'ailleurs toutes ces "contributions" à l'état actuel de déstabilisation et d'agonie de la Tunisie, se retrouvent mises à disposition de la mémoire collective dans l'article de l'Encyclopédie en ligne (voir Wikipédia, voix "Rached Ghannouchi").

Et MALGRÉ tout cela, nous avons vu un Premier ministre s'envoler à Monplaisir pour une rencontre toute urgente avec ce lugubre cheikh-moukhabarat, menteur et histrion jusqu'à se montrer fan du football alors qu'il ne s'est jamais intéressé à cela pendant toute sa vie d'islamiste comploteur, JUSTE pour dévier l'attention de ses responsabilités gravissimes ainsi que de son parti-vitrine des Ikwans. En effet c'est une société américaine spécialiste en "Public-Relations" qui lui donne des conseil en propagande. Mais cela ne NOUS FAIT PAS DUPES!

Comme j'avais déjà écrit en commentaire: "les mallettes diplomatiques de Mourou..." [Observateur en Tunisie| 16-08-2015]

--Juste quelques jours avant l'attaque terroriste de Sousse, Abdelfattah Mourou, est parti à Doha pour "parler de religion" avec le cheikh pro-terrorisme Qaradaoui... tout en ignorant que pour parler de religion, il y a le téléphone ou encore mieux le Skype... Toujours en coïncidence d'un autre événement que Mourou "condamne" verbalement (tandis qu'il fréquente au Qatar celui que l'approuve sans vergogne), le massacre des touristes au Bardo, on a fait remarquablement noter comment un des terroristes sanguinaires du Bardo, Jabeur Khachnaoui avait posé en photo avec le cheikh tout souriant Mourou, sans savoir -dit-il -qu' à coté de lui avait un candidat au djihad terroriste. ... Comment mener encore les Tunisiens en bateau? On doit seulement ôter la mallette diplomatique de Mourou de retour du Liban et en contrôler son contenu, mais je crois que cela n'est pas l'intention de M. Gharsalli. Donc, en devinant qu'elle soit encore une fois pleine de billets d'une couleur verte bien définie, il ne nous reste qu'attendre les événements... terroristes?? --

Le peuple, trompé et manipulé, n'a qu'un seul choix pour sauver la Tunisie, ses villes, ses foyers : TAMARROD, révolte civile et demande de ses droits à la VIE et à la LIBERTÉ !

1/raisonnable
| 19-08-2015 16:38
Les murs construits par Israël pour empêcher des palestiniens de passer de l'autre côté, n'a pas approuvé une efficacité sans les la technologie moderne. Les frontières tunisiennes sont énormes, pourtant l'idée est aussi médiocre que celui que l'avait proposée. Car pour tel projet, il faut mettre des caméras tous les cents mètres, pour surveiller à ce que ne soit détruit par les terroristes, pour effrayer un chemin. Mais sans surveillance, il sera beaucoup plus utile aux terroristes des se mettre à l'ombre et de s'abriter dans un lieu aussi inhospitalier.

TeTeM
| 19-08-2015 15:21
Walid ce partie a profité d'un effet d'aubaine, la religion étant une valeur refuge pour beaucoup de personnes (notamment ceux qui ont fait le moins d'études). Preuve en est, le découpage Nord/Sud lors des dernières élections!

Le communisme a aussi connu ses heures de gloire dans le passé avant de tomber dans l'oubli. A terme, c'est le sors qui attend le partie de Ghanouchi!

walid
| 19-08-2015 14:34
Ennahdha a favorisé le djihadisme tunisien. Lors du premier congrés d'Ansar Chariaa en 2011 à Kairouan il y avait des élus et députés d'Ennahdha qui étaient présent.
Quand des gardes forestiers tiraient le signal d'alarme sur les camps d'entrainement à Chaambi et ailleurs, Ennahdha a dit que ces jeunes font du sport et les parcours de santé, puis ont limogés ces gardes forestiers.
Quand on parlait de ces salafistes, Ghannouchi disait qu'ils lui rappellent sa jeunesse.
On est le premier pourvoyeur de djihadiste au monde, les tunisiens sont sur tout les fronts, Syrie, Libye, Irak..
D'un coté si le mouvement Ennahdha se sent persecuté, le sang coulera à flot en Tunisie. On est pour le moment dans l'impasse et l'attente.
Le point fort des islamistes est la patience, Jbali, le poseur de bombe de 1987, pense deja aux élections de 2019. En attendant, ils divisent encore le peuple, ils créent des polémiques, la societé civile est leur ennemi, et quand on limoge certains imams ils les defendent et se disent persécuté.
La situation en Libye, en Syrie et en Irak est liée à la politique d'Ennahdha. Ormis l'islamisation de la societé, la justification des crimes par des interpretations des hadiths et du coran pour se donner bonne conscience, rien ne sera mis en place par le mouvement Ennahdha et Ghannouchi (radhia allahou 3anhou.... Comme ils disent.. L'idolatrie est péché...)

Bourguibiste nationaliste
| 19-08-2015 13:38
C'est bien le nain de jardin qui nous a foutu dans la merde et surtout les Libyens.
Que faire? C'est la question que vous posez: j'y réponds.
C'est la force qui a engendré l'anarchie actuelle et donc seule la force rétablira l'ordre. J'EN SUIS CONVAINCU. Il faut soigner le mal par le mal.

TeTeM
| 19-08-2015 13:11
Sarko a voulu la chute de Khadafi et en échange il nous lègue un merdier sans nom. La question est on fait quoi maintenant? Seul, on ne peut pas faire grand chose. La solution c'est que la Libye se stabilise...

Bourguibiste nationaliste
| 19-08-2015 09:24
ARMEMENT MORAL ET PATRIOTIQUE CONTRE L'ISLAMISME ET LE JIHADISME
Cher Monsieur Latif, merci pour votre papier qui nous informe du contenu du rapport du Washington Institute for Near East policy. Nous aurions aimé que vous nous donniez la référence de ce rapport.
S'agissant du contenu de ce rapport, il est amusant de voir que les Américains qui soutiennent l'islamisme nous mettent en garde contre le salafyîsme !
Pour ma part, votre papier ne m'apprend rien. Depuis 2011, je tire régulièrement la sonnette d'alarme pour avertir du danger mortel qui vient de la Libye.
Je regrette que vous n'abordiez pas les connexions entre le salafyîsme-l'islamisme en Libye et en Tunisie. Les salafyîstes jouissent du soutien et de la protection des islamistes tunisiens. Il faut le savoir et le dénoncer. Le ver est dans le fruit. Les islamistes tunisiens sont dans l'Etat et ils neutralisent toute lutte contre le salafyîsme en Tunisie et en Libye.
Enfin, le mur qui a été édifié sera insuffisant car il nous faut UN MUR MORAL, un armement moral qui est le patriotisme pour lutter contre l'islamisme et le salafyîsme.
Je l'ai écrit et je le réécris : un jour, il faudra engager la lutte contre les islamistes en Tunisie qui sont des traîtres à la nation et à la patrie.

mirfof
| 19-08-2015 07:47
Dans cet article on parle de "combattants", de "jeunes" et non de terroristes.tant qu'on continue à se voiler la face et minimiser le danger dans la presse on contribuera à endormir la vigilance de tout le monde

Gardien
| 19-08-2015 01:13
Oui- cette Situation n'est pas nait par soi-même. Elle a des raisons .
L'un des raison c'est le mélange de politique et religion dans tous les pays islamique, le constant combat pour le pouvoir entre les chites, les sunnites, les wahabites et le manque de tolérance entre eux et toutes les sectes islamiques.
Puis il y a le manque de l'éducation et culture que empêche le progresse économique et cela créer la haine aux pays de l'ouest parce qu'on donne la responsabilité au christianisme.
Mais la responsabilité est aux imames qui on toujours empêché la culture pour tous qui est nécessaire pour le Progress.
Mais ils ont peur de perdre leur pouvoir.À tout ce l'extrémisme et terrorisme et radicalisme il s'agit toujours pour le pouvour. Ca n'a rien à faire avec la croyance.
Toutes les pays islamique sont des dictature - la Tunisie est le seul pays qui a réussit d'arriver à une démocratie mais si il y a encore beaucoup à faire.
Mais la Tunisie a deux trop dangereux ennemis:
1.Les terroristes des autres pays arabiques qui ont infiltré la Tunisie
mais plus pire
2.l'ennemi intern
Ghannouchi,l'Ennahda et ses Partisans
qui seront soutient par les Wahabites.
3.La pauvreté et le manque d'espoir pour le changement de la Situation d'elles.
Dont ils ont besoin, c'est confiance dans la classe politique, mais ca ne va jamais ainsi longue que l'Ennahda a part au Gouvernement et peut utiliser tout les Institution de Gouvernement pour faire son Propaganda et garder leur partisans !!!
La Tunisie doit sérieusement demander l'aide altruiste des pays de L'EU et d'Amérique, qui ne sommes sans responsabilité pour cette Situation parce qu'ils on hésité plus longtemps.
Et il est aussi trop important pour eux que l'extrémisme devant leur port
disparaît.
Ces pays ont tous les moyens dont la Tunisie a besoin.
Ne soient pas trop timide pour le demander - afin qu'il ne ser trop tard.

Bonne Chance !!!