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Chroniques
La BCT et l’inflation
Par Houcine Ben Achour
30/06/2022 | 20:50
3 min
La BCT et l’inflation

 

De tous les fondamentaux de l’économie tunisienne, l’inflation a été le paramètre le mieux maîtrisé depuis que, en 2018, la Banque centrale de Tunisie (BCT) a décidé un resserrement drastique de sa politique monétaire en relevant son taux directeur de 275 points de base entre mars 2018 et février 2019, taux qui passera de 5% à 7,75%. A l’époque, beaucoup avait critiqué cette démarche de l’institut d’émission. Ils doutaient de l’efficacité de son impact sur le niveau général des prix. Ils alertaient aussi sur l’impact d’un tel relèvement sur le rythme de l’investissement ; un rythme déjà poussif. Avec le recul du temps,  il convient d’avouer que le choix de l’autorité monétaire ne fut pas hasardeux, mettant un frein à une dynamique de création monétaire qui n’a fait qu’alimenter l’inflation au lieu de dynamiser l’investissement ou la production.

 

En 2018, déjà, l’Institut national de la statistique (INS) avait alerté à travers une note de conjoncture : « La fin de l’année 2017 aura été marquée du sceau de l’inflation. Au-delà du niveau atteint en décembre, à près de 6,4%, c’est son aspect persistant qui va encore la distinguer des exercices précédents. La composante sous-jacente matérialisant les pressions liées à la fois aux prix à l’importation, à la croissance monétaire et à l’activité productive est ainsi passée à des niveaux comparables à ceux du début des années 90. Déjà, l’acquis d’inflation en janvier 2018 (ou encore l’inflation héritée de 2017) s’affiche à un taux record de 3,3% ; autrement dit, c’est l’inflation annuelle moyenne qui serait enregistrée pour l’année 2018 si les prix restaient simplement à leur niveau de décembre dernier tout au long des douze mois de l’année en cours. Autant dire que, vu l’évolution actuelle des prix, l’inflation atteindrait des sommets inédits en 2018 ».

Le ralentissement de l’inflation est constaté à partir de septembre 2019. La décélération sera progressive faisant passer l’inflation sous la barre des 5% dès novembre 2020. Malheureusement, l’embellie sera de courte durée. Les signes d’une reprise de l’inflation se sont manifestés dès le printemps 2021. Au mois de septembre de cette même année, la BCT alertait déjà sur la surchauffe des prix. Les Tunisiens ne l’ont constaté qu’à partir du second trimestre 2022. Et l’autorité monétaire de décider de relever son taux directeur de 75 points de base, en mai dernier.

S’achemine-t-on vers le scénario de 2018 avec des augmentations successives du taux directeur de la BCT ? D’autres  choix n’étaient-ils pas du domaine du possible ?

Certains avancent que la politique monétaire de la BCT s’apparente à l’image du chien qui se mord la queue en pointant du doigt la politique de refinancement  de l’institut d’émission et ses interventions dans le cadre de la politique d’Open Market. Cela fait belle lurette que l’autorité monétaire a pris ses aises avec les garanties de contrepartie de sa politique de refinancement. Celles-ci devant être constituées à hauteur de 60% d’actifs privés et 40% de créances publiques, C’est en réalité l’inverse qui est toléré par l’institut d’émission. A cela, il faut ajouter l’instrument d’Open Market à travers lequel la BCT a détenu au cours de ce premier semestre 2022 un montant de dette publique ayant atteint parfois plus 4 500 MD lorsque le gouvernement faisait face à un déficit de trésorerie. L’option de resserrement ne semble pas viser cette composante de la politique monétaire de la BCT alors que, de fait, elle contribue à raviver les tensions inflationnistes.

 

En tout cas, elle met à mal la thèse d’une  transmission de la politique monétaire sur la sphère réelle. Et ce n’est pas le seul constat concernant l’efficacité d’une politique des taux, appliquée au cas de la Tunisie. Par ailleurs,  tant que la BCT ne tiendra pas compte de l’hypothèque du secteur informel qui représente environ 20% du PIB, la véracité d’une transmission de la politique monétaire sur l’activité économique demeurera entourée d’une certaine  réserve.

 

Par Houcine Ben Achour
30/06/2022 | 20:50
3 min
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Commentaires
DHEJ
Où comment la BCT développe le commerce informel
a posté le 01-07-2022 à 21:03
Trop stupide la BCT devant l'inflation de sa propre masse salariale qui va dans le commerce informel.
Tounsi Fakhour
Sujet intéressant
a posté le 01-07-2022 à 14:18
Sans aucune prétention, quelques évidences s'imposent :
1. Si la source essentielle (variance) de l'inflation est domestique (endogène) et que l'inflation devient galopante (surchauffe économique, forte croissance), oui il y a intérêt à augmenter les taux d'intérêt.
2. Sinon, il convient de déconnecter inflation et taux d'intérêt. Car cela entrainerait baisse de l'investissement et de la croissance.
3. Faire tourner la planche à billets signifie créer de la monnaie qui ne correspondra pas à une création de richesse.
4. Cela peut avoir de lourdes conséquences comme par exemple le fait d'augmenter considérablement l'inflation ou encore la dévaluation de la monnaie
5. Faire cela pour prêter à l'état pour payer sa pléthore de fonctionnaires n'est pas vraiment viable'?'
6. Des modèles économétriques existent et certains sont assez fins. Mais il faut les calibrer et les caler à la réalité, au contexte. Donc sur les données empiriques et statistiques'?' C'est le B.a.-ba !
Robonot
Inflation induite
a posté le 01-07-2022 à 11:47
qd j'envoie 100 dollars , la BCT imprime 300 dinars = inflation.
qui en souffre ? le zawali. le riche paie la viande 50, 100, ou 200 le Kg.
à quoi servent mes 100 dollars ?
à permettre au riche de passer vacances à l'étranger et importer whisky, Vodka ...
voilà pourquoi, je n'envoie plus mes dollars, et je demande de m'imiter.
https://www.leconomistemaghrebin.com/2020/02/19/consommation-alcool-tunisie-1ere-arabe-9eme-mondiale/