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Chroniques

L’intenable exercice budgétaire

L’intenable exercice budgétaire

 

Le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) aurait-il choisi de renvoyer à une réunion ultérieure sa décision d’autoriser les autorités tunisiennes à décaisser la 6e tranche du crédit élargi accordé à la Tunisie alors qu’elle devait intervenir lors d’une réunion prévue ce mercredi 5 juin 2019 ? Dans l’affirmative, cela constitue un sérieux signal d’alerte de l’institution financière multilatérale qui ne semble plus se suffire des promesses du gouvernement sur la mise en œuvre des réformes de stabilisation du cadre macroéconomique du pays. Cela va sous doute aussi hypothéquer les décaissements des 7e et 8e tranches.

 

Or, le gouvernement espérait ardemment que ce décaissement intervienne dans les plus brefs délais car les tensions sur le budget de l’Etat se font de plus en plus sentir. C’est d’ailleurs ce qui ressort de l’état d’exécution du budget de l’Etat à la fin du mois de mars 2019. Le solde budgétaire demeure encore élevé dépassant les 910 MD au premier trimestre 2019 contre près de 950 MD une année auparavant. Pourtant, les ressources propres du budget (recettes fiscales et non fiscales) ont fait un bond de 29%  durant cette période passant de 6,9 milliards de dinars à 8 milliards de dinars. Visiblement, l’amnistie fiscale contenue dans la loi de finances 2019 y a contribué dans une large mesure.

 

C’est que les dépenses budgétaires ne semblent pas marquer de répit. Le service de la dette pèse de plus en plus lourd. Le gouvernement s’est acquitté de plus de 2,8 milliards de dette au cours de ce 1er trimestre, en hausse de 28,5% par rapport à la même période de 2018. A cela, il faudra ajouter une douloureuse échéance à honorer le mois prochain.  Tout cela était néanmoins prévisible. En revanche, ce qui l’est moins, ce sont les dérapages au niveau des dépenses de fonctionnement et l’inadéquation des prévisions de recettes d’emprunt.  Les dépenses de gestion ont augmenté de près de 9%, s’écartant déjà de l’objectif d’une augmentation en année pleine de 6,4%, alors que des augmentations de salaires sont à prévoir au cours du 2e semestre 2019.

 

Dans le même temps, les dépenses d’investissement ont marqué un recul de près de 7% par rapport au 1er trimestre 2018. Le clou, si l’on ose dire, réside dans l’explosion des dépenses de subvention des carburants : 700 MD y ont été affectés contre seulement 220 MD durant les 3 premiers mois de l’année dernière. A ce rythme, les dépenses de subvention de l’énergie vont dépasser de loin le budget qui leur est alloué initialement (2 100 MD).

Au sein du ministère des Finances, on s'arrache les cheveux. Car, au niveau des ressources d’emprunts extérieurs, rien ne semble fonctionner comme prévu. A la fin du 1er trimestre 2019, le pays n’a rien obtenu non seulement du FMI, mais également de la Banque mondiale, de la BAD et de l’Union européenne. L’AFD (Agence française de développement) a accordé un soutien de plus de 175 MD et l’Arabie Saoudite un prêt équivalent à 750 MD environ. Or, cette manne n’était pas prévue. En tout cas, la lenteur des bailleurs de fonds traditionnels de la Tunisie à délier les cordons de la bourse en faveur du pays n’a fait que retarder la sortie tunisienne sur le marché financier européen par crainte des conditions forcément plus pesantes que proposeraient, le cas échéant, les investisseurs privés internationaux. A la fin mars 2019, le pays n’a mobilisé que 1,1 milliard de dinars d’emprunt extérieur sur un objectif annuel d’environ 7,8 milliards.

Et ce n’est pas tout. Car, la réalité de la tension budgétaire se constate aussi à travers le recours à l’emprunt de court terme et aux ressources de trésorerie. Au premier trimestre, l’Etat a déjà levé plus de 300 MD par le biais d’émission de Bons du Trésor à moins d’un an. C’est 3 fois plus que ce qu’il s’est assigné de faire pour toute l’année. Son découvert auprès du Trésor public avoisine les 600 MD.

 

Une telle situation ne permet pas de dégager des perspectives favorables. Bien au contraire. Le second semestre budgétaire risque d’être difficile. Très difficile compte tenu des échéances électorales.   

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Commentaires (3)

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Limou
| 09-06-2019 12:35
Au lieu d'emprunter de l'argent de l'extérieur il faut que l'état récupère son argent des mauvais payeurs ( pénalités en plus et non pas amnistie), arrêter de compenser le carburant qui profite surtout aux grosses cylindrées. Les routes seront desengorgees et l'air sera plus respirable.

DHEJ
| 07-06-2019 20:43
Or douloureuses pour qui?

Le GAMIN puise dans les caisses noires sans problèmes d'ailleurs comment expliquer comment le BOUCHLAKA n'a eu aucun problème à cause du milliard chinois!


Un milliard comme pot de vin ou de café?

Par contre H.B.A feinte d'évoquer le taux de croissance ciblé ainsi que la parité dinar - dollar US!

Expert
| 07-06-2019 09:29
'? situation critique, une solution draconienne s'impose. Il est clair, toutefois, que ce gouvernement n'aura pas l'audace de mener des réformes douloureuses à la veille des échéances électorales. Il ne prendra pas non plus le risque de suspendre le paiement des salaires et autres dépense sociales. Il ne lui reste que d'initier le reprofilage de la dette nationale et fournir ainsi au prochain gouvernement une bulle d'oxygène dont il aura énormément besoin. Aura-t-il le courage de le faire? J'en doute fort, pour deux raisons: 1- ce gouvernement ne souhaite pas être celui que l'histoire retiendra comme étant le premier à avoir entamé le rééchelonnement de la dette depuis l'indépendance, et
2- une telle action donnera l'occasion aux partis d'opposition de clamer haut et fort l'échec de ce gouvernement à quelques semaines des élections. Un risque qu'il essayera d'éviter à tout prix. Le résultat est que le prochain gouvernement aura l'impossible tâche de désamorcer une bombe qui finira par exploser tôt ou tard. Alors, à ceux qui se bousculent au portillon du pouvoir je leur recommande de mettre leurs gilets anti-feu et de se préparer à affronter la bérézina du siècle!

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