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Tribunes
L'indifférence de la Troïka ou la destruction passive de la Tunisie
23/08/2012 | 1
min
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Par Lotfi Saibi

Notre histoire récente renaît de ses cendres, la rue bourdonne et hurle face à la sourde oreille du prestigieux palais de Carthage et l’indifférence absolue des occupants de la Kasbah.
La « deuxième révolution » est devenue la porte de salut choisie par plusieurs de nos concitoyens.

J'ai eu la chance de discuter longuement avec les habitants de Sidi Bouzid, Kasserine, Gafsa et d'autres régions de l’intérieur et j’ai bien peur que le risque d'une révolte soit imminent. Les conditions dans ces régions ont empiré même par rapport à l'avant décembre 2010.
La situation à Tunis et dans d'autres grandes villes n'en n'est pas moins critique. Pendant trois soirées successives, on a vu des salafistes armés de sabres et de bâtons s'attaquer à des événements culturels et publics dans les principales villes. Tout ça devant un gouvernement qui regarde et laisse faire, ce qui nous amène à penser qu'il est soit incapable de réagir, soit en train de nous occuper pendant qu'il nous mijote d'autres lois « révolutionnaires».
La première hypothèse étant impossible puisqu'on nous a prouvé, il y a une semaine, que les forces de l'ordre ne sont pas juste capables de protéger les "biens du gouvernement" mais aussi apte à organiser une contre-offensive bien organisée à l'égard des citoyens en s'armant de bombes de gaz lacrymogène et de balles de caoutchouc comme ce fut le cas à Sidi Bouzid.

Par cette inaction à l'égard de ces dernières manœuvres violentes des salafistes, le gouvernement a réalisé deux choses: Il encourage la branche radicale et violente des salafistes et envoie un signal au reste du peuple leur indiquant qu'ils ont le choix entre renoncer à leurs réclamations ou avoir un traitement violent. Plus longtemps la Troïka continuera à ignorer ces salafistes radicaux, plus forts et plus « audacieux » ils deviendront et feront naître le besoin de payer des agents de sécurité ou de former des groupes armés d'auto-défense.
Quand on compare les deux périodes auxquelles l'indice d'insatisfaction (économique, social et politique) était le plus élevé (décembre 2010 et août 2012), nous constatons beaucoup de similitudes, mais aussi des différences marquantes. Ces similitudes sont celles qui mèneront à une révolte massive dans un futur proche et qui, cette fois-ci, sera bien plus violente et touchera toutes les catégories socio-économiques; mais qui risquera toutefois d’être rapidement et violemment réprimée par le gouvernement et ses milices.

La réaction du gouvernement sera une contre-attaque violente à n'importe quelle personne ou groupe qui sera ainsi considéré "contre Dieu" ce qui encouragera davantage les islamistes radicaux à agir violemment.
Si on autorise la violence à durer plus que 48h, on donne naissance à un mécanisme d'attaque-contre attaque, ceci ouvrira les portes à ce que plusieurs autres groupes, actuellement invisibles, émergent et participent au combat. On suppose que de tels groupes armés, et idéologiquement imprégnés, s'entraîneraient et prépareraient le début des combats comme un rendez-vous inévitable avec le destin.
Les combats seront longs et violents. Quand on mélange des extrémistes religieux bien financés, des anciens de l’ex-RCD et de ses milices qui cherchent encore à déstabiliser le pays avec des centaines de milliers de citoyens marginalisés issus des classes pauvres et moyennes inférieures, une élite de la classe moyenne qui voit sont mode de vie en danger et un gouvernement incapable et refusant d'agir justement, Là on a de quoi faire inévitablement un mélange explosif, qu'on appelle plus communément guerre civile.

Pour la première fois de leur histoire, les Tunisiens ont connu ce qu’on peut considérer comme étant une prise en otage chez soi. Ils sont les otages de tensions politiques et sociales et de radicalisation religieuse. La police, de son côté, ne veut pas ou ne peut pas intervenir par manque de directives claires ou d'inaptitude de la part du ministère de l'intérieur.
Ce ne sera pas une surprise d'apprendre que des groupes de protection de quartiers se forment pour surveiller et protéger les habitants contre la "police salafiste" qui, elle-même, s’est auto-attribuée la mission de "nettoyer" les rues des bars servant de l'alcool et des femmes en tenues inacceptables comme l'a déclaré le fondateur du groupe, légalement autorisé, Adel Alimi. "Nous refusons tout spectacle qui peut heurter l'islam ou les Musulmans, tout spectacle qui s'oppose à la morale musulmane, surtout s'il est dans la rue ou dans des lieux publics "
Une telle possibilité nous rappelle les débuts de l'après guerre en Irak, le Liban de la fin des années 70, le Niger et le Soudan. Ces pays ont été manipulés aussi bien de l'intérieur que de l'extérieur comme le sont actuellement notre gouvernement et nos éléments radicaux. Peu importe que l'argent vienne de l'est ou de l'ouest, ce qui compte c'est que la Tunisie, telle que nous la connaissons; peinera à continuer à exister.

Enfin, j'espère que ce scénario est juste une œuvre de mon imagination.
Cependant, ceci doit être la préoccupation des leaders politiques, sociaux, intellectuels, économiques, des chefs religieux, des parents et des responsables d'éducation. Tous ces responsables et aussi les citoyens doivent centrer le débat sur la tolérance et l'acceptation de l'autre.
23/08/2012 | 1
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