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Exploitation du Gaz de schiste en Tunisie, un faux-pas du gouvernement ?
23/09/2012 | 1
min
Exploitation du Gaz de schiste en Tunisie, un faux-pas du gouvernement ?
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Le forage et l’exploitation du gaz de schiste a été depuis plusieurs années sujet à controverse notamment en Europe. Les écologistes pointent du doigt ces techniques de forage pour leurs effets néfastes sur l’environnement tandis que les industriels, se frottant les mains pour les bénéfices que l’extraction de ce gaz peut engendrer, feignent d'ignorer ces méfaits et défendent bec et ongles l’exploitation de ce gaz.
En Tunisie, le sujet a retenu l’attention du grand public, peu de temps après l’annonce faite par le ministère de l’Industrie d’octroyer un permis de forage au groupe Shell dans le centre du pays, plus précisément dans la région de Kairouan.


Le choix politique du gouvernement de la Troïka de conclure le marché, d’apparence, fructueux avec une création de nombreux emplois, n’a probablement pas pris en considération les risques environnementaux et sanitaires qu’un tel projet peut engendrer.
Pour mieux comprendre ces risques, une explication scientifique s’impose.

Ce gaz est, en fait, source de problèmes à cause de la technique d’extraction utilisée. "Cette technique s'appuie sur le forage directionnel (souvent horizontal), associé à la fracturation hydraulique, d'un grand nombre de puits. Le forage directionnel consiste à forer non pas verticalement, mais à une profondeur et un angle qui permettent au puits de rester confiné dans la zone potentiellement productrice.
La fracturation hydraulique consiste à provoquer un grand nombre de micro-fractures dans la roche contenant le gaz, permettant à celui-ci de se déplacer jusqu'au puits afin d'être récupéré en surface. La fracturation est obtenue par l'injection d'eau à haute pression dans la formation géologique, autour du point d'injection."
Cette technique a, en premier lieu, un impact sur l'eau et sur l'air du site. Des préoccupations officielles pour les impacts environnementaux et sanitaires générés par la fracturation hydraulique ainsi que ses conséquences sur les eaux potables et la santé publique, ont conduit à l’émission de plusieurs alertes par des scientifiques et chercheurs. Ces alertes portent sur des émissions importantes de gaz carcinogènes dans l'environnement et sur la contamination des nappes phréatiques superficielles par du gaz et des fluides de fracturation.

Selon des études récentes, «on a recours à l’utilisation, dans les techniques de forage, de centaines de produits chimiques qui sont pour la plupart toxiques, voire cancérigènes. Ces polluants peuvent s’infiltrer dans les nappes phréatiques, contaminer l’eau que nous consommons et donc avoir des effets sur notre santé. A cela s’ajoute la question du retraitement des eaux usées qui remontent à la surface et que nous ne savons pas traiter… ».
En outre, l’extraction du gaz de schiste nécessite une quantité importante d'eau. Seule une partie de l'eau est récupérée, polluée par les additifs des fluides de fracturation.
A ne pas oublier, non plus, la récente découverte de risques sismiques également liés à cette extraction de gaz de schiste. Selon des études britanniques, il existe un lien bien connu entre fracturation hydraulique et les tremblements de terre. Plus qu'à la fracturation des roches, ces séismes seraient principalement dus à l'injection d'eau.

En dépit de ces dangers, on a appris, au début du mois de septembre courant, que le ministère tunisien de l’Industrie avait conclu un marché avec le groupe Shell dans la zone du centre, dans la région de Kairouan plus exactement.


Mohamed Lamine Chakhari, ministre de l’Industrie, s’est exprimé, en date du 19 septembre 2012, sur les ondes d’Express Fm, entre autres, dans le but de répondre à la controverse causée par la signature récente de cette convention par le gouvernement .
A ce propos, le ministre de l’Industrie a indiqué qu’en vertu de ladite convention, le groupe Shell effectuera des travaux de prospection dans la zone du "bassin de Kairouan" et utilisera des techniques de forage sur une profondeur de plus de 4500 mètres.
Répondant aux critiques mettant en cause les techniques d’exploitation de ce gaz et leur impact sur les eaux de surface et souterraines, il a affirmé : "les techniques d’exploitation de ce gaz, qui ont connu un grand succès aux Etats-Unis et au Canada, ne sont pas dangereuses dans tous les cas".
M. Chakhari a tenu à préciser que les techniques traditionnelles concernant le forage à une profondeur de 2000 à 2500 mètres présentent des atouts tels que la découverte de gaz et de pétrole.
Il a ajouté : "De toutes les façons, l’Etat ne tolèrera, en aucune manière, tout impact négatif de ces techniques sur l’environnement".

Il s’agit là, a priori, d’un vrai discours à connotation strictement politique, qui se veut rassurant, conciliant mais ne se base pas sur des données scientifiques objectives. La polémique autour de ces forages s’est même intensifiée ces derniers jours, notamment avec les appels lancés par les représentants de la société civile, dont des écologistes, outre les critiques émanant de l’opposition, et surtout du leader du Parti des ouvriers tunisiens (POT), Hamma Hammami qui a démontré à l’opinion publique dans ses passages médiatiques, les enjeux et le lobbying qui tourne autour de ce genre de projets industriels d’envergure.

Il semblerait que le gouvernement se soit rétracté concernant ce projet, et des rumeurs circulent à propos de son annulation. Le gouvernement a même publié un communiqué indiquant que la convention n’est pas encore signée, mettant en doute la viabilité du projet.
Toutefois, et en attendant un démenti ou une confirmation officielle sur une annulation ou un simple report du projet, le suspense demeure entier. La pression médiatique et populaire aurait-elle porté, déjà, ses fruits ?

Dorra Megdiche Meziou



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