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Elections 2019 : des abus à la pelle !

Elections 2019 : des abus à la pelle !


La campagne électorale présidentielle touche à sa fin et curieusement les actes de violence ne cessent de se multiplier. Il est concevable que les candidats n’épargnent aucun effort dans la défense de leurs visions et la propagation de leurs programmes électoraux, mais cela doit se dérouler loin des attaques de part et d’autre. Entre insultes, injures et agressions physiques entre les différentes équipes des campagnes électorales, tout paraît permis pour marquer des points. Toutefois, ce n’est pas tout le temps que la fin justifie les moyens...


Ce qui se passe depuis quelques jours lors des campagnes des divers candidats à la magistrature suprême est symptomatique de l’incivilité électorale dont souffre le pays aujourd’hui. Qu’il s’agisse d’une tentative d’intimider les candidats objet de ces attaques ou de dérouter l’électeur voire l’inciter à boycotter le scrutin, ces manœuvres qui visent essentiellement à faire diversion ne peuvent qu’avoir un impact néfaste sur le déroulement du processus électoral.

 

Les exemples d’actes de violence sont, en effet, nombreux et cela semble toucher, en premier lieu, l’équipe de campagne du candidat de Tahya Tounes, Youssef Chahed à 2 reprises soit à Béja et à Sousse.

L’équipe de campagne de Youssef Chahed a, ainsi, dénoncé des agressions subies par des sympathisants lors de la clôture du meeting de Tahya Tounes tenu à Béja. Les accusés ? Ce sont, selon Tahya Tounes, les sympathisants du candidat de la Coalition du Front populaire à la présidentielle, Hamma Hammami.

L’équipe s’est, de ce fait, engagée à déposer une plainte auprès de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie) contestant l’infraction de la loi électorale. La plainte sera portée à l’encontre de l’équipe de campagne de Hamma Hammami après avoir vérifié leur lien avec ces agressions.

 

Une scène similaire a, également, eu lieu simultanément à Sidi Bouali dans le gouvernorat de Sousse, la victime étant toujours Tahya Tounes.

Effectivement, des affiches de candidats à la présidentielle ont été incendiées notamment celle de Youssef Chahed. D’après un membre de l’équipe de campagne, ce sont toujours les membres de l’équipe de campagne de Hamma Hammami qui sont derrière ce sabotage. Une autre plainte auprès de l’Isie a été également envisagée suite à cet incident.

Ces actes de violence ont été aussi accompagnés par le blocage de tous les accès menant à la ville et ce en mettant le feu à des pneus ainsi que des panneaux publicitaires. Les manifestants contestaient, visiblement, la fermeture de l’usine Elbène ainsi que la non-application des accords conclus entre les employés et les autorités de tutelle.

 

En déplacement à Zaghouan, l’équipe de Youssef Chahed a fait, aussi, l’objet de menaces de la part d’un supporter du candidat Abdelkarim Zbidi qui a ouvertement appelé à incendier cette équipe annonçant, avec fierté, qu’il avait entravé avec ses acolytes l’équipe de Youssef Chahed de mener à bien sa campagne dans la ville.

 

Les agressions ne se sont pas limitées aux équipes de campagne, mais ont touché également les journalistes présents sur places pour couvrir les déplacements des candidats à la magistrature suprême.

Le journaliste et chroniqueur à Attessia TV, Houcem Hamad avait dénoncé l’assaut dont il a été victime, perpétré selon ses dires par des personnes qui portaient le badge de l’équipe Zbidi et qui étaient sur place pour le meeting de ce dernier tenu samedi dernier à Monastir.

Un assaut suite auquel le journaliste a reçu des excuses de la part de l’équipe du candidat. Cependant, Abdelkarim Zbidi lui-même, a nié connaître Houcem Hamad soulignant que dès qu’il a été informé de l’incident, il a tenté de le joindre par téléphone à trois reprises pour demander de ses nouvelles.

L’équipe de la campagne de Abdelkarim Zbidi a, de son côté, réagi à la nouvelle de l’agression de Houcem Hamad en rendant public un communiqué où elle s’est indignée du comportement de certains intervenants de l’organisation du meeting.

L’équipe a expliqué qu’après vérification, il s’est avéré que l’incident était dû à « une bousculade dans les travées privées arrière de la scène, et ceci au vu du grand nombre de personnes présentes ».

Elle a réitéré, par ailleurs, son respect du rôle de la presse et des médias mettant en garde contre la nuisance au climat des élections en mêlant Abdelkarim Zbidi à toute forme de tromperie.

 

Signalons que Houcem Hamad a, de surcroît, affirmé qu’il a été agressé verbalement et diffamé par le candidat indépendant à la présidentielle et ancien membre du Conseil de la Choura d’Ennahda, Hatem Boulabiar lors d’une conférence de presse lundi dernier.

 

Du côté des concurrents pour l’investiture suprême, la rivalité semble prendre un nouveau tournant. Si les insultes et les injures n’étaient pas explicites ou directes, cela a laissé place à l’insinuation qui, à son tour, est soumise à plusieurs interprétations.

C’est l’exemple de Hamma Hammami et Youssef Chahed qui ont eu une confrontation en direct lors du 3ème et dernier débat présidentiel.

Prenant la parole, Hamma Hammami a insinué que le candidat qui était à sa gauche (Youssef Chahed) était un emblème de la corruption et ce en disant « la corruption qui se tient à ma gauche ».  Une déclaration suite à laquelle le candidat de Tahya Tounes a revendiqué un droit de réponse indiquant qu’il « ne souhaitait pas rabaisser le niveau » et que ce type d’insultes était prévisible de la part des candidats qui « ne détiennent pas un véritable projet ».

Hamma Hammami a, ensuite, clarifié l’incident en assurant qu’il ne visait pas Youssef Chahed par ces propos. Et d’ajouter qu’il n’a pas accusé M. Chahed de corruption mais qu’il a « plutôt critiqué sa responsabilité politique et morale dans toutes les opérations de corruption qui ont eu lieu sous son régime ».

 

Pendant le même débat, Youssef Chahed a encore une fois fait l’objet d’une seconde insinuation. Cette fois ci elle a été proférée par l’avocat islamiste et candidat de la Coalition « Al Karama » à la présidentielle, Seifeddine Makhlouf. Ce dernier avait adressé un message à Saïd Aïdi, candidat de beni Watani, outre Youssef Chahed, tous les deux présents au 3ème débat présidentiel.

Un message où il a dénoncé leur double nationalité relevant qu’il avait des réserves les concernant dans la mesure où « ceux qui ont une double nationalité avaient une double allégeance et celui qui occupait une haute fonction devait prêter allégeance uniquement à la Tunisie ».

 

En dépit de la présence d’un guide des activités de la campagne électorale conçu par l’Isie ainsi que les dispositions de la loi électorale, les infractions sont toujours présentes. Des dépassements simples et courants à l’instar la dégradation des affiches de certains candidats, de la non déclaration des activités relatives à la campagne, du chevauchement d’activités entre les différentes campagnes électorales jusqu’aux violations graves comme les agressions physiques et verbales (insultes, injures, diffamation, discours de haine) sont enregistrés à maintes reprises.

Des pratiques déplorables qui, malheureusement, compromettent l’intégralité du processus électoral et portent atteinte à l’image de la Tunisie, devenue un symbole de la transition démocratique dans le monde arabe.

 

Boutheïna Laâtar

 

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Commentaires (3)

Commenter

AH
| 13-09-2019 18:27
Si les infractions à ces règles électorales ne sont pas réprimandées par des mesures allant jusqu'à la disqualification des candidats ou listes en cas d'abus flagrant et répété.

Si l'on convient que les abus peuvent fausser les résultats, on devrait revoir les sanctions aux abus.

Houcine
| 12-09-2019 23:36
A la lecture de l'article, on retient que seul monsieur Chahed a souffert des manquements relatés. Si cela est exact, au moins aurait-il été utile de mentionner le lien possible avec ses responsabilités dans la situation que vivent les gens qui peut, au moins, expliquer partiellement les motifs de ses dépassements.
Les faits n'ont de sens que situés dans un contexte. Sinon, cela laisse à penser que le rédacteur prend le parti d'un seul contre tous. Au mieux, il rapporte des faits ( qui restent à vérifier) puisant et/ou alimentant une source unique.
Je lis ce qui est écrit ça et là avec la curiosité intéressé du citoyen sans autre souci que celui de m'informer et de contribuer au maintien du droit d'expression libre contre tous ceux qui aimeraient nous voir embrasser leur foi dans des idoles...

versatis
| 12-09-2019 20:06
C'est le propre du tunisiens, les politiques ne sont encore chinois. Du bas au haut de la société, les mêmes comportements, jusqu'aux tics

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