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Discours de Béji Caïd Essebsi, le thème de trop
30/11/2015 | 19:59
6 min
Discours de Béji Caïd Essebsi, le thème de trop

Les Tunisiens ont tous attendu le discours du président de la République, Béji Caïd Essebsi, prévu en prime time dimanche soir. Après l’attentat terroriste meurtrier qui a frappé un bus de la Garde présidentielle mardi dernier et le couvre-feu instauré depuis, les Tunisiens étaient sans doute tous devant leur poste à 20h45 pour écouter ce qu’avait à leur dire le président.

L’intervention du président de la République devait aborder trois thèmes principaux, à savoir l'unité nationale vis-à-vis de la menace terroriste, la nécessité de réaliser la paix sociale principalement à travers un accord entre l'UGTT et l'UTICA et la crise de Nidaa Tounes, dernier thème qui a accaparé une bonne partie du discours au grand dam de nombreux spectateurs.

 

 

Les réactions au discours prononcé hier par le président de la République, Béji Caïd Essebsi, ne se sont pas fait attendre. A peine l’allocution terminée que les internautes se sont déchainés sur les réseaux sociaux. Entre citoyens offensés et personnalités politiques scandalisées ou faisant part d’un soutien inconditionnel au président, la toile a vécu ces dernières heures au rythme de la vague de réponses qui a suivi cette intervention, jugée pour la plupart, plutôt mal venue.

 

Le leader du Front Populaire, Jilani Hammami a estimé que le discours du président est choquant, il a précisé qu’il s’attendait à ce que ce dernier présente une initiative pour essayer de résoudre les problèmes auxquels le pays est confronté, et non pas un discours traitant quasi exclusivement du conflit au sein de Nidaa Tounes. Jilani Hammami a considéré que Béji Caïd Essebsi a dépassé ses prérogatives et la Constitution, qui stipule dans son article 76 que le président de la république ne doit pas mêler à ses prérogatives des responsabilités partisanes, et que ce n’est pas le premier écart du président rappelant l’exclusivité accordée à Nessma pour la retransmission de la cérémonie de célébration du prix Nobel de la Paix. Il a déclaré que le Front Populaire allait se concerter pour évaluer sa position quant au discours tenu par le président.

 

Le mouvement Echaâb a appelé, pour sa part, à auditionner le président de la République et a estimé que le contenu de l’allocation du président est anticonstitutionnel et que le président a tenu un discours non pas pour présenter une initiative qui vise à unir les opinions, mais plutôt pour démontrer qu’il n’est pas le président de tous les Tunisiens. Il a condamné, par ailleurs, l’implication de Béji Caïd Essebsi dans les affaires internes du parti Nidaa Tounes et a appelé tous les partis de l’opposition et les composantes de la société civile à s’opposer à ce genre de pratiques, qui vise à faire revenir le pays au climat politique d’avant la révolution.

 

Le CPR a précisé, dans un communiqué, que le fossé qui existe entre les intérêts partisans du président et les soucis nationaux du peuple tunisien ne sont pas nouveaux, « on se rappelle du discours qui a suivi l’attaque terroriste de Sousse que le président a instrumentalisé pour attaquer ceux qui se dressaient contre le projet de loi de ce qu’il appelle réconciliation » a-t-il ajouté. Il a souligné que le fossé est inquiétant quant à l’avenir du pays, surtout dans de telles circonstances de lutte contre le terrorisme alors que la constitution stipule que les prérogatives du président de la République sont la sécurité nationale et pas ce qui se passe dans les partis.

 

Le parti a souligné que le fait de s’accaparer les médias pour parler de luttes partisanes est contraire à la Constitution et montre une faiblesse de la situation politique et des forces démocratiques. Il appelle donc à une union nationale pour lutter contre l’affaiblissement des institutions de l’Etat et la prédominance des intérêts partisans. Nous ne manquerons pas de remarquer que le président de la République était attendu au tournant et qu’il a fourni à ses détracteurs des arguments qu’ils auraient eu quand même du mal à laisser passer.

 

Attayar s’est dit, quant à lui, déçu de voir des évènements tragiques, encore une fois, instrumentalisés pour régler des affaires partisanes à l’instar de ce qui s’est passé avec le discours du président lors de l’attentat de Sousse. Il a pareillement vu en cela une violation de la Constitution et a condamné le fait de monopoliser les médias pour parler de choses qui ne font pas partie des priorités des Tunisiens, « alors qu’ils ont encore la peur au ventre et que le sang des martyrs n’a pas encore séché ». Attayar a appelé au respect de la Constitution et à cesser d’utiliser l’Etat et ses institutions dans des conflits partisans.

 

Le secrétaire général de l'Alliance Démocratique, Mohamed Hamdi, a précisé que le président n’est pas le symbole de l’unité nationale mais qu’il est le président d’un parti si ce n’est de l’un de ses camps, faisant allusion au conflit interne qui divise Nidaa Tounes, entre partisans de Mohsen Marzouk et autres de Hafedh Caïd Essebsi, fils du président de la République.

Avis partagé par le leader d’Al Joumhouri, Issam Chabbi, qui a estimé que le discours du président dénote d’un intérêt pour le parti et non pour la patrie.

 

Du côté du deuxième parti fort du pays, les réactions sont plutôt positives. Le chargé des relations avec la presse d’Ennahdha, Ajmi Lourimi, a souligné dans une déclaration accordée au journal « Achariî Al Maghribi » que le parti n’a vu dans le discours du président de la République, aucune tentative de violation de la Constitution précisant qu’il possède la légitimité politique d’intervenir sur des sujets qui peuvent porter atteinte à la situation générale du pays. Il a ajouté que le président a abordé le sujet du conflit au sein de Nidaa Tounes d’un angle national vu que la situation préoccupe l’opinion publique tunisienne.

 

Quant aux membres de Nidaa Tounes, le dirigeant Faouzi Elloumi a indiqué, pour sa part, qu’il soutient l’initiative du président pour régler les conflits, soulignant que le parti doit très vite dépasser ses difficultés internes pour se focaliser sur problèmes nationaux. L'autre leader de Nidaa Tounes, Boujemâa Rmili, a déclaré, à Shems Fm, que des partenaires sociaux ont demandé l’intervention du chef de l’État pour résoudre la crise au sein de Nidaa Tounes. Il a affirmé que lors de son voyage aux USA, le secrétaire général de la centrale syndicale, Houcine Abassi, a été interpellé par la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, au sujet de la crise de Nidaa Tounes et que l’UGTT a expressément demandé au président de la République d’intervenir.

 

Les détracteurs de Béji Caïd Essebsi ont souvent évoqué l’article 76 de la Constitution qui stipule que : « le Président de la République ne peut cumuler ses responsabilités avec d’autres responsabilités partisanes », d’où l’accusation à son encontre d’avoir violé la Constitution dans son discours relatif à la crise au sein de Nidaa Tounes. Accusation démentie par les partisans du président qui voient en l’initiative de ce dernier une nécessité d’ordre national vu que le conflit au sein de Nidaa Tounes menace la stabilité politique du pays et que l’heure est à l’union devant la menace terroriste qui pèse sur la Tunisie.

 

Myriam Ben Zineb

30/11/2015 | 19:59
6 min
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Commentaires (18)

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Gaston
| 01-12-2015 19:36
Les frondeurs n'attendaient que ça. Ces constitutionnalistes s'agrippent volontiers à l'argument facile et font fi de la légitimité de l'Homme.

Zico
| 01-12-2015 18:53
Franchement il ne faut pas trop deamnder au 2ème plus vieux présient au monde (2eme apres l'indestructible Robert Mogabe (91 ans)).

bahrila
| 01-12-2015 17:00
l 'héritier du "trône" serait le plus âgé de la famille Huseinite .
dons pas obligatoirement descendant de S.A. Moncef Bey.
En esperant qu'il n'ait pas 92 ans!!!!!

Bourguibiste nationaliste
| 01-12-2015 15:36
Comment se fait-il que vous ayez laissé passer le commentaire de ourwa qui traite le président de la République de "bourguibiste enragé"?
Moi j'ai qualifié Mme Karboul d'irresponsable et vous m'avez censuré.

BN: Votre commentaire est en ligne. Merci de le vérifier.

ourwa
| 01-12-2015 15:03
A quoi peut-on s'attendre d'un bourguibiste enragé, sinon à un discours et des positions bourguibistes par excellence, en l'occurrence la confusion de l'Etat et du parti au pouvoir, en parfaite violation de l'article 76, alinéa 2 de la Constitution qui stipule: " Le Président de la République ne peut cumuler ses fonctions avec toute responsabilité partisane". En consacrant les deux tiers de son dernier discours aux problèmes de son parti, Nidâa Tounes et aux solutions qu'il préconise, BCE agit comme Chef de parti, prend parti pour une frange de la population, partisane de Nidâa, contre le reste de la population. Ainsi, l'article 72 de la Constitution se trouve également, du coup, vidé de son sens. Avant lui, Bourguiba et ben Ali n'avaient pas agi autrement et pour lesquels la Constitution était une coquille vide, une espèce de fille de joie juridique à la merci de n'importe quel *** faussement républicain...Malgré cela, on continue, semble-t-il, de parler de IIème République, alors qu'il s'agit toujours, n'en déplaise aux pseudo révolutionnaires et autres démocrates de la 25ème heure, de la même république, la Ière, celle instituée par le dictateur Bourguiba en 1957. Essid l'a parfaitement compris, qui, à l'instar de n'importe lequel des courtisans de la cour bourguibienne, s'est empressé de légitimer les propos partisans pro Nidâa de BCE...Ainsi, tout semble baigner dans l'huile et l'on ne peut s'attendre à moins de la part de l'ancien directeur du Conseil oléicole international Essid... Cette légitimation, présentée effrontément comme " une nécessité d'ordre national vu que le conflit au sein de Nidaa Tounes menace la stabilité politique du pays et que l'heure est à l'union devant la menace terroriste qui pèse sur la Tunisie." est scandaleuse, quand elle ne fait pas sourire; au nom de la lutte contre le terrorisme et à l'instar de beaucoup de régimes totalitaires et liberticides, le régime nahdaoui-nidaïste s'engouffre allègrement dans la brèche béante qui consiste à insulter la Constitution et museler les libertés publiques. Si au moins le gouvernement Essid prend des mesures concrètes et visibles contre le terrorisme, organise à tour de bras des procès pour juger les milliers de terroristes soit disant arrêtés depuis + de 3 ans...Rien de tout cela. Finalement, de quelle "union nationale" parle le président du gouvernement, alors que le pays est livré aux groupes armées terroristes, à la contrebande, à la corruption généralisée, au sous développement endémique...du fait même d'une autre "union", celle d'un pseudo parti, Nidâa, un conglomérat hétéroclite de circonstance, le temps de mettre la main sur le pouvoir, et d'un mouvement islamiste totalitaire pourvoyeur de violence et d'opression. Ennahdha ne pouvait pas trouver mieux que Nidâa Tounes, comme cadre faussement démocrate et faussement républicain, pour continuer à diffuser son poison et Essid, après avoir fidèlement servi Ben Ali, tout comme BCE, se trouve en terrain connu et signe, rien que par sa présence à la présidence du gouvernement, l'échec total de celui-ci.

EL OUAFI
| 01-12-2015 14:34
Mais pourquoi pas de ne pas évoquer la période de la première république assumait par les Deux présidents dignes dot le deuxième était très méchant pour ceux qui cherchaient à trompé l'état dans une situation qui traverse la société civile plein des crises très épineux effectivement ce Monsieur a commis les erreurs mais toutes ça pour l'intérêt du peuple et surtout lorceque il préservé une amitié sans précédent au président Kaddafouhoum est c'est ça le motif de sa chute il etre dans la stratégie de renversement du système de Kaddafouhoum .
c'est logique et pour tromper en change le titre de l'opération la révolution le printemps Arabe noir bal bla .en entrerons pas dans les détailles c'est mieux pour nous l'essentiel ce de comprendre la réalité des Diables de Ksar Carthage qui sont en accord que avec Ben Ali si ce dernière avait des relation avec( El-Tarf)

Le monarchiste
| 01-12-2015 14:10
Retablir le royaume en rappelant les heritiers de Sidi Moncef et opter pour une monarchie constitutionnelle parlementaire.Plus de bataille pour occuper le palais de Carthage,et le roi sera toujours un recours en cas de litige en qualite de pere de tous les tunisiens.Moi je suis pour et je sais qu il y aura une tempete contre mes propos,Une monarchie constitutionnelle parlementaire moderne c est l ideal pour la Tunisie.

SELIM
| 01-12-2015 12:35
Dans l'intérêt du pays BCE a fait et dit ce qu'il fallait. Tout ce qu'on pourrait reprocher c'est le timing peut être un peu trop long, sinon c'est un homme d'Etat. Ceux qui le critiquent ne lui souhaitent pas le bien ou ce sont des journalistes en mal de critiquer, tout simplement...

Tuesday
| 01-12-2015 11:37
Un homme d'Etat!
Le seul danger: s'ils ne suivent pas;...ce sera la catastrophe pour tout le monde, et un effet boule de neige plein d'imprévisibilités et de conséquences irréversibles pour le pays, qui pourrait conduire au chaos (la samaha Allah)!

Yacine Hichri
| 01-12-2015 10:16
Ca a du faire mal a quelqu'un dans le groupe? :)