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Bourse : Un marché qui ne suit pas malgré de bons revenus

Temps de lecture : 5 min
Bourse : Un marché qui ne suit pas malgré de bons revenus

L’année boursière a été compliquée, reflétant la situation économique et financière du pays ainsi que les inquiétudes des investisseurs. Les chiffres publiés par la bourse en ce qui concerne les revenus de l’année 2019 l’affirment, et ceci même si le revenu global est en hausse de 8,7% par rapport à 2018. Dans les faits, les revenus de 8 secteurs sur 9 sont en progression, mais côté indices sectoriels 9 sur 13 sont dans le rouge, ce qui prouve l’appréhension et les craintes des investisseurs.

 

L’instabilité politique, la pression fiscale, l’attentisme et le changement fréquent des règles a fait fuir même les plus téméraires des investisseurs. Pourquoi prendre des risques alors qu’il est plus rentable ou du moins plus sûr d’investir son argent dans la banque ou dans un bon de trésor ? Et d’ailleurs, ceci s’est ressenti sur l’économie. Le pays vit une crise et la croissance d’à peine 0,1% au 4ème trimestre l’atteste bien. Idem pour le Tunindex et Tunindex20 qui ont baissé respectivement de 2,06% et de 3,70%.

Ce qui interpelle c’est que malgré cette tendance baissière, le revenu global des sociétés cotées a évolué de 8,7% pour atteindre 17,97 milliards de dinars durant l’année 2019 contre 16,54 milliards de dinars durant l’année 2018. Une soixantaine de sociétés sur 80 qui ont communiqué leurs résultats ont vu, ainsi, leurs revenus s’apprécier par rapport à l’année précédente.

Il faut aussi préciser que bons revenus n’est pas synonyme de bons résultats, surtout avec une pression fiscale en perpétuelle hausse et une hausse des salaires souvent pesante sur les charges.

Ainsi, la pression fiscale exercée n’a pas cessé d’augmenter depuis 2010 passant de 20,1% à 23,1 en 2018 puis 24,9% en 2019 et qui atteindra 25,1% en 2020. Ce qui est excessif et encombrant, ne permettant pas aux sociétés d’investir et de se développer. Alors que les augmentations salariales négociées avec l’UGTT, ne tiennent pas souvent compte des spécificités des secteurs et des difficultés qu’ils traversent.

 

 

Les 20 sociétés qui composent le Tunindex20 et qui représentent les entreprises les plus liquides de la cote ayant les capitalisations boursières les plus importantes, ont collectivement réalisé un revenu de 10,5 milliards de dinars, en croissance de 12,2% par rapport à l’année 2018, représentant 59% du revenu global des sociétés de la cote.

 

Evolution des revenus des 20 sociétés composant le Tunindex 20

 

Huit des neuf secteurs ont vu leurs revenus augmenter. La plus forte progression a été enregistrée dans le secteur des matériaux de base avec taux de 14,26%, suivi par le secteur des biens de consommation (+11,50%), des industries (+7,66%), des sociétés financières (+7,48%), des télécommunications (+7,24%), des services aux consommateurs (+5,53%), de la santé (+4,22%), des technologies (+ 3,97%) contre une baisse des revenus du secteur du pétrole et gaz avec -3,93%.

 

Ainsi et en ce qui concerne le secteur financier, les 12 banques cotées ont réalisé un produit net bancaire (PNB) cumulé en progression de 13,4% avec 4.954 MD contre 4.367 MD en 2018. Le revenu net global des 7 sociétés de leasing cotées a régressé de 0,3% pour se situer à 446 MD contre 448 MD. La tendance haussière du secteur a profité aux 4 compagnies d’assurances cotées dont le montant global des primes émises a atteint 816 MD contre 758 MD, soit une évolution de 7,7%.

Ainsi, le revenu du secteur financier, qui domine la capitalisation boursière, a atteint 6.656 MD contre 6.192 MD un an auparavant.

 

 

S’agissant du secteur des biens de consommation, le revenu global des 3 groupes opérant dans l’agroalimentaire (Poulina Group Holding, Délice Holding et SFBT) a progressé de 10% pour passer de 4.124 MD à 4.534 MD. Idem pour les quatre concessionnaires automobiles cotés (dans ce même secteur) ont réalisé un chiffre d’affaires global en hausse de 2,6% durant l’année 2019, ramené à 1.079 MD contre 1.051 MD durant l’année 2018.

Concernant le secteur des services aux consommateurs, le chiffre d’affaires global des deux enseignes de la grande distribution cotées en Bourse (Monoprix et Magasin Général) s’est apprécié de 7,2% pendant l’année 2019 par rapport à l’année 2018, pour atteindre 1.615 MD contre 1.506 MD.

Au niveau des sous-secteurs, 11 d'entre eux ont marqué des performances positives. Les meilleures reviennent aux produits ménagers et de soins personnels avec 28,7%, à la chimie avec 17,8% et aux banques avec 13,4%.

 

Les plus fortes hausses de revenus ont été réalisées par Sits (+521%), Simpar (+103,3%), Essoukna (+53%), City Cars (+40,3%) et Tawasol Groupe Holding (+40%).

 

 

Parmi ce Top 5 figurent les 3 sociétés immobilières, pour qui 2018 a été une année cauchemardesque à cause de la nouvelle TVA imposée lors de la loi de Finances et du retard de la publication des textes applicatifs relatifs, et un concessionnaire. En 2019, les promoteurs immobiliers, qui figuraient parmi les importantes baisses en 2018, retrouvent leur rythme d’antan, ce qui explique la hausse de leurs revenus.

Les plus fortes baisses de revenus ont été enregistrées par Electrostar (-75%), Servicom (-52,2%), Tuninvest Sicar (-31,04%), Aetech (-29%) et Siphat (-28%).

 

 

Côté indices sectoriels, 4 sur les 13 publiés par la Bourse ont enregistré des performances positives à la clôture de l’année 2019. Les meilleures sont affichées par l’indice des Assurances (+7,88%) et l’indice Produits Ménagers et de soin Personnel (+5,19%). Les pires sont réalisées par l’indice bâtiment et matériaux de construction avec -23,87% suivi par l’indice des services financiers -15,16%.

 

L’écart constaté entre revenus réels et l’évolution des indices sectoriels dans les chiffres communiqués par le rapport de la Bourse démontre la perte de confiance des investisseurs et leurs appréhensions, ce qui explique le comportement du marché face aux différentes valeurs. Il faut dire que l’Etat a contribué à cette situation, surtout avec l’imposition du dividende. Et même si la Loi de finances 2020 propose de proroger jusqu’en 2024 les avantages accordés aux entreprises qui décideraient d’ouvrir à hauteur de 30% au moins leur capital au public par le biais de la bourse, ceci reste insuffisant vu la conjoncture.

 

Imen NOUIRA

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