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14-Juillet : on ne boycotte pas une nation pour son tartour !
14/07/2014 | 1
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14-Juillet : on ne boycotte pas une nation pour son tartour !
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La polémique ne cesse d’enfler à Tunis depuis quatre jours quant au boycott de la réception annuelle organisée par l’ambassadeur de France dans sa résidence de la Marsa. Hommes politiques, journalistes, hommes d’affaires, tous les invités et toutes les figures habituées à la cérémonie s’interrogent s’ils doivent ou non participer cette année.
La polémique de boycott a été déclenchée par un simple message Facebook du journaliste-vedette Sofiane Ben Farhat et relayé par Business News. La raison est ce communiqué honteux de l’Elysée portant état d’une communication téléphonique que le président de la République français, François Hollande a eue avec le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, et au cours de laquelle, il lui a « exprimé la solidarité de la France face aux tirs de roquettes en provenance de Gaza ».
Pour le journaliste, c’en est trop. Il se dit « effaré » par la coalisation de François Hollande avec l’entité sioniste, à laquelle il ne trouve pas d’explication sinon celle des raisons électorales.
Le journaliste lance son pavé dans la mare et appelle au boycott. Son appel trouve écho. Un large écho. Tellement large qu’il divise les partis et les rédactions. Faut-il ou non boycotter ?
A Ettakatol, le parti le plus proche du PS français, Jalel Bouzid affirme que son parti ne participera pas aux festivités. « Un message adressé au gouvernement français, assurant que le peuple tunisien ne saura accepter ces positions contraires à la cause palestinienne », justifie-t-il. Mustapha Ben Jaâfar, président de ce parti et grand ami de Hollande, aura néanmoins un entretien téléphonique avec le président français et tente de désamorcer la crise. Sera-t-il présent ? Il ne dira ni oui, ni non (comme d’habitude), mais il sera vraisemblablement présent en portant son autre casquette de président de l’ANC.
Si le Front populaire n’étonne personne par sa déclaration de boycott, il n’en est pas de même pour Al Massar réputé proche de la France et des Français qui manifeste un peu trop bruyamment son refus d’aller à la cérémonie. « C’est possible que l’une des figures symboliques du parti n’ait pas été invitée qui justifie cet appel bruyant », ose un membre d’un parti en escarmouche actuellement avec Al Massar.
Si la Fédération tunisienne des directeurs de journaux n’a pas encore réagi, il n’en est pas de même pour le Syndicat des journalistes qui s’est empressé de publier un communiqué appelant au boycott.
Pour la société civile, la messe est dite. C’est un grand non prononcé par les militants les plus en vue et on compte organiser une manifestation devant la résidence de l’ambassadeur au moment de la réception. De quoi intimider ceux qui veulent participer sans être vus.

Du côté du oui, c’est étrangement Al Joumhouri qui fût le premier à annoncer qu’il participera aux festivités. Ce même Joumhouri qui criait au scandale, il y a quelques semaines, que quelques touristes israéliens viennent en Tunisie en croisière.
Le parti islamiste Ennahdha, le parti le plus proche du Hamas palestinien, a annoncé qu’il sera aussi de la fête.
A Tunis, on n’a plus peur du paradoxe, Ettakatol proche des Français, on boycotte, alors qu’Ennahdha proche des islamistes palestiniens, on participe.
Au parti présidentiel CPR, on est occupés par l’octroi de permis de forage de pétrole aux entreprises étrangères. Quant à la Palestine et le 14-Juillet, c’est le silence total.
Idem du côté de Nidaa où l’on maintient encore le silence officiellement. Dans les coulisses, on manifeste son embarras réel. « Tout homme politique qui se respecte, se doit de participer. On ne boycotte pas une nation pour son tartour », nous dit un dirigeant de Nidaa qui ne veut pas dévoiler son identité et qui précise qu’il ne parle pas au nom de son parti. Il poursuit : « Imaginez si on boycottait la Tunisie à cause de notre Marzouki ! Avec Hollande, on est habitués à ses positions éternellement indécises et au fait qu’il mette les pieds dans le plat. On ne peut pas boycotter la France et les Français à cause de lui, c’est ridicule, c’est irresponsable ! ».

Du côté des rédactions, c’est l’embarras. Journalistes et patrons de presse se téléphonent et s’interrogent. « Si l’on y va, on sera taxés d’être à la solde de la France et contre la cause palestinienne. Si l’on n’y va pas, c’est une incorrection vis-à-vis d’une nation qui a toujours été proche du peuple tunisien et de sa société civile. Il faut faire la distinction entre un pays et un gouvernement. »
A Business News, la décision a été prise en conseil de rédaction élargi, comprenant l’ensemble des journalistes. D’un côté, il y a ces appels au boycott. De l’autre, il y a ce devoir d’informer les lecteurs. D’autant plus que tout le monde s’interroge qui va y aller et qui n’y va pas. L’argument, brandi par la direction, a été jugé recevable par le SNJT, mais cela n’a pas convaincu pour autant les journalistes. Un long débat a eu lieu au sein de la rédaction et décision a été prise de se conformer au boycott total de la fête du 14-Juillet. De ce fait, aucun membre de Business News ne sera présent à la cérémonie du 14-juillet et celle-ci ne sera pas couverte par notre journal. Une question de symbolique d’autant plus que c’est le pays censé représenter les Droits de l’Homme dans leur sens le plus noble.

R.B.H.
14/07/2014 | 1
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