Youssef Chahed peut-il devenir Eliot Ness ?

Businessnews.com.tn | publié le 07/06/2017 15:59
Par Marouen Achouri,

Il ne s’agit pas de mettre en doute la sincérité ou la volonté de Youssef Chahed –oui Youssef Chahed, pas le gouvernement de Youssef Chahed- dans la lutte contre la corruption, loin de là. L’effort est louable, la volonté est saine et la détermination est annoncée. Il s’agit plutôt de rectifier un peu le tir et de s’attaquer à ce que l’on pourrait appeler, la « corruption normale ».

 

Il ne s’agit pas non plus de lâcher les gros poissons de la corruption et de la contrebande pour poursuivre, un par un, les policiers qui prennent 10 dinars au stop ou les petits employés qui demandent un bakchich pour que le dossier passe plus vite. Il s’agit de la corruption qui met la vie des gens en danger et qui menace l’intégrité de leurs biens.

 

Les intempéries sont toujours une bonne occasion pour s’arrêter, au propre et au figuré, sur la situation de notre infrastructure. Quand on voit des routes qui se creusent ou qui s’affaissent, quand on voit que l’eau s’accumule à des endroits où elle ne devrait pas, quand on voit qu’un hôpital est obligé de fermer ses urgences pendant 48 heures à cause de la pluie, il y a lieu de se poser des questions. Aussi exceptionnelles soient les pluies, on est en droit de suspecter des malfaçons dans la construction et la mise en place des routes. Les initiés dans ce secteur savent que l’on parle de montants astronomiques. On vend à l’Etat des produits et des prestations non conformes, qui seront utilisées par les citoyens, en échange d’une commission qui aidera le contrôleur à fermer les yeux.

 

C’est cette corruption qui oblige le citoyen à être inondé ou immobilisé quand il y a une forte pluie, c’est cette corruption qui fait que le citoyen monte dans des trains dangereux ou dans des bus défaillants. C’est cette corruption qui fait penser au citoyen que tous les dirigeants sont pourris, puisque tout ce qu’il utilise est pourri.

 

A vrai dire, arrêter les grands pontes de la contrebande aux frontières ou mettre un Chafik Jarraya en prison, est une étape importante. Mais à choisir entre la corruption supposée d’un homme d’affaires, et la corruption quotidienne, normale, que le citoyen constate tous les jours, les citoyens préféreront la deuxième. Toutefois, il est important de réitérer le soutien de la société tunisienne à tout effort de lutte contre la corruption. Même si le chef du gouvernement est lâché par le président de la République, il trouvera dans la population tunisienne tout le soutien qu’il nécessitera.

 

Outre la corruption matérielle, il y a la corruption des esprits. Malheureusement pour la Tunisie, nous sommes forts pour ça aussi. La crise des pays du Golfe a agi comme un révélateur, comme lorsqu’on met une goutte de réactif dans un liquide pour détecter la présence de microbes. Ainsi, les valets du Qatar en Tunisie se sont enflammés et ont vigoureusement gesticulé pour tenter de défendre l’émirat.

 

Le meilleur d’entre eux est sans conteste l’ancien président de la République, Moncef Marzouki. Son amour pour le Qatar n’est un secret pour personne. L’ancien prince lui ayant appris à se tenir, le site d’Al Jazeera lui ayant ouvert ses colonnes. Et donc, il a tenté de nous convaincre qu’il fallait se tenir aux côtés du Qatar dans cette bataille contre les méchants émiratis. Tout ce qu’il a récolté, ce sont les moqueries des gens et la désillusion de ceux étaient ses soutiens. Il n’a pas eu l’élégance de garder sa réserve et de se rappeler que son salaire est versé par l’Etat tunisien, pas par l’émirat du Qatar.

Faisons quand même un clin d’œil à HammadiJebali, le chef du gouvernement qui se demandait où il était. Totalement absent de la scène politique, il s’est rappelé à notre souvenir en réagissant à ce qui se passe dans le Golfe. Evidemment, il a défendu le Qatar, lui aussi.

 

Des gens comme ça n’ont pas, ou peu, réagi à des drames comme celui de la mort de Khalifa Soltani. La présidence de la République non plus me diriez-vous, mais de là à ne réagir que sur cette affaire du Qatar, il y a de la marge.

 

La corruption est le mal tunisien par excellence, aussi bien la corruption matérielle que celle des esprits. Quel est le pire, un corrompu ou un traitre à la nation ? Ou est-ce la même chose ? C’est la question que devra résoudre Youssef Chahed s’il veut réellement combattre la corruption.  

Youssef Chahed peut-il devenir Eliot Ness ?

Par Marouen Achouri, publié le 07/06/2017 15:59

Il ne s’agit pas de mettre en doute la sincérité ou la volonté de Youssef Chahed –oui Youssef Chahed, pas le gouvernement de Youssef Chahed- dans la lutte contre la corruption, loin de là. L’effort est louable, la volonté est saine et la détermination est annoncée. Il s’agit plutôt de rectifier un peu le tir et de s’attaquer à ce que l’on pourrait appeler, la « corruption normale ».

 

Il ne s’agit pas non plus de lâcher les gros poissons de la corruption et de la contrebande pour poursuivre, un par un, les policiers qui prennent 10 dinars au stop ou les petits employés qui demandent un bakchich pour que le dossier passe plus vite. Il s’agit de la corruption qui met la vie des gens en danger et qui menace l’intégrité de leurs biens.

 

Les intempéries sont toujours une bonne occasion pour s’arrêter, au propre et au figuré, sur la situation de notre infrastructure. Quand on voit des routes qui se creusent ou qui s’affaissent, quand on voit que l’eau s’accumule à des endroits où elle ne devrait pas, quand on voit qu’un hôpital est obligé de fermer ses urgences pendant 48 heures à cause de la pluie, il y a lieu de se poser des questions. Aussi exceptionnelles soient les pluies, on est en droit de suspecter des malfaçons dans la construction et la mise en place des routes. Les initiés dans ce secteur savent que l’on parle de montants astronomiques. On vend à l’Etat des produits et des prestations non conformes, qui seront utilisées par les citoyens, en échange d’une commission qui aidera le contrôleur à fermer les yeux.

 

C’est cette corruption qui oblige le citoyen à être inondé ou immobilisé quand il y a une forte pluie, c’est cette corruption qui fait que le citoyen monte dans des trains dangereux ou dans des bus défaillants. C’est cette corruption qui fait penser au citoyen que tous les dirigeants sont pourris, puisque tout ce qu’il utilise est pourri.

 

A vrai dire, arrêter les grands pontes de la contrebande aux frontières ou mettre un Chafik Jarraya en prison, est une étape importante. Mais à choisir entre la corruption supposée d’un homme d’affaires, et la corruption quotidienne, normale, que le citoyen constate tous les jours, les citoyens préféreront la deuxième. Toutefois, il est important de réitérer le soutien de la société tunisienne à tout effort de lutte contre la corruption. Même si le chef du gouvernement est lâché par le président de la République, il trouvera dans la population tunisienne tout le soutien qu’il nécessitera.

 

Outre la corruption matérielle, il y a la corruption des esprits. Malheureusement pour la Tunisie, nous sommes forts pour ça aussi. La crise des pays du Golfe a agi comme un révélateur, comme lorsqu’on met une goutte de réactif dans un liquide pour détecter la présence de microbes. Ainsi, les valets du Qatar en Tunisie se sont enflammés et ont vigoureusement gesticulé pour tenter de défendre l’émirat.

 

Le meilleur d’entre eux est sans conteste l’ancien président de la République, Moncef Marzouki. Son amour pour le Qatar n’est un secret pour personne. L’ancien prince lui ayant appris à se tenir, le site d’Al Jazeera lui ayant ouvert ses colonnes. Et donc, il a tenté de nous convaincre qu’il fallait se tenir aux côtés du Qatar dans cette bataille contre les méchants émiratis. Tout ce qu’il a récolté, ce sont les moqueries des gens et la désillusion de ceux étaient ses soutiens. Il n’a pas eu l’élégance de garder sa réserve et de se rappeler que son salaire est versé par l’Etat tunisien, pas par l’émirat du Qatar.

Faisons quand même un clin d’œil à HammadiJebali, le chef du gouvernement qui se demandait où il était. Totalement absent de la scène politique, il s’est rappelé à notre souvenir en réagissant à ce qui se passe dans le Golfe. Evidemment, il a défendu le Qatar, lui aussi.

 

Des gens comme ça n’ont pas, ou peu, réagi à des drames comme celui de la mort de Khalifa Soltani. La présidence de la République non plus me diriez-vous, mais de là à ne réagir que sur cette affaire du Qatar, il y a de la marge.

 

La corruption est le mal tunisien par excellence, aussi bien la corruption matérielle que celle des esprits. Quel est le pire, un corrompu ou un traitre à la nation ? Ou est-ce la même chose ? C’est la question que devra résoudre Youssef Chahed s’il veut réellement combattre la corruption.  

Commentaires (7) Commenter
style
Thirsday
| 08-06-2017 12:44
J'aime plutot le style de l'article préçédent "Chafik Jarraya, un ami qui vous veut du bien", à la Tahar fazaa.

le style de l'article actuel, est plutôt plat, trop sérieux et analytique, voire monotone; il manque l'ingrédient qui accroche le lecteur, "wélli fih barcha dhmar aussi", c'est plus intéressant à mon avis.
Le pb est dans le sommet de l'Etat
Jilani
| 07-06-2017 23:04
Le sommet de l'Etat est totalement corrompu et leur a ouvert toutes les portes de l'Etat et une amnistie totale avec son projet de conclusion et pire préparer son fils pour sa relève. yc est appuyé par le peuple mais aussi par des personnes sincères qui travaillent avec lui. Où sont les partis et la société civile de bardo qui ont arrêté ennahdha dans son projet de charia. On ne les voit.
Aegent
A4
| 07-06-2017 22:41
Prière de rectifier:
Tartour et les khwanjia aiment le qatar d'accord, mais ce qu'ils aiment le plus c'est l'argent de qatar !!!
@Marwan Achouri et à BN
Professeur de droit
| 07-06-2017 21:42
J'attendais que les yeux commencent à s'ouvrir et que la foule arrete de hurler des "mille bravos" sans comprendre, pour m'exprimer sur la question. Merci de m'en donner l'occasion, par le ton de votre article :
1- La Corruption
La corruption est le fait de donner de l'argent ou des biens à des AGENTS DE L'ETAT ,pour obtenir des faveurs, en particulier qu'ils FERMENT LES YEUX sur le respect de la loi ou des normes établies.
2- En conséquence,
seule la situation que vous décrivez, sur la qualité des infrastructures (suite à la négligence, moyennant bakchich) répond à la définition de la corruption - la grande - la petite étant celle que vous décrivez aussi bien (le petit bakchich pour éviter une contravention).
3- D'où la raison de douter
de cette campagne contre des "corrompus" qui ne travaillent pas pour l'Etat, ce qui n'a absolument aucun sens. J'ai été peiné et désespéré de voir, meme les meilleurs commentataires de notre forum s'agiter sur l'arrestation des "corrompus" privés; Ce qui n'existe pas. Ces gens ne peuvent etre, s'ils sont coupables (à prouver) que des "corrupteurs". Mais pour cela, il faut qu'il y ait des "corrompus" du service public (hauts fonctionnaires de l'etat, ministres) IDENTIFIES ET ARRETES, avant de pouvoir arreter des "corrupteurs" (c.à.d. eux qui les ont corrompus).
Arreter des privés, pour corruption, sans avoir arreté des agents de l'etat que ces privés auront corrompus est un non-sens juridique.
4- Ces privés sont pour autant innocents ? Pas forcément, ils peuvent avoir commis d'autres fautes, mais cela ne s'appelle pas corruption, et doit porter d'autres qualification. D'où le flottement qui devient de plus en plus visible, lorsqu'on aborde le volet judiciaire, de la question.
- Vous remarquerez que les rares tunisiens qui ont émis des réserves sur l'opération, au départ (et qui ont été couverts d'injures) étaient tous des juristes.
- et que les pays avancés proches de la Tunisie ont tous ignorés notre opération "manu pulite", comme la presse internationale. L'explication de leur distance est dans ce que je viens d'exposer.
Les tunisiens, non instruits des questions de droit, pourront toujours m'insulter et insulter aussi toute l'Europe, qui a ignoré notre valeureuse opération. Mais notre presse et, en particulier nos éditorialistes, comme Nizar Bahloul et vous-meme, ont le devoir de s'interroger sur ce je dis et vérifier. Vous devez cela à l'opinion nationale.

epérons le
tunisien
| 07-06-2017 19:22
Eliot NESS était un homme incorruptible et brave et impartial espérons que CHAHED suit ses pas
D'ailleurs pour répondre à ta question
DHEJ
| 07-06-2017 18:53
Le GAMIN CHAHED ne peut pas être le fameux Eliot car je me demande si sa désignation comme Chef de l'Exécutif est-elle une corruption?


La fille du prophète Chouaib épouse du prophète Moïse est plus sage en donnant les qualités des Gouvernants, des qualités semblables à celle de son Oncle Youssof fils d'Israël;


Alors trouve-t-on ces qualités dans le GAMIN Youssof CHAHED?


Génie qualité... ATUGE!
Ah M.A tu évoques LA CORRUPTION TECHNIQUE
DHEJ
| 07-06-2017 18:03
C'est une administration basée sur le principe de PETER...


Oui j'étais dans l'administration et jai vu comment on affectait les incompetents aux postes clés juste parce qu'ils ont un lien avec LA GRANDE FAMILLE, quoi les 300 familles qui ...


D'ailleurs as-tu une idée pourquoi le barrage est à sec??? Un barrage c'est des millions de dinars et produit stratégique appelé EAU!


Un bel article qui décrit une réalité tunisienne L'INGÉNIERIE DE LA CORRUPTION!!!
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