Prenez un ticket, vous allez être recruté !

Businessnews.com.tn | publié le 16/05/2017 15:59
Par Synda Tajine,

Chacun connait le calvaire que subit aujourd’hui l’administration tunisienne, et avec elle les caisses de l’Etat, à cause des recrutements en masse effectués en faveur des bénéficiaires de l’amnistie de 2011. « Vous avez été lésés ? Vos droits ont été injustement bafoués ? L’administration publique rétablira tout ça. Prenez un ticket et attendez votre tour, vous allez recevoir un poste stable, avec primes et avantages et ce pour le restant de votre vie. Si vous avez de la chance, vous serez même indemnisés pour les mois voire années précédant votre recrutement ». Un discours que pourrait très bien tenir l’administration tunisienne après l’amnistie de 2011 et les recrutements en masse dans la fonction publique.

Entre 2011 et 2012, sous Mohamed Ghannouchi et Moncef Marzouki, les lois relatives à l’amnistie générale et au recrutement dans la fonction publique ont facilité l’accès à des postes au sein de l’administration et à un recrutement sans concours en faveur des amnistiés de 2011. Près de 88.000 agents du public et 85.000 cadres ont été recrutés entre 2011 et 2012 (chiffres INS). Recrutements « de dédommagement », recrutements « partisans » ou recrutements « cadeaux », au diable les qualifications et la formation de ces nouvelles recrues, l’essentiel est qu’elles soient indemnisées. Au diable aussi les réelles tâches qu’elles auront à effectuer au sein de la fonction publique.

Triste scénario. Mais loin d’être isolé.

 

Aujourd’hui, on réclame la même chose. Les manifestants d’El Kamour tiennent un sit-in incessant afin d’obtenir des recrutements en masse. Un accord serait sur le point d’être trouvé. Ainsi on promet à ces sit-inneurs 3.500 recrutements dans les sociétés pétrolières, environnementales et de jardinage de la région et une dotation de 50 millions de dinars par an pour un fonds d’investissement. Principaux critères de sélection : les bénéficiaires doivent être originaires de la ville de Tataouine.

Un autre accord vient d’être conclu aujourd’hui entre le gouvernement et les manifestants de Kébili. Encore des recrutements à la clé, dans des établissements publics.

 

Au diable le long terme ! Si on asphyxie l’administration tunisienne et les entreprises avec des recrues pas forcément qualifiées et encore moins indispensables à leur fonctionnement, qu’en adviendra-t-il dans quelques années ? Dilapider l’argent de l’Etat et du contribuable pour continuer à payer des salaires pour des gens qui ne sont pas tous qualifiés pour la tâche qu’ils effectuent. Des gens qui n’auront peut-être pas forcément de véritables tâches à effectuer. On parle encore de lutte contre la corruption, mais on tombe pieds joints dans le piège des emplois fictifs. On parle aussi de moderniser l’administration publique, déjà défaillante, et de l’informatiser mais on continue à recruter des agents alors que le rendement et la qualité de service qu’ils rendent à leurs concitoyens sont plus que discutables.

 

Le gouvernement, trop pressé d’en finir avec les tensions qui règnent depuis plusieurs mois, ne pense pas forcément « long terme ». Il pense plus « image chez l’opinion publique » et « calmants » à des maux qui ne tarderont pas à rapidement refaire surface. Répondre forcément par l’affirmative à une grande partie des revendications des protestataires ne donnerait-il pas de l’élan à d’autres qui en formuleront encore de nouvelles ?

Ces régions sont marginalisées, les populations sont paupérisées, appauvries et n’ont pas toujours un moyen « formel » de subsistance. Leur sit-in est compréhensible ? Ceci est un fait. Mais est-ce aussi compréhensible de les recruter uniquement dans le but de les faire taire ? De ne pas trouver de véritables solutions à leurs problèmes et de précipiter, avec ces solutions de rafistolage, la chute d’une économie qui n’est déjà pas de toute première fraîcheur ?  

 

Prenez un ticket, vous allez être recruté !

Par Synda Tajine, publié le 16/05/2017 15:59

Chacun connait le calvaire que subit aujourd’hui l’administration tunisienne, et avec elle les caisses de l’Etat, à cause des recrutements en masse effectués en faveur des bénéficiaires de l’amnistie de 2011. « Vous avez été lésés ? Vos droits ont été injustement bafoués ? L’administration publique rétablira tout ça. Prenez un ticket et attendez votre tour, vous allez recevoir un poste stable, avec primes et avantages et ce pour le restant de votre vie. Si vous avez de la chance, vous serez même indemnisés pour les mois voire années précédant votre recrutement ». Un discours que pourrait très bien tenir l’administration tunisienne après l’amnistie de 2011 et les recrutements en masse dans la fonction publique.

Entre 2011 et 2012, sous Mohamed Ghannouchi et Moncef Marzouki, les lois relatives à l’amnistie générale et au recrutement dans la fonction publique ont facilité l’accès à des postes au sein de l’administration et à un recrutement sans concours en faveur des amnistiés de 2011. Près de 88.000 agents du public et 85.000 cadres ont été recrutés entre 2011 et 2012 (chiffres INS). Recrutements « de dédommagement », recrutements « partisans » ou recrutements « cadeaux », au diable les qualifications et la formation de ces nouvelles recrues, l’essentiel est qu’elles soient indemnisées. Au diable aussi les réelles tâches qu’elles auront à effectuer au sein de la fonction publique.

Triste scénario. Mais loin d’être isolé.

 

Aujourd’hui, on réclame la même chose. Les manifestants d’El Kamour tiennent un sit-in incessant afin d’obtenir des recrutements en masse. Un accord serait sur le point d’être trouvé. Ainsi on promet à ces sit-inneurs 3.500 recrutements dans les sociétés pétrolières, environnementales et de jardinage de la région et une dotation de 50 millions de dinars par an pour un fonds d’investissement. Principaux critères de sélection : les bénéficiaires doivent être originaires de la ville de Tataouine.

Un autre accord vient d’être conclu aujourd’hui entre le gouvernement et les manifestants de Kébili. Encore des recrutements à la clé, dans des établissements publics.

 

Au diable le long terme ! Si on asphyxie l’administration tunisienne et les entreprises avec des recrues pas forcément qualifiées et encore moins indispensables à leur fonctionnement, qu’en adviendra-t-il dans quelques années ? Dilapider l’argent de l’Etat et du contribuable pour continuer à payer des salaires pour des gens qui ne sont pas tous qualifiés pour la tâche qu’ils effectuent. Des gens qui n’auront peut-être pas forcément de véritables tâches à effectuer. On parle encore de lutte contre la corruption, mais on tombe pieds joints dans le piège des emplois fictifs. On parle aussi de moderniser l’administration publique, déjà défaillante, et de l’informatiser mais on continue à recruter des agents alors que le rendement et la qualité de service qu’ils rendent à leurs concitoyens sont plus que discutables.

 

Le gouvernement, trop pressé d’en finir avec les tensions qui règnent depuis plusieurs mois, ne pense pas forcément « long terme ». Il pense plus « image chez l’opinion publique » et « calmants » à des maux qui ne tarderont pas à rapidement refaire surface. Répondre forcément par l’affirmative à une grande partie des revendications des protestataires ne donnerait-il pas de l’élan à d’autres qui en formuleront encore de nouvelles ?

Ces régions sont marginalisées, les populations sont paupérisées, appauvries et n’ont pas toujours un moyen « formel » de subsistance. Leur sit-in est compréhensible ? Ceci est un fait. Mais est-ce aussi compréhensible de les recruter uniquement dans le but de les faire taire ? De ne pas trouver de véritables solutions à leurs problèmes et de précipiter, avec ces solutions de rafistolage, la chute d’une économie qui n’est déjà pas de toute première fraîcheur ?  

 

Commentaires (14) Commenter
des diplomés à la pelle
Sputnik
| 20-05-2017 13:35
Ingénieur principal à 23 ans !!! çà n'existe que chez vous. Au Canada, vous serez jamais principal ( Senior) avant 40, 50 ans.
fabriquer des diplomés c'est très facile: un crayon, un tableau noir.
fabriquer des produits, c'est plus compliqués. les exporter c'est encore plus difficile.

Cuba a tellement produit de diplomés, inutiles inutilisables comme vous. elle les exporte vers l'Afrique. coté développement, Cuba = nul de nul.

WAKE UP !!!
Donc généralissime de connaître les originaires de chaque ville ?
takilas
| 17-05-2017 21:55
Et pourtant toute la population habite Tunis.
Comment obtenir une preuve d'être originaire de Tataouine ? Pour devenir riche tout en étant à Tunis, hahaha !!!
Meskina Tounis ou plus exactement la Tunisie (république tunisienne) pour ne pas confondre Tunis avec Tounis.
Une majorité de peuple sans dignité et sans respect à soi-même.
Comment voulez-vous que nahdha ne soit pas une bande de malfrats arnaqueurs ?
Je suis resté sur ma faim
observator
| 17-05-2017 13:23
Votre article serait cohérent si, dans le même temps, vous avez attaqué les grands professionnels de la corruption et cette gang renne qui tisse sa toile et empêche ce pays justement de voir plus loin.
Je ne sais pas si c'est un oubli de votre part.
Car voyez-vous comment peut-on critiquer ces recrutements alors qu'une minorité amasse indûment des milliards et des milliards sans que ce même Etat lève le petit doigt.
Un gouvernement qui lutte efficacement contre la corruption aura plus de crédit aux yeux du petit peuple en lui demandant d'être compréhensif et d'accepter des sacrifices.
Un pays en dérive
Hamdi
| 17-05-2017 09:32
La Tunisie que feu Bourguiba a mis trente ans à construire avec les meilleures compétences, a été systématiquement démolie par ces apprentis sorciers que le Zaim avait tenu à écarter.
Du sérieux s'il vous plait!!!!!
Moncef
| 17-05-2017 08:25
Vous évoquez les recrutements en masse effectués en faveur des bénéficiaires de l'amnistie de 2011 pour nous faire comprendre, entre les lignes et surtout pour les gens non avertis, que ce sont les gens d'ennahdha qui en ont profité. Je vous renvois aux chiffres déclarés par l'ex ministre Mr Abid BRIKI qui confirme que le nombre des gens de l'amnistie ayant bénéficié de l'emploi, ne dépasse pas les six milles et que ça ne concerne pas uniquement les gens d'ennahdh.
Par ailleurs, il est toujours facile de faire des constats, mais comme d'habitude aucune proposition de solutions.J'appelle ça "TAMBIR"
Caisse de chômage
Ataturk
| 16-05-2017 23:03
Si ces recrutements étaient indispensables, ne valait-il pas mieux de créer une caisse de chômage au lieu d'encombrer la fonction publique avec des employés absentéistes et incompétents
Ils ne demandaient pas l'emploi
Le Renard
| 16-05-2017 22:09
Un véritable cirque; les sit-inneurs n'ont rien accepté, et surtout pas 3500 emplois qui hier encore n'existaient même pas, une tentative du gouvernement pour gagner du temps mais jusqu'à quand, ça va partir en cacahuètes. On offre pas des emplois à deux balles à quelqu'un qui cherche la vérité à propos des ressources naturelles de sa région.

Les islamistes et autres partis politiques ont essayé d'instrumentaliser ces manifestations et ils ont échoué terriblement, les gens de Tatouine ont compris ce sale jeu et donc ne tomberont pas dans le panneau du gouvernement qui promets des emplois de jardinage dans le désert, un peu comme vendre des climatiseurs au pôle nord.

Où vont les revenus du pétrole et du gaz naturel tunisiens? On en a pas? Super alors que font toutes ces multinationales sur nos terres?




Parole parole
Soufa
| 16-05-2017 21:31
Vous connaissez la chanson de mina la diva italienne parole parole madame tajine vous avez ecrit un long article pour ne rien dire apparemment vous vivez en France ou dans un autre pays lo@ la Tunisie il ya un complot formente par des traitres qui veulent la division du pays juste pour le pouvoir je parle ici de marzouki abou et consorts moi personnellement je trouve que la proposition de chahed est judicieuse pour couper l'herbe sous les pieds de ses détracteurs.
Faute de plan Marshall ....
Jilani
| 16-05-2017 20:26
À défaut d'attendre un plan Marshall pour le sud et les autres régions ignorées et massacrées pendant plus de soixante ans, c'est normal que les gens auront recours à d'autres moyens surtout quand ils voient que leurs richesses sont pillées et partent au profit d'une mafia au pouvoir encore plus importante. J'aurais préféré voir de nouveaux riches dans ces régions avec de nouveaux projets dans l'énergie solaire et d'autres domaines innovants. Quand Hedi Bouira à créé le secteur du tourisme, il a fait profite tous ses amis au Sahel pour construire des hôtels avec des crédits souvent non remboursés. Pourquoi alors l'interdire aux gens du Sud ou dans le nord ouest.

Après moi le déluge
cdsqz
| 16-05-2017 19:43
Des salaires mensuels de la fonction publique qui sont passés de 6 millions de dinars à 15 millions de dinars (150% d'augmentation)en une période de 5ans, c'est du jamais vu dans aucun pays.Cela s'explique par les 180000 nahdhaouis qui ont été recrutés depuis 2011 et qui en contrepartie doivent soutenir financièrement et électoralement Ennahdha.La majorité des gens qui vont être recrutés à Tataouine ont vôté pour Ennahdha qui est entrain de soutenir en cachette leurs revendications.Cette augmentation des salaires a été couverte en grande partie par les dettes qu'a contracté le pays depuis 2011 et qui ont fait passer le taux d'endettement de 35% du PIB en 2010 à 64% en 2017. Entre 2011 et 2014, les gens qui étaient au pouvoir ont encouragé l'instabilité (sittings, fermeture des routes etc) afin que le peuple tunisien ne s'apercevait pas du mal qu'ils étaient en train de commettre à l'économie tunisienne. La loi des indemnisations a été vôté au parlement après minuit lorsque les membres de l'opposition ont quitté la salle du parlement.Nidda Touness est un amalgame de gens honnêtes qui ne faisaient pas de la politique et de gens qui appartenaient aux anciens régimes de Bourguiba et Ben ALi et qui avaient peur de l'avenir après qu'Ennahdha a pris le pouvoir.Avec le potentiel électoral qu'a crée Ennahdha pendant son règne, Nidaa Touness n'a pas pu avoir la majorité absolue dans le parlement et a été obligé de partager le pouvoir avec Ennahdha dans le maigre espoir de relever l'économie du pays. Ennahdha a joué le jeu et a continué à créer l'instabilité sociale avec ses partisans qui sont assez nombreux dans le pays et qui répondent rapidement au mot d'ordre donné par leur parti.L'UGTT est tombé dans le piège et a soutenu toutes ces revendications sociales fomentées par Ennahdha.les politiciens actuels ne sont pas en train de dire la vérité au peuple. Avec toutes leurs volontés et le retour du tourisme, de la production du phosphate et autres, ils ne peuvent pas faire grand chose. Ils sont entrain d'appliquer le dévise "Après moi le déluge". Le bâteau du prophète "NOUH" ne pourra pas sauver la Tunisie du déluge de 2011. La solution: Il faut retourner au point de départ de 2010 et appliquer les méthodes et les procédures que le gouvernement de Bourguiba a appliqué au cours de la période 1956 à 1987 pour rendre la Tunisie ce qu'elle était en 1987. Bourguiba a satisfait les revendications des chômeurs non formés non pas en les embauchant dans la fonction publique mais en les faisant travailler dans des chantiers de chômage pour créer de la richesse.Faute d'entrepreneurs et d'investisseurs privés, il a crée des sociétés publiques dans les différents secteurs pour faire travailler des ouvriers et des cadres. Il a crée un climat favorable (des idées modernes dans l'enseignement et la formation et la famille et une liberté des cultes)pour attirer les investisseurs étrangers dans le pays.Il a combattu la corruption, la mauvaise gestion et le Califat(Ben Salah, Mzali et autres). Malheureusement, son règne a été très court pour pouvoir changer en profondeur l'esprit de la majorité des tunisiens. Mais le résultat n'est pas si mauvais puisque en 2011 seulement 45% des tunisiens continuent à croire que l'application aveugle (sans Ijtihad)de la Charia est la seule issue pour la prospérité des peuples dans le monde.Heureusement, entre 2011 et 2014, une bonne partie de ces 45% de gens ne sont plus dupes du faux discours religieux et ont rebroussé chemin.Avec le système des élections actuels,la situation économique ne va pas s'améliorer dans 25 ans. Elle va au contraire s'aggraver dans 10 ans lorsqu'on va commencer à rembourser les crédits contractés auprès des bailleurs de fonds.
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