Nidaa-Ennahdha : les fiançailles en attendant le mariage

Businessnews.com.tn | publié le 08/06/2017 17:59

Les deux parallèles ont fini par se croiser. Les déclarations tonitruantes des patrons de Nidaa en 2014 résonnent encore aux oreilles de leurs électeurs : « Jamais nous ne seront les alliés d’Ennahdha », « Ils portent un projet diamétralement opposé au notre », « Ennahdha et Nidaa sont deux lignes parallèles qui ne se croiseront jamais ». Près de trois ans plus tard, les règles de la géométrie se sont pliées à celles de la real politik et Ennahdha et Nidaa se mettent à publier des communiqués communs.

 

Les partis Ennahdha et Nidaa Tounes semblent vouloir appliquer à la lettre le précepte selon lequel le mois de Ramadan est celui du pardon, de la fraternité et des liens fraternels. A la suite d’une réunion tenue dans l’une des salles de l’ARP, dans la soirée du 6 juin 2017, les deux partis ont publié un communiqué commun. A noter que les deux partis étaient représentés au plus haut niveau puisqu’il y avait les bureaux des deux blocs ainsi que Rached Ghannouchi pour Ennahdha et Hafedh Caïd Essebsi pour Nidaa Tounes.

La nouvelle de ce communiqué serait passée inaperçue s’il c’était agi d’une position commune et ponctuelle sur un sujet donné, mais ce n’est pas le cas. La polémique déclenchée par ce communiqué tient en deux aspects.

 

Le premier est celui de l’annonce de la mise en place d’un comité supérieur permanent de coordination entre les deux partis qui doit se réunir au moins chaque mois. Ceci indique que, dorénavant, les positions seront harmonisées et discutées communément. D’autant plus que le communiqué précise que ce comité vise à « renforcer la coordination entre les parties signataires de l’Accord de Carthage et la participation au gouvernement d’union nationale ».

Le deuxième aspect est consécutif à la teneur globale du communiqué. En effet, il s’agit presque d’une déclaration de politique générale. Outre l’annonce de la mise en place du comité supérieur de coordination, le communiqué aborde des thèmes généraux à l’instar de l’action gouvernementale de lutte contre la corruption, la mise en place des instances constitutionnelles, les élections municipales et l’investissement et le développement. Donc, loin d’être un accord ponctuel, il s’agit là d’une déclaration de programme commun entre les deux partis. Un programme qui implique les décisions futures des deux partis et qui déterminera leur comportement au sein du gouvernement d’union nationale, selon le terme consacré.

 

Ces deux aspects ont déclenché l’ire de ce qui reste comme sympathisants et partisans de Nidaa. A titre d’exemple, la députée Fatma Mseddi a annoncé qu’elle quittait le bloc parlementaire de Nidaa Tounes arguant du fait qu’elle « n’est pas d’accord avec les dernières démarches du bloc, outre ses dernières décisions qui s’opposent à (ses) convictions ». Karim Baklouti Barketallah, membre du conseil national de Nidaa Tounes, a écrit : « Avec ce communiqué, les députés qui demeurent encore à Nidaa ne sont rien d'autre que de petits pions esclaves des décisions de leurs maîtres qui ne possèdent aucune légitimité ». D’autres réactions sont venues s’ajouter à celles de colère et de déception. Ce sont les moqueries à peine voilées des opposants aux deux formations, venant particulièrement des membres du bloc Al Horra. A titre d’exemple, l’élu Sahbi Ben Fredj s’est fendu d’une série d’incantations similaire à celle prononcée par les membres de deux familles s’apprêtant à marier leurs enfants.

 

Ce soudain rapprochement entre Nidaa Tounes et Ennahdha est d’ores et déjà considéré, par certains observateurs, comme un prélude à une fusion entre les deux partis. D’après certains échos de l’intérieur de la réunion qui a précédé le communiqué, la teneur de la réunion était plus grave. Il aurait été question de Youssef Chahed et des moyes à mettre en place pour l’isoler et pour se prémunir contre la campagne de lutte contre la corruption. L’arrestation de Chafik Jarraya et les soupçons de compromission qui planent autour de certains députés de Nidaa obligent ce dernier à chercher une certaine « protection » en se réfugiant chez Ennahdha. Pour ce dernier, ce sont plutôt les soubresauts de la situation internationale qui favorisent ce rapprochement avec Nidaa. La mise au ban du Qatar, dernièrement, et plus globalement la défiance internationale déclarée au mouvement des Frères Musulmans, privent Ennahdha de sa profondeur internationale et l’obligent, en quelque sorte, à avoir les meilleurs rapports possibles avec l’ensemble des acteurs de la scène politique tunisienne, particulièrement le parti fondé par le président la République. Il s’agit donc de faire front commun pour se prémunir de Youssef Chahed et de la chute du Qatar. Il serait même question d’être proactif et d’essayer de faire chuter ce gouvernement…

 

Le rapprochement entre Nidaa Tounes et Ennahdha avait commencé sous la houlette de Béji Caïd Essebsi à travers la rencontre de Paris avec Rached Ghannouchi. La relation entre les deux formations vient de connaitre un coup d’accélérateur inédit à travers un communiqué commun de politique générale. Serait-ce un prélude à une alliance assumée et déclarée, voire à des listes communes pour les prochaines échéances électorales ? D’après Noureddine Bhiri, chef du bloc parlementaire d’Ennahdha dans une déclaration sur Express FM, il n’en serait pas question. Toutefois, l’établissement d’une coordination au plus haut niveau entre ces deux partis augure d’une alliance de fait, même si elle n’est pas déclarée. Il faudra cependant accorder les violons et éviter les fautes d’arabe et les rajouts au stylo dans les communiqués communs à l’avenir.

 

Marouen Achouri 

Nidaa-Ennahdha : les fiançailles en attendant le mariage

publié le 08/06/2017 17:59

Les deux parallèles ont fini par se croiser. Les déclarations tonitruantes des patrons de Nidaa en 2014 résonnent encore aux oreilles de leurs électeurs : « Jamais nous ne seront les alliés d’Ennahdha », « Ils portent un projet diamétralement opposé au notre », « Ennahdha et Nidaa sont deux lignes parallèles qui ne se croiseront jamais ». Près de trois ans plus tard, les règles de la géométrie se sont pliées à celles de la real politik et Ennahdha et Nidaa se mettent à publier des communiqués communs.

 

Les partis Ennahdha et Nidaa Tounes semblent vouloir appliquer à la lettre le précepte selon lequel le mois de Ramadan est celui du pardon, de la fraternité et des liens fraternels. A la suite d’une réunion tenue dans l’une des salles de l’ARP, dans la soirée du 6 juin 2017, les deux partis ont publié un communiqué commun. A noter que les deux partis étaient représentés au plus haut niveau puisqu’il y avait les bureaux des deux blocs ainsi que Rached Ghannouchi pour Ennahdha et Hafedh Caïd Essebsi pour Nidaa Tounes.

La nouvelle de ce communiqué serait passée inaperçue s’il c’était agi d’une position commune et ponctuelle sur un sujet donné, mais ce n’est pas le cas. La polémique déclenchée par ce communiqué tient en deux aspects.

 

Le premier est celui de l’annonce de la mise en place d’un comité supérieur permanent de coordination entre les deux partis qui doit se réunir au moins chaque mois. Ceci indique que, dorénavant, les positions seront harmonisées et discutées communément. D’autant plus que le communiqué précise que ce comité vise à « renforcer la coordination entre les parties signataires de l’Accord de Carthage et la participation au gouvernement d’union nationale ».

Le deuxième aspect est consécutif à la teneur globale du communiqué. En effet, il s’agit presque d’une déclaration de politique générale. Outre l’annonce de la mise en place du comité supérieur de coordination, le communiqué aborde des thèmes généraux à l’instar de l’action gouvernementale de lutte contre la corruption, la mise en place des instances constitutionnelles, les élections municipales et l’investissement et le développement. Donc, loin d’être un accord ponctuel, il s’agit là d’une déclaration de programme commun entre les deux partis. Un programme qui implique les décisions futures des deux partis et qui déterminera leur comportement au sein du gouvernement d’union nationale, selon le terme consacré.

 

Ces deux aspects ont déclenché l’ire de ce qui reste comme sympathisants et partisans de Nidaa. A titre d’exemple, la députée Fatma Mseddi a annoncé qu’elle quittait le bloc parlementaire de Nidaa Tounes arguant du fait qu’elle « n’est pas d’accord avec les dernières démarches du bloc, outre ses dernières décisions qui s’opposent à (ses) convictions ». Karim Baklouti Barketallah, membre du conseil national de Nidaa Tounes, a écrit : « Avec ce communiqué, les députés qui demeurent encore à Nidaa ne sont rien d'autre que de petits pions esclaves des décisions de leurs maîtres qui ne possèdent aucune légitimité ». D’autres réactions sont venues s’ajouter à celles de colère et de déception. Ce sont les moqueries à peine voilées des opposants aux deux formations, venant particulièrement des membres du bloc Al Horra. A titre d’exemple, l’élu Sahbi Ben Fredj s’est fendu d’une série d’incantations similaire à celle prononcée par les membres de deux familles s’apprêtant à marier leurs enfants.

 

Ce soudain rapprochement entre Nidaa Tounes et Ennahdha est d’ores et déjà considéré, par certains observateurs, comme un prélude à une fusion entre les deux partis. D’après certains échos de l’intérieur de la réunion qui a précédé le communiqué, la teneur de la réunion était plus grave. Il aurait été question de Youssef Chahed et des moyes à mettre en place pour l’isoler et pour se prémunir contre la campagne de lutte contre la corruption. L’arrestation de Chafik Jarraya et les soupçons de compromission qui planent autour de certains députés de Nidaa obligent ce dernier à chercher une certaine « protection » en se réfugiant chez Ennahdha. Pour ce dernier, ce sont plutôt les soubresauts de la situation internationale qui favorisent ce rapprochement avec Nidaa. La mise au ban du Qatar, dernièrement, et plus globalement la défiance internationale déclarée au mouvement des Frères Musulmans, privent Ennahdha de sa profondeur internationale et l’obligent, en quelque sorte, à avoir les meilleurs rapports possibles avec l’ensemble des acteurs de la scène politique tunisienne, particulièrement le parti fondé par le président la République. Il s’agit donc de faire front commun pour se prémunir de Youssef Chahed et de la chute du Qatar. Il serait même question d’être proactif et d’essayer de faire chuter ce gouvernement…

 

Le rapprochement entre Nidaa Tounes et Ennahdha avait commencé sous la houlette de Béji Caïd Essebsi à travers la rencontre de Paris avec Rached Ghannouchi. La relation entre les deux formations vient de connaitre un coup d’accélérateur inédit à travers un communiqué commun de politique générale. Serait-ce un prélude à une alliance assumée et déclarée, voire à des listes communes pour les prochaines échéances électorales ? D’après Noureddine Bhiri, chef du bloc parlementaire d’Ennahdha dans une déclaration sur Express FM, il n’en serait pas question. Toutefois, l’établissement d’une coordination au plus haut niveau entre ces deux partis augure d’une alliance de fait, même si elle n’est pas déclarée. Il faudra cependant accorder les violons et éviter les fautes d’arabe et les rajouts au stylo dans les communiqués communs à l’avenir.

 

Marouen Achouri 

Commentaires (25) Commenter
Contre nature
Sam laker
| 12-06-2017 08:51
Toute la question et sans entrer dans les détails : " est ce que les mariages homosexuels sont permis en Tunisie ???" ... cette union contre nature serait le premier exemple ...
C'est la démocratie
Chrif
| 11-06-2017 17:28
Nahdha et Nida unis pour le meilleur pourvu que les résultats suivent et que les Tunisiens aient plus de confiance en l'avenir du pays.
Démocratie "hanni-hanni", ou peut-être un arbitrage corrompu.
takilas :
| 10-06-2017 23:42
Non ! C'est plutôt la démocratie de l'apeurement et des menaces, que nida tounis sauvé sa peau et sauvé qui peut ! Quoi ? Une démocratie dans un pays sous développé, main non c'est la démocratie de celui qui a plus d'un tour dans son sac et celui qui a une force d'attaque plus agressive, donc nahdha est de ce côté plus violente.
Il n'y a ni compétence ni connaissance, celui qui est aguerri par le terrorisme (comme nahdha) est plus avantagé. Et, qui c'est qui subit les conséquences, bien sûr c'est la Tunisie. Bye-bye Tunisia les loups t'ont dévoré.
La leçon naturelle : la mante religieuse
Elbarmeki
| 09-06-2017 19:19
Quand la mante religieuse devenue adulte s'accouple, le mâle, s'approchant, se fait dévorer pendant ou après la copulation. Plusieurs accouplements peuvent avoir lieu, mais un seul est nécessaire pour la fécondation. Même après avoir eu la tête coupée, le mâle continue à copuler. Contrairement à une idée reçue, le cannibalisme lors de l'accouplement n'est cependant pas essentiel pour que la femelle dispose des ressources nécessaires pour porter les 'ufs ; reste qu'il est quasiment systématique en vivarium. Certains y voient une forme de cannibalisme tandis que d'autres, préfèrent y voir une forme d'abnégation et de sacrifice: la mâle se livre corps et âme sur l'autel de l'amour. En réalité, c"est la condition de survie de l'animal dévoreur et de sa descendance. Mais le mâle aveuglé par la perspective de l'union charnelle et du plaisir immédiat tombe dans les griffes de la religieuse. lEvidemment, toute relation avec des faits sociaux ou politiques, tunisiens ou étrangers est de pure coïncidence!
Deux partis d'extrême droite
Med b.m
| 09-06-2017 15:18
J'ai toujours dit que ces deux partis d'extrême droite ne peuvent que s'allier pour défendre leurs intérêts communs.
Hce a tue nidaa
Canalou
| 09-06-2017 14:10
Il faut un,specialiste du conportement pour juger et apporter un diagnostic .mamque de communication ,manque de discernement ,decisions a sens unique .ou va nidaa .il faut sauver le parti et sacrifier les personnes .c est mon,dernier mots et celui d un,grand nombre d electeurs .personne n,estindispensable .il faut arreter avec les schemas archaiques .vive la republique independante .
Pourquoi toute cette polémique ?
Politika
| 09-06-2017 14:03
Cette coalition déclarée de Nidaa et Ennahdha n'est rien d'étonnant ! Rappelons que les deux partis font partie d'un gouvernement de coalition et ils ont droit de se rapprocher encore pour l'intérêt commun d'un pays de dérive !
la nostalgie du parti unique
Turlututu
| 09-06-2017 13:39
Bonjour,

il s'agit d'une alliance contractée entre les deux grands partis politiques du pays. Cet arrangement vient d'annihiler la saine concurrence politique censée jouer en faveur du peuple. C'est en quelque sorte un retour dans le passé au temps du parti unique et hégémonique. Toutefois, le fait que ces deux partis ne fusionnent pas constitue en soi un miroir aux alouettes et laisse la porte ouverte aux négociations, aux arrangements et à l'affairisme au bénéfice des deux clans. Pour résumer, ceci constitue à mon sens, un système mafieux.
LES INTERETS PERSONNELS AVANT TOUT.
almassakine
| 09-06-2017 12:24
Non, la real politik la *** !!! les intérêts oui !!! et puis avec un HCD comme patrron de Nidaa : MSIKNA TOUNES !!!
la remise en questio'n desl normes geometriques
nassoufa
| 09-06-2017 09:52
studieusement aquis sur les bancs scolaires primaires,segondaire et superieur on nous avait appris des lois des normes des theoremes de pascal de newton de pytagor...parmis ces lois deux lignes paralleles ne se croisen jamais.voila maintenant cette norme est a revoir et apparemment deux.savants:Nida et Nahdha et apres un bref et laborieux recherche ont aboutit a la nouvelle loi que deux paralleles peuvent se croiser cett innovation a fait couler beaucoup d'encres et le monde entier a present est entrain de rectifier son savoir faire...genial...
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