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Tribunes

Ma fille demande officiellement au gouvernement de lui donner son jouet

Ma fille demande officiellement au gouvernement de lui donner son jouet

Par Hichem Ben Fadhl* 

 

Tout a commencé il y a 6 semaines quand j'ai commandé un jouet sur internet sur un site marchand à l'étranger (oui, je ne sais pas ce qui m'a pris).

Je reçois il y a quelques jours la notification de la poste, je me rends à mon bureau de poste habituel du quartier, le postier me dit gentiment que j'aurais dû mieux lire le cachet sur la notification et aller directement au bureau de Tunis Carthage. Je m'excuse platement auprès du postier de n'avoir pas compris qu'il fallait que je lise mieux le cachet. Passons.

Je pars ce matin avec ma fille pour récupérer le petit paquet tant attendu au bureau de poste de Tunis Carthage. Ce petit paquet que nous avions suivi à la trace depuis des semaines sur internet à chaque aéroport, dans chaque pays pour enfin être tous soulagés qu'il soit enfin arrivé.

Après passage à la poste de Tunis Carthage, je suis réorienté vers la douane où les choses sérieuses commencent.

 

Je vais au dépôt de la douane et là, l'inspectrice fait amener le paquet et me dit : "ah, c'est une Smart Watch avec caméra, c'est strictement interdit, vous ne pouvez pas la sortir, vous devez la renvoyer !". Je ne vous raconte pas le choc de ma fille !

Je réponds à la douanière que c'est un jouet pour enfants comme indiqué sur le paquet. Bref, après une longue discussion sur l'interprétation de ce qui est écrit sur le paquet (le mot Smart Watch n'y est pas écrit) nous allons voir le chef de bureau.

 

Après avoir attendu dehors pendant que l'inspectrice de la douane lui explique son point de vue, je rentre et il m'explique qu'ils ont un arrêté du ministère de l'Intérieur qui interdit formellement les "Smart Watch avec caméra".

Je demande d'avoir au moins le numéro de l'arrêté du ministère de l’Intérieur. Évidemment, il ne peut pas.

Je demande qui a décidé que c'est une Smart Watch vu que ce n'est pas écrit sur le paquet.  Évidemment, rien à attendre de ce côté là non plus.

Bref, après une longue discussion où il accepte l'idée qu'il y a interprétation du texte et sur la capacité interprétative arbitraire de la douane, nous convenons que si je lui amène un document du ministère de l'Intérieur qui dit que leur arrêté ne s'applique pas à ce jouet, il pourra me le donner.

Il me rajoute aussi "qu'il y a les mêmes à Lafayette, ce n'est pas nécessaire de commander sur internet. Je lui demande comment ils ont fait pour les sortir vu que c'est interdit, il me répond que lui ne fait que son travail..." Bref, ça c'est une autre histoire...

Je vais donc dans un autre bureau pour initier une procédure de refoulement du paquet vers l'expéditeur dans 60 jours à défaut d'amener un document du ministère de l'Intérieur. Et je ne vous raconte pas l'interrogatoire que m'a fait le douanier pour savoir comment j'ai passé une commande en devises sur internet.... Mais ça aussi, c'est une autre histoire...

 

Pourquoi je vous raconte tout ça ? C'est une petite anecdote comme il y en a tous les jours des milliers en Tunisie et à laquelle la majorité des citoyens s'est habituée ou résignée. Moi malheureusement, je n'arrive pas à m'habituer.

Cette anecdote est à mon avis assez représentative de l'arbitraire au quotidien et de la décadence bureaucratique dans laquelle se trouve la Tunisie en 2018 !

Je me suis lancé un défi personnel pour tirer au clair cette interdiction vu qu'évidemment, impossible d'accéder aux arrêtés du ministère de l'Intérieur et surtout savoir comment ils sont interprétés...

Tant que nous sommes en démocratie, je m'engage à tout faire pour changer cette situation que je considère arbitraire et contraire aux droits les plus élémentaires des enfants du XXIème siècle. Et je m'engage à militer pour que tous les enfants de ce pays soient libres d'acheter leurs jouets là où ils veulent.

Mon périple commence ici : "Ma fille demande officiellement au gouvernement de lui donner son jouet."

 

*Chef d’entreprise, élu municipal et militant politique indépendant



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Commentaires (27)

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Lecture anonyme
| 03-11-2018 17:29
Cher monsieur, la loi est la loi et elle est la même pour tout le monde, que vous soyez chef d'entreprise ou salarié. On devrait au contraire se réjouir que vous n'ayez pas profiter d'un traitement de faveur, et que le Douane applique la loi à tous de manière équitable. Maintenant, si vous estimez qu'il y a abus, faites un recours auprès du tribunal administratif. Quant au fait que vous soyez élu et que vous faites de la politique, cela ne fait que vous acculer de votre inaction sur le sujet de la Réglementation douanière, jusqu'à ce que vous la subissez à votre tour.

kamel
| 03-11-2018 14:53
Tenez bon pour mettre fin à ses restrictions injustifié de la part d'un pays de trier monde. Je peux vous raconter d'autre histoire comme par exemple le GPS de tous les Mercedes circulant en Tunisie ne marche pas sous prétexte que le ministre de restriction intérieure a interdit leur fonctionnement car leur fréquence pose le un problème.

Haifa
| 03-11-2018 14:50
Woooow something very similar happened to me two months ago! And they charged me 2000dinar for a package of small size perfumes that doesn't even cost 200dinar

Fehri
| 03-11-2018 14:14
Justement je veux la fin de l'autre histoire sinon tout cela est de l'imagination. Il n'y a pas d'histoires quand tous les récits sont une autre histoire. Je ne vous crois pas!

MH
| 03-11-2018 12:36
Je trouve vos commentaires généralement mieux réfléchis ; Vous tombez dans le populisme détruisant cette fois.

Ce Monsieur parle de l'opacité et de la lourdeur administratives. De vrais problèmes qui entravent le développement de ce pays. Et sans développement du pays, ce sont surtout les pauvres qui deviendront plus pauvres. Plus de misère pour tout le monde.

Autre point, savez-vous que beaucoup de pauvres (pas tous !) qui peinent à acheter du lait pour leurs enfants dépensent beaucoup plus pour des cigarettes. Peut-être que si ce Monsieur parlait de l'importation d'un paquet de « maassel » vous seriez plus sympathique à « sa cause » !

Léon
| 03-11-2018 09:59
En 2010, le pays regorgeait de devises, et les douaniers ne prenaient même pas la peine de vérifier si les voyageurs en transportaient. Savez-vous pourquoi? Tout simplement parce que le dinar allait devenir convertible en 2012, et que les tunisiens avaient bien plus de projets dans leur propre pays que dans d'hypothétiques paradis.
D'ailleurs la banque donnait une allocation touristique cumulée sur deux ans d'environ 3250 euros. Rien que pour promener les ingrats qui allaient trahir l'année suivante.
Ceux-là mêmes qui avaient cru que la réussite de la Tunisie n'était pas du fait politique mais de leur propre fait.
Comme s'ils étaient potentiellement supérieurs aux autres pays arabes, au sous-sols pourtant si riches.
Ehhh oui mes grands, la traque du moindre sous en devise a commencé. Aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur des frontières. Banqueroute oblige. Rien que pour fournir le pays en médicaments et en matières vitales.
Trahir a un prix: celui que vous êtes entrain de payer.
Et que ceux qui croient que la révolution leur a profité; qu'ils retiennent bien ce que je vais dire (et vous savez tous que je ne me trompe jamais): Ce sont eux qui le payeront le plus cher.
Alors oubliez les réflexes d'antan: Toute opération qui "sent" les devises fera l'objet de contrôle et de refus. C'est votre choix d'ingrats qui nous a mené là. Alors s-v-p ne vous en plaignez pas.
Quand la Tunisie recevait des professeurs invités, elle leur proposait d'être payés en devises de leurs pays. Souvent, ils choisissaient le dinar et gardaient ce qui leur restait en devises. Un pays riche, comme celui cité dans le verset 112 de la sourate des abeilles. Un temps révolu. Un rêve que vous n'arriverez jamais à égaler malgré tous les emprunts et dons non souverains qui vous soumettent jour après jour.
Le Soldat de la Tunisie que je suis, vous le dit et vous le rappelle: Votre trahison vous coutera très cher.
Alors une seule chance subsiste: La pirouette à 180°: Donner la "tirka" actuelle que vous avez faite à Friaa, Nouri Jouini, Hadhri et aussi Zbidi (un sage qui jouera le rôle de garde-fou entre les deux tendances). Ils sont les plus à même redresser le pays. Personnellement je n'en vois pas d'autres.
D'ailleurs je ne leur conseille pas de prendre la "tirka" actuelle tout de suite, et de laisser les instigateurs atlantistes du printemps sioniste payer encore, jusqu'au ras-le-bol.

Léon, Min Joundi Tounis Al Awfiya;
Résistant.

VERSET 112 de la SOURATE des ABEILLES.

SB
| 03-11-2018 08:31
Vous versez dans la critique négative.
Ce monsieur a vécu une expérience et une situation anormale pour l'achat d'une montre pour sa fille et vous parlez de lait au profit de nécessiteux.
Quel est le rapport ?
Est-il responsable de la pénurie de lait et beurre ?
Critiquez le fond du problème, la lourdeur administrative du pays et non l'auteur de cette mésaventure.
Mettez vous à sa place et raisonnez en tant que tel.

TH
| 03-11-2018 07:25
Il y a quelques mois,la s'?ur de mon épouse, vivant aux USA, a envoyé à mon petit fils, un petit hélicoptère comme on en trouve partout dans les magasins à jouets à Tunis.
Après le passage obligé des services des colis postaux, J'ai vécu le même interrogatoire au service de la douane des colis à Tunis Carthage que monsieur Ben Fadhel sauf que je n'ai pas eu la possibilité ni le droit de réexpédier le petit hélicoptère à ma belle s'?ur.
On m'a dit que le jouet est assimilé à un drone et qu'il allait être détruit. Whaou un drone!
Naturellement,la mort dans l'âme j'ai quitté le service des douanes et je suis rentré triste,et en colère contre cette décision qui me semblait injuste et inappropriée pour un jouet de 20cm, en plastique, tout ce qu'il y a de plus banal.
Ce dont je suis sur, c'est que ce petit hélicoptère a fini chez un gamin d'un des douaniers et non pas détruit.
Voilà où nous en sommes au 21e siècle en Tunisie.

Trançonneuse
| 03-11-2018 00:27
Début des années 90 j'étais étudiant à l'étranger et grâce à la bourse que je percevais j'ai acheté un petit four à micro-ondes pour ma mère. Arrivé à l'aéroport le douanier m'a « interrogé » pendant 15 minutes sur la télévision que j'essayais de faire passer... il y a de l'ignorance certes mais ça c'était avant... maintenant c'est le bakchich qui est implicitement requis. Il faut surtout renvoyer le jouet si jamais il ne passe pas car sinon il ornera un jour le poignet de la fille de l'un des agents !

Gentelman
| 02-11-2018 23:21
C'est gens là sont derrière la fuite de devise où le pays fragilisé par la mauvaise gouvernance economique, elle meme decoules des revendication sociales qu'elle soit légitimes ou pas (c'est une autre histoire).
Vaut mieux en acheter un produit tunisien et laisser le gagne pain tranquil, que de courir derrière des obsessions absurdes..pauvre gens et pauvre mentalité..

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