L’honnêteté intellectuelle n’est plus une vertu

Businessnews.com.tn | publié le 20/04/2017 16:12
Par Houcine Ben Achour,

Fallait-il être surpris des propos de la ministre des Finances, Lamia Zribi, sur la possible hypothèse d’un euro à trois dinars, d’ici la fin de l’année ? Il faut vraiment faire preuve de naïveté. Depuis le début de l’année, le taux de change nominal du dinar ne cesse de se déprécier, sans que personne ne s’en soit alarmé outre mesure. Plus encore, devrait-on dire, puisque l’année dernière à pareille moment, l’euro se négociait à 2, 275 dinars et qu’il s’échange aujourd’hui autour de 2,530 dinars. Pourtant, cette situation a été mise en perspective voilà bien longtemps. Depuis au moins deux ans, depuis que l’on s’est rendu compte que la croissance économique entamait un périlleux repli, sonnant le glas à la politique du « Go and Stop » dont la Troïka et particulièrement Ennahdha s’était fait le chantre. C’est à ce moment là que les réformes structurelles, aussi impopulaires soient-elles, auraient dû être introduites et rapidement mises en œuvre. Le premier crédit du FMI, le fameux crédit Stand by, de 1,7 milliard de dollars accordé à la Tunisie aurait dû suffire à l’époque pour remettre l’économie sur les rails d’une croissance qui réponde aux défis de l’emploi et de l’amélioration du niveau de vie des Tunisiens. Malheureusement, ce n’est pas le crédit qui est resté en stand by, mais les réformes. Ce crédit a été dilapidé pour faire taire une contestation ou plutôt une impatience sociale qui depuis ne s’est pas tue. On a distribué de l’argent sans perspectives de création de richesses. Maintenant les caisses sont pratiquement vides. Et la valeur de ce qui reste ne cesse de se détériorer.

 

Fallait-il reprocher à la ministre des Finances d’avoir tenu de tels propos ?  En tout cas, il faut lui reconnaître une certaine honnêteté intellectuelle dans la mesure où elle a osé dire ce que Youssef Chahed n’a pas eu l’audace d’exprimer avant elle, lors de son interview télévisée de dimanche dernier, 16 avril 2017, invoquant « les difficultés économiques et financières » dont il a hérité sans vouloir être plus précis sur leur nature, ni sur leurs éventuelles conséquences quand bien même eut-il le courage d’annoncer que les réformes structurelles vont être résolument être mises en œuvre, et peu importe si son gouvernement va accomplir la sale besogne, celle que ses prédécesseurs n’ont pas eu le courage d’entreprendre pour des raisons politiques bassement clientélistes.

 

Dévoiler clairement les difficultés

 

Les difficultés économiques ne renvoient pas seulement aux résultats affichés en 2016 avec une croissance en berne, des déficits jumeaux qui ont dépassé les prévisions, des crédits à l’économie qui ont privilégié les crédits de court terme et donc de consommation  plus que les crédits de moyen et long terme reflétant la dynamique de l’investissement, une inflation qui s’est accélérée en fin d’année 2016, etc. Les difficultés économiques transparaissent aussi dans les indicateurs de conjoncture de ce début d’année. Non pas ceux, incertains, tenant à la prochaine campagne agricole ou à l’état des réservations touristiques ou encore à la reprise de la production de phosphates, mais d’autres plus tangibles tels l’indice de production industriel du mois de janvier 2017 qui affiche un recul de 0,1% en glissement annuel ou les intentions d’investissement qui marquent un recul de plus de 30% durant les deux premiers mois de 2017 ou bien les exportations, à prix constants reflétant notre degré de compétitivité, qui indiquent une baisse de près de 5% durant la même période contre une hausse des importations à prix constants de plus de 9%, évolution qui a provoqué un creusement préoccupant du déficit commercial.

 

Quant aux difficultés financières, ce sont les recettes budgétaires qui, pour le mois de janvier 2017, enregistrent une baisse de plus de 5% par rapport au même mois de 2016. Ce sont également les réserves en devises qui n’atteignent qu’un peu plus de 100 jours d’importation. Ce sont par ailleurs les besoins de liquidité de l’économie que satisfait la Banque centrale sans se soucier des risques inflationnistes.

 

C’est de tout cela et plus encore que Youssef Chahed aurait gagné à exposer pour expliquer la détermination de son gouvernement à mettre en pratique les mesures les plus douloureuses comme de laisser glisser le dinar ou les réformes les plus pénibles qui touchent à la subvention ou aux régimes des caisses sociales ou bien celles relatives à la fonction publique ou encore celles de la législation du travail ou encore celle visant les entreprises et les établissements publics. Car, c’est à cette aune, notamment, que l’on pourrait espérer que l’économie du pays affiche 2,5% de croissance en 2017. Sinon…

L’honnêteté intellectuelle n’est plus une vertu

Par Houcine Ben Achour, publié le 20/04/2017 16:12

Fallait-il être surpris des propos de la ministre des Finances, Lamia Zribi, sur la possible hypothèse d’un euro à trois dinars, d’ici la fin de l’année ? Il faut vraiment faire preuve de naïveté. Depuis le début de l’année, le taux de change nominal du dinar ne cesse de se déprécier, sans que personne ne s’en soit alarmé outre mesure. Plus encore, devrait-on dire, puisque l’année dernière à pareille moment, l’euro se négociait à 2, 275 dinars et qu’il s’échange aujourd’hui autour de 2,530 dinars. Pourtant, cette situation a été mise en perspective voilà bien longtemps. Depuis au moins deux ans, depuis que l’on s’est rendu compte que la croissance économique entamait un périlleux repli, sonnant le glas à la politique du « Go and Stop » dont la Troïka et particulièrement Ennahdha s’était fait le chantre. C’est à ce moment là que les réformes structurelles, aussi impopulaires soient-elles, auraient dû être introduites et rapidement mises en œuvre. Le premier crédit du FMI, le fameux crédit Stand by, de 1,7 milliard de dollars accordé à la Tunisie aurait dû suffire à l’époque pour remettre l’économie sur les rails d’une croissance qui réponde aux défis de l’emploi et de l’amélioration du niveau de vie des Tunisiens. Malheureusement, ce n’est pas le crédit qui est resté en stand by, mais les réformes. Ce crédit a été dilapidé pour faire taire une contestation ou plutôt une impatience sociale qui depuis ne s’est pas tue. On a distribué de l’argent sans perspectives de création de richesses. Maintenant les caisses sont pratiquement vides. Et la valeur de ce qui reste ne cesse de se détériorer.

 

Fallait-il reprocher à la ministre des Finances d’avoir tenu de tels propos ?  En tout cas, il faut lui reconnaître une certaine honnêteté intellectuelle dans la mesure où elle a osé dire ce que Youssef Chahed n’a pas eu l’audace d’exprimer avant elle, lors de son interview télévisée de dimanche dernier, 16 avril 2017, invoquant « les difficultés économiques et financières » dont il a hérité sans vouloir être plus précis sur leur nature, ni sur leurs éventuelles conséquences quand bien même eut-il le courage d’annoncer que les réformes structurelles vont être résolument être mises en œuvre, et peu importe si son gouvernement va accomplir la sale besogne, celle que ses prédécesseurs n’ont pas eu le courage d’entreprendre pour des raisons politiques bassement clientélistes.

 

Dévoiler clairement les difficultés

 

Les difficultés économiques ne renvoient pas seulement aux résultats affichés en 2016 avec une croissance en berne, des déficits jumeaux qui ont dépassé les prévisions, des crédits à l’économie qui ont privilégié les crédits de court terme et donc de consommation  plus que les crédits de moyen et long terme reflétant la dynamique de l’investissement, une inflation qui s’est accélérée en fin d’année 2016, etc. Les difficultés économiques transparaissent aussi dans les indicateurs de conjoncture de ce début d’année. Non pas ceux, incertains, tenant à la prochaine campagne agricole ou à l’état des réservations touristiques ou encore à la reprise de la production de phosphates, mais d’autres plus tangibles tels l’indice de production industriel du mois de janvier 2017 qui affiche un recul de 0,1% en glissement annuel ou les intentions d’investissement qui marquent un recul de plus de 30% durant les deux premiers mois de 2017 ou bien les exportations, à prix constants reflétant notre degré de compétitivité, qui indiquent une baisse de près de 5% durant la même période contre une hausse des importations à prix constants de plus de 9%, évolution qui a provoqué un creusement préoccupant du déficit commercial.

 

Quant aux difficultés financières, ce sont les recettes budgétaires qui, pour le mois de janvier 2017, enregistrent une baisse de plus de 5% par rapport au même mois de 2016. Ce sont également les réserves en devises qui n’atteignent qu’un peu plus de 100 jours d’importation. Ce sont par ailleurs les besoins de liquidité de l’économie que satisfait la Banque centrale sans se soucier des risques inflationnistes.

 

C’est de tout cela et plus encore que Youssef Chahed aurait gagné à exposer pour expliquer la détermination de son gouvernement à mettre en pratique les mesures les plus douloureuses comme de laisser glisser le dinar ou les réformes les plus pénibles qui touchent à la subvention ou aux régimes des caisses sociales ou bien celles relatives à la fonction publique ou encore celles de la législation du travail ou encore celle visant les entreprises et les établissements publics. Car, c’est à cette aune, notamment, que l’on pourrait espérer que l’économie du pays affiche 2,5% de croissance en 2017. Sinon…

Commentaires (3) Commenter
Avec l'affaire Karoui, l'honnêteté intellectuelle n'est plus une vertu même pour BN
Adel
| 21-04-2017 12:36
Mon cher HBA, avec l'omerta sur l'affaire Karoui, tout est dit ... l'honnêteté intellectuelle n'est plus une vertu même pour les journalistes de BN !!!
Des acteurs économiques névrosés
Nephenes
| 20-04-2017 17:45
on évoque de plus en plus le rôle croissant de la psychologie dans la régulation des activités financières et économiques, incluant les décisions d'investissement.

La réaction des marchés financiers suite à la déclaration de la ministre révèlent un profond désarroi.

Cette réaction révèle aussi l"absence de contrôle des mécanismes de détermination des prix, des taux d'intérêts et de gestion de la convertibilité du dinars : trois fondements essentiels de notre économie et notre souveraineté.

c'est désormais l'activité informelle qui détermine notre politique monétaire.

Fait inédit.

C'est pour dire que le GAMIN manque de conseiller ...
DHEJ
| 20-04-2017 16:49
Je lui recommande Lamia ZRIBI!
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