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L’énigme Hannibal TV : des salariés sur le carreau et des propriétaires dans la nature

L’énigme Hannibal TV : des salariés sur le carreau et des propriétaires dans la nature

Trois ans sans cotisations sociales, deux mois sans salaires, limogeage de trente journalistes et un propriétaire à l’identité inconnue ! Depuis sa vente par son fondateur Larbi Nasra, Hannibal TV ne cesse de péricliter. Les autorités sont aux abonnés absents et les organisations nationales sont désabusées. Et le pire reste à venir.

 

Les journalistes de Hannibal TV n’ont plus que leurs yeux pour pleurer et ne savent plus à quel saint se vouer. Cela fait deux mois qu’ils n’ont pas été payés, trois ans que leurs cotisations sociales n’ont pas été versées à la CNSS et on vient de leur annoncer la décision de limogeage d’une trentaine de salariés. A moins de quinze jours de l’aïd, cela en fait trop. D’après les témoignages de plusieurs journalistes de la première chaîne TV privée tunisienne, la direction leur a demandé de passer venir « négocier » leurs soldes de tout compte.

Au vu de la crise qui frappe l’ensemble des médias (ou presque), tous genres confondus, ce qui se passe à Hannibal n’a rien d’exceptionnel. Ce n’est pas le premier média qui souffre de difficultés financières ou qui a mis la clé sous la porte. Avant Hannibal, il y a eu les quotidiens Attounissia, Assarih et Adhamir, l’hebdomadaire El Fejr (du parti islamiste Ennahdha), la chaîne de télévision TNN, les radios Kelma et Châambi, et la liste est bien longue. Il y a même des patrons de presse qui sont passés par la case prison (et qui y sont encore) pour chèques impayés, lesquels chèques ont été émis au profit de fournisseurs de leur entreprise médiatique.

 

Le souci avec Hannibal TV n’est pas exclusivement financier et lié à la crise économique qui traverse le secteur, mais surtout avec l’identité des propriétaires. Aussi étrange que cela paraisse, très rares sont les personnes qui connaissent qui possède vraiment cette chaîne.

Trois organisations nationales, dont une publique, ont du mal à répondre faute d’infirmations précises et fiables. C’est le cas du syndicat national des journalistes, de la centrale syndicale UGTT et du gendarme de l’audiovisuel Haica. Tous les trois ont été interrogés sur l’identité des propriétaires et tous les trois ont dû botter en touche.

Mieux encore, Ghassen Ksibi, chargé de l’information de l’UGTT, a publié un post Facebook ce jeudi 9 août 2018 dans lequel il appelle à ouvrir une enquête pour connaitre l’identité des propriétaires. Il affirme carrément que le ministère de l’Industrie n’a trouvé aucune trace des nouveaux propriétaires après la vente de la chaîne par Larbi Nasra. Il s’interroge sur le rôle de la Haica et quand la vérité va être dévoilée.

Interrogé par Business News, un membre de la Haica nous rappelle que le cahier des charges auquel est soumise la chaîne remonte à l’époque de Ben Ali et que le nouveau cahier des charges n’a pas été signé. Il affirme que la vente de la chaîne par les nouveaux propriétaires est totalement illégale dans les trois ans suivant son acquisition chez M. Nasra.

Comment vit la chaîne ? On l’ignore, nous affirme notre interlocuteur, car les recettes publicitaires actuelles ne suffisent pas à couvrir les charges, ceci est évident.

 

Essayant de mener l’enquête par les voies officielles, la Haica a transmis il y a quelques mois un courrier à la Banque centrale de Tunisie pour connaitre l’identité des donneurs d’ordre de la location de la fréquence satellite des différentes chaînes TV qui exercent en Tunisie.

Sauf que la BCT a également botté en touche en refusant de donner ces informations capitales à la Haica, bien que celle-ci soit bien plus qu’une institution publique, c’est un organe carrément constitutionnel ! « La BCT a refusé de nous répondre sur les sources de financement de certains médias », a alors déclaré Hichem Snoussi, membre de la Haica.

Balayant d’un revers de main toutes les conventions liées à la transparence et au rôle même de la Haica et la loi qui la régit, la Banque centrale de Tunisie a répondu : « La loi ne vous autorise pas à consulter les comptes des médias ». Ce qui est totalement faux, d’ailleurs, car les cahiers des charges de la Haica exigent que les chaînes de télévision et les stations de radio déposent, chaque année, leurs états financiers ! S’il est vrai que la loi ne prévoit pas ce que doit faire la Haica au cas où ces médias ne respectent pas la loi, la BCT aurait pu faire un acte à inscrire en jurisprudence en fournissant ces informations à l’autorité régulant les médias. Il s’agit, après tout, d’entreprises de l’Etat entre elles et cela ne peut que servir la démocratie et la transparence dans le pays et lutte contre l’argent sale.

 

A l’issue de la conférence de presse, tenue aujourd’hui, jeudi 9 août 2018, rassemblant la partie syndicale représentée essentiellement par le SNJT, le syndicat de base de Hannibal TV ainsi que par le syndicat général de l’information, les mouvements de protestation semblent s’orienter vers une escalade.

D’ailleurs, un nouveau sit-in a été entamé devant le siège de la chaîne. Les syndicalistes ont également appelé le ministère public à ouvrir une enquête afin de dévoiler les véritables sources de financement de Hannibal TV. Ils ont relevé ainsi des soupçons de blanchiment d’argent.

Un autre appel a été, en outre, lancé à la Haica exhortant l’instance à clarifier les ambiguïtés autour du propriétaire officiel de la chaîne. Certains employés ont, par ailleurs, exprimé leur volonté de recourir à la justice en déposant une plainte à l’encontre de Hannibal TV.

 

Qui détient donc la vérité à ce propos ? Si ni les journalistes, ni les autorités ne savent qui est derrière la chaîne, qui le sait ? Ce genre de pratiques est-il possible dans un pays qui se respecte ?

Des questions qui demeurent encore sans réponse. En attendant, les salariés de Hannibal TV sont devenus comme cette patate chaude rejetée par les différentes organisations nationales censées les défendre et les protéger, à savoir l’Etat lui-même, la Haica, le SNJT et l’UGTT.

 

Raouf Ben Hédi

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Commentaires (8)

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kameleon78
| 13-08-2018 11:50
Bonjour Zohra, les manifestants scandent le nom de Ghannouchi car les actionnaires de cette chaîne Hannibal sont des islamistes.

"Où les islamistes passent, les hommes trépassent". (meurent). C'est mon proverbe.
Amitiés.

faraon
| 12-08-2018 12:50
propriétaires non identifiés !!! seraient-ils des martien

Zohra
| 10-08-2018 14:31
https://www.facebook.com/353731608344486/posts/662823957435248/

Pourquoi crient ils tous ya Ghanouchi hil edoussi wa3tini flousssi ? Pour quelle raison ?

HatemC
| 10-08-2018 13:05
C'est exact nasra a vendu à un saoudien d'origine palestinienne..Tarak Kadada. . . HC

Rochdi
| 10-08-2018 12:13
Mais on ignore les proprio de la quasi totalité des chaînes en Tunisie. Aberration totale. Bled gabi gabi. BN faites nous un dossier sur ce sujet crucial. Merci.

Abir
| 10-08-2018 11:53
Ne cherchez pas loin,où il se trouve des magouilles et de Haram sachez que les manipulateurs sont des islamistes,Traîtres ,ils veulent faire de la Tunisie une terre brûlée pour que leur Khilafa s'installera sur cette terre vierge, puisque eux adorent le symbole vierge!!!!

Léon
| 09-08-2018 22:10
Vendre son pays et le trahir ne peut demeurer sans conséquences. Vous en voyez d'ailleurs les tristes résultats.
Les promesses des ennemis de la Tunisie adressées à TOUS les leaders politiques sans exception, et à la quasi-totalité des médias, n'engagent que les imbéciles et les traitres qui les écoutent.
Ils se sont foutus de leurs gueules l'un après l'autre, leur promettant à tous un avenir politique radieux en tant que président de la Tunisie. Et ceci, pour pas moins d'une vingtaine de personnes.
Ils se sont donc tous présentés, au mépris de leur peuple, au mépris de la souveraineté de leur pays, et au mépris du minimum de patriotisme envers la terre de Tunisie. Ils l'ont eu dans le bas-bas! Bien fait pour la gueule de traitres!
Nous ne pouvons les qualifier d'autre chose que de "Kleb Souk", car ils ne méritent pas mieux.
Si un pays tiers m'avait proposé de remplacer Ben Ali, et même si je n'ai jamais fait de politique ma réponse aura été: "Occupez-vous de votre merde et laissez-nous régler notre linge sale entre nous".
Sauf que la Tunisie pullule de traitres, comme le craignait Bourguiba à ses débuts.
Si des personnalités de l'opposition à Ben Ali ont été manipulées par les pays tiers, que dire alors des médias? D'ailleurs, où réside actuellement Nasra?
Je tiens à vous rappeler qu'en pleine merdolution le fameux Arbi Nasra avait été arrêté pour haute trahison (c'est le mot qui a été employé) puis relâché le jour-même. Certainement par ceux qui sont la cause de sa haute trahison, à savoir les tierces puissances et leurs suppos putschistes tunisiens, dans une Tunisie chancelante et sur le point de tomber sous les applaudissements de son peuple essentiellement composé de traitres.
Voyez-vous aujourd'hui que les traitres de tous bords n'osent même pas dire qui gère Hannibal. Il est évident que l'on vous sortira un faux-nom d'ici demain qui couvrira le (ou les) pays qui gère(nt) Hannibal. Si vous n'avez toujours pas compris que le chef de Hannibal est certainement un pays tiers qui a fait votre merdolution, c'est que vous êtes vraiment cons!
Hannibal a commencé son travail de trahison sous le nez et la barbe d'un Ben Ali qui ne pouvait envisager qu'un tunisien puisse trahir son pays.
En effet, souvenez-vous de tout cet étalage de misères dans la province tunisienne (le millième de celui d'aujourd'hui) par cette chaine de traitres.
Souvenez-vous de la montée du régionalisme qu'elle avait jadis suscité par le foot, en divulguant des fausses informations en 2008, comme les fameuses affaires des "Hwems" (une invention), et l'affaire "Gafsa-Gabès" qui a nourri le régionalisme chez beaucoup de nos compatriotes sudistes (à cause d'une parole complètement sortie de son contexte); régionalisme qui a abouti aux malheureux évènements montés par la stratégie de syndicats de tierces puissances, dans le bassin minier de Gafsa.
Hannibal c'est tout çà! Un travail en amont jusqu'à la mise à mort de la Tunisie. Une fois découvert, le Nasra, c'était déjà trop tard.
Un proverbe tunisien raconte que la maison du menuisier n'a pas de porte. Ben Ali a pêché dans la sécurité et a réussit dans tous les autres domaines.
J'avais vu arriver une guerre civile (Dieu merci, il n'y eut qu'une merdolution) depuis 2008 avec le foot, rien qu'en écoutant les médias et le peuple dans la rue. Comment n'a-t-il pas découvert cela? Si je le connaissais je l'aurai certainement prévenu. Mais Dommage!
La Tunisie a été trahie par ses prétendus intellectuels qui ne sont en réalité que des footeux en puissance.
Il faudra virer toutes ces chaines et en faire des chaines d'état. Il faudra enlever le foot quelques années afin que le peuple perde certains réflexes dignes des humains les plus rétrogrades.
Il faudra donner les clés de la maison le plus vite possible à l'UGTT et les droits-de-l'hommistes afin que le peuple les bouffe crus, fasse une vraie révolution, et sorte les députés du Bardo à coups de bâtons, en criant "Dehors l'OTAN, voilà ce que l'on fait de tes suppos!".
Ce jour-là, je ferais certainement partie de la foule, et serais fier d'être tunisien!
Mon Col Ferchichi a sorti l'occupant de Bizerte avec les moyens du bord. On pourra mettre hors d'état de nuire tous ces nuisibles avec les moyens du bord aussi et faire flipper les puissances qui se sont mêlées de nos affaires jusqu'à ce qu'ils lâchent leurs suppos locaux.
Jounoud Tounis, ce sont NOUS. Nous ne craignons rien pour sauver notre pays. Ni les Dwaech des atlantistes, ni les leurs armes.

Léon, Min Joundi Tounis Al Awfiya;
Résistant.

VERSET 112 de la SOURATE des ABEILLES.

veritas
| 09-08-2018 21:00
Des informations ont circulé que Arbi nasra a vendu sa chaîne tv a un palestinien avec qui nasra a eu de multiples soucis pour défaut de paiement des montant à régler lié a la vente ,les affaires de la chaîne ont mal tourné car les publicitaires ont fuit cette chaîne pour ses projets islamistes cancérigènes en Tunisie .

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