La magie de l’administration tunisienne

Businessnews.com.tn | publié le 11/07/2017 15:59
Par Synda Tajine,

Avec cette chaleur, ce qui pourrait vous arriver de pire n’est pas de vous faire rôtir sous un soleil de plomb mais de devoir passer par la case « administration tunisienne ». La majorité écrasante de ceux qui sont en train de lire ces lignes, ne sont, sans doute, pas insensibles à la magie du monde des guichets tunisiens.

Renouvellement de carte d’identité, permis de conduire retiré, légalisation de signature, enregistrement de documents ou même obtention d’un simple certificat de naissance, toutes ces tâches peuvent s’avérer tellement hasardeuses pour le simple citoyen tunisien contraint, malgré lui, de s’y conformer. Ne commettez pas la bêtise de croire qu’il suffit de se présenter au bon guichet, aux bons horaires, avec les bons papiers pour voir vos documents en règle. L’administration tunisienne est un jeu complexe qu’il faut savoir maîtriser.

 

Vous vous faites arrêter sur la route, pour une infraction ou une amende non payée et vous voyez votre permis de conduire se faire confisquer. Jusque-là rien de plus normal. C’est pour le récupérer que l’affaire se corse. Si vous vous faites arrêter alors que vous êtes de simple passage à Tunis et que vous vous rendez à Ben Guerdène là où se trouve votre domicile et votre lieu de travail, vous devrez impérativement revenir régulariser vos papiers et récupérer votre permis à Tunis. Une journée de congé et un aller-retour en semaine, durant les heures d’ouverture des guichets tunisiens s’imposent donc. Ou alors attendre une semaine (environ) pour voir votre permis de conduire envoyé chez le service afférant à votre lieu de résidence. Perte de temps vous avez dit ?

 

Vous vous rendez au guichet d’une municipalité, pour une simple légalisation de signature. L’opération peut prendre 5 mn si on ne compte pas la queue, mais vous devrez d’abord croiser les doigts pour que le bon fonctionnaire soit dans le bon box au moment où vous vous y rendez. Les horaires d’ouverture ne veulent rien dire, le remplacement des fonctionnaires entre eux n’est qu’une notion désuète et dépourvue de sens. Ne vous étonnez pas si on vous annonce que le fonctionnaire dont la tâche consiste uniquement à noter des noms dans un registre, à tamponner des documents et à vérifier que les noms et prénoms coïncident, n’est pas en poste.

Dans cette tâche délicate, aucun des autres fonctionnaires qui distribuent les certificats de naissance ou font des copies conformes ne peuvent poser votre nom et signature sur le fameux registre. L’administration tunisienne privilégie une spécialisation pointue des tâches et des fonctions. Nul n’a la capacité et l’expérience nécessaires pour effectuer la tâche très compliquée de l’autre. Peu importe s’il reste les bras croisés ou qu’il passe ses 6 heures 30 minutes de travail (théorique) journalier à parler au téléphone ou à raconter des potins à son collègue alors que le guichet voisin déborde de citoyens en colère. Peu importe aussi si vous vous pointez devant le guichet une demi-heure avant la fermeture effective, si l’agent a mieux à faire, il vous remballera sans ménagement.

 

Vous vous apprêtez à régulariser les papiers d’un héritage, à renouveler votre carte d’identité ou autre document vital, vous devrez consacrer de longues journées à finaliser des procédures administratives que vous n’avez pas besoin de comprendre. Un document dans votre ville de naissance, l’original de votre certificat de mariage vieux de 30 ans, un certificat de résidence de votre lieu d’habitation et plein de paperasse qui atterrira sur le bureau d’un fonctionnaire excédé, avant de finir orner les archives d’une administration miteuse. Dans la même administration, ne vous étonnez pas qu’un fonctionnaire vous donne une information et qu’un autre vous dise totalement le contraire. Des informations élémentaires varient d’une administration à une autre.

On continue à faire la queue et à perdre un temps précieux pour des documents aussi obsolètes qu’un certificat de perte qu’on vous délivre en se fiant uniquement à vos déclarations ou un certificat de naissance qui comporte des données qu’on retrouve pourtant sur votre carte d’identité.

 

La numérisation, l’informatisation et la centralisation de l’administration tunisienne est un mythe fantasmé et annoncé dans les grands cercles, qu’on mentionne dans les discours gouvernementaux et qu’on tente de mettre en place depuis des années.

Rien n’y fait. En 2017, à peu de choses près, les choses restent les mêmes qu’il y a 20 ans.

Au-delà des simples citoyens tunisiens qui sont obligés de suivre le labyrinthe des procédures administratives fastidieuses et chronophages, les investisseurs et entrepreneurs sont parfois confrontés à pire. Des affaires, pourtant fructueuses, se perdent dans des tourbillons de tampons et de papiers à empiler et des entreprises dont on a pourtant besoin ne voient jamais le jour à cause des aléas de l’administration.

 

Pour attirer l’investisseur étranger, on organise des forums et des rencontres. On y invite de grosses pointures de l’économie, de la finance pour évoquer, en des termes pompeux, le paradis qui s’ouvrira à eux en investissant leurs dollars sur nos terres. Une fois venus, on leur réserve le même sort que celui qui insupporte, depuis des années déjà, les investisseurs locaux ainsi que tout citoyen contraint de côtoyer le monde magique de l’administration tunisienne.

 

 

La magie de l’administration tunisienne

Par Synda Tajine, publié le 11/07/2017 15:59

Avec cette chaleur, ce qui pourrait vous arriver de pire n’est pas de vous faire rôtir sous un soleil de plomb mais de devoir passer par la case « administration tunisienne ». La majorité écrasante de ceux qui sont en train de lire ces lignes, ne sont, sans doute, pas insensibles à la magie du monde des guichets tunisiens.

Renouvellement de carte d’identité, permis de conduire retiré, légalisation de signature, enregistrement de documents ou même obtention d’un simple certificat de naissance, toutes ces tâches peuvent s’avérer tellement hasardeuses pour le simple citoyen tunisien contraint, malgré lui, de s’y conformer. Ne commettez pas la bêtise de croire qu’il suffit de se présenter au bon guichet, aux bons horaires, avec les bons papiers pour voir vos documents en règle. L’administration tunisienne est un jeu complexe qu’il faut savoir maîtriser.

 

Vous vous faites arrêter sur la route, pour une infraction ou une amende non payée et vous voyez votre permis de conduire se faire confisquer. Jusque-là rien de plus normal. C’est pour le récupérer que l’affaire se corse. Si vous vous faites arrêter alors que vous êtes de simple passage à Tunis et que vous vous rendez à Ben Guerdène là où se trouve votre domicile et votre lieu de travail, vous devrez impérativement revenir régulariser vos papiers et récupérer votre permis à Tunis. Une journée de congé et un aller-retour en semaine, durant les heures d’ouverture des guichets tunisiens s’imposent donc. Ou alors attendre une semaine (environ) pour voir votre permis de conduire envoyé chez le service afférant à votre lieu de résidence. Perte de temps vous avez dit ?

 

Vous vous rendez au guichet d’une municipalité, pour une simple légalisation de signature. L’opération peut prendre 5 mn si on ne compte pas la queue, mais vous devrez d’abord croiser les doigts pour que le bon fonctionnaire soit dans le bon box au moment où vous vous y rendez. Les horaires d’ouverture ne veulent rien dire, le remplacement des fonctionnaires entre eux n’est qu’une notion désuète et dépourvue de sens. Ne vous étonnez pas si on vous annonce que le fonctionnaire dont la tâche consiste uniquement à noter des noms dans un registre, à tamponner des documents et à vérifier que les noms et prénoms coïncident, n’est pas en poste.

Dans cette tâche délicate, aucun des autres fonctionnaires qui distribuent les certificats de naissance ou font des copies conformes ne peuvent poser votre nom et signature sur le fameux registre. L’administration tunisienne privilégie une spécialisation pointue des tâches et des fonctions. Nul n’a la capacité et l’expérience nécessaires pour effectuer la tâche très compliquée de l’autre. Peu importe s’il reste les bras croisés ou qu’il passe ses 6 heures 30 minutes de travail (théorique) journalier à parler au téléphone ou à raconter des potins à son collègue alors que le guichet voisin déborde de citoyens en colère. Peu importe aussi si vous vous pointez devant le guichet une demi-heure avant la fermeture effective, si l’agent a mieux à faire, il vous remballera sans ménagement.

 

Vous vous apprêtez à régulariser les papiers d’un héritage, à renouveler votre carte d’identité ou autre document vital, vous devrez consacrer de longues journées à finaliser des procédures administratives que vous n’avez pas besoin de comprendre. Un document dans votre ville de naissance, l’original de votre certificat de mariage vieux de 30 ans, un certificat de résidence de votre lieu d’habitation et plein de paperasse qui atterrira sur le bureau d’un fonctionnaire excédé, avant de finir orner les archives d’une administration miteuse. Dans la même administration, ne vous étonnez pas qu’un fonctionnaire vous donne une information et qu’un autre vous dise totalement le contraire. Des informations élémentaires varient d’une administration à une autre.

On continue à faire la queue et à perdre un temps précieux pour des documents aussi obsolètes qu’un certificat de perte qu’on vous délivre en se fiant uniquement à vos déclarations ou un certificat de naissance qui comporte des données qu’on retrouve pourtant sur votre carte d’identité.

 

La numérisation, l’informatisation et la centralisation de l’administration tunisienne est un mythe fantasmé et annoncé dans les grands cercles, qu’on mentionne dans les discours gouvernementaux et qu’on tente de mettre en place depuis des années.

Rien n’y fait. En 2017, à peu de choses près, les choses restent les mêmes qu’il y a 20 ans.

Au-delà des simples citoyens tunisiens qui sont obligés de suivre le labyrinthe des procédures administratives fastidieuses et chronophages, les investisseurs et entrepreneurs sont parfois confrontés à pire. Des affaires, pourtant fructueuses, se perdent dans des tourbillons de tampons et de papiers à empiler et des entreprises dont on a pourtant besoin ne voient jamais le jour à cause des aléas de l’administration.

 

Pour attirer l’investisseur étranger, on organise des forums et des rencontres. On y invite de grosses pointures de l’économie, de la finance pour évoquer, en des termes pompeux, le paradis qui s’ouvrira à eux en investissant leurs dollars sur nos terres. Une fois venus, on leur réserve le même sort que celui qui insupporte, depuis des années déjà, les investisseurs locaux ainsi que tout citoyen contraint de côtoyer le monde magique de l’administration tunisienne.

 

 

Commentaires (18) Commenter
Parcour du combattant
pit
| 17-07-2017 09:27
La visite technique automobile. Vous y allez à l'aube et déjà une queue impressionnante vous y attend...après une matinée infernale passée sous un soleil de plomb on vous claque la porte au nez sans autre forme de procès en vous disant d'aller vous plaindre au ministre si vous avez la chance de pouvoir placer un mot au préposé de service.
Si vous faite partie des «heureux» élus qui réussissent à entrez dans le temple de la corruption et que, comme notre 1er ministre vous décidez de participer à l'opération «mani pulite» votre calvaire commence et vous serez recalés 2 ou 3 fois pour les motifs les plus futiles et qui n'ont rien à voir avec des « défaillances techniques»
Dans mon cas: 1) recalé a cause d'un feu arrière légèrement fêlé. 2) recalé pour pare-choc (pourtant d'origine ) non conforme. 3) cerise sur le gâteau, mon aile arrière étant légèrement cabossée, il fallait absolument la redresser...à ma 2e visite on me fait comprendre que si un billet de 50 dinars changeait de propriétaire, la magie de l'administration opèrerait (comme l'atteste le nombre d'épaves qui sillonnent nos routes) et que eux, fonctionnaires zélés de l'État tunisien, étaient là sous Ben Ali, que ce dernier était parti mais eux...étaient toujours là...comme une malédiction éternelle je suppose! Pour la petite histoire j'ai préféré changer mes 2 feux arrières (au cas où) pièces adaptables 60 dt et un carrossier compréhensif m'a redresser la tôle et démonté mon parechoc pour 20 dt... coût de l'opération 8Odt, mais pas un sou pour les charognards qui profitent de la situation et dont une belle partie devrait moisir en prison pour corruption et extorsion.Tahia Tounes!
Trop exagéré
Jilani
| 16-07-2017 13:08
L'administration tunisienne est un peu faineante mais elle est généralement efficace avec une présence dans tous les quartiers. Les points de contact multi-guichets sont une spécifier tunisienne où tu peux régler Steg sonede CNAM ... Les citoyens doivent aussi s'organiser pour préparer les papiers. Allez voir ce qui se passe en Egypte Yémen ...
D'accord sur tout sauf ...
adel
| 13-07-2017 12:22
.... sur le fait que "Rien n'y fait. En 2017, à peu de choses près, les choses restent les mêmes qu'il y a 20 ans."

Car l'impunité a fait que les choses ont empiré par rapport à il y a 20 ans.

Il est impossible que les choses s'améliorent tant que c'est l'UGTT qui dicte sa loi et que les responsables des administrations restent criminellement passifs.
des recrutements peu opportuns
ben
| 12-07-2017 17:06
Il est vrai qu'aux maux d'avant 2011 viennent s'ajouter ceux d'après, les recrutments partisans n'ont fait que compliquer la situation. Que les gens recouvrent leurs droits est une chose (dont la transparence est absente) mais c'est un crime contre le pays de le faire n'importe comment...
Administration
why
| 12-07-2017 14:53
Pour les Tunisiens comme moi qui vivent à l'étranger, on a notre beau passeport Tunisien. Alors que la plupart des autres citoyens du monde peuvent bénéficier de 10 ans avec un seul passeport, le nôtre n'est valide que 5 ans. Et au bout de 5 ans, bah il faut renouveler. Un casse-tête kafakien...
Passons.
Etant en Chine et loin de notre ambassade (3 heures de vol de Beijing), il m'arrive de demander des papiers à notre ambassade. Entre autres, des attestations etc. Avant la troïka, je faisais la demande, une semaine plus tard, on me répondait et au bout de 2/3 semaines, le papier était reçu. La même procédure, pendant le règne sinistre de la troïka.
Moi: Bonjour, je vous appelle parce que j'ai besoin d'un tel papier.
Lui: Assalamou 3alaykom w (bla bla bla).
Moi: De même. Alors, le papier dont j'ai besoin est...
Lui: bla bla bla, détails personnels et entre les lignes je comprends que le mec, je l'ennuie plus qu'autre chose..
Conclusion: je n'ai jamais eu ce papier et pire, en rappelant, on m'a raccroché à la gueule.
Retour en Tunisie, avec les fameuses signatures légalisées, le document administratif le plus CON sur terre, avec un guichetier qui te fait comprendre qu'il a un pouvoir de vie ou de mort sur toi misérable citoyen.
Des mairies (baladiyya) avec 5'000 personnes! Des machines à numéro qui marchent au petit bonheur la chance, des dossiers prêts et puis un guichetier qui n'en a que faire, il manque formulaire bis chépakoi (qui n'est demandé nulle part), l'extrait de naissance oui mais non, faut faire la queue avec 200 autres personnes...
Bref, l'administration Tunisienne est un grand malade, maladie grave. Tout est à revoir. Et je devrais refaire mon passeport cet été et ça me stresse tellement que j'en dors pas la nuit.
posez vous la question pouquoi apres la revolution ?
houda
| 12-07-2017 14:10
et bien c est tres simples apres la decision de ennahdha d innonder l administration de dizaines de milliers de bras casses, de faineants et de ex corrompus licenciers et indemenisès qui ont touchè les salaires de plusieurs annèes de chomage avec des gratifications et des promotions consequantes les fonctionnaires honnetes se sont vus laiser et meme oubliès ont ete demoralisès au point de perdre la conscence professionnelle qui n a plus aucune valeur alors je dis qu ils ont raison de laisser la place aux racailles de la troika n esperez plus rien des sevices de l administration tunisienne tant tant que le gouvernement tunisien n a pas ouvert ce dossier la place des racailles c est pas l dministration c est pas tunis air c est pas la sncft c est pas les offices nationales c est pas les ministères de l agricultures et de l enseignement leus place et ailleurs ou vous voulez mais pas de LOKMA BARDA DONC AALAYA W AALA ADAaaiii
@MDO
DHEJ
| 12-07-2017 11:44
Ni privé ni public c'est LE TUNISIEN dans toute sa médiocrité!!!


Createur de chômeurs
Hafedh
| 12-07-2017 11:02
Résultat de votre enquête:
Un taux de chômage = 15,6 o/o
Et un taux de pauvrete qui oscille au alentour de 20 o/o.
Mille bravo à notre administration!!!!
L'administration tunisienne et le contagion du privé
MDO
| 12-07-2017 10:00
Au lieu que l'administration tunisienne reçoit le contagion du privé pour améliorer ses services c'est le contraire qui se passe et on assiste aux guichets dans les grandes surfaces et les fournisseurs internet par exemple dont il est presque impossible de trouver un jour tous les caisses ou les guichets ouverts en plus de la médiocrité de l'accueil et la façon dont les agents parlent aux clients.
sauve qui peut!
capitaine haddock
| 12-07-2017 09:38
excellent article! l'administration tunisienne est une véritable malédiction. mais une réforme est possible et bien évidemment souhaitable. a quand des dirigeants à la hauteur??
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