La lutte contre la corruption n’est pas la panacée

Businessnews.com.tn | publié le 08/06/2017 15:59
Par Houcine Ben Achour,

Le spectaculaire coup de poing asséné par le gouvernement contre la corruption et la contrebande a été unanimement salué et soutenu, quand bien même cet unanimisme recèle en son sein quelques hypocrisies. La façade et l’arrière cour. L’éclat et la turpitude. Ne nous égarons pas.

 

Certes, la lutte contre la corruption est un objectif prioritaire car c’est un facteur essentiel de rétablissement de la confiance. Confiance du citoyen dans ses institutions, ses élus et ses concitoyens. C’est aussi un déterminant dans la lutte contre les autres maux que sont la contrebande, la fraude, l’évasion fiscale et le blanchiment d’argent sale. Au niveau économique, ses effets sont importants sinon considérables. En 2011, des experts avaient estimé la corruption qui a sévi durant les années Ben Ali à 2 points de pourcentage du PIB par an. Aujourd’hui, ce manque à gagner se situerait entre 3 et 5 points de pourcentage annuel. Cela signifie que le rythme de création de richesse dans le pays irait de trois à cinq fois plus vite.

 

Mais voilà, la lutte contre la corruption ne constitue pas la panacée. Ses effets ne seraient qu’illusoires sans une politique lucide et rigoureuse de gestion des problèmes économiques. Cela rappelle d’ailleurs les propos tenus par Chedly Ayari, Gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT) lors de son installation à la tête de cette institution : « Donner moi une bonne politique, je vous ferai une bonne finance ». Vu l’état calamiteux dans lequel baignent nos finances, faudrait-il comprendre que les gouvernements qui se sont succédés depuis que Chedly Ayari gouverne la BCT n’ont pas mené de bonnes politiques ? Dans l’affirmative, il est pour le moins curieux que l’institut d’émission n’ait pas pris, quand il le faillait, les mesures de son seul ressort pour ajuster cette politique et infléchir ces effets financiers, monétaires et de change.

 

Cela s’est rarement vu qu’en l’espace d’un mois, une banque centrale relève par deux fois son taux directeur. A moins que le pays soit dans une situation financière bien délicate. Sur le fil du rasoir. C’est ce qu’a fait la BCT. Avait-elle d’autres choix ? L’autorité monétaire avait l’habitude d’utiliser le levier des réserves obligatoires avant d’opter pour un ajustement du taux directeur. Cette fois-ci, elle a fait l’impasse. Pourtant, la politique des réserves obligatoires a le mérite de freiner les besoins de liquidités des banques en les invitant à être plus sélectives dans leurs engagements, à privilégier les crédits d’investissement et freiner les crédits de consommation et, pourquoi pas, freiner résolument les crédits destinés à l’importation de produits de consommation. N’est-ce pas là une responsabilité sociétale des banques. En tout cas, la hausse du taux directeur a rendu plus cher le crédit, tous les crédits, d’investissement, de consommation et d’importation, sans pour autant avoir freiné durablement les besoins de liquidités des banques. Après quelques jours d’accalmie, le volume global de refinancement de la BCT a repris le niveau qui est désormais le sien se situant à plus de 9 milliards de dinars quotidiennement ; le mois de ramadan n’explique pas tout. Sur cette base, cela ne va pas empêcher le dinar de glisser, les tensions inflationnistes d’origine monétaire de ré-émerger et les réserves en devises de se détériorer.

 

En quatre ans de gouvernance, Chedly Ayari n’a pas voulu affronter les foudres du pouvoir politique en optant pour une politique monétaire intransigeante. Depuis son installation à la tête de la BCT, en juillet 2012, la monnaie nationale a perdu près de 50% de sa valeur par rapport à l’euro. Depuis le début de l’année 2017, le dinar a perdu environ 10% de sa valeur par rapport à la monnaie européenne. Entre 2012 et 2017, l’inflation a progressé d’environ 5% en moyenne annuelle et les réserves en devises du pays sont passées de l’équivalent de 127 jours d’importations à une centaine de jours d’importations. Depuis le début de l’année, les réserves en devises ont perdu une dizaine de jours d’importations.

 

Le gouverneur de la BCT réussira-t-il à inverser cette tendance d’ici la fin de son mandat et afficher un bilan plus flatteur, non point pour une reconduite à la tête de l’institution mais simplement pour l’Histoire ? Mieux vaut tard, que jamais.

La lutte contre la corruption n’est pas la panacée

Par Houcine Ben Achour, publié le 08/06/2017 15:59

Le spectaculaire coup de poing asséné par le gouvernement contre la corruption et la contrebande a été unanimement salué et soutenu, quand bien même cet unanimisme recèle en son sein quelques hypocrisies. La façade et l’arrière cour. L’éclat et la turpitude. Ne nous égarons pas.

 

Certes, la lutte contre la corruption est un objectif prioritaire car c’est un facteur essentiel de rétablissement de la confiance. Confiance du citoyen dans ses institutions, ses élus et ses concitoyens. C’est aussi un déterminant dans la lutte contre les autres maux que sont la contrebande, la fraude, l’évasion fiscale et le blanchiment d’argent sale. Au niveau économique, ses effets sont importants sinon considérables. En 2011, des experts avaient estimé la corruption qui a sévi durant les années Ben Ali à 2 points de pourcentage du PIB par an. Aujourd’hui, ce manque à gagner se situerait entre 3 et 5 points de pourcentage annuel. Cela signifie que le rythme de création de richesse dans le pays irait de trois à cinq fois plus vite.

 

Mais voilà, la lutte contre la corruption ne constitue pas la panacée. Ses effets ne seraient qu’illusoires sans une politique lucide et rigoureuse de gestion des problèmes économiques. Cela rappelle d’ailleurs les propos tenus par Chedly Ayari, Gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT) lors de son installation à la tête de cette institution : « Donner moi une bonne politique, je vous ferai une bonne finance ». Vu l’état calamiteux dans lequel baignent nos finances, faudrait-il comprendre que les gouvernements qui se sont succédés depuis que Chedly Ayari gouverne la BCT n’ont pas mené de bonnes politiques ? Dans l’affirmative, il est pour le moins curieux que l’institut d’émission n’ait pas pris, quand il le faillait, les mesures de son seul ressort pour ajuster cette politique et infléchir ces effets financiers, monétaires et de change.

 

Cela s’est rarement vu qu’en l’espace d’un mois, une banque centrale relève par deux fois son taux directeur. A moins que le pays soit dans une situation financière bien délicate. Sur le fil du rasoir. C’est ce qu’a fait la BCT. Avait-elle d’autres choix ? L’autorité monétaire avait l’habitude d’utiliser le levier des réserves obligatoires avant d’opter pour un ajustement du taux directeur. Cette fois-ci, elle a fait l’impasse. Pourtant, la politique des réserves obligatoires a le mérite de freiner les besoins de liquidités des banques en les invitant à être plus sélectives dans leurs engagements, à privilégier les crédits d’investissement et freiner les crédits de consommation et, pourquoi pas, freiner résolument les crédits destinés à l’importation de produits de consommation. N’est-ce pas là une responsabilité sociétale des banques. En tout cas, la hausse du taux directeur a rendu plus cher le crédit, tous les crédits, d’investissement, de consommation et d’importation, sans pour autant avoir freiné durablement les besoins de liquidités des banques. Après quelques jours d’accalmie, le volume global de refinancement de la BCT a repris le niveau qui est désormais le sien se situant à plus de 9 milliards de dinars quotidiennement ; le mois de ramadan n’explique pas tout. Sur cette base, cela ne va pas empêcher le dinar de glisser, les tensions inflationnistes d’origine monétaire de ré-émerger et les réserves en devises de se détériorer.

 

En quatre ans de gouvernance, Chedly Ayari n’a pas voulu affronter les foudres du pouvoir politique en optant pour une politique monétaire intransigeante. Depuis son installation à la tête de la BCT, en juillet 2012, la monnaie nationale a perdu près de 50% de sa valeur par rapport à l’euro. Depuis le début de l’année 2017, le dinar a perdu environ 10% de sa valeur par rapport à la monnaie européenne. Entre 2012 et 2017, l’inflation a progressé d’environ 5% en moyenne annuelle et les réserves en devises du pays sont passées de l’équivalent de 127 jours d’importations à une centaine de jours d’importations. Depuis le début de l’année, les réserves en devises ont perdu une dizaine de jours d’importations.

 

Le gouverneur de la BCT réussira-t-il à inverser cette tendance d’ici la fin de son mandat et afficher un bilan plus flatteur, non point pour une reconduite à la tête de l’institution mais simplement pour l’Histoire ? Mieux vaut tard, que jamais.

Commentaires (2) Commenter
Bravo pour cette analyse
Nephentes
| 11-06-2017 06:28
Encore un article qui va au fond des choses.

Les lecteurs de BN en auront il perçu la pertinence de votre analyse Si Houcine ?

Pas sur.

Vous auriez souligné avec bonheur que ce durcissement de notre politique monétaire induisant le renchérissement du coût des crédits est un facteur majeur pour la prise de décision d'investir.
Mais est-ce la panacée est la désignation du GAMIN à la tete de l'exécutif???
DHEJ
| 10-06-2017 11:17
A interpréter les propos du gouverneur de la BCT, la Tunisie n'a même pas réussi en politique dont la conséquence est cette faiblesse du dinar et des réserves en devises en baisse!!!
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