La Géopolitique et la prospective, au secours de l’entreprise tunisienne

Businessnews.com.tn | publié le 19/04/2017 21:10

Sans anticipation des enjeux et mutations géopolitiques, toute entreprise hypothèque son avenir, sa compétitivité, ses performances, voire sa survie par une dilution de l'action dans la gestion quotidienne.


Un monde en profonde reconfiguration


Le monde est caractérisé par une nouvelle fluidité bousculant l’ensemble des repères traditionnels. Emergence de pôles de puissance aspirant à relativiser l’empreinte géopolitique des Etats-Unis, imprévisibilité de l’Administration américaine, montée en puissance des rivalités entre Etats, fragmentation de l’Occident, retour remarqué de la Russie au Moyen-Orient et en Méditerranée, affirmation de la puissance chinoise dans son voisinage et au-delà, notamment via le futur projet de routes de la Soie (OBOR), exacerbation de la menace terroriste et du crime organisé transnational, retour en force de l’identitaire et du religieux, révolution numérique et digitale, surprises et ruptures stratégiques, cybermenace et cybercriminalité, chocs économiques et financiers, chocs migratoires, bouleversements climatiques, etc. constituent autant de facteurs marquant la fin d’un monde et l’accélération de l’histoire. 

Le Brexit, l’élection du Président Donald Trump aux Etats-Unis, la montée des extrêmes droites en Europe, etc. révèlent une nouvelle tectonique des plaques et une remise en cause du modèle dominant : la mondialisation. L’individu, dilué et ayant perdu ses repères, aspire à renouer avec les fondements de son identité. Le rejet de « l’Autre » n’est que la manifestation de la résurgence de cette quête. Dans ce contexte, la globalisation, bousculée et remise en cause, se grippe et piétine. Alain Juillet souligne : « nous sommes dans une compétition planétaire qui n’est en rien une mondialisation heureuse. En vérité, cette mondialisation se fait au couteau, avec une violence extrême »[1]. « La fin de l’histoire » fait place à un retour en force de l’histoire, de la géographie, de l’Homme, bref de la géopolitique.

Selon l’Amiral Jean Dufourcq, « ce n’est pas une crise de croissance de la planète. Ce qu’on observe est en fait autre chose de plus vaste, de plus central qui conduit au tassement de la globalisation. Cette globalisation a en effet suscité un système profond propre, hors sol, déterritorialisé, transversal, puissant qui s’est affranchi des règles et des projets collectifs, nationaux pour promouvoir ce qui unit entre eux de multiples acteurs transversaux, le pouvoir et l’argent.  Ce système, du fait de sa structure et de sa finalité n’a pas hésité à composer avec les systèmes mafieux et les organisations criminelles. Hier l’idéologie révolutionnaire avait inspiré une internationale triomphante ; aujourd’hui le capitalisme financiarisé a produit un système profond de pouvoir masqué, réparti et prédateur. Sur son chemin, il trouve bien souvent des États gênants. Ce qu’on a observé en 2016, c’est la révolte des peuples profonds contre ce système profond »[2].

Parallèlement, les pôles de puissance d’un monde polycentrique, perçus initialement comme de nouveaux marchés émergents, sont devenus de vigoureux concurrents soucieux de compter dans l'histoire et de restaurer leur puissance en jouant un rôle géopolitique croissant.

Dans ce contexte, l'entreprise ne peut plus ignorer la géopolitique, champ disciplinaire peu connu et souvent réservé aux acteurs influents de la scène internationale (Etats, organisations internationales, etc.) en quête de stratégies de puissance relevant du temps long.

En effet, une tradition, voire une certaine myopie, tendent à exclure l'entreprise du champ de la géopolitique. Longtemps, cette dernière a cherché à évoluer à l'abri des préoccupations et des incidences géopolitiques, « comme si les marchés étaient des espaces commerciaux protégés, des bulles de paix et de prospérité, préservés des évolutions et des chocs géopolitiques ». Aujourd’hui, deux mots dominent la presse économique mondiale : géopolitique et innovation[3].

Prise dans la tourmente d’une mondialisation effrénée de plus en plus remise en cause et rejetée par les peuples, cette vision idéale, quasi utopique, a volé en éclats. Aujourd'hui, à la lumière des bouleversements économiques et financiers, du jeu des forces profondes et du reclassement en cours des puissances, tout marché est menacé, les frontières ne constituant plus ces barrières réputées infranchissables. En effet, historiquement, toute reconfiguration des rapports de puissance et des sphères d'influence ne s'est jamais faite dans la paix et la sérénité. Les entreprises tunisiennes ne peuvent plus prétendre échapper à cette réalité, à moins de faire preuve d'un aveuglement coupable. Des secousses, même lointaines, ne peuvent plus être ignorées et doivent être intégrées dans la stratégie de toute entreprise soucieuse d'assurer sa pérennité et de consolider ses parts de marché. A tout instant, nul n’est à l’abri d’un « effet papillon ».

Comment sortir de la crise, comment consolider mes positions dans un marché de plus en plus menacé et volatile, comment amplifier mes marges de manœuvre et ma liberté d’action, comment concentrer mes efforts en valorisant l’économie des moyens, comment investir des territoires d'avenir et des marchés porteurs sont autant de questions qui doivent guider tout chef d'entreprise.

Dans ce contexte, une vision géopolitique, doublée d'une approche prospective, s'avèrera un atout précieux dans le pilotage des entreprises, notamment internationalisées et délocalisées.

La stratégie de toute entreprise se déploie désormais au sein d'un espace en pleine reconfiguration. L'équation « un pays = un marché » n'a plus de sens stratégique car l'entreprise raisonne en segments de marchés transnationaux, au sein desquels sont regroupés les consommateurs, les clients et l'ensemble des acteurs d'une chaine aspirant aux mêmes besoins et attentes, transcendant ainsi la notion de frontière étatique. Par le passé, le marché national était un espace acquis, une base arrière sanctuarisée et difficilement pénétrable. Aujourd'hui, globalisé ou inversement fragmenté, le marché de l'entreprise est paradoxalement un territoire « déterritorialisé », fuyant, incertain, évolutif et poreux. Dans cette optique, les marchés sont autant d'espaces à conquérir, à investir et à tenir face aux assauts d'une concurrence de plus en plus acerbe. Le caractère national est dilué et relativisé. Portés par la révolution numérique et digitale, de nouveaux acteurs aux pouvoirs surpassant parfois ceux des Etats émergent et redessinent les rapports de force par le contrôle de l’information. Les GAFA et leurs rivaux chinois sont le laboratoire de ce nouveau champ de confrontation risquant d’asservir les individus et les petites PME. « Aujourd’hui, aucun dirigeant ne peut faire l’économie d’une remise en cause de ses modèles (business model, marketing, modèle commercial, modèle social, etc.) sous les coups de boutoir de la transformation digitale. Uber, Airbnb, Booking et Amazon ont imposé à marche forcée des ruptures dans les pratiques ambiantes »[4].

 

Dynamiques de restructuration des champs économiques

A plus d'un titre, la géopolitique compte et comptera de plus en plus. Les conflits font naître ou disparaître des marchés de plus en plus conditionnés par l'évolution des rapports de force entre Etats ou tout autre acteur influent. Des ensembles régionaux se constituent ou se fragmentent, des acteurs disparaissent ou inversement émergent, constituant ainsi de puissantes dynamiques de restructuration des champs économiques.

A titre illustratif, demain, au Moyen-Orient, une nouvelle cartographie des relations et influences commerciales, et donc des parts de marché, se dessinera au regard des répercussions encore incertaines des révolutions arabes, de l'évolution de la guerre syrienne, de la configuration des rapports de force entre Iran, Russie, Israël et Turquie et du conflit israélo-palestinien. Les alliances sont volatiles et mouvantes. Ce qui est valable aujourd’hui ne l’est plus forcément dans 24 heures. Le temps est compressé et accéléré : tout est divulgué, à la vitesse de l’éclair et partout actant la dictature de l’instantané et de l’événementiel. Des logiques sont à l'œuvre et il convient d'en saisir toute la substance et la portée.

Le bassin méditerranéen, espace de concentration de nos échanges économiques, est le reflet des bouleversements politiques et stratégiques caractéristiques de la nouvelle configuration des rapports de puissance mondiaux. L'UE, principal partenaire économique de la Tunisie, semble s'enfoncer un peu plus chaque jour dans la crise risquant à terme la marginalisation au rang de périphérie de continent eurasiatique. Quel sera l'avenir de la Tunisie si l'Europe devient une périphérie du monde ? Vers quelle Europe allons-nous : élargie ou contractée, à la carte, à géométrie variable ou fédérale ? dynamique ou minée par les politiques d'austérité et les déficits criants ? Ouverte sur le monde ou forteresse assiégée ?

Le Grand Maghreb, travaillé par des forces centrifuges et fragilisé par les événements secouant le Sahel africain, peine à émerger et risque la dilution dans son essence géopolitique. En effet, les visions des pays maghrébins sont dispersées et marquées par des tensions intérieures, des problèmes de stabilité, de modernité et de voisinage : ils ne se perçoivent pas à travers un ensemble régional stabilisé et demeurent otages de rivalités et de conflits gelés, larvés ou potentiels non encore surmontés. Chaque pays, en fonction de ses intérêts stratégiques, joue son propre jeu : les trajectoires stratégiques ne se complètent pas, elles se croisent, voire se neutralisent. La logique verticale et en silo prévaut. Quel ordre maghrébin émergera ? Cette problématique commandera le présent et l'avenir du tissu économique tunisien. Quel avenir pour la Libye, voisinage immédiat de la Tunisie ? Quelles logiques géopolitiques commandent l’avenir de ce pays ? Quelles dynamiques entre local, régional et international ? Comment se positionner afin de compter lors de la reconstruction du pays ? La Libye, qui occupait le rang de second partenaire économique de la Tunisie après l’UE et la Tunisie ont une destinée commune.

Sans vision structurée, ces différentes dynamiques risqueront d'être subies par les acteurs économiques tunisiens. Rappelons l'interjection du Sphinx à Œdipe : « Comprends ou tu es dévoré ».

Ainsi, la stratégie d'entreprise est peu-à-peu rattrapée par la géopolitique : ni les Etats ni les entreprises ne peuvent prétendre jouer seuls. L'entreprise fait face à des environnements toujours plus complexes et incertains. Comme le souligne J-M Leersnyder, « ne perdons pas de vue un principe essentiel : en matière politique, contrairement à ce qui se passe en matière économique, le risque n'est assorti d'aucune prime de rendement. Il est de pure perte pour l'entreprise ».

 

Tensions internes et zones de fractures

Mais quelle est l'essence de la géopolitique en tant que discipline ?

En fonction de ses objectifs, par définition évolutifs, un Etat ou tout autre acteur adoptera une posture diplomatique et militaire en mesure de lui permettre de tendre vers ces objectifs. Il s'agit d'aller au-delà de l'émotionnel et du descriptif afin d'identifier les dynamiques profondes qui conditionnent l'évolution de la politique étrangère d'un Etat. « La géopolitique se doit de démystifier les apparences pour accéder à la réalité » (1). Comme le souligne François Thual, l'approche géopolitique peut se résumer à ces interrogations : « Qui veut quoi ? Avec qui ? Comment ? Et pourquoi ?» (2). Dans ce cadre, nous chercherons à identifier les acteurs, à décrire leurs intentions, à analyser leurs motivations afin de visualiser les différentes alliances, qu'elles soient en gestation ou en déconstruction. L’analyse géopolitique vise à affuter le regard, à « éduquer et repérer les zones de contact, de frictions et d’échanges où vont naître les événements porteurs d’avenir »[5]. Comprendre, analyser le jeu des acteurs, distinguer le structurel du conjoncturel, détecter les signaux faibles et les facteurs de changement, lister les risques, menaces et opportunités, telles sont les finalités poursuivies par une approche géopolitique et prospective appliquée à l’entreprise. En définitive, il s’agit de diffuser une culture de l’analyse, « une intelligence des situations et s’efforcer de comprendre la culture, les règles, les attentes, les rapports de force et le cadre de vie des peuples et des territoires auxquels l’entreprise se trouve confrontée »[6].

L'objectif de toute analyse géopolitique est de comprendre le comportement d'un Etat ou de tout autre acteur de la scène internationale en cherchant le pourquoi et le comment de son action. En définitive, il s'agit de s'interroger sur l'ensemble des motivations qui expliquent le comportement d'un Etat, d’une entreprise, d’une ONG, etc. en refusant de tomber dans des explications simplistes. Analyser les ambitions plus ou moins ancrées historiquement d'un Etat, c'est démontrer que depuis « x » ou « y » années, ce dernier a toujours voulu « s'assurer la possession de telle ou telle région, contrôler tel ou tel fleuve, détroit, ou accaparer telle ou telle île » (3).

La géopolitique est une manière d'apprendre à déchiffrer l'actualité autrement. Elle a pour finalité de révéler les tensions internes et les multiples zones de fractures qui cristallisent les rapports de forces entre nations.

L'approche géopolitique se focalise sur des faits : opérations militaires, alliances diplomatiques, déclarations politiques, positionnement des troupes, relief, situation géographique de la capitale, richesses, etc. « S'il y a des secrets, disait-on dans le monde des relations internationales, il n'y a pas de mystères » (5) : ainsi, la géopolitique apparaît comme une méthode structurée d'interrogation du réel, aspirant à « faire avouer » aux événements leur signification profonde. A l'image d'un détective, il s'agit de faire parler les événements et de dégager les lignes de forces structurant un pays, une région, etc.

En interaction avec des voisins, chaque Etat cherche à assurer sa sécurité en tissant un réseau d'alliances et de contre alliances : c'est cette espèce de psychologie étatique qu'il s'agit de mettre en relief en l'intégrant dans une démarche rétrospective relevant du temps long.

Par voie de conséquence, toute entreprise tunisienne exerçant une activité à l'étranger, important des produits, commerçant, etc. doit être en mesure d'anticiper les évolutions socio-politiques et géopolitiques de l'environnement dans lequel s'insère son activité. Cette démarche relève d'une approche anticipative des risques réduisant les coûts inhérents à toute gestion dans l'urgence. L'étude géopolitique d'une zone révèlera à une entreprise la personnalité stratégique de cet espace, ses enjeux, les dynamiques qui le structurent et ainsi les risques mais aussi les opportunités qu'il projette. L'analyse géopolitique, grille de lecture devenue incontournable afin de déchiffrer les enjeux régionaux et internationaux, constitue un outil managérial d'aide à la décision stratégique en environnement fortement incertain et volatil. Il s'agit de comprendre, de distinguer le structurel du conjoncturel afin de mieux agir et d'optimiser ses process.


Anticiper pour se prémunir contre les impacts négatifs

Convenons que sans vision d'avenir, aucune décision n'est envisageable. En effet, en l'absence d'éléments suffisants d'aide à la prise de décision, laquelle, en termes de stratégie d'entreprise signifie toujours une prise de risque, le danger est qu'il y ait mauvaise décision, voire encore plus fréquemment absence de décision tout simplement ! En effet, décider, c'est prendre le risque de se tromper. Nombreux sont ceux qui préfèrent attendre que les événements décident pour eux, plutôt que de choisir de peser significativement sur ce qui leur arrive et va leur arriver au risque d'engager leur responsabilité.

Dans ce cadre, pour un chef d'entreprise confronté quotidiennement à des gestions de crises amenées à se multiplier, il convient d'être en mesure d'identifier les crises (et les risques), de les apprécier et d'en mesurer l'intensité (les tenants et les aboutissants). Dans ce contexte, les outils d'anticipation s'avèrent précieux. En effet, débouchant sur un modèle causal de la crise spécifique à chaque entreprise, ils permettent de s'affranchir du flou inhérent aux effets induits (la crise est là mais l'on ne comprend pas ce qu'il y a derrière) : diagnostic de la crise, modèle explicatif et scénarios de sortie de crise permettent de limiter les pertes qui peuvent s'avérer catastrophiques si la crise est mal gérée car mal comprise.

Anticiper, c'est donc se prémunir contre les impacts négatifs, c'est privilégier la réflexion en préparant avec le plus possible de précision une décision : c'est en cela que souvent la prospective est qualifiée de « réductrice de risques ». Prospective et géopolitique permettent de mieux éclairer l’action présente.

Il est de coutume d'affirmer que pour éteindre un feu qui démarre, il faut un verre d'eau lors de la première minute, un seau au bout de cinq minutes et un camion de pompier après un quart d'heure[7]. C'est pourquoi nous plaidons vivement pour la mise en place, au sein des entreprises tunisiennes, de cellules de veille et d'alerte (détection des germes), pouvant être également dénommées cellules de crise, afin de sensibiliser les dirigeants et les cadres à toutes situations constituant, compte tenu de leur montée en puissance, des menaces sérieuses à la performance de l'entreprise.

Convenons ensemble que l'équipe de crise doit être constituée bien avant que ne se déclenche tout incident et non l'inverse. Assumons nos responsabilités dans un monde de plus en plus instable : une crise anticipée peut s'avérer vectrice d'opportunités nouvelles et créer une dynamique porteuse et vertueuse.

En définitive, l'anticipation, c'est, certes des méthodes rigoureuses, mais c'est avant tout un état d'esprit, une méthode de travail, de nouvelles approches managériales incitant les entreprises tunisiennes à s'affranchir du poids du présent. Il ne s'agit pas de bouleverser les modes traditionnels de gestion mais d'optimiser et d'aménager afin d'accroître la rentabilité et la performance de ces entreprises. Les PME n'échappent pas à cette nouvelle réalité et nécessité : elles doivent être en mesure de se positionner sur des pôles de profit et non sur des pôles de coût : voilà l'optimisation !

Par voie de conséquence, cessons de fuir nos responsabilités de dirigeants et de chefs en arguant que nous ne pouvions pas faire autrement : l'avenir se construit, il ne doit pas être subi dans la torpeur : ouvrons les yeux sur cette nouvelle réalité et cessons de nous dérober !

 

Mehdi Taje[8]

  Directeur du Département des Politiques Publiques, Etudes Stratégiques et Prospectives, ITES (Institut Tunisien des Etudes Stratégiques)



[1] CLES, Cas d’Ecole, « Si tu ne t’intéresses pas à la géopolitique, la géopolitique s’intéresse à toi », 6 avril 2017.

[2] Amiral Jean Dufourcq, « Le monde en marche », 15 février 2017.

[3] Voir CLES, « Géopolitique et entreprises », Jean-François Fiorina, N°200, 8 mars 2017.

[4] CLES, Cas d’Ecole, « Si tu ne t’intéresses pas à la géopolitique, la géopolitique s’intéresse à toi », 6 avril 2017.

[5] Voir CLES, « Géopolitique et entreprises », Jean-François Fiorina, N°200, 8 mars 2017.

[6] CLES, Cas d’Ecole, « Si tu ne t’intéresses pas à la géopolitique, la géopolitique s’intéresse à toi », 6 avril 2017.

[7] Voir Futuribles, Hugues de Jouvenel.

[8] Les propos développés dans le cadre de cet article n’engagent que leur auteur et en aucun cas l’ITES.

La Géopolitique et la prospective, au secours de l’entreprise tunisienne

publié le 19/04/2017 21:10

Sans anticipation des enjeux et mutations géopolitiques, toute entreprise hypothèque son avenir, sa compétitivité, ses performances, voire sa survie par une dilution de l'action dans la gestion quotidienne.


Un monde en profonde reconfiguration


Le monde est caractérisé par une nouvelle fluidité bousculant l’ensemble des repères traditionnels. Emergence de pôles de puissance aspirant à relativiser l’empreinte géopolitique des Etats-Unis, imprévisibilité de l’Administration américaine, montée en puissance des rivalités entre Etats, fragmentation de l’Occident, retour remarqué de la Russie au Moyen-Orient et en Méditerranée, affirmation de la puissance chinoise dans son voisinage et au-delà, notamment via le futur projet de routes de la Soie (OBOR), exacerbation de la menace terroriste et du crime organisé transnational, retour en force de l’identitaire et du religieux, révolution numérique et digitale, surprises et ruptures stratégiques, cybermenace et cybercriminalité, chocs économiques et financiers, chocs migratoires, bouleversements climatiques, etc. constituent autant de facteurs marquant la fin d’un monde et l’accélération de l’histoire. 

Le Brexit, l’élection du Président Donald Trump aux Etats-Unis, la montée des extrêmes droites en Europe, etc. révèlent une nouvelle tectonique des plaques et une remise en cause du modèle dominant : la mondialisation. L’individu, dilué et ayant perdu ses repères, aspire à renouer avec les fondements de son identité. Le rejet de « l’Autre » n’est que la manifestation de la résurgence de cette quête. Dans ce contexte, la globalisation, bousculée et remise en cause, se grippe et piétine. Alain Juillet souligne : « nous sommes dans une compétition planétaire qui n’est en rien une mondialisation heureuse. En vérité, cette mondialisation se fait au couteau, avec une violence extrême »[1]. « La fin de l’histoire » fait place à un retour en force de l’histoire, de la géographie, de l’Homme, bref de la géopolitique.

Selon l’Amiral Jean Dufourcq, « ce n’est pas une crise de croissance de la planète. Ce qu’on observe est en fait autre chose de plus vaste, de plus central qui conduit au tassement de la globalisation. Cette globalisation a en effet suscité un système profond propre, hors sol, déterritorialisé, transversal, puissant qui s’est affranchi des règles et des projets collectifs, nationaux pour promouvoir ce qui unit entre eux de multiples acteurs transversaux, le pouvoir et l’argent.  Ce système, du fait de sa structure et de sa finalité n’a pas hésité à composer avec les systèmes mafieux et les organisations criminelles. Hier l’idéologie révolutionnaire avait inspiré une internationale triomphante ; aujourd’hui le capitalisme financiarisé a produit un système profond de pouvoir masqué, réparti et prédateur. Sur son chemin, il trouve bien souvent des États gênants. Ce qu’on a observé en 2016, c’est la révolte des peuples profonds contre ce système profond »[2].

Parallèlement, les pôles de puissance d’un monde polycentrique, perçus initialement comme de nouveaux marchés émergents, sont devenus de vigoureux concurrents soucieux de compter dans l'histoire et de restaurer leur puissance en jouant un rôle géopolitique croissant.

Dans ce contexte, l'entreprise ne peut plus ignorer la géopolitique, champ disciplinaire peu connu et souvent réservé aux acteurs influents de la scène internationale (Etats, organisations internationales, etc.) en quête de stratégies de puissance relevant du temps long.

En effet, une tradition, voire une certaine myopie, tendent à exclure l'entreprise du champ de la géopolitique. Longtemps, cette dernière a cherché à évoluer à l'abri des préoccupations et des incidences géopolitiques, « comme si les marchés étaient des espaces commerciaux protégés, des bulles de paix et de prospérité, préservés des évolutions et des chocs géopolitiques ». Aujourd’hui, deux mots dominent la presse économique mondiale : géopolitique et innovation[3].

Prise dans la tourmente d’une mondialisation effrénée de plus en plus remise en cause et rejetée par les peuples, cette vision idéale, quasi utopique, a volé en éclats. Aujourd'hui, à la lumière des bouleversements économiques et financiers, du jeu des forces profondes et du reclassement en cours des puissances, tout marché est menacé, les frontières ne constituant plus ces barrières réputées infranchissables. En effet, historiquement, toute reconfiguration des rapports de puissance et des sphères d'influence ne s'est jamais faite dans la paix et la sérénité. Les entreprises tunisiennes ne peuvent plus prétendre échapper à cette réalité, à moins de faire preuve d'un aveuglement coupable. Des secousses, même lointaines, ne peuvent plus être ignorées et doivent être intégrées dans la stratégie de toute entreprise soucieuse d'assurer sa pérennité et de consolider ses parts de marché. A tout instant, nul n’est à l’abri d’un « effet papillon ».

Comment sortir de la crise, comment consolider mes positions dans un marché de plus en plus menacé et volatile, comment amplifier mes marges de manœuvre et ma liberté d’action, comment concentrer mes efforts en valorisant l’économie des moyens, comment investir des territoires d'avenir et des marchés porteurs sont autant de questions qui doivent guider tout chef d'entreprise.

Dans ce contexte, une vision géopolitique, doublée d'une approche prospective, s'avèrera un atout précieux dans le pilotage des entreprises, notamment internationalisées et délocalisées.

La stratégie de toute entreprise se déploie désormais au sein d'un espace en pleine reconfiguration. L'équation « un pays = un marché » n'a plus de sens stratégique car l'entreprise raisonne en segments de marchés transnationaux, au sein desquels sont regroupés les consommateurs, les clients et l'ensemble des acteurs d'une chaine aspirant aux mêmes besoins et attentes, transcendant ainsi la notion de frontière étatique. Par le passé, le marché national était un espace acquis, une base arrière sanctuarisée et difficilement pénétrable. Aujourd'hui, globalisé ou inversement fragmenté, le marché de l'entreprise est paradoxalement un territoire « déterritorialisé », fuyant, incertain, évolutif et poreux. Dans cette optique, les marchés sont autant d'espaces à conquérir, à investir et à tenir face aux assauts d'une concurrence de plus en plus acerbe. Le caractère national est dilué et relativisé. Portés par la révolution numérique et digitale, de nouveaux acteurs aux pouvoirs surpassant parfois ceux des Etats émergent et redessinent les rapports de force par le contrôle de l’information. Les GAFA et leurs rivaux chinois sont le laboratoire de ce nouveau champ de confrontation risquant d’asservir les individus et les petites PME. « Aujourd’hui, aucun dirigeant ne peut faire l’économie d’une remise en cause de ses modèles (business model, marketing, modèle commercial, modèle social, etc.) sous les coups de boutoir de la transformation digitale. Uber, Airbnb, Booking et Amazon ont imposé à marche forcée des ruptures dans les pratiques ambiantes »[4].

 

Dynamiques de restructuration des champs économiques

A plus d'un titre, la géopolitique compte et comptera de plus en plus. Les conflits font naître ou disparaître des marchés de plus en plus conditionnés par l'évolution des rapports de force entre Etats ou tout autre acteur influent. Des ensembles régionaux se constituent ou se fragmentent, des acteurs disparaissent ou inversement émergent, constituant ainsi de puissantes dynamiques de restructuration des champs économiques.

A titre illustratif, demain, au Moyen-Orient, une nouvelle cartographie des relations et influences commerciales, et donc des parts de marché, se dessinera au regard des répercussions encore incertaines des révolutions arabes, de l'évolution de la guerre syrienne, de la configuration des rapports de force entre Iran, Russie, Israël et Turquie et du conflit israélo-palestinien. Les alliances sont volatiles et mouvantes. Ce qui est valable aujourd’hui ne l’est plus forcément dans 24 heures. Le temps est compressé et accéléré : tout est divulgué, à la vitesse de l’éclair et partout actant la dictature de l’instantané et de l’événementiel. Des logiques sont à l'œuvre et il convient d'en saisir toute la substance et la portée.

Le bassin méditerranéen, espace de concentration de nos échanges économiques, est le reflet des bouleversements politiques et stratégiques caractéristiques de la nouvelle configuration des rapports de puissance mondiaux. L'UE, principal partenaire économique de la Tunisie, semble s'enfoncer un peu plus chaque jour dans la crise risquant à terme la marginalisation au rang de périphérie de continent eurasiatique. Quel sera l'avenir de la Tunisie si l'Europe devient une périphérie du monde ? Vers quelle Europe allons-nous : élargie ou contractée, à la carte, à géométrie variable ou fédérale ? dynamique ou minée par les politiques d'austérité et les déficits criants ? Ouverte sur le monde ou forteresse assiégée ?

Le Grand Maghreb, travaillé par des forces centrifuges et fragilisé par les événements secouant le Sahel africain, peine à émerger et risque la dilution dans son essence géopolitique. En effet, les visions des pays maghrébins sont dispersées et marquées par des tensions intérieures, des problèmes de stabilité, de modernité et de voisinage : ils ne se perçoivent pas à travers un ensemble régional stabilisé et demeurent otages de rivalités et de conflits gelés, larvés ou potentiels non encore surmontés. Chaque pays, en fonction de ses intérêts stratégiques, joue son propre jeu : les trajectoires stratégiques ne se complètent pas, elles se croisent, voire se neutralisent. La logique verticale et en silo prévaut. Quel ordre maghrébin émergera ? Cette problématique commandera le présent et l'avenir du tissu économique tunisien. Quel avenir pour la Libye, voisinage immédiat de la Tunisie ? Quelles logiques géopolitiques commandent l’avenir de ce pays ? Quelles dynamiques entre local, régional et international ? Comment se positionner afin de compter lors de la reconstruction du pays ? La Libye, qui occupait le rang de second partenaire économique de la Tunisie après l’UE et la Tunisie ont une destinée commune.

Sans vision structurée, ces différentes dynamiques risqueront d'être subies par les acteurs économiques tunisiens. Rappelons l'interjection du Sphinx à Œdipe : « Comprends ou tu es dévoré ».

Ainsi, la stratégie d'entreprise est peu-à-peu rattrapée par la géopolitique : ni les Etats ni les entreprises ne peuvent prétendre jouer seuls. L'entreprise fait face à des environnements toujours plus complexes et incertains. Comme le souligne J-M Leersnyder, « ne perdons pas de vue un principe essentiel : en matière politique, contrairement à ce qui se passe en matière économique, le risque n'est assorti d'aucune prime de rendement. Il est de pure perte pour l'entreprise ».

 

Tensions internes et zones de fractures

Mais quelle est l'essence de la géopolitique en tant que discipline ?

En fonction de ses objectifs, par définition évolutifs, un Etat ou tout autre acteur adoptera une posture diplomatique et militaire en mesure de lui permettre de tendre vers ces objectifs. Il s'agit d'aller au-delà de l'émotionnel et du descriptif afin d'identifier les dynamiques profondes qui conditionnent l'évolution de la politique étrangère d'un Etat. « La géopolitique se doit de démystifier les apparences pour accéder à la réalité » (1). Comme le souligne François Thual, l'approche géopolitique peut se résumer à ces interrogations : « Qui veut quoi ? Avec qui ? Comment ? Et pourquoi ?» (2). Dans ce cadre, nous chercherons à identifier les acteurs, à décrire leurs intentions, à analyser leurs motivations afin de visualiser les différentes alliances, qu'elles soient en gestation ou en déconstruction. L’analyse géopolitique vise à affuter le regard, à « éduquer et repérer les zones de contact, de frictions et d’échanges où vont naître les événements porteurs d’avenir »[5]. Comprendre, analyser le jeu des acteurs, distinguer le structurel du conjoncturel, détecter les signaux faibles et les facteurs de changement, lister les risques, menaces et opportunités, telles sont les finalités poursuivies par une approche géopolitique et prospective appliquée à l’entreprise. En définitive, il s’agit de diffuser une culture de l’analyse, « une intelligence des situations et s’efforcer de comprendre la culture, les règles, les attentes, les rapports de force et le cadre de vie des peuples et des territoires auxquels l’entreprise se trouve confrontée »[6].

L'objectif de toute analyse géopolitique est de comprendre le comportement d'un Etat ou de tout autre acteur de la scène internationale en cherchant le pourquoi et le comment de son action. En définitive, il s'agit de s'interroger sur l'ensemble des motivations qui expliquent le comportement d'un Etat, d’une entreprise, d’une ONG, etc. en refusant de tomber dans des explications simplistes. Analyser les ambitions plus ou moins ancrées historiquement d'un Etat, c'est démontrer que depuis « x » ou « y » années, ce dernier a toujours voulu « s'assurer la possession de telle ou telle région, contrôler tel ou tel fleuve, détroit, ou accaparer telle ou telle île » (3).

La géopolitique est une manière d'apprendre à déchiffrer l'actualité autrement. Elle a pour finalité de révéler les tensions internes et les multiples zones de fractures qui cristallisent les rapports de forces entre nations.

L'approche géopolitique se focalise sur des faits : opérations militaires, alliances diplomatiques, déclarations politiques, positionnement des troupes, relief, situation géographique de la capitale, richesses, etc. « S'il y a des secrets, disait-on dans le monde des relations internationales, il n'y a pas de mystères » (5) : ainsi, la géopolitique apparaît comme une méthode structurée d'interrogation du réel, aspirant à « faire avouer » aux événements leur signification profonde. A l'image d'un détective, il s'agit de faire parler les événements et de dégager les lignes de forces structurant un pays, une région, etc.

En interaction avec des voisins, chaque Etat cherche à assurer sa sécurité en tissant un réseau d'alliances et de contre alliances : c'est cette espèce de psychologie étatique qu'il s'agit de mettre en relief en l'intégrant dans une démarche rétrospective relevant du temps long.

Par voie de conséquence, toute entreprise tunisienne exerçant une activité à l'étranger, important des produits, commerçant, etc. doit être en mesure d'anticiper les évolutions socio-politiques et géopolitiques de l'environnement dans lequel s'insère son activité. Cette démarche relève d'une approche anticipative des risques réduisant les coûts inhérents à toute gestion dans l'urgence. L'étude géopolitique d'une zone révèlera à une entreprise la personnalité stratégique de cet espace, ses enjeux, les dynamiques qui le structurent et ainsi les risques mais aussi les opportunités qu'il projette. L'analyse géopolitique, grille de lecture devenue incontournable afin de déchiffrer les enjeux régionaux et internationaux, constitue un outil managérial d'aide à la décision stratégique en environnement fortement incertain et volatil. Il s'agit de comprendre, de distinguer le structurel du conjoncturel afin de mieux agir et d'optimiser ses process.


Anticiper pour se prémunir contre les impacts négatifs

Convenons que sans vision d'avenir, aucune décision n'est envisageable. En effet, en l'absence d'éléments suffisants d'aide à la prise de décision, laquelle, en termes de stratégie d'entreprise signifie toujours une prise de risque, le danger est qu'il y ait mauvaise décision, voire encore plus fréquemment absence de décision tout simplement ! En effet, décider, c'est prendre le risque de se tromper. Nombreux sont ceux qui préfèrent attendre que les événements décident pour eux, plutôt que de choisir de peser significativement sur ce qui leur arrive et va leur arriver au risque d'engager leur responsabilité.

Dans ce cadre, pour un chef d'entreprise confronté quotidiennement à des gestions de crises amenées à se multiplier, il convient d'être en mesure d'identifier les crises (et les risques), de les apprécier et d'en mesurer l'intensité (les tenants et les aboutissants). Dans ce contexte, les outils d'anticipation s'avèrent précieux. En effet, débouchant sur un modèle causal de la crise spécifique à chaque entreprise, ils permettent de s'affranchir du flou inhérent aux effets induits (la crise est là mais l'on ne comprend pas ce qu'il y a derrière) : diagnostic de la crise, modèle explicatif et scénarios de sortie de crise permettent de limiter les pertes qui peuvent s'avérer catastrophiques si la crise est mal gérée car mal comprise.

Anticiper, c'est donc se prémunir contre les impacts négatifs, c'est privilégier la réflexion en préparant avec le plus possible de précision une décision : c'est en cela que souvent la prospective est qualifiée de « réductrice de risques ». Prospective et géopolitique permettent de mieux éclairer l’action présente.

Il est de coutume d'affirmer que pour éteindre un feu qui démarre, il faut un verre d'eau lors de la première minute, un seau au bout de cinq minutes et un camion de pompier après un quart d'heure[7]. C'est pourquoi nous plaidons vivement pour la mise en place, au sein des entreprises tunisiennes, de cellules de veille et d'alerte (détection des germes), pouvant être également dénommées cellules de crise, afin de sensibiliser les dirigeants et les cadres à toutes situations constituant, compte tenu de leur montée en puissance, des menaces sérieuses à la performance de l'entreprise.

Convenons ensemble que l'équipe de crise doit être constituée bien avant que ne se déclenche tout incident et non l'inverse. Assumons nos responsabilités dans un monde de plus en plus instable : une crise anticipée peut s'avérer vectrice d'opportunités nouvelles et créer une dynamique porteuse et vertueuse.

En définitive, l'anticipation, c'est, certes des méthodes rigoureuses, mais c'est avant tout un état d'esprit, une méthode de travail, de nouvelles approches managériales incitant les entreprises tunisiennes à s'affranchir du poids du présent. Il ne s'agit pas de bouleverser les modes traditionnels de gestion mais d'optimiser et d'aménager afin d'accroître la rentabilité et la performance de ces entreprises. Les PME n'échappent pas à cette nouvelle réalité et nécessité : elles doivent être en mesure de se positionner sur des pôles de profit et non sur des pôles de coût : voilà l'optimisation !

Par voie de conséquence, cessons de fuir nos responsabilités de dirigeants et de chefs en arguant que nous ne pouvions pas faire autrement : l'avenir se construit, il ne doit pas être subi dans la torpeur : ouvrons les yeux sur cette nouvelle réalité et cessons de nous dérober !

 

Mehdi Taje[8]

  Directeur du Département des Politiques Publiques, Etudes Stratégiques et Prospectives, ITES (Institut Tunisien des Etudes Stratégiques)



[1] CLES, Cas d’Ecole, « Si tu ne t’intéresses pas à la géopolitique, la géopolitique s’intéresse à toi », 6 avril 2017.

[2] Amiral Jean Dufourcq, « Le monde en marche », 15 février 2017.

[3] Voir CLES, « Géopolitique et entreprises », Jean-François Fiorina, N°200, 8 mars 2017.

[4] CLES, Cas d’Ecole, « Si tu ne t’intéresses pas à la géopolitique, la géopolitique s’intéresse à toi », 6 avril 2017.

[5] Voir CLES, « Géopolitique et entreprises », Jean-François Fiorina, N°200, 8 mars 2017.

[6] CLES, Cas d’Ecole, « Si tu ne t’intéresses pas à la géopolitique, la géopolitique s’intéresse à toi », 6 avril 2017.

[7] Voir Futuribles, Hugues de Jouvenel.

[8] Les propos développés dans le cadre de cet article n’engagent que leur auteur et en aucun cas l’ITES.

Mehdi Taje
Commentaires (13) Commenter
Il faut s'adapter à la culture du coopératif et du partage
Dr. Jamel Tazarki
| 22-04-2017 11:27
Je voudrais rajouter quelques pensées à mes commentaires ci-dessous:

Les interactions entre les individus à l'échelle internationale représentent le plus fort potentiel d'évolution que les nouvelles technologies de l'information et des communications permettent, voire imposent de prendre en compte à l'échelle planétaire. Il est temps d'aller au-delà des limites des frontières nationales pour se pencher sur une autre voie, la richesse d'innovation des échanges interhumains sans les contraintes inutiles de la race et du pays d'origine. Nous allons vers un monde plus collaboratif et responsable.

Quand les contraintes d'interactions entre individus dans une entreprise ou dans une communauté close n'ont pas de sens par rapport à ce qu'il est désormais possible de faire au dehors, elles sont alors perçues davantage comme des freins.

Il faut s'adapter à la culture du coopératif et du partage sur le développement de nos projets technologiques et sociaux. Il s'agit d'aller beaucoup plus loin à présent. Le dialogue et l'interaction sont une nécessité à l'évolution non seulement de notre société mais aussi de ceux des pays du nord et de la race humaine en général. Il va falloir repenser la vie sociale et internationale en réseaux inter-reliées par les outils de la mobilité, du travail coopératif et du partage de la connaissance.


Jamel Tazarki

@Nephentes
Dr. Jamel Tazarki
| 21-04-2017 20:54
Merci pour votre feedback.

J'ai remarqué à travers vos commentaires que vous vous connaissez très bien avec l'histoire de la Tunisie. A l'école secondaire le cours d'histoire était un vrai pêle-mêle (alors je lisais et relisais les livres de Mahmoud Messadi en cachette durant le cours d'histoire).

Depuis 2011 la situation c'est encore aggravée: on trouve plusieurs nouvelles publications et versions de notre histoire, l'histoire de la Tunisie. Et tout le monde prétend détenir la vérité absolue. Qui croire?

Je reviens au sujet de l'article:
Récemment un commentateur a écrit sur Business News: "La PME est impliquée aussi bon gré malgré dans cette situation [difficile où elle est]. Quel est le nombre de PME transparentes financièrement par rapport à leurs actionnaires et par rapport à la réglementation ?" ===> Et je trouve qu'il a complètement raison!

Très Cordialement

Jamel Tazarki


PS: Peut-être que je ferais la publication d'un livre numérique sur Amazon. Le livre sur papier (la forme classique) est hors de question, car je ne vois mes fautes de frappe et d'inattention qu'après publication (quand c'est trop tard). Par contre un livre numérique, on peut l'actualiser et le corriger à tout moment

@Jamel Tazarki : félicitations
Nephentes
| 21-04-2017 04:21
Je lis avec profond intérêt vos commentaires.

La plupart d'entre eux sont très bien structurés et documentés, et débouchent sur des propositions que je trouve très pertinentes.

Aussi je vous suggère d'effectuer une compilation et de publier un ouvrage ;ce serait un ouvrage bénéfique à beaucoup de tunisiens, croyez moi

Vous pourriez également contacter BN pour publier des articles sous forme de tribunes.

Ca nous changera des logorrhées habituelles.
I) Pourquoi rejeter toujours la faute sur les autres?
Dr. Jamel Tazarki
| 20-04-2017 21:12
Il y'a un projet de société à travers la mondialisation. Et ce projet de société il faut seulement le rendre plus juste afin que tous les pays puissent en tirer profit sans abus: On abolit les barrières douanières, on favorise les échanges entre les pays, on diminue les obstacles aux transferts transnationaux de capitaux et Il faut seulement définir des règles de jeux plus justes et plus profitables á tous les partenaires.

Les pays du nord estiment que l'ouverture des marchés est parmi les causes de la perte massive des emplois. ==> Il ne faut pas seulement voir ce que l'on perd mais aussi ce que l'on gagne et ce que les autres perdent!


Récemment Mr. Hédi Ben Abbes a écrit sur Business News que ceux qui ont le plus de moyens vont écraser les autres (je redonne seulement l'idée de son article). Et Mr. Mehdi Taje propage aussi la même idée que Mr. Hédi Ben Abbes mais d'une façon encore plus dramatique! Alors qu'en vérité les pays industrielles/développés ont accordé à la Tunisie les moyens et le temps afin de faire le décollage socio-économique (==> nous avons énormément profité de la mondialisation):
a) Nous avons profité durant plusieurs années de la non application des accords de trips afin de construire entre autre notre industrie pharmaceutique. Cette construction n'a pas été optimale, mais c'était de notre faute.
b) Les pays développés nous ont accordé des crédits à un taux d'intérêts faible
b) nous avons eu des aides aux développements
c) nous avons profité de beaucoup de donations
d) nous avons profité de beaucoup de transfert de know how
c) les pays développés ont délocalisé plusieurs de leurs unités de production en Tunisie
Etc., etc. etc.

Si la Tunisie a échoué sa révolution de Jasmin, c'est d'abord de notre faute: on était incapable de gérer notre pays et notre argent. On a eu plus que 19 milliards d'euro sous forme d'aide au développement, de dette et de donation. Mais on a rien réalisé de grand et nous sommes de nouveau en faillite. Est-ce vraiment la faute à la mondialisation.

-Est-ce vraiment la faute à la mondialisation si nous ne faisons pas d'investissements de très longue durée comme l'entretien de notre infrastructure?
- Est-ce vraiment la faute à la mondialisation si seulement une minorité de Tunisiens profitent de 90% des richesses de notre pays? ==> ce qui est tout à fait contraire au développement économique et à l'esprit de mondialisation.
- Est-ce vraiment la faute à la mondialisation si nous avons une justice à deux vitesses et une corruption généralisée?

LA Tunisie est d'abord victime des injustices socio-économiques à l'intérieur de notre pays et entre Tunisiens. Si notre pays et ses entreprises vont mal, c'est d'abord à cause de notre système mafieux et oligarque et à cause de l'incompétence de certains de nos politiciens. Une efficacité économique implique un minimum de respect de justice, de droiture, d'impartialité, d'intégrité et d'égalité.


L'économie de marché ne peut se développer que lorsqu'il existe un Etat fort, juste et légitime qui fait respecter les règles du jeu qui doivent être fairs envers tous les participants. Sinon c'est la mafia qui se développe. --> En Tunisie, de nos jours certains détenteurs du pouvoir politique sont au service des détenteurs du pouvoir économique (sans entrer dans les détails).


La Tunisie risque de se couper virtuellement en deux. Une mince classe riche d'un côté et une large classe des ruinés de l'autre. Et il est temps que l'Etat tunisien intervient afin de corriger les inégalités sociales, afin que les pauvres sortent enfin de la pauvreté et finissent ainsi par gagner et à produire plus (help for self-help and self-improvement). ==> Notre société serait ainsi globalement plus riches et notre peuple plus motivé: nos riches perdent un peu de leur richesse tout en restant riches'


J'essayerai d'écrire encore un commentaire en faisant utilisation de données empiriques et de montrer que la Tunisie ne peut que tirer profit de la mondialisation.

Jamel Tazarki
II) Moins de compétition et beaucoup plus de coopération à l'échelle nationale!
Dr. Jamel Tazarki
| 20-04-2017 21:08
Si on voulait réussir à l'échelle internationale et si on voulait s'imposer en tant que pays dans une globalisation mondiale (même si elle est encore injuste), il nous faudrait moins de compétition et beaucoup plus de coopération à l'échelle nationale. En notre pays compétition et coopération devraient pourvoir coexister. Oui se mettre ensemble, se soutenir l'un l'autre, se tendre la main, s'écouter, devraient être les grandeurs de la vie sociale en Tunisie. Exemple: Siemens et Bosch produisent en coopération des machines à laver et des appareils électroménagers, beaucoup plus de coopération que de compétition'


Oui, il nous faut une société tunisienne plus coopération, une société plus juste et non individualiste et non égoïste. ===> C'est d'abord le devoir de ceux qui nous gouvernent de montrer un esprit de coopération. Nous voulons une société avec de l'affection envers autrui, avec un esprit collectif de coopération.



La Mondialisation a ses avantages: -
-l'ouverture aux marchés mondiaux des produits pour lesquels nous ne sommes pas spécialisés;
-intégration rapide des économies;
-développement de nos entreprises
- L'émergence des pays du Sud,
Etc., etc., etc.

La Mondialisation a ses inconvénients aussi que l'on pourrait éviter, si on voulait: acheter tunisien!!!
-une forte domination des multinationaux sur les PME nationaux et ceci en particulier par notre faute; ==> Il faut acheter Tunisien'
-Délocalisation de nos entreprises (par exemple en Afrique Subsaharienne, et ceci par notre faute)
Etc., etc., etc.


Tout le monde, au sud et au nord, est convaincu que tout le mal de la globalisation est causé en particulier par l'Organisation mondiale du commerce (OMC), qui a succédé à la GATT (Accord général sur les droits de douane et le commerce) qui a été beaucoup plus juste envers les pays du tiers monde.


Les règles de l'OMC sont perçues comme étant des mesures peu démocratiques, qui s'imposent aux peuples et qui soutiennent en particulier les intérêts des pays industriels.
-Au Nord, on estime que l'ouverture des marchés est parmi les causes de la perte massive des emplois; etc., etc. etc.
-au Sud, on attribue à l'ouverture des marchés la baisse des recettes des Etats et le recul des productions nationales du fait de la concurrence erronée.

L'enjeu ne se trouve pas dans une dispute entre ceux qui sont pour ou contre l'OMC ou la globalisation. Il faut plutôt repenser l'OMC et corriger la globalisation afin de les rendre plus conformes à la réalité mondiale.

Jamel Tazarki
III) La sagesse de tirer des conclusions intelligentes de nos fautes passées!
Dr. Jamel Tazarki
| 20-04-2017 21:06
Je voudrais insister que la Tunisie n'aura jamais, oh non jamais un décollage socio-économique du sous-développement au développement sans une justice sociale, sans une réforme sociale et sans la satisfaction des besoins vitaux de tous les Tunisiens! Pour s'en persuader, il suffirait de revoir les analyses (faites par l'United Nations Organization: UNO) des différentes stratégies de développements qui ont été appliquées depuis les années 50.

La Stratégie de développement "Modernisation Theory" consiste à injecter des capitaux sous-forme d'aide au développement (venant des pays riches industrialisés) afin de garantir une croissance économique et ainsi le décollage des pays sous-développés

The Modernisation Theory n'a pas fonctionné dans le monde arabe et en Afrique! Alors que les pays asiatiques (que l'on appelle "the Asian Tigers") qui ont appliqué cette stratégie sont devenus des pays développés à part entière.

Pourquoi les quatre dragons asiatiques sont devenus des pays développés à part entière, et notre révolution de Jasmin ne nous a garanti que plus de misère? La réponse est évidente, les 19 milliards que l'on a eu sous-forme d'aide au développement et de dettes venant des pays riches ne se sont pas infiltrés jusqu'en bas afin que la masse pauvre en profite (et ceci d'après les études scientifiques/statistiques de l'UNO). ===> Oui, seulement l'oligarchie, la bourgeoisie, nos millionnaires et les arrivistes ont profité exclusivement des 19 milliards d'euros et pratiquement rien ne s'est infiltré à la masse pauvre!

Contrairement à la Tunisie "the Asian Tigers" ont commencé par satisfaire les besoins vitaux de la masse pauvre. Ils ont commencé par des réformes agraires importantes afin de créer une classe moyenne nécessaire pour la demande interne et la paix sociale. ==> Oui, sans une large classe moyenne et sans une justice sociale le décollage socio-économique de la Tunisie est impossible à réaliser.

Et nous sommes en train de refaire les mêmes fautes de 2011 à 2016!

Le monde parle de tigres asiatiques et entre temps même de Tigre celtique (qui désigne l'Irlande pendant sa période de forte croissance économique), par contre nous parlons de Révolution de Jasmin qui sent plutôt la misère que le jasmin faute de très mauvaises gestion de nos économies entre 2011 et de 2015.

Les quatre dragons asiatiques et le Tigre celtique ont profité de la mondialisation afin de devenir des pays développés à part entière, et pourquoi pas la Tunisie? La réponse est évidente!


Jamel Tazarki
Charabiaaaaa!!!!!
Charabia
| 20-04-2017 20:25
Cet article est comme un cours lourd, ennuyeux et pas du tout pédagogique. Et puis sa photo fait flipper l'auteur, regard inquiétant, c'est pour qu'on le prenne au sérieux? ??
@M. Mehdi Taje: Je vous lis souvent...
Mohamed Obey
| 20-04-2017 19:09
Je ne suis que reconnaissant de votre talent. Il ne vous manque le flair et la culture qui informent l'esprit et la compétence de regarder, comprendre et analyser. C'est encore plus vrai que nos gouvernants n'ont pas, en dépit de nos crises alarmantes et innombrables, n'ont pas encore accédé à ces concepts stratégiques; et s'ils ont cette myopie, comment vont-ils être à la hauteur de la confiance investie en eux?
Ce qui me gène c'est que ce texte a été publié depuis le matin, mais les commentaires des lecteurs ne le sont pas?
Et la réponse à mes commentaires ?
Ben Zakour A
| 20-04-2017 15:09
Si Mehdi, mis à part ton intéressant article de la généralisation de la géostratégie aux entreprises; j'attends toujours tes commentaires relatif à mon dernier mail et surtout à mon article ' 'Comment lutter contre le secteur informel en Tunisie' paru sur un autre site......j'attends
Quelle géostratégie pour des entrepreneurs économiquement analphabètes ?
Ben Zakour Abderahmane
| 20-04-2017 14:50
Comment peut-on parler de géostratégie de l'entreprise en Tunisie, quand on sait que :
- plus de 93 % des entreprises en Tunisie sont des micro-entreprises qui emploient au plus deux salariés ?
- ces micro ne connaissent pas les règles élémentaires de la gestion (amortissement, calcul du prix de revient et De la comptabilité analytique etc...)
- nos entreprises sont en majorité familiales et nos " grands "entrepreneurs sont pour plus de 60 % analphabètes au sens economique : par exemple ne connaissent pas l'évolution tendentielle de leur secteur d'activité.
- L'idée de M.Taj est bonne, mais a-t-il examiné la gestion interne d'au moins une moyenne ou grande entreprise ? Pourquoi ne pas penser à des cours élémentaires de gestion et de géostratégie terre à terre (avec études de cas ) à l'intention des entrepreneurs
qui le désirent ?
Si Taj, Trop de philosophie et de généralisation de la géostratégie au niveau de l'entreprise ( sans réelle connaissance de la réalité):
matière que tu maitrise fort bien au niveau politique.
Tes propositions nécessitent une large discussion.......
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