Jetez-les tous à la mer !

Businessnews.com.tn | publié le 13/10/2017 19:59
Par Ikhlas Latif,

 

Il ne passe pas une semaine sans qu’on apprenne l’interpellation, sur la terre ferme ou en pleine mer, de dizaines de « Haraka » (migrants clandestins, Ndlr.). Rien que dans la soirée de jeudi à vendredi 13 octobre 2017, plus de 70 personnes ont été arrêtées par les Garde-côtes à Sfax. Il s’agit-là d’un phénomène ancré depuis des décennies dans la société tunisienne : des jeunes, paumés, sans avenir, sans perspectives aucunes, qui rêvent de l’eldorado européen, cette terre promise qui leur permettrait une ascension fulgurante, qui leur permettrait de rentrer après quelques années au pays au volant d’une belle voiture à frimer devant ceux qui sont restés au bled.

A la poursuite de cette utopie, ils braveront les flots dans des embarcations de fortune. Ils feront face à la mort, certains finiront au fond de la mer à servir de nourriture pour les poissons. Les plus chanceux arriveront à bon port. La Méditerranée n’aura pas été leur dernière demeure, mais ils connaitront les affres des camps de réfugiés ou les tourments de l’exil.

 

Des drames, il s’en est passé des centaines. Des Tunisiens tentant le passage sont morts par centaines dans l’indifférence pour la plupart. Pourtant, le dernier drame en date a mis en émoi l’opinion publique tunisienne. Il aura quand même fallu quelques jours pour que la nouvelle fasse effet. La collision entre un navire militaire tunisien et une embarcation de clandestins avait eu lieu dimanche dernier. Bilan provisoire : 8 morts, une quarantaine de disparus et une trentaine de rescapés. Ce qui a alimenté le tollé, ce sont les témoignages accusant les militaires d’avoir délibérément heurté le bateau clandestin et d’être à l’origine du naufrage.

Deux camps s’opposent dans cette affaire. Au second plan est reléguée la véritable tragédie qui se joue tous les jours sur nos côtes et dans la tête des candidats au départ. Il y a ceux qui soutiennent l’action présumée des militaires, les encourageant à en finir avec les clandestins et à les jeter tous en mer, fainéants qu’ils sont et manquant de patriotisme. Il y a ceux qui encensent leurs tentatives de migration clandestine, allant même jusqu’à les justifier.  

 

Parmi ces migrants, conscients que la mort les attend durant la traversée, des jeunes désespérés, en rupture sociale, mais également des enfants et des femmes aspirant à vivre dans ce paradis imaginaire qu’est l’Europe. Des deux camps qui polémiquent sur les circonstances de ce drame, que savent-ils réellement de l’ampleur du phénomène ? Qu’est ce qui fait que des enfants et des diplômés fassent partie de ces voyages de la mort ?

La responsabilité de l’Etat dans le désenchantement des jeunes tunisiens est indéniable. Lutter contre les réseaux de passeurs mafieux, qui ont fait de la précarité de ces jeunes un commerce florissant, est une priorité. Comme la contrebande et la corruption, ce phénomène prend de l’ampleur avec l’installation de la crise économique et sociale en Tunisie.

Mais c’est également une question de mentalité, quand on sait que des familles soutiennent leurs enfants moyennant finances pour qu’ils prennent le large. Le tarif moyen pour un seul passager avoisine les 5000 dinars. Une fortune pour ces personnes censées vivre dans la pauvreté. Et si les autorités locales mettaient en place une politique encourageant ces mêmes jeunes à lancer leurs propres microprojets. Et si les autorités locales se mettaient à les sensibiliser contre le mirage de l’Europe, terre d’exil où ils seront accueillis au mieux dans des centres de rétention, au pire ils iront alimenter les réseaux internationaux du crime organisé.

 

C’est d’un espoir d’un avenir meilleur auquel ces jeunes tunisiens rêvent. C’est à l’infime espoir représenté par le soi-disant eldorado européen qu’ils se cramponnent. Leur donner la possibilité de vivre dignement, les rattacherait à cette terre qu’ils rejettent en signe de désespoir. Au lieu de leur jeter  la pierre et de revendiquer à ce qu’on les coule au fond de la mer une bonne fois pour toute, un travail sur les mentalités, des solutions concrètes au chômage doivent être trouvées, sinon cet exode ne prendra jamais fin.

Jetez-les tous à la mer !

Par Ikhlas Latif, publié le 13/10/2017 19:59

 

Il ne passe pas une semaine sans qu’on apprenne l’interpellation, sur la terre ferme ou en pleine mer, de dizaines de « Haraka » (migrants clandestins, Ndlr.). Rien que dans la soirée de jeudi à vendredi 13 octobre 2017, plus de 70 personnes ont été arrêtées par les Garde-côtes à Sfax. Il s’agit-là d’un phénomène ancré depuis des décennies dans la société tunisienne : des jeunes, paumés, sans avenir, sans perspectives aucunes, qui rêvent de l’eldorado européen, cette terre promise qui leur permettrait une ascension fulgurante, qui leur permettrait de rentrer après quelques années au pays au volant d’une belle voiture à frimer devant ceux qui sont restés au bled.

A la poursuite de cette utopie, ils braveront les flots dans des embarcations de fortune. Ils feront face à la mort, certains finiront au fond de la mer à servir de nourriture pour les poissons. Les plus chanceux arriveront à bon port. La Méditerranée n’aura pas été leur dernière demeure, mais ils connaitront les affres des camps de réfugiés ou les tourments de l’exil.

 

Des drames, il s’en est passé des centaines. Des Tunisiens tentant le passage sont morts par centaines dans l’indifférence pour la plupart. Pourtant, le dernier drame en date a mis en émoi l’opinion publique tunisienne. Il aura quand même fallu quelques jours pour que la nouvelle fasse effet. La collision entre un navire militaire tunisien et une embarcation de clandestins avait eu lieu dimanche dernier. Bilan provisoire : 8 morts, une quarantaine de disparus et une trentaine de rescapés. Ce qui a alimenté le tollé, ce sont les témoignages accusant les militaires d’avoir délibérément heurté le bateau clandestin et d’être à l’origine du naufrage.

Deux camps s’opposent dans cette affaire. Au second plan est reléguée la véritable tragédie qui se joue tous les jours sur nos côtes et dans la tête des candidats au départ. Il y a ceux qui soutiennent l’action présumée des militaires, les encourageant à en finir avec les clandestins et à les jeter tous en mer, fainéants qu’ils sont et manquant de patriotisme. Il y a ceux qui encensent leurs tentatives de migration clandestine, allant même jusqu’à les justifier.  

 

Parmi ces migrants, conscients que la mort les attend durant la traversée, des jeunes désespérés, en rupture sociale, mais également des enfants et des femmes aspirant à vivre dans ce paradis imaginaire qu’est l’Europe. Des deux camps qui polémiquent sur les circonstances de ce drame, que savent-ils réellement de l’ampleur du phénomène ? Qu’est ce qui fait que des enfants et des diplômés fassent partie de ces voyages de la mort ?

La responsabilité de l’Etat dans le désenchantement des jeunes tunisiens est indéniable. Lutter contre les réseaux de passeurs mafieux, qui ont fait de la précarité de ces jeunes un commerce florissant, est une priorité. Comme la contrebande et la corruption, ce phénomène prend de l’ampleur avec l’installation de la crise économique et sociale en Tunisie.

Mais c’est également une question de mentalité, quand on sait que des familles soutiennent leurs enfants moyennant finances pour qu’ils prennent le large. Le tarif moyen pour un seul passager avoisine les 5000 dinars. Une fortune pour ces personnes censées vivre dans la pauvreté. Et si les autorités locales mettaient en place une politique encourageant ces mêmes jeunes à lancer leurs propres microprojets. Et si les autorités locales se mettaient à les sensibiliser contre le mirage de l’Europe, terre d’exil où ils seront accueillis au mieux dans des centres de rétention, au pire ils iront alimenter les réseaux internationaux du crime organisé.

 

C’est d’un espoir d’un avenir meilleur auquel ces jeunes tunisiens rêvent. C’est à l’infime espoir représenté par le soi-disant eldorado européen qu’ils se cramponnent. Leur donner la possibilité de vivre dignement, les rattacherait à cette terre qu’ils rejettent en signe de désespoir. Au lieu de leur jeter  la pierre et de revendiquer à ce qu’on les coule au fond de la mer une bonne fois pour toute, un travail sur les mentalités, des solutions concrètes au chômage doivent être trouvées, sinon cet exode ne prendra jamais fin.

Commentaires (21) Commenter
la loi
moni
| 16-10-2017 13:31
Le problème de l'immigration clandestine doit être revu sur toute ces formes; mentalité , chomage, UGTT, gouvernement, formation non ciblée....., mais quelqu'un qui essaye de franchir les frontières de façon clandestines est par définition en infraction et doit être puni par la loi. alors que ici on l'invite sur des plateau, on compati, on juge, on tire des conclusions on cherche qui est le coupable ECT..
moi j'ai pas envie de travailler, de payer mes impôts, pour les dépenser sur les frais de secours et surtout de rapatriement après quand les mères qui ont vendu leur bijoux viennent après et réclament de leur chercher leur fils. je compatis sans plus mais chacun doit assumer ses responsabilités quand il prend des risques.
Toujours d'actualité ...
A4
| 14-10-2017 20:28
BRULER
Ecrit par A4 - Tunis, Août 2009

Brûler à la nage
Ou brûler en bateau
Il faut du courage
Pour se jeter à l'eau
Quand on a la rage
Comme un vieux cabot

Brûler le plus loin
Il n'y a que ça à faire
Quitter ce sale coin
Ce maudit bout de terre
Brûler comme du foin
Au fond de l'enfer

S'en aller en solo
Ou avec sa tribu
Faire face aux cachalots
Et aux requins goulus
Pour fuir ces rigolos
Et ces hideux barbus

Que les eaux soient troubles
Ou qu'elles soient limpides
Personne ne me double
Je serai rapide
J'irai pour un rouble
Loin des idées stupides

Brûler en entier
Devant tout le monde
De la tête aux pieds
Dans un geste immonde
Et prendre le sentier
Des idées vagabondes

Brûler oui brûler
Je n'en ai pas honte
Quitte à m'en aller
Sans me rendre compte
Très haut m'envoler
Comme dans les vieux contes

Je veux même couler
Au fond de l'ivresse
Loin des momies voilées
Semant leur tristesse
Comme des exilés
Déportés sans cesse

Personne ne me blâme
J'aime pas ces badauds
Qui en guise de femmes
Traînent comme des fardeaux
Comme des êtres infâmes
D'ignobles corbeaux
@Valery
Zohra
| 14-10-2017 18:55
Bonsoir,

La perte de ces jeunes revient à l'UGTT c'est vrai. L'UGTT ne le portera pas au paradis. Ils ont détruit tout espoir pour ces jeunes avec tous ces investisseurs qui sont allés voir l'herbe verte ailleurs. Le Maroc aujourd'hui c'est le modèle économique, grâce entre autre à ces idiots l'UGTT et tant mieux pour eux.

Sincères salutations
Un état trop faible et une centrale syndicale pérorante
Valery
| 14-10-2017 18:31
Tant que l'UGTT n'a pas révisé sa copie et tant que l'état fantoche continue sa fuite en avant le pays ne sortira jamais de l'auberge( lire le goulot de la fiole). Le pays est mené à sa perte par deux vieillards séniles qui tiennent les rênes du pouvoir....jusqu'à quand ?
Une partie bien connu tebte de mettre le feu au pays
HatemC
| 14-10-2017 16:44
Qui attise le feu ??? qui utilise des faits divers pour les monter en épingle et crier au scandale ????

Marzouki et sa clique de bras cassé sont derrière les troubles dans tout le SUD ....

L'Etat intervient dans ces régions reculés ... ces régions ne sont pas marginalisés comme veulent le faire croire certains scissionniste ...

Ces régions restent le plus gros pourvoyeurs en candidat à l'immigration ... au lieu de développer leur région et faire des sacrifices .. ils veulent qu'on leur mâche tout ... Y a qu'à voir ... aucun homme d'affaires de ces régions n'investit et ne crée de la richesse ... POURQUOI ????? Pourtant les facilités existe ... ces hommes d'affaires préfèrent se lancer dans la contrebande plus lucratif et ne se soucis guère de la jeunesse de leur région ... On peut disserter longuement là dessus ....
En Italie le Sud a été gangréné par la contrebande et des mafieux ... freins pour tout développement ....

et l'autre sale race de Marzouki qui a dit ....
«les Sfaxiens sont les Tunisiens qui payent le plus d'impôt et qu'ils sont en droit d'en récolter les fruits» ... il appelle à quoi d'après vous ??? à suivre la Catalogne ???? et demander la scission du pays ??????
Il est vrai que la catalogne représente 20% du PIB de l'Espagne ... mais que ce vendu de HARKI marzouki dise que Sfax paie plus d'impôt que le reste du pays .... LANGUE FOURCHUE ....

C'est une volonté de certain de faire plonger le pays dans une crise qui peut aller loin ... mais si cela arrive, marzouki sera la première victime et jeter dans une fosse commune .... fils de Harki ... Goumier ... il ne mérite que le mépris ... et ceux qui le soutiennent pareillement ... suivez mon regard ... HC
@Zohra
kameleon78
| 14-10-2017 14:12
Bonjour Zohra, nous sommes dans le même cas, il est vrai que moi aussi j'ai transformé mon statut d'étudiant en travailleur, cela n'a pas été facile mais nous vivions dans un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, j'ai dû travailler pour payer mes études et j'ai réussi hamdoullah, mais je n'aimerais pas être à la place de ceux qui débarquent du pays aujourd'hui c'est le parcours du combattant alors imaginez les clandestins, c'est mission impossible.
SANFOUR
Gg
| 14-10-2017 14:02
Je crois qu'en matière de savoir et de culture je dois chercher ailleurs que chez vous. De toutes façons parler par métaphores et toujours hors sujet ne me branche pas.
Je crois que ce seront les derniers mots de nos échanges, donc transmettez mes salutations à Mme Baba!
Maintenant je vais me régaler avec Tchaikovsky...
@BABA SANFOUR|
Zohra
| 14-10-2017 14:02
Bonjour,

Vous avez bien fait

Nonne journée
@Le Beauf
BABA SANFOUR
| 14-10-2017 13:27
Salut le Beauf!
C'est vous faire, presque,trop d'honneur de vous qualifier d'essentialiste!
Comme tous les Beaufs,qui s'ignorent,vous êtes un un essentialiste ignorant et inculte!
Je sais mon cher"Beauf",je fais souvent dans le néologisme!
Je sais aussi que le mytho...non,non,le mélomane que vous êtes me comprend!
@Chère Ikhlas:je vous trouve toujours aussi talentueuse et même géniale!
Salutations,comme dirait l'autre!
PS:le Beauf,amitiés à madame Butterfly!
@kameleon78|/Blu/Jilani
Zohra
| 14-10-2017 13:16
Bonjour,

Ont dit "illi haj haj willi awek awek" malheureusement dans cette vie, c'est terrible de voir cette frustration des jeunes, il y a tellement de désespoir. j'avoue je ne sais pas comment je j'aurais réagi si j'etais à leur place. Déjà début les années 80 j'avais souffert le martyr pour traduire le statut étudiante en statut travailleur malgré que j'étais bien protégée et je ne manquais pas d'argent, j'avais réussi par piston et oui, c'était une situation pas confortable.
Là pour eux toutes les portes sont fermées pour régulariser leur situation. Rabi maahom

Sincères salutations
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