Ils touchent 3200 dinars pour nous faire perdre notre temps

Businessnews.com.tn | publié le 04/12/2017 15:59
Par Nizar Bahloul,

Le ministre était présent, tout comme son staff, mais la plénière ne pouvait pas se tenir ce lundi 4 décembre 2017, lendemain d’un long week-end de la fête du Mouled. La raison : l’absence de 210 députés ou plutôt le retard de 210 députés sur un total de 217.

La chose n’est pas nouvelle, c’est quasiment tous les jours la même rengaine. Le vice-président de l’ARP, Abdelfattah Mourou, en fait d’ailleurs une affaire personnelle. Il tient à respecter les procédures et à ouvrir la séance à l’heure légale (soit à 9 heures) pour enregistrer la présence. « L’Histoire est en train de s’écrire et je tiens au respect des procédures », a-t-il déclaré mardi dernier devant les seuls 13 députés présents. Ce jour-là, aussi, le ministre était présent et était en train d’attendre que les 204 députés absents rejoignent leurs fauteuils.   

Prenant la parole, le député Souheil Alouini (Al Horra) a déclaré : « On s’est mis d’accord hier pour démarrer la séance à 9 heures. C’était un engagement de notre part, nous avons quatre ministres à auditionner aujourd’hui. Les députés sont à la buvette ! Le ministre est là, son staff est là, alors démarrons et tant pis pour les absents ! ». Avant lui, le député Chafik Ayadi (Front populaire) demandait au vice-président de l’ARP d’attendre les retardataires encore 20 minutes. Parmi les retardataires, dit-il, figurent ceux qui devaient intervenir en premier pour cette séance matinale.

Légalement, Abdelfattah Mourou pouvait démarrer la séance et tant pis pour les retardataires comme le signalait M. Alouini. Sauf qu’il fallait ensuite affronter un problème légal, celui du vote. En l’absence de quorum, il est impossible de voter quoi que ce soit. En résumé, les 7-13 députés présents, ainsi que le ministre et son équipe de directeurs et conseillers, ont beau être ponctuels, ils sont bloqués à cause d’une majorité de députés irresponsables et irrespectueux.

 

Ce qui s’est passé ce matin du 4 décembre illustre à merveille le mal dont souffre le pays. Le gouvernement est présent et il est prêt à travailler, mais il se trouve bloqué à cause de quelques députés, de quelques syndicats, de quelques voleurs, de quelques retardataires, de quelques corrompus, de quelques archaïques. Pareil pour les entreprises, pareil pour les ministères, pareil pour l’administration.

 

Le souci avec les députés est qu’ils représentent la plus haute autorité de l’Etat et se doivent, à ce titre, de donner l’exemple. Or nos députés, une bonne partie d’entre eux du moins, ne font que donner le mauvais exemple.

Il n’est ainsi pas étonnant de voir l’un d’eux siroter une bière sur le zinc d’un bar au moment même où il est censé débattre ou suivre le débat d’une loi au Bardo.

Combien de ministres ont déclaré que les députés font tout pour pérenniser la culture du népotisme dans le pays. Le dernier en date à avoir eu le courage de le dénoncer publiquement est Khemais Jhinaoui, ministre des Affaires étrangères en déclarant : « Les députés ne viennent que pour leurs intérêts personnels ».

On ne compte plus les députés suspectés d’être impliqués dans des affaires liées au terrorisme ou à la corruption. Le dernier en date à les avoir dénoncés publiquement est le syndicaliste sécuritaire Issam Dardouri qui a fourni moult révélations appuyées par des documents que la justice peine à suivre en raison de l’immunité des députés et des pressions politiques.

Combien de fois la presse a révélé des scandales frappant les députés, mais dont on n'entendait plus parler par la suite. Cela frappe aussi bien les députés à la réputation sulfureuse que ceux qui se sont auto-enveloppés de draps blancs. On se rappelle tous de la proposition de Ghazi Chaouachi (Attayar) qui voulait des réductions sur les billets Tunisair et des passeports diplomatiques pour lui et les familles de ses collègues. On se rappelle également de tout ce qui a été relayé dans les médias au lendemain de l’arrestation de Chafik Jarraya et des députés qui lui sont acquis. Ou encore de ces « hommes d’affaires » qui avouaient publiquement avoir « acheté » des députés. Autant d’affaires étouffées et dont on ne parle plus.

 

Un jour, Samia Abbou a déclaré que Béji Caïd Essebsi n’est pas le président de la Tunisie, mais celui de la Mafia. On aimerait bien l’entendre dire la même chose de ses pairs qui s’assimilent, eux aussi, à une mafia ou, n’exagérons rien, un petit cartel.

Ces députés par leur retard « insignifiant de 20 minutes » font subir un retard à tout le pays. En se cachant derrière leur immunité et en se mettant d’accord entre eux à ne pas la faire lever, ils pérennisent la culture de l’impunité. En refusant de faire passer certaines lois avant-gardistes ou douloureuses, ils maintiennent le pays en l’état et il est pire qu’il ne l’était avant la révolution.

Le salaire mensuel net d’un député avoisine les 3200 dinars auxquels on ajoute une série d’avantages, de primes, de prises en charge et d’impôt qui feraient tripler facilement le montant.

Lors du vote de leur budget 2018, plusieurs députés ont affirmé que celui-ci était insuffisant. Il avoisine pourtant les 31 millions de dinars, soit près de 12.000 dinars par député et par mois. Voilà ce que ça coute cette assemblée au contribuable et c’est insuffisant, disent-ils. En contre partie, ils se donnent le droit de ne pas être à l’heure, de ne pas voter les lois qui font sortir le pays du marasme, de vider des lois de leur essence comme c’est le cas avec la Loi de finances 2018, de servir leurs intérêts personnels ou de ne pas se faire lever l’immunité bloquant par là la machine judiciaire. On assiste à leurs querelles, à leurs calculs de politique politicienne et à leurs soumissions aux lobbys et nous sommes impuissants face à eux, tout comme le gouvernement. Tout cela a un prix et c’est le pays et les générations futures qui vont le payer. 

 

 

 

 

Ils touchent 3200 dinars pour nous faire perdre notre temps

Par Nizar Bahloul, publié le 04/12/2017 15:59

Le ministre était présent, tout comme son staff, mais la plénière ne pouvait pas se tenir ce lundi 4 décembre 2017, lendemain d’un long week-end de la fête du Mouled. La raison : l’absence de 210 députés ou plutôt le retard de 210 députés sur un total de 217.

La chose n’est pas nouvelle, c’est quasiment tous les jours la même rengaine. Le vice-président de l’ARP, Abdelfattah Mourou, en fait d’ailleurs une affaire personnelle. Il tient à respecter les procédures et à ouvrir la séance à l’heure légale (soit à 9 heures) pour enregistrer la présence. « L’Histoire est en train de s’écrire et je tiens au respect des procédures », a-t-il déclaré mardi dernier devant les seuls 13 députés présents. Ce jour-là, aussi, le ministre était présent et était en train d’attendre que les 204 députés absents rejoignent leurs fauteuils.   

Prenant la parole, le député Souheil Alouini (Al Horra) a déclaré : « On s’est mis d’accord hier pour démarrer la séance à 9 heures. C’était un engagement de notre part, nous avons quatre ministres à auditionner aujourd’hui. Les députés sont à la buvette ! Le ministre est là, son staff est là, alors démarrons et tant pis pour les absents ! ». Avant lui, le député Chafik Ayadi (Front populaire) demandait au vice-président de l’ARP d’attendre les retardataires encore 20 minutes. Parmi les retardataires, dit-il, figurent ceux qui devaient intervenir en premier pour cette séance matinale.

Légalement, Abdelfattah Mourou pouvait démarrer la séance et tant pis pour les retardataires comme le signalait M. Alouini. Sauf qu’il fallait ensuite affronter un problème légal, celui du vote. En l’absence de quorum, il est impossible de voter quoi que ce soit. En résumé, les 7-13 députés présents, ainsi que le ministre et son équipe de directeurs et conseillers, ont beau être ponctuels, ils sont bloqués à cause d’une majorité de députés irresponsables et irrespectueux.

 

Ce qui s’est passé ce matin du 4 décembre illustre à merveille le mal dont souffre le pays. Le gouvernement est présent et il est prêt à travailler, mais il se trouve bloqué à cause de quelques députés, de quelques syndicats, de quelques voleurs, de quelques retardataires, de quelques corrompus, de quelques archaïques. Pareil pour les entreprises, pareil pour les ministères, pareil pour l’administration.

 

Le souci avec les députés est qu’ils représentent la plus haute autorité de l’Etat et se doivent, à ce titre, de donner l’exemple. Or nos députés, une bonne partie d’entre eux du moins, ne font que donner le mauvais exemple.

Il n’est ainsi pas étonnant de voir l’un d’eux siroter une bière sur le zinc d’un bar au moment même où il est censé débattre ou suivre le débat d’une loi au Bardo.

Combien de ministres ont déclaré que les députés font tout pour pérenniser la culture du népotisme dans le pays. Le dernier en date à avoir eu le courage de le dénoncer publiquement est Khemais Jhinaoui, ministre des Affaires étrangères en déclarant : « Les députés ne viennent que pour leurs intérêts personnels ».

On ne compte plus les députés suspectés d’être impliqués dans des affaires liées au terrorisme ou à la corruption. Le dernier en date à les avoir dénoncés publiquement est le syndicaliste sécuritaire Issam Dardouri qui a fourni moult révélations appuyées par des documents que la justice peine à suivre en raison de l’immunité des députés et des pressions politiques.

Combien de fois la presse a révélé des scandales frappant les députés, mais dont on n'entendait plus parler par la suite. Cela frappe aussi bien les députés à la réputation sulfureuse que ceux qui se sont auto-enveloppés de draps blancs. On se rappelle tous de la proposition de Ghazi Chaouachi (Attayar) qui voulait des réductions sur les billets Tunisair et des passeports diplomatiques pour lui et les familles de ses collègues. On se rappelle également de tout ce qui a été relayé dans les médias au lendemain de l’arrestation de Chafik Jarraya et des députés qui lui sont acquis. Ou encore de ces « hommes d’affaires » qui avouaient publiquement avoir « acheté » des députés. Autant d’affaires étouffées et dont on ne parle plus.

 

Un jour, Samia Abbou a déclaré que Béji Caïd Essebsi n’est pas le président de la Tunisie, mais celui de la Mafia. On aimerait bien l’entendre dire la même chose de ses pairs qui s’assimilent, eux aussi, à une mafia ou, n’exagérons rien, un petit cartel.

Ces députés par leur retard « insignifiant de 20 minutes » font subir un retard à tout le pays. En se cachant derrière leur immunité et en se mettant d’accord entre eux à ne pas la faire lever, ils pérennisent la culture de l’impunité. En refusant de faire passer certaines lois avant-gardistes ou douloureuses, ils maintiennent le pays en l’état et il est pire qu’il ne l’était avant la révolution.

Le salaire mensuel net d’un député avoisine les 3200 dinars auxquels on ajoute une série d’avantages, de primes, de prises en charge et d’impôt qui feraient tripler facilement le montant.

Lors du vote de leur budget 2018, plusieurs députés ont affirmé que celui-ci était insuffisant. Il avoisine pourtant les 31 millions de dinars, soit près de 12.000 dinars par député et par mois. Voilà ce que ça coute cette assemblée au contribuable et c’est insuffisant, disent-ils. En contre partie, ils se donnent le droit de ne pas être à l’heure, de ne pas voter les lois qui font sortir le pays du marasme, de vider des lois de leur essence comme c’est le cas avec la Loi de finances 2018, de servir leurs intérêts personnels ou de ne pas se faire lever l’immunité bloquant par là la machine judiciaire. On assiste à leurs querelles, à leurs calculs de politique politicienne et à leurs soumissions aux lobbys et nous sommes impuissants face à eux, tout comme le gouvernement. Tout cela a un prix et c’est le pays et les générations futures qui vont le payer. 

 

 

 

 

Commentaires (43) Commenter
N'y allons pas par 4 chemins
pit
| 07-12-2017 14:37
Nous ne sommes absolument et malheureusement pas des êtres civilisés (la poignée qui l'est me pardonnera) et le seul régime que nous méritons et bel et bien le régime dictatorial.
Je me répète; sous Ben Ali on ne spéculait pas sur les pommes de terre (entre autre) et le peuple au moins mangeait à sa faim. Tahia Tounes!
NOUS L'AVONS VOULU.....
KHOUROUTOU
| 06-12-2017 21:03
.......Pourquoi S'en plaindre ?
ARP - Le cirque permanent!
Hanni2
| 05-12-2017 15:36
Bon ça coute cher la représentation pour le con-tribuable tounsi mais ça vaut le coup!

On y voit des comiques en tout genre, des pleureuses, des acrobates, des préstidigitateurs de haute volée et des singes savants...pour les hommes politiques responsables, faudra repasser mais on ne peut pas tout avoir à la fois!

Hannibal
Holà !
TMT
| 05-12-2017 15:03
Si j'ai bien compris,l'Assemblée est toujours ouverte et il n'est pas nécessaire de procéder à la vérification du quorum...
Dans ce cas,le président de la séance aurait pu commencer avec le groupe des treize,non?
Ça aurait pu être inscrit dans le livre Guinness, haha.
Tel chef telle troupe .
Najib
| 05-12-2017 14:35
Tels représentants tel peuple . On a assisté à toutes sortes de réactions populaires d'indignation et de protestation contre les différentes autorités de l'exécutif , mais presque rien contre l'origine du mal . Cette assemblée à la composition bizarre , tunisiens et non tunisiens , destructeurs et constructeurs , réellement chapeauté par un extrémiste khouanji , ne peut agir et se comporter que de la sorte .
Marzouki,Ben Jaafar,et Ghannouchi ont applique les directives
Hannibal
| 05-12-2017 13:53
L influence du Qatar a travers ses pions en Tunisie a ete enorme dans le choix d opter pour une constituante et un systeme politique ingouvernable,au lieu de reformer la constitution de 1956.Moncef Marzouki et Ghannouchi ont impose le choix de la constitutionnelle
qui devait durer 5 ans.......le reveil est amer.
Pour chaque absence retirer 10% de leurs indemnites.
Hannibal
| 05-12-2017 13:38
Avec ses deputes IRRESPONSABLES,il faut voter une loi dans le reglement interieur de l ARP de retenir 10% pour chaque absence.Quelle misere.
Les medias patriotiques doivent tenir un dossier de presence des deputes.Ils peuvent toujours se le procurer et le publier avec un commentaire 1 mois avant les prochaines elections legislatives pour informer les electeurs.
Les irresponsables du pleuple
Sidi Bou
| 05-12-2017 13:03
Il Reste qu ´ a Signaler les absents au dela de 9h du matin chaque jours sur les medias et les Radios avec nom et parti. qu il representative.
Tt
Tounsi toujours
| 05-12-2017 12:33
Il faut une sanction plus sévères pour donner exemple il faut punir les grands décideurs ci non il faut que le peuple tunisien prend les choses en main.
Quel système !!
why
| 05-12-2017 11:55
Il est clair que depuis l'Assemblée constituant: le système ne fonctionne pas chez nous. C'est malheureux à dire, mais ce système repose sur une assemblée avec des représentants honnêtes, compétents dans des domaines divers, responsables, ayant une lecture politique saine et surtout qui veulent oeuvrer pour le pays.

Aujourd'hui, le plus gros frein au développement est justement cette assemblée du peuple qui n'arrive pas à produire le corpus de loi nécessaire. Rappelez-vous l'assemblée constitutionnelle: elle en a mis du temps pour finaliser Eddoustour. Pourtant, en 2011, ils nous berçaient avec des slogans vides après leur victoire à base de Tefal, un an bla bla bla... N'eût été notre moblisation, ils seraient encore là...
Aujourd'hui, c'est la même situation: ils ont été élus et au lieu de travailler, de produire des lois, ils sont dans un mercato permanent pour se vendre au plus offrant, ils sont incapables de faire avancer des projets de loi, de suivre le gouvernement... Ils sont une bande d'irresponsables qui font dégoûter le Tunisien lambda.
Bravo Messieurs/Dames... Vous êtes sensés être nos représentants. Et non de vulgaires profiteurs...
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