Halte police !

Businessnews.com.tn | publié le 13/06/2017 15:59
Par Synda Tajine,

La police environnementale débute ses activités aujourd’hui. Tout un mois pour sensibiliser les Tunisiens sur la nécessité de jeter leurs ordures dans les poubelles, sur l’urgence de ne pas en faire un feu de camp en pleine zone d’habitation et sur l’importance de ne pas se débarrasser des déchets de ses chantiers, et autres, en pleine rue. Des cours d’éducation, comme à l’école, grandeur nature, qui permettront, un mois durant, de préparer les citoyens aux amendes qu’ils cumuleront à la fin de cette opération blanche.

 

Nous sommes en 2017, dans un pays à la démocratie naissance, salué par les nations du monde et suivi par la communauté internationale. Certaines de nos organisations ont été couronnées d’un prix Nobel de la Paix pour la « noble réussite » du dialogue national et notre expérience est considérée comme une exception dans la région. Pourtant, nous avons encore besoin d’agents en uniforme et en casquettes bleues pour nous apprendre que la place d’un pot de yaourt vide n’est pas dans la rue, et que les sacs poubelles doivent être fermés et jetés dans la benne aux ordures. Triste constat.

Et pourtant, la nécessité de cette police environnementale n’est plus sujet à débat. Il s’agit même d’une urgence vu l’état de la saleté ambiante. « Deux tonnes de déchets anarchiques sont jetées chaque jour dans nos rues » dénonce la campagne «Normal Hakka ? » [ndlr : Est-ce que c’est normal ? » de sensibilisation contre la saleté des voies publiques. Plein d’autres campagnes ont été organisées par des acteurs de la société civile ou de simples citoyens, pour sensibiliser contre l’état des rues tunisiennes et les amas de détritus de plus en plus encombrants face auxquels on ne peut plus se contenter de fermer les yeux (et de se boucher le nez).

 

La police environnementale débutera ses activités dans le Grand Tunis, parce que, admettons-le, c’est dans les plus grandes villes que les saletés sont les plus importantes, comme si saleté rimait forcément avec progrès. Dans le nord-ouest, par exemple, les villages pauvres mais à la propreté irréprochable ne se font pas rares du tout, contrairement à ce que l’on croit. Mais c’est justement dans ces grandes villes qu’on veut attirer des touristes et appâter des investisseurs. Des touristes qui auront autre chose à photographier que des bennes à ordures « exotiques », débordantes et à l’odeur pestilentielle ; et des investisseurs qui pourront enfin être convaincus par le fait que la Tunisie est un pays où il fait bon investir son argent.

Qu’on se l’avoue, l’unique manière d’obtenir (enfin) des rues nickel chrome (ou presque) est de mettre la main dans la poche du petit citoyen. C’est l’unique manière d’en faire, enfin, un petit citoyen modèle. Un citoyen qui aura plus peur pour son portemonnaie que pour la propreté des chaussées qu’il emprunte chaque jour, mais c’est finalement le résultat qui compte.

 

Ceux qui croient que ce genre de mesures n’est pas digne d’un pays qui se respecte, un pays démocratique et sur la voie du progrès, un pays qui essaye de faire comme les plus grands, aura à la fois tort et raison. Les plus grandes civilisations, ne sont-elles pas toutes passées par là ? Ne faut-il pas un grand coup avant que les choses deviennent naturelles et spontanées ? Qu’il faut faire mal, une bonne fois pour toutes, afin de ne plus se préoccuper de choses qu’on aurait dû dépasser depuis des années déjà ? 

 

Reste à savoir si la police environnementale fera correctement son travail. Reste à savoir si elle ne se fera pas décourager par la lourdeur de la tâche, si elle ne se fera pas amadouer par des citoyens paresseux et inciviques (et par les pots de vin qui vont avec) et si elle ne deviendra pas une de ces énièmes mesures qu’on annonce en fanfare mais dont on n’entend plus parler par la suite. Les exemples de ces mesures sont nombreux : le port obligatoire de ceinture, annoncé mais peu contrôlé, les stationnements interdits qu’on ne compte plus, et les innombrables infractions au code de la route au vu et au su de la police qui regarde sans broncher…

 

Halte police !

Par Synda Tajine, publié le 13/06/2017 15:59

La police environnementale débute ses activités aujourd’hui. Tout un mois pour sensibiliser les Tunisiens sur la nécessité de jeter leurs ordures dans les poubelles, sur l’urgence de ne pas en faire un feu de camp en pleine zone d’habitation et sur l’importance de ne pas se débarrasser des déchets de ses chantiers, et autres, en pleine rue. Des cours d’éducation, comme à l’école, grandeur nature, qui permettront, un mois durant, de préparer les citoyens aux amendes qu’ils cumuleront à la fin de cette opération blanche.

 

Nous sommes en 2017, dans un pays à la démocratie naissance, salué par les nations du monde et suivi par la communauté internationale. Certaines de nos organisations ont été couronnées d’un prix Nobel de la Paix pour la « noble réussite » du dialogue national et notre expérience est considérée comme une exception dans la région. Pourtant, nous avons encore besoin d’agents en uniforme et en casquettes bleues pour nous apprendre que la place d’un pot de yaourt vide n’est pas dans la rue, et que les sacs poubelles doivent être fermés et jetés dans la benne aux ordures. Triste constat.

Et pourtant, la nécessité de cette police environnementale n’est plus sujet à débat. Il s’agit même d’une urgence vu l’état de la saleté ambiante. « Deux tonnes de déchets anarchiques sont jetées chaque jour dans nos rues » dénonce la campagne «Normal Hakka ? » [ndlr : Est-ce que c’est normal ? » de sensibilisation contre la saleté des voies publiques. Plein d’autres campagnes ont été organisées par des acteurs de la société civile ou de simples citoyens, pour sensibiliser contre l’état des rues tunisiennes et les amas de détritus de plus en plus encombrants face auxquels on ne peut plus se contenter de fermer les yeux (et de se boucher le nez).

 

La police environnementale débutera ses activités dans le Grand Tunis, parce que, admettons-le, c’est dans les plus grandes villes que les saletés sont les plus importantes, comme si saleté rimait forcément avec progrès. Dans le nord-ouest, par exemple, les villages pauvres mais à la propreté irréprochable ne se font pas rares du tout, contrairement à ce que l’on croit. Mais c’est justement dans ces grandes villes qu’on veut attirer des touristes et appâter des investisseurs. Des touristes qui auront autre chose à photographier que des bennes à ordures « exotiques », débordantes et à l’odeur pestilentielle ; et des investisseurs qui pourront enfin être convaincus par le fait que la Tunisie est un pays où il fait bon investir son argent.

Qu’on se l’avoue, l’unique manière d’obtenir (enfin) des rues nickel chrome (ou presque) est de mettre la main dans la poche du petit citoyen. C’est l’unique manière d’en faire, enfin, un petit citoyen modèle. Un citoyen qui aura plus peur pour son portemonnaie que pour la propreté des chaussées qu’il emprunte chaque jour, mais c’est finalement le résultat qui compte.

 

Ceux qui croient que ce genre de mesures n’est pas digne d’un pays qui se respecte, un pays démocratique et sur la voie du progrès, un pays qui essaye de faire comme les plus grands, aura à la fois tort et raison. Les plus grandes civilisations, ne sont-elles pas toutes passées par là ? Ne faut-il pas un grand coup avant que les choses deviennent naturelles et spontanées ? Qu’il faut faire mal, une bonne fois pour toutes, afin de ne plus se préoccuper de choses qu’on aurait dû dépasser depuis des années déjà ? 

 

Reste à savoir si la police environnementale fera correctement son travail. Reste à savoir si elle ne se fera pas décourager par la lourdeur de la tâche, si elle ne se fera pas amadouer par des citoyens paresseux et inciviques (et par les pots de vin qui vont avec) et si elle ne deviendra pas une de ces énièmes mesures qu’on annonce en fanfare mais dont on n’entend plus parler par la suite. Les exemples de ces mesures sont nombreux : le port obligatoire de ceinture, annoncé mais peu contrôlé, les stationnements interdits qu’on ne compte plus, et les innombrables infractions au code de la route au vu et au su de la police qui regarde sans broncher…

 

Commentaires (5) Commenter
Vous devez écrire halte policeS au pluriels !
Benje
| 18-06-2017 10:56
Car si ça continue on va avoir une demie douzaine de sorte de police : police nationale , garde nationale , police judiciaire police antiterroriste, police des bonnes m'urs et de la pudeur et pour finir un jour police religieuse !
En somme il faut recruter du monde et à cette allure on mètrera un policier derrière chaque citoyen et comme ça la moitié des tunisiens surveillera l'autre moitié ! On s'achemine vers un état policier après avoir connu un état autoritaire certes mais pas policier .
Ça ne sert à rien
citoyen
| 14-06-2017 11:53
Je n'ai pas compris ce que fera cette police. Tout le monde repete la meme chose. Un exemple concret : mon voisin depose tous les week end ses sachets d'ordures devant ma porte. Est ce ma faute ? Qui sera pénalisé et comment prouver quoi que ce soit. Je ne vois pas comment cette police fonctionnera. Ou alors c'est juste pour nous vider encore les poches en grosses pieces ou gros billets, pour amadouer ces agents.
IL FAUT ASSOCIER L'ECOLE !
TAW TCHOUFOU
| 14-06-2017 09:09
Cette initiative " d'éduquer le Tunisien à la propreté " , devrait et DOIT se prolonger jusqu'à l'école !
Avec les cours " d'instruction civique " , il doit y avoir des cours de sensibilisation à " l'hygiène publique " , dès la petite enfance ( et en permanence toutes les années ), pour formater le futur citoyen Tunisien à " la propreté " de son pays et de son espace proche et vital !
L'école et l'enfance sont à la base de tout ( comme l'ont bien compris les nahdaouistes ) et il faut que l'état prenne la chose au sérieux si il veut des résultats et un réel changement dans la mentalité du peuple !
3ouribet Khoribet
HatemC
| 13-06-2017 17:25
7 siècles après la vie et mort de Ibn Khaldoun ... l'adage reste d'actualité ...(les arabes (nomades) dévastent les pays qu'ils conquièrent." Ils ne laissent derrière eux ni demeures habitables ni arbres sur pieds ...

L'éducation est la cause ... l'éducation du Tunisien est à REFAIRE ..

L'Arabe ne file droit que quand il est matraqué ... là il comprend ce que veut dire l'hygiène et VIVRE EN SOCIETE ...

Il vit déjà dans un environnement où il est agressé visuellement du matin au soir par les habitations anarchiques souvent pas fini ... en briques rouges ... des trottoirs défoncés .. rien n'est aligné ... étalages sauvages ... c'est le bordel total ... des poteaux électriques installés anarchiquement ... des constructions sans schéma directeur ... chacun fait ce qu'il veut ... le tout à l'égout est obstrué par les déchets ...
La Tunisie n'est plus belle du tout ... elle est défigurée et cela partout où tu diriges les yeux c'est le même spectacle ...

Autrefois on visitait l'ariana pour la beauté des jardins ... aujourd'hui qu'y a t-il à visité à l'Ariana ???? WELLOU ...

Attirer les touristes c'est aussi la beauté des sites ...
L'Ariana concurrençait autrefois GRASSE en France ... et était connu pour ses FRAGRANCES ...
Les poètes tunisiens ayant longtemps chanté les roses des jardins de l'Ariana ...

ce qui reste de l'Ariana fleurie ??? des palmiers centenaires ...
Les belles pentes boisées ont disparu .. l'immigration zarabe a défiguré l'Ariana autrefois si belle .... Bof a quoi bon se torturer ... la Tunisie n'est plus belle et a perdu de sa splendeur ... les Zarabes ont fait du sale boulot ...

Peut-être que les quartier devraient se constituer en association pour embellir leur quartier et influer sur les municipalités ...

Une police ... c'est répressif ... il faut changer les mentalité et introduire dans nos écoles des heures d'éducation civiques .... Hatem Chaieb
Déjà les mouches commencent à trouver un refuge idéal dans ces gigantesques poubelles.
takilas
| 13-06-2017 16:57
En attendant les moustiques pour investir les nouveaux locaux.
Une calamité ces conteneurs dont les roues sont déjà grippées, et leurs carénages cassés.
Et vu exiguïté de l'endroit où elles sont posées les constats d'accidents pour les assurances des véhicules, en cas de chocs lors des man'uvres compliquées, vont être difficiles à rédiger.
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