Fadhel Abdelkefi : Le prix de la compétence

Businessnews.com.tn | publié le 16/08/2017 19:59

Fadhel Abdelkefi condamné à de la prison pour avoir fait fuiter des devises à l’aéroport de Tunis Carthage. L’affaire n’aurait pas dépassé le stade de rumeur infondée si ce n’était l’apport de certaines personnalités influentes sur les réseaux sociaux, aidées de certains médias disposant de « documents compromettants ». Aujourd’hui, certaines personnes, dont d’anciens élus et d’anciens ministres, appellent à sa démission pour une affaire antérieure à sa prise de fonction en tant que ministre d’un côté, et surtout, dénuée de toute implication personnelle.

 

L’affaire concerne une infraction de change pointée par les services de la douane et par la Banque centrale de Tunisie. Fadhel Abdelkefi, actuel ministre des Finances par intérim, aurait, en 2014, été arrêté avec de la devise étrangère illégale. Il s’agirait de l’équivalent de 250 mille dinars en dirhams marocains. Les initiés et les connaisseurs de la sphère financière tunisienne savent que l’ancien Directeur Général de Tunisie Valeurs ne saurait mettre en péril sa réputation et celle de son entreprise. C’est sans doute cela qui a fait que cette histoire se soit cantonnée à la sphère facebookienne dans un premier temps avant d’être reprise et amplifiée. Business News avait obtenu ces documents depuis quelques jours et s’était abstenu de les publier car il s’agit d’abord d’un seul son de cloche et parce que l’affaire ne tient pas debout.

 

En fait, l’incident est plus compliqué qu’une simple contrebande de devises. Les ennemis de Fadhel Abdelkefi l’ont compris et ils ont tendance à simplifier les choses sciemment. Le premier des raccourcis est de dire que Fadhel Abdelkefi a commis une infraction alors qu’il est cité dans cette affaire comme le représentant légal de l’entreprise Tunisie Valeurs. Donc, cela prouve déjà qu’on ne parle pas d’implication personnelle.

Maintenant, l’affaire en elle-même débute par l’ouverture d’une filiale de Tunisie Valeurs au Maroc, qui sera nommée Integra Bourse, en 2007. Outre des transferts d’argent de la société mère à la filiale, il y a eu également le transfert du système d’exploitation informatique (VALORIX) de Tunisie Valeurs à Integra Bourse. Ce transfert a été inscrit, dans un premier temps, au débit de la société Integra Bourse pour ensuite être intégré au capital de la société. Donc, en gros, c’est une société mère qui transfère une technologie à sa filiale comme cela se fait partout dans le monde. Le montant fixé par les commissaires aux apports concernant cette transaction est de 250.000 dinars, la somme objet du litige entre Tunisie Valeurs et la BCT et la douane.

Alors quel est ce litige ? La Banque centrale de Tunisie a estimé que la conversion d’une créance en capital propre est une opération de compensation. Par conséquent, Tunisie Valeurs doit obtenir une autorisation de la BCT pour procéder à une telle opération. Tout cela a été fait et la douane a été tenue au courant puisqu’elle a demandé des explications. Rien d’exceptionnel jusque là. Donc, le dossier est clos, normalement, le 10 décembre 2013. Sauf que la procédure légale s’est poursuivie alors que le dossier administratif était clos. Et donc, Fadhel Abdelkefi, en tant que représentant légale de Tunisie Valeurs, se trouve condamné par contumace à une peine allant de un mois à cinq ans en plus de fortes amendes.

 

C’est ce jugement et les documents qui le consignent qui ont été le cœur des récentes « révélations ». Ces documents sont estampillés par la direction générale des douanes relevant du ministère des Finances et concernent un jugement par contumace en première instance. Il a suffit aux avocats de Tunisie Valeurs d’y faire opposition le 10 août dernier pour le suspendre. On notera également qu’il s’agit d’un jugement qui date de 2014 et qu’il n’a donc jamais été appliqué.

 

Tout cela évidemment ne pouvait pas ne pas être récupéré politiquement pour nuire à Fadhel Abdelkefi et au gouvernement de Youssef Chahed. Fadhel Abdelkefi en contrebandier de devises, l'histoire était beaucoup trop tentante pour la laisser passer. Ajoutons à cela le fait que Fadhel Abdelkefi est ministre des Finances par intérim et qu’il se prépare actuellement à défendre le projet de Loi de finances 2018. Le timing de ce « dossier » prend plus de sens.

Ainsi, tous les ennemis du gouvernement Chahed - et ils sont nombreux - ont exploité cette histoire pour demander la démission de Fadhel Abdelkefi avec comme intention réelle de faire tomber le gouvernement Chahed. En plus, Fadhel Abdelkefi dérange. Son franc-parler, sa compétence et le fait qu’il ne doive rien à personne, politiquement, en fait une espèce de freelance incontrôlable. Le fait qu’il tienne des portefeuilles aussi sensibles que celui des finances agace encore plus. Dans une brève intervention durant une conférence de presse à la Kasbah, Fadhel Abdelkefi a coupé court et a déclaré qu’il ne démissionnerait pas  de son poste. Il a ajouté qu’il s’engageait à ce qu’il n’y ait aucun conflit d’intérêt.

 

Cette histoire de règlement de changes et d’infraction supposée a pris une grande ampleur car elle concerne l’actuel ministre des Finances, Fadhel Abdelkefi. Toutefois, plusieurs investisseurs ont déjà fait les frais des complications administratives qu’impose la BCT quand il s’agit de faire sortir de l’argent de Tunisie, quitte à ce que ce soit pour l’investir à l’étranger. Toutefois, on ne parle pas de ces situations là car elles ne concernent pas des personnes qui ont la notoriété de Fadhel Abdelkefi. Au lieu de servir d’exemple criant des entraves à l’investissement que la Tunisie s’impose, la mésaventure de M. Abdelkefi est utilisée pour lui porter atteinte et pour l’accuser de vol et de corruption. Ceci est utilisé à des fins politico-politiciennes pour tenter de dégommer un ministre qui dérange.

 

Marouen Achouri

Fadhel Abdelkefi : Le prix de la compétence

publié le 16/08/2017 19:59

Fadhel Abdelkefi condamné à de la prison pour avoir fait fuiter des devises à l’aéroport de Tunis Carthage. L’affaire n’aurait pas dépassé le stade de rumeur infondée si ce n’était l’apport de certaines personnalités influentes sur les réseaux sociaux, aidées de certains médias disposant de « documents compromettants ». Aujourd’hui, certaines personnes, dont d’anciens élus et d’anciens ministres, appellent à sa démission pour une affaire antérieure à sa prise de fonction en tant que ministre d’un côté, et surtout, dénuée de toute implication personnelle.

 

L’affaire concerne une infraction de change pointée par les services de la douane et par la Banque centrale de Tunisie. Fadhel Abdelkefi, actuel ministre des Finances par intérim, aurait, en 2014, été arrêté avec de la devise étrangère illégale. Il s’agirait de l’équivalent de 250 mille dinars en dirhams marocains. Les initiés et les connaisseurs de la sphère financière tunisienne savent que l’ancien Directeur Général de Tunisie Valeurs ne saurait mettre en péril sa réputation et celle de son entreprise. C’est sans doute cela qui a fait que cette histoire se soit cantonnée à la sphère facebookienne dans un premier temps avant d’être reprise et amplifiée. Business News avait obtenu ces documents depuis quelques jours et s’était abstenu de les publier car il s’agit d’abord d’un seul son de cloche et parce que l’affaire ne tient pas debout.

 

En fait, l’incident est plus compliqué qu’une simple contrebande de devises. Les ennemis de Fadhel Abdelkefi l’ont compris et ils ont tendance à simplifier les choses sciemment. Le premier des raccourcis est de dire que Fadhel Abdelkefi a commis une infraction alors qu’il est cité dans cette affaire comme le représentant légal de l’entreprise Tunisie Valeurs. Donc, cela prouve déjà qu’on ne parle pas d’implication personnelle.

Maintenant, l’affaire en elle-même débute par l’ouverture d’une filiale de Tunisie Valeurs au Maroc, qui sera nommée Integra Bourse, en 2007. Outre des transferts d’argent de la société mère à la filiale, il y a eu également le transfert du système d’exploitation informatique (VALORIX) de Tunisie Valeurs à Integra Bourse. Ce transfert a été inscrit, dans un premier temps, au débit de la société Integra Bourse pour ensuite être intégré au capital de la société. Donc, en gros, c’est une société mère qui transfère une technologie à sa filiale comme cela se fait partout dans le monde. Le montant fixé par les commissaires aux apports concernant cette transaction est de 250.000 dinars, la somme objet du litige entre Tunisie Valeurs et la BCT et la douane.

Alors quel est ce litige ? La Banque centrale de Tunisie a estimé que la conversion d’une créance en capital propre est une opération de compensation. Par conséquent, Tunisie Valeurs doit obtenir une autorisation de la BCT pour procéder à une telle opération. Tout cela a été fait et la douane a été tenue au courant puisqu’elle a demandé des explications. Rien d’exceptionnel jusque là. Donc, le dossier est clos, normalement, le 10 décembre 2013. Sauf que la procédure légale s’est poursuivie alors que le dossier administratif était clos. Et donc, Fadhel Abdelkefi, en tant que représentant légale de Tunisie Valeurs, se trouve condamné par contumace à une peine allant de un mois à cinq ans en plus de fortes amendes.

 

C’est ce jugement et les documents qui le consignent qui ont été le cœur des récentes « révélations ». Ces documents sont estampillés par la direction générale des douanes relevant du ministère des Finances et concernent un jugement par contumace en première instance. Il a suffit aux avocats de Tunisie Valeurs d’y faire opposition le 10 août dernier pour le suspendre. On notera également qu’il s’agit d’un jugement qui date de 2014 et qu’il n’a donc jamais été appliqué.

 

Tout cela évidemment ne pouvait pas ne pas être récupéré politiquement pour nuire à Fadhel Abdelkefi et au gouvernement de Youssef Chahed. Fadhel Abdelkefi en contrebandier de devises, l'histoire était beaucoup trop tentante pour la laisser passer. Ajoutons à cela le fait que Fadhel Abdelkefi est ministre des Finances par intérim et qu’il se prépare actuellement à défendre le projet de Loi de finances 2018. Le timing de ce « dossier » prend plus de sens.

Ainsi, tous les ennemis du gouvernement Chahed - et ils sont nombreux - ont exploité cette histoire pour demander la démission de Fadhel Abdelkefi avec comme intention réelle de faire tomber le gouvernement Chahed. En plus, Fadhel Abdelkefi dérange. Son franc-parler, sa compétence et le fait qu’il ne doive rien à personne, politiquement, en fait une espèce de freelance incontrôlable. Le fait qu’il tienne des portefeuilles aussi sensibles que celui des finances agace encore plus. Dans une brève intervention durant une conférence de presse à la Kasbah, Fadhel Abdelkefi a coupé court et a déclaré qu’il ne démissionnerait pas  de son poste. Il a ajouté qu’il s’engageait à ce qu’il n’y ait aucun conflit d’intérêt.

 

Cette histoire de règlement de changes et d’infraction supposée a pris une grande ampleur car elle concerne l’actuel ministre des Finances, Fadhel Abdelkefi. Toutefois, plusieurs investisseurs ont déjà fait les frais des complications administratives qu’impose la BCT quand il s’agit de faire sortir de l’argent de Tunisie, quitte à ce que ce soit pour l’investir à l’étranger. Toutefois, on ne parle pas de ces situations là car elles ne concernent pas des personnes qui ont la notoriété de Fadhel Abdelkefi. Au lieu de servir d’exemple criant des entraves à l’investissement que la Tunisie s’impose, la mésaventure de M. Abdelkefi est utilisée pour lui porter atteinte et pour l’accuser de vol et de corruption. Ceci est utilisé à des fins politico-politiciennes pour tenter de dégommer un ministre qui dérange.

 

Marouen Achouri

Commentaires (23) Commenter
Comment décapiter la volonté de travailler
Kais
| 15-09-2017 08:39
Très bon article, bien argumenté, auquel il manque toutefois des références à propos de ceux qui tirent les mauvaises ficelles...
2 poids 2 mesures
Sam
| 18-08-2017 18:16
Quand on vois le nombre de ministre qui devraient démissionner , je pense particulièrement à l'un d'entre eux , soupçonné de trafique d'influence vis à vis d'une grande société de la place , je ne doute pas une seconde de la portée politique de cette affaire . Par ailleurs l'affaire en soi , ce ministre ministré sans avoir consulter ses antécédents juridiques ,lesquels au reste ne sont pas répertoriés dans les documents de l'honorable ministère , en fin l'affaire en soi est tellement ridicule que c'est le pain quotidien de la majorité des hommes d'affaires , et surtout ceux d'entre eux qui sont confrontés à nos honorables agents douaniers .
good job....les douaniers ..
harki
| 18-08-2017 14:51
il faut que la loi prend le dessus...le bateau tiendra le cap.avec un peu plus de patriotisme et de courage..pensez y a vos enfants ...
n'avait il pas dit qu'entre lui et l'Etat ( et non pas le gouvernement à bien le noter)il existe juste un papier
lambda
| 17-08-2017 19:24
Cela se confirme puisque apparemment il est marocain croyant plutôt au régime royal et sa royauté le désenchante d'écouter les critiques des opposants...sa royauté lui permis de se permettre de considérer le ministère comme une épicerie....!!
corruption mania
ahmed
| 17-08-2017 18:19
Nous sommes en Tunisie atteint de la corruption mania donc même avec une affaire aussi bidon les imbéciles qui nous entourent ne peuvent que vous inculper car ils ne cherchent point la vérité. Une vraie chasse á la sorcière.
Trés compétent et pour preuve son flair d'anticipation! puisqu'il avait
hateam
| 17-08-2017 18:05
...demandé à l'ARP de " l'aider par le silence" donc silence s'il vous plait le tournage du film continue!
les compétents et clean autoproclamés!
harbi
| 17-08-2017 16:54
Pour preuve de compétence, on attend encore et des commentaires ont apporté moult points d'interrogations dans ce sens et surtout:bilan forum 2020+ affaire de business plan de Sfax Airlines et son introduction en bourse.
Pour le conflit d'interêt sur lequel il se prend en charge pour le prendre personnellement en charge pour qu'il n'aura pas lieu tant que lui il est là...et bla bla....c'est du genre " yzid fii el iilmm"
Et enfin regarder ce passage de l'arti le qui essaie de nous enroler dans la farine:
"...Tout cela a été fait et la douane a été tenue au courant puisqu'elle a demandé des explications. Rien d'exceptionnel jusque là. Donc, le dossier est clos, normalement, le 10 décembre 2013. Sauf que la procédure légale s'est poursuivie alors que le dossier administratif était clos...." qui peut croire à cette histoire? Qui peut ne pas douter que des transcriptions toutes récentes ont été faites par la douane pour passer l'éponge et sauver le Mr...."
Personnellement je ne lui veut pas du mal...mais je doute fort qu'il ait le courage du moins de demander pardon...

F. Abdelkefi devrait démissionner
G&G
| 17-08-2017 15:47
Quelque soit le contexte politique de l'affaire un ministre qui se respecte doit démissionner pour un soupçon pareil qu'il soit compétent ou pas.
D'autre part on doute de la compétence de quelqu'un qui se lance dans une affaire perdue d'avance.
Une loi de change dépassée
Ibtissem sabri
| 17-08-2017 13:59
L infraction à la loi de change est le meilleur moyen pour condamner les gens mais ça ne tient pas longtemps dans l affaire de la BFT la base du litige est l infraction de change mais en fin de compte l investisseur étranger à gagner et la Tunisie qui a été condamnée
C le tiers monde
Med
| 17-08-2017 13:32
Si on est dans une situation catastrophique c'est parceque nous empêchons les compétences de travailler et les remplacons par des ........
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