De la «Takhmira» révolutionnaire à l’impuissance collective

Envoyer cette page

Par Sabri Brahem

Au moment où on devait parler du bilan du premier gouvernement «halal» nous voilà mal partis pour un débat souvent musclé sur le drapeau, la souveraineté et les complots présumés. Des complots contre la légitimité du peuple, nous dit-on. Celle là même qui n’est jamais revendiquée lorsqu’on en a le plus besoin, et la où sa manifestation se fait le plus attendre.
Que devons nous retenir de cette affaire de drapeau ? Le nom de notre Marianne à nous? Oui certainement. Son doigt pointé envers le profanateur du drapeau la veille de la fête de la femme? Son courage de rappeler ce qui est évident, sauf pour ceux qui s’obstinent à le défier et surtout ceux qui les protègent et qui ont du mal à forcer l’allure.

Nous n’étions pas encore libres et nous voilà libérés, l’espace d’un matin, de notre hantise obscurantiste, de notre impuissance collective qu’on cache mal derrière nos espoirs de voir la lumière jaillir de nulle part pour mettre fin au noir dans lequel ils essaient de nous faire sombrer tous les jours un peu plus. Un acte libre et libérateur qui a éveillé les consciences qu’on croyait en hibernation volontaire, facilitée tant par la déception que par un égoïsme post-révolutionnaire qui a vite succédé à la «takhmira» collective des premiers mois de la révolution.
La société civile, qui n’a jamais mieux porté son nom s’est vite révoltée contre la démence sénile. Celle là même qui nous guettait, nous effrayait et dont les manifestations se font toujours plus provocantes.
Les forces modernistes, traitées souvent d’islamophobes voire de mécréantes, ne pouvaient s’attendre à un meilleur cadeau pour crier au scandale et justifier une hantise croissante face aux manifestations sociétales de l’Islam politique. De l’arrêt des cours à la profanation du drapeau en passant par les revendications simples comme extravagantes des défenseurs de la Charia.
Ne nous trompons pas de débat. Il ne s’agit pas de religion, et encore moins de souveraineté. Ce sont les principes républicains et l’unité nationale qui sont en jeu. Certes la banalisation des ces manifestions est dangereuse. La stigmatisation aussi.

Minimisés par Ennahdha et ses alliés qui n’y voient que des actes isolés et qui condamnent la diabolisation de l’Islam par certains mauvais perdants, ces actes qui se veulent souvent des crimes émanent de la montée des «Talibanistes» dans la rue et l’hyper médiatisation de leurs crimes. Ceci ne fait qu’accentuer le scepticisme des Tunisiens quant aux discours rassurants du parti de la majorité constitutionnelle et qui affute déjà ses armes pour s’attaquer aux prochaines échéances électorales?
Car si le gouvernement a aujourd’hui du mal à trancher et pousse vers le flou, c’est qu’il agit en parti politique, pour qui le compte à rebours, pour les prochaines élections a déjà commencé, face à des forces modernistes qui voient déjà les prémices d’une dictature religieuse qui ne tardera pas à s’installer.

Un grand pas a été déjà franchi avec les élections faussement constitutionnalistes suite auxquelles Ennahdha s’est rassurée de son assise électorales confortable. Le projet islamiste a, de ce point de vue, une longueur d’avance, étant aux commandes du pouvoir. D’où la mobilisation politico-médiatique pour contrecarrer un projet d’Etat islamique qui cache mal ses contours et dont les protagonistes comptent surtout sur le facteur temps qui permettrait de créer une génération de demandeurs des pratiques islamistes et de l’application de la Charia.
Voir Ennahdha s’installer aux commandes lors des prochaines élections, c’est le cauchemar politique de ceux qui en ont sous-estimé l’assise sociale lors des dernières élections, et dont certains s’obstinent aujourd’hui à reproduire les mêmes erreurs préélectorales en se rassurant (et rassurant les leurs) que le parti au pouvoir n’a plus les mêmes atouts et qu’il avait perdu en trois mois de gouvernement ce qu’il n’a pas perdu en trente ans de diabolisation. Ennahdha a-t-il vraiment perdu du terrain? On ne saurait le confirmer. Il paraît même que la diabolisation croissante du parti et les critiques souvent exacerbées auraient augmenté le capital sympathie du parti. Les attaques aux «médias de la honte» et à l’UGTT n’en sont que la parfaite illustration.

Fort d'une assise sociale indéniable, Ennahdha constitue aujourd'hui une composante essentielle du paysage politique. Faut-il pour autant en avoir peur? La réponse n’est pas évidente. Car si l'on voit certains modèles de sociétés où les islamistes sont bel et bien présents sur la scène politique sans que cela nuise forcément aux fondements de la République, on ne saurait reprocher aux islamistes d'avoir une assise sociale et électorale confortable.
Qu’est ce qui justifie donc la crainte des islamistes?
La hantise d'Ennahdha qui puise certes ses origines dans l'histoire politique peu reluisante du mouvement islamiste en Tunisie et dans son image diabolisée à tort et à raison par l'ancien régime pour des fin politiciennes, trouve également sa justification dans les événements qui ont suivi le 14 janvier, qu'on a imputés aux islamistes et que même un Ghannouchi qui se veut aujourd'hui rassurant et modéré n'a pas réussi à faire oublier.
Des attaques des maisons closes au sit-in devant la synagogue en passant par l’arrestation d’un journaliste et la polémique du Niqab, le mouvement islamiste, n'a de cesse de subir des coups fatidiques pour l'image et qui favorisent de plus en plus une crainte justifiée de voir les islamistes aux commandes de la politique sans avoir à être traités de provisoires.

L'hyper médiatisation des discours radicaux par une jeunesse moderniste, au diapason des technologies de communication et un peu trop jalouse des acquis de la modernité, n'a fait que jeter de l'huile sur le feu même s'il ne s'agit que «d'actes isolés» dont certains ont été dénoncés par les leaders d'Ennahdha. Car, peu habitués à la présence de l'Islam politique et au discours des islamistes, les Tunisiens semblent aujourd'hui refuser en bloc toute thèse politique ayant la religion comme fondement, de crainte de voir le courant islamiste se traduire en des pratiques sociétales qui vont à l'encontre des acquis de modernité, d’où la nécessité de dresser des garde-fous contre toute immixtion du discours islamiste dans le débat sur l'identité nationale. Le débat (souvent musclé) sur la laïcité en est la parfaite illustration.
En fait ce n'est pas tant la force des islamistes aujourd'hui qui fait peur que la voix peu audible, pour la société et les électeurs potentiels, de leur adversaires, divisés qu'ils sont, en plusieurs partis-associations au risque de ne favoriser aucune alternative solide face à la dominance croissante de la rue (et des mosquées) par les sympathisants d'Ennahdha d’autant plus que les efforts d’unité politique tardent toujours à se concrétiser.

Et alors que les défenseurs de la modernité et de la laïcité prennent un vilain plaisir en s'adonnant à un militantisme virtuel et en ridiculisant le discours de certains islamistes parmi les ultraconservateurs voire intégristes, les sympathisants d'Ennahdha envahissent la rue et les mosquées s'assurant davantage de chance de jouer un rôle plus important dans les prochaines échéances électorales. Le résultat se fait déjà sentir au grand dam de ceux qui n'ont pas agi à temps, par les bons moyens.
14 commentaires
Réel.
ARAMIS |19-03-2012 09:29
Bien vu ! car c'est bien le sentiment général. Le bon sens est la chose la mieux partagée. Analyse subtile.
Vive les islamistes!
riadh |12-03-2012 15:54
Chic! je vais enfin pourvoir devenir pédophile et avoir 4 esclaves sexuels !!! vive l'Islam, vive ennahdha !!

en echange je boirais en cachette, mais c est pas cher payé !!

Moi je sais pour qui je vais voter!

je veux qu on me parle que de sex et de femmes et d'habits de femme!

j ai du travail et de l'argent alors le reste ne m interesse pas du tout. les pauvres peuvent crever de faim, je recuperrerais leur femme pour pas cher ! :)
Un autre hypocrite qui s'inquiète pour LE DRAPEAU!
Engineer Juridique |12-03-2012 11:37
Et les postes de police ncendiés? Les agents de l'ordre tués? Les tribunaux incendiés tout ça PAR MIRACLE TUNISIEN c'est la révolution!!!
poetique
hsouna |12-03-2012 11:34
si sabri ,ta vision est pleine de clairvoyance au niveau théorique,mais manque de pragmatisme ,encore plus elle est très pessimiste,on aurait souhaité que tu essaye de développer certaines idées,pour passer outre les dangers des islamistes..
No aux 2 extrémismes!
Citoyen |12-03-2012 11:30
Il y a deux extrémistes en Tunisie : de droite et de gauche, l'extrémisme religieux certes, mais surtout l'extrémiste laïc comploteur qui a encourage à la confrontation et à la guerre civile comme ce doyen de la Manouba qui fait tout pour envenimer la situation alors que toutes les autres universités fonctionnent normalement
avec plaisir
khayati |12-03-2012 11:18
Content de te voir écrire en français et sur BN, toi qui connais cette langue et la manie bien
@l'étranger
ABC |12-03-2012 10:53
Tout à fait d'accord avec votre analyse
déférence et indifférence
l'étranger |12-03-2012 09:13
une avalanche de bavardage et des analyses superficielles voilà tout , je suis resté sur ma faim
-affirmations non argumentées
- pas de propositions pour sortir de ce bourbier
-une énumération d' ambitions et d'accusations
-ce papier a l'avantage de s'être drapé de la mesure loin des insanités et insultes qu'on voit parfois fleurir dans certains commentaires
il est vrai que politique et religion ne sont pas simples à vivre car tout le monde a son mot à dire de l'inculte à l'érudit ,du pauvre au riche ,une expression de convictions et rien d'autres , qui mènent souvent à l'affrontement pour le pouvoir rien que le pouvoir sous couvert de religion ou de dieu.

A ENNAHDHA ET AUX SALAFISTES : ne soyez pas dogmatique
Dieu n' a pas besoin de vous s'il avait voulu tout le monde serait croyant et il vous demande de ne pas obliger les autres à croire il peut déverser sa colère sur ceux qui ne font preuve de raison .
( verset 99 de sourat younes) ,
la pensée unique est un appauvrissement de l'esprit ( lumière divine au service de l'humanité ) la différence étant le secret de la beauté (, création de dieu pour nous émerveiller)
AUX MODERNISTES : la religion et la morale sont une source du droit , la démocratie ce n'est pas la laicité, la liberté absolue est une négation de la liberté
il ne faut pas tomber dans la dogmatisme politique
à vous tous allez à l'essentiel :l'emploi, l'éducation ,la santé, C'est ça la dignité et la liberté d'un certain 14 janvier 2011 ou il n'yavait ni modernistes ni salafistes ni drapeau noir
des hommes et des femmes criant spontanément leur haine du dogmatisme et de la négation de l'autre c'est à dire du plus faible
sans haine ni violence nous saurons plaire aux hommes et à dieu. c'est çà la modernité c'est çà la religion
Marwen
marwen |11-03-2012 22:30
Ecoutez tous très bien, les élections du 23 octobre dernier est le miroire de la société Tunisienne : ignorante en majorité absolue (toutes souches sociales et tous sexes confondus) et, partant de ce fait, et si on refait les mêmes élections dix milles fois encore, ce sera toujours le même resulat. "Dieu ne changera rien dans un peuple, si celui-ci ne changera rien en lui même".
LAÏCITÉ LAÏCITÉ LAÏCITÉ
Raisonnable |11-03-2012 22:18
Celui qui dit que l'islam avait triomphé politiquement ne sera qu'un simple menteur ou bien veut ignorer la réalité. En ce qui me concerne j'espère, que la laïcité l'emporte car mon souhait c'est de voir mon pays progresser et non au nom d'Allah se fait régresser par des barbares pour remplir leurs poches et non par amour de la religion et non plus de leurs pas et de sa populations
12
Votre commentaire
Pseudo*
E-mail*
Titre*
Texte
Conditions d'utilisations
- Les commentaires sont envoyés par les lecteurs de Business News et ne sont pas rédigés par les journalistes.
- Aucun commentaire jugé contraire aux lois tunisiennes ne sera publié.
- Aucun commentaire contraire aux règles de modération de Business News ne sera publié.
- Business News se réserve le droit de retirer tout commentaire après publication, sans aviser le rédacteur dudit commentaire

» Cliquer ici pour lire les conditions d'utilisation et les règles de modération
Conditions d'utilisation
Business News remercie vivement ses lecteurs pour leurs commentaires, qui en apportant leur contributions, participent à l'enrichissement du journal en ligne. Cet espace reflète une multiplicité de points de vue à l'unique condition que ces points de vue se respectent les uns les autres.


- Les commentaires envoyés seront archivés sur les serveurs de Business News et demeureront consultables, avec l'article objet du commentaire, tant que le site fonctionne ;
- Les mails des lecteurs seront conservés dans nos archives internes et ne feront l'objet d'aucune exploitation commerciale. Aucun mail non sollicité (spam) ne sera délivré après l'insertion d'un commentaire dans Business News.
- Les mails des participants aux commentaires seront conservés dans nos archivages internes. Ils ne seront jamais communiqués, sans autorisation de leur titulaire ou à la demande d'une autorité judiciaire tunisienne.
- Tout commentaire envoyé sera lu par un modérateur avant publication.
- Business News n'est pas garant de la véracité des commentaires des lecteurs. Le rôle de ses modérateurs s'arrête aux vérifications d'usage liées aux règles de modération indiquées ci-dessus et non aux vérifications journalistiques du fond de l'information.
- Les commentaires sont généralement publiés dans un délai maximal d'une heure approximativement après envoi et ce, les jours ouvrables de 9h à 18h.

Règles de modération
Tous les commentaires sont publiés à la condition qu'ils respectent les règles de conformité à la loi tunisienne et de bienséance. Les contributions qui ne seront pas validées sont celles qui :


- Encourageraient un sentiment raciste et/ou haineux de quelque nature que ce soit ;
- Déprécieraient un groupe de personnes, une profession entière, une entreprise entière ;
- Injurient ou diffament les personnes, les entreprises et/ou toute autre entité ;
- Attaqueraient sans argumenter, ou argumenteraient de manière haineuse ;
- Alimenteraient des rumeurs, qu'elles soient fondées ou non ;
- N'auraient aucun lien avec le sujet principal de l'article objet du commentaire ;
- Ne s'adresseraient qu'à un autre lecteur en particulier, sans que les autres lecteurs puissent être concernés par le débat.
- Assimileraient la rubrique « commentaire » à un forum de discussions.

Business News se réserve le droit de retirer, ou de rewriter, un titre ou une partie du commentaire, même après insertion, au cas où cela se justifierait dans les situations suivantes :
- Paragraphe hors sujet ;
- Paragraphe ou phrase diffamatoire ;
- Paragraphe ou phrase non conforme avec les règles de modération indiquées ci-dessus ;
- Commentaire trop long ;
- Paragraphes ou phrases formulés en langage abrégé ou comportant un nombre élevé d'erreurs.
- Paragraphes ou phrases formulés en langue arabe ou en langue autre que le français et ce pour des raisons techniques.

Nos lecteurs peuvent signaler tout message litigieux aux modérateurs par l'envoi d'un mail à : mail@dmc.com.tn ou par téléphone au +216 70 831 100 ou par fax au +216 70 831 025