La Tunisie et la banqueroute : un risque bien réel

Businessnews.com.tn | publié le 01/04/2014 19:59
Les cris d’alarme sont de plus en plus nombreux à fuser d’un peu partout quant à la situation économique et financière catastrophique en Tunisie. Le chef du gouvernement, Mehdi Jomâa l’avait laissé entendre, lors de l’unique interview accordée à la chaîne Wataniya 1 en révélant que le tableau est plus sombre qu’on ne lui a laissé entendre. Mais les choses semblent encore pire avec de sérieux risques de cessation de paiement de l’Etat.

Des médias de la place, dont notamment Le Maghreb relayent les propos de "certaines sources sûres et généralement bien informées" selon lesquelles les salaires des employés de la fonction publique et les pensions des retraités pourraient ne pas être honorés dès le mois d’avril 2014 en cours. Si la situation actuelle persiste encore, il sera impossible de payer lesdits salaires et pensions pour le mois de juillet prochain.
Du jamais vu depuis l’indépendance du pays en 1956. Comment en est-on arrivé jusque-là et quelles sont les perspectives et les éventuelles solutions pour s’en sortir ? A qui incombe la responsabilité de cet état des lieux lamentable ?

Comme d’habitude, les politiciens s’accusent mutuellement et se renvoient la balle. Les responsables de l’ex-troïka crient sur tous les toits et dans tous les plateaux médiatiques que le gouvernement de Béji Caïd Essebsi endosse la responsabilité en donnant une suite favorable aux revendications sociales dont notamment l’octroi de l’indemnité mensuelle de 200 dinars aux diplômés en chômage, l’intégration des agents exerçant selon la formules de la sous-traitance ainsi que certaines autres primes supplémentaires.
La majorité des formations politiques, des organisations nationales et autres composantes de la société civile, accusent, à leur tour, les deux gouvernements de la troïka dominée par le parti islamiste d’Ennahdha, d’être à l’origine des maux actuels de la Tunisie. Des économistes confirmés donnent leurs avis sue la question en procédant à une analyse qu’ils estiment objective et rationnelle.

D’un côté, concernant la période du gouvernement de M. Caïd Essebsi, ils rappellent qu’il avait pris ses fonctions à La Kasbah le 7 mars 2011 dans une conjoncture socio-économico-sécuritaire dramatique. Il avait pour objectif d'apaiser les tensions sociopolitiques et d’organiser des élections démocratiques, neutres et transparentes.
 
Finalement, il en a eu pour sept mois durant lesquels il a eu à gérer la « l’enthousiasme, parfois exagéré, des révolutionnaires » et réunir les conditions d’un scrutin honnête, sans oublier les aléas de taille que sont l’afflux de plus d’un million de réfugiés en provenance de la Libye et le passage du prix du baril de pétrole de 79 dollars en 2010 à plus de 110 dollars en 2011.
Les mêmes analystes ajoutent que la situation macro-économique du pays, avec 6 milliards de dinars dans les caisses de l’Etat, un endettement public limité à 40% et 150 jours de réserves en devises à la Banque centrale de Tunisie, permettaient d’affronter de pareilles demandes sociales.

Ensuite, les deux dernières années ont été marquées, selon les experts, par une gestion de rafistolage menée par un gouvernement de la troïka, mû beaucoup plus par des considérations de maintien au pouvoir que par une vraie approche d’avenir et de construction fondées sur une volonté d’assurer le développement. Ils citent, dans ce contexte, l’exemple des recrutements massifs, notamment parmi les bénéficiaires de l’amnistie générale, dont plus de 90% appartiennent au mouvement Ennahdha, dans des secteurs qui tournent à près d’un tiers de leur capacité

Maintenant que le mal est bien là, la question que tout le monde se pose est la suivante : Comment faire pour s’en sortir ? Les économistes s’accordent à dire que toutes les solutions à envisager seront douloureuses à supporter pour toutes les franges de la société.
Des sacrifices devraient être consentis par toutes les catégories socioprofessionnelles, plus particulièrement chez les plus aisées. Soit par des concessions matérielles, soit en acceptant des impositions fiscales supplémentaires, l’essentiel étant d’adopter un langage franc envers les Tunisiens.
Tout en essayant d’être optimistes quant aux possibilités de s’en sortir, il faut dire la vérité aux citoyens quitte à les secouer et les choquer, sans toutefois les faire paniquer. Il ne faudrait pas dire aux populations que le pays risque de se trouver en cessation de paiement, mais de leur dire, aussi, qu’il y a bien de l’espoir d’y échapper à condition de payer le prix.
Slaheddine Jourchi, sur les ondes de Mosaïque a donné l’exemple de la Turquie d’Erdogan où un pacte avait été conclu sur dix ans stipulant une trêve sans augmentation de salaires et sans hausse des prix de produits de base et de première nécessité.

En effet, les mêmes économistes sont persuadés que les solutions doivent être trouvées en puisant et en comptant sur l’effort national. On vient de s’apercevoir que les pays du Golfe refusent d’ouvrir les vannes, comme ils l’ont fait avec l’Egypte alors que les pays occidentaux, les Etats-Unis d’Amérique en tête, réclameraient des garanties de stabilité, d’ouverture et de sécurité pour pouvoir s’engager aux côtés de la Tunisie.

Or, les Tunisiens sont-ils disposés à consentir les sacrifices voulus pour sortir du tunnel ? La réponse risque d’être douloureuse à l’image de la réponse qu’auraient donnée les deux présidents, de la République et de l’ANC, au chef du gouvernement avant son départ pour les USA. Ils lui auraient signifié, selon certaines fuites, qu’il n’a qu’à se débrouiller !


Sarra HLAOUI

La Tunisie et la banqueroute : un risque bien réel

publié le 01/04/2014 19:59
Les cris d’alarme sont de plus en plus nombreux à fuser d’un peu partout quant à la situation économique et financière catastrophique en Tunisie. Le chef du gouvernement, Mehdi Jomâa l’avait laissé entendre, lors de l’unique interview accordée à la chaîne Wataniya 1 en révélant que le tableau est plus sombre qu’on ne lui a laissé entendre. Mais les choses semblent encore pire avec de sérieux risques de cessation de paiement de l’Etat.

Des médias de la place, dont notamment Le Maghreb relayent les propos de "certaines sources sûres et généralement bien informées" selon lesquelles les salaires des employés de la fonction publique et les pensions des retraités pourraient ne pas être honorés dès le mois d’avril 2014 en cours. Si la situation actuelle persiste encore, il sera impossible de payer lesdits salaires et pensions pour le mois de juillet prochain.
Du jamais vu depuis l’indépendance du pays en 1956. Comment en est-on arrivé jusque-là et quelles sont les perspectives et les éventuelles solutions pour s’en sortir ? A qui incombe la responsabilité de cet état des lieux lamentable ?

Comme d’habitude, les politiciens s’accusent mutuellement et se renvoient la balle. Les responsables de l’ex-troïka crient sur tous les toits et dans tous les plateaux médiatiques que le gouvernement de Béji Caïd Essebsi endosse la responsabilité en donnant une suite favorable aux revendications sociales dont notamment l’octroi de l’indemnité mensuelle de 200 dinars aux diplômés en chômage, l’intégration des agents exerçant selon la formules de la sous-traitance ainsi que certaines autres primes supplémentaires.
La majorité des formations politiques, des organisations nationales et autres composantes de la société civile, accusent, à leur tour, les deux gouvernements de la troïka dominée par le parti islamiste d’Ennahdha, d’être à l’origine des maux actuels de la Tunisie. Des économistes confirmés donnent leurs avis sue la question en procédant à une analyse qu’ils estiment objective et rationnelle.

D’un côté, concernant la période du gouvernement de M. Caïd Essebsi, ils rappellent qu’il avait pris ses fonctions à La Kasbah le 7 mars 2011 dans une conjoncture socio-économico-sécuritaire dramatique. Il avait pour objectif d'apaiser les tensions sociopolitiques et d’organiser des élections démocratiques, neutres et transparentes.
 
Finalement, il en a eu pour sept mois durant lesquels il a eu à gérer la « l’enthousiasme, parfois exagéré, des révolutionnaires » et réunir les conditions d’un scrutin honnête, sans oublier les aléas de taille que sont l’afflux de plus d’un million de réfugiés en provenance de la Libye et le passage du prix du baril de pétrole de 79 dollars en 2010 à plus de 110 dollars en 2011.
Les mêmes analystes ajoutent que la situation macro-économique du pays, avec 6 milliards de dinars dans les caisses de l’Etat, un endettement public limité à 40% et 150 jours de réserves en devises à la Banque centrale de Tunisie, permettaient d’affronter de pareilles demandes sociales.

Ensuite, les deux dernières années ont été marquées, selon les experts, par une gestion de rafistolage menée par un gouvernement de la troïka, mû beaucoup plus par des considérations de maintien au pouvoir que par une vraie approche d’avenir et de construction fondées sur une volonté d’assurer le développement. Ils citent, dans ce contexte, l’exemple des recrutements massifs, notamment parmi les bénéficiaires de l’amnistie générale, dont plus de 90% appartiennent au mouvement Ennahdha, dans des secteurs qui tournent à près d’un tiers de leur capacité

Maintenant que le mal est bien là, la question que tout le monde se pose est la suivante : Comment faire pour s’en sortir ? Les économistes s’accordent à dire que toutes les solutions à envisager seront douloureuses à supporter pour toutes les franges de la société.
Des sacrifices devraient être consentis par toutes les catégories socioprofessionnelles, plus particulièrement chez les plus aisées. Soit par des concessions matérielles, soit en acceptant des impositions fiscales supplémentaires, l’essentiel étant d’adopter un langage franc envers les Tunisiens.
Tout en essayant d’être optimistes quant aux possibilités de s’en sortir, il faut dire la vérité aux citoyens quitte à les secouer et les choquer, sans toutefois les faire paniquer. Il ne faudrait pas dire aux populations que le pays risque de se trouver en cessation de paiement, mais de leur dire, aussi, qu’il y a bien de l’espoir d’y échapper à condition de payer le prix.
Slaheddine Jourchi, sur les ondes de Mosaïque a donné l’exemple de la Turquie d’Erdogan où un pacte avait été conclu sur dix ans stipulant une trêve sans augmentation de salaires et sans hausse des prix de produits de base et de première nécessité.

En effet, les mêmes économistes sont persuadés que les solutions doivent être trouvées en puisant et en comptant sur l’effort national. On vient de s’apercevoir que les pays du Golfe refusent d’ouvrir les vannes, comme ils l’ont fait avec l’Egypte alors que les pays occidentaux, les Etats-Unis d’Amérique en tête, réclameraient des garanties de stabilité, d’ouverture et de sécurité pour pouvoir s’engager aux côtés de la Tunisie.

Or, les Tunisiens sont-ils disposés à consentir les sacrifices voulus pour sortir du tunnel ? La réponse risque d’être douloureuse à l’image de la réponse qu’auraient donnée les deux présidents, de la République et de l’ANC, au chef du gouvernement avant son départ pour les USA. Ils lui auraient signifié, selon certaines fuites, qu’il n’a qu’à se débrouiller !


Sarra HLAOUI
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