Arrestation du directeur général d’Attounnissia et de son rédacteur en chef

Businessnews.com.tn | publié le 15/02/2012 19:44


Suite à la photo publiée à la Une du quotidien arabophone Attounnissia, dans son édition du mercredi 15 février 2012, une instruction a été ouverte contre le journal et son directeur Nasreddine Ben Saïda.
A l’issue de cette instruction, il a été décidé de saisir le journal et d’arrêter le directeur général du quotidien et de son rédacteur en chef qui a validé la publication en attendant de présenter les deux (et non des trois comme indiqué précédemment) devant le procureur de la République qui, d’ailleurs a décidé cette arrestation. Motif officiel de l’arrestation, qui s’est basée sur le code pénal et non le code de la presse : publication d’un article ou d’une photo de nature à troubler l’ordre public.
La photo objet de l’instruction montre le joueur tunisien Sami Khedira, de nationalité allemande et évoluant au Real de Madrid, entourant sa petite amie, un mannequin dénudé. Une image, qu’on voit souvent dans les magazines européens (y compris ceux vendus en Tunisie) mais à laquelle le paysage médiatique tunisien n’est nullement habitué.

Le syndicat des journalistes tunisiens a publié un communiqué, alors que Nasreddine Ben Saïda n’était pas encore arrêté, dans lequel il dénonce ces agissements qui, selon lui, ne peuvent pas servir la liberté de la presse et contraires à la déontologie de la profession.
Après l’arrestation, Mongi Khadhraoui, secrétaire général du Syndicat, a estimé que cette erreur professionnelle ne justifie nullement l’arrestation d’un journaliste. «On peut saisir le journal et lui infliger une amende, mais en aucun cas l’emprisonner, nous a-t-il déclaré citant un communiqué qui sera publié ce soir. Il s’agit là d’un retour à la répression et à l’intimidation des journalistes».
Pour M. Khadhraoui, qui invite dans la foulée le ministère public à libérer les trois confrères, on devrait faire appel au Code de la presse, qui prévoit ce type d’erreurs, et non au Code pénal. Selon la loi tunisienne, le texte spécifique est toujours prioritaire au texte général.

Taïeb Zahar, vice-président de l’Association tunisienne des directeurs de journaux, a exprimé lui aussi tout le soutien de la corporation à Nasreddine Ben Saïda et son équipe, rappelant qu’on ne peut jamais mettre un journaliste en prison pour une publication. « Ce n’est pas un criminel, dit-il, on n’a pas à le mettre en prison ». M. Zahar indique que l’association réunira demain en urgence les membres de son comité directeur pour prendre les mesures nécessaires et devrait nommer un avocat pour défendre M. Ben Saïda.

De notre côté, on ne peut que soutenir nos trois confrères. L’ordre public étant un concept bateau et très vague sous lequel on peut placer tout et n’importe quoi. L’article du code pénal sur lequel on s’est basé pour arrêter nos trois confrères date de l’époque de Ben Ali. Il est donc étrange que l’on fasse appel aux textes que l’on désire et que ces mêmes textes soient rejetés dans d’autres affaires, notamment celles touchant les Salafistes.
Ce type de photos illustre régulièrement les magazines étrangers qui sont vendus librement dans les kiosques tunisiens, depuis toujours. Des magazines comme Voici ou Gala sont exposés dans nos kiosques avec des seins carrément nus, alors que la photo du quotidien tunisien était simplement dénudée. Chaque journal ayant sa ligne éditoriale et c’est aux lecteurs de choisir ce qu’ils lisent et ce qu’ils boycottent. On rappelle qu'il n'y a pas eu de saisie de journal en Tunisie depuis plus de 25 ans et que ce type de photos dénudées étaient régulièrement publiées dans nos journaux, y compris les quotidiens francophones "sérieux" tels Le Temps ou La Presse (Pin Up en dernière page).
Quant au trouble de l’ordre public, il est évident que les conférences du moyenâgeux Wajdi Ghenim ont troublé mille fois plus cet ordre public que l’image dénudée parue ce matin sur Attounnissia.
Un journal peut faire des erreurs, c’est humain, mais quelle que soit l’erreur, elle ne justifie nullement l’arrestation de journalistes. Une amende suffit, comme cela se passe partout dans les pays démocratiques.

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Arrestation du directeur général d’Attounnissia et de son rédacteur en chef

publié le 15/02/2012 19:44


Suite à la photo publiée à la Une du quotidien arabophone Attounnissia, dans son édition du mercredi 15 février 2012, une instruction a été ouverte contre le journal et son directeur Nasreddine Ben Saïda.
A l’issue de cette instruction, il a été décidé de saisir le journal et d’arrêter le directeur général du quotidien et de son rédacteur en chef qui a validé la publication en attendant de présenter les deux (et non des trois comme indiqué précédemment) devant le procureur de la République qui, d’ailleurs a décidé cette arrestation. Motif officiel de l’arrestation, qui s’est basée sur le code pénal et non le code de la presse : publication d’un article ou d’une photo de nature à troubler l’ordre public.
La photo objet de l’instruction montre le joueur tunisien Sami Khedira, de nationalité allemande et évoluant au Real de Madrid, entourant sa petite amie, un mannequin dénudé. Une image, qu’on voit souvent dans les magazines européens (y compris ceux vendus en Tunisie) mais à laquelle le paysage médiatique tunisien n’est nullement habitué.

Le syndicat des journalistes tunisiens a publié un communiqué, alors que Nasreddine Ben Saïda n’était pas encore arrêté, dans lequel il dénonce ces agissements qui, selon lui, ne peuvent pas servir la liberté de la presse et contraires à la déontologie de la profession.
Après l’arrestation, Mongi Khadhraoui, secrétaire général du Syndicat, a estimé que cette erreur professionnelle ne justifie nullement l’arrestation d’un journaliste. «On peut saisir le journal et lui infliger une amende, mais en aucun cas l’emprisonner, nous a-t-il déclaré citant un communiqué qui sera publié ce soir. Il s’agit là d’un retour à la répression et à l’intimidation des journalistes».
Pour M. Khadhraoui, qui invite dans la foulée le ministère public à libérer les trois confrères, on devrait faire appel au Code de la presse, qui prévoit ce type d’erreurs, et non au Code pénal. Selon la loi tunisienne, le texte spécifique est toujours prioritaire au texte général.

Taïeb Zahar, vice-président de l’Association tunisienne des directeurs de journaux, a exprimé lui aussi tout le soutien de la corporation à Nasreddine Ben Saïda et son équipe, rappelant qu’on ne peut jamais mettre un journaliste en prison pour une publication. « Ce n’est pas un criminel, dit-il, on n’a pas à le mettre en prison ». M. Zahar indique que l’association réunira demain en urgence les membres de son comité directeur pour prendre les mesures nécessaires et devrait nommer un avocat pour défendre M. Ben Saïda.

De notre côté, on ne peut que soutenir nos trois confrères. L’ordre public étant un concept bateau et très vague sous lequel on peut placer tout et n’importe quoi. L’article du code pénal sur lequel on s’est basé pour arrêter nos trois confrères date de l’époque de Ben Ali. Il est donc étrange que l’on fasse appel aux textes que l’on désire et que ces mêmes textes soient rejetés dans d’autres affaires, notamment celles touchant les Salafistes.
Ce type de photos illustre régulièrement les magazines étrangers qui sont vendus librement dans les kiosques tunisiens, depuis toujours. Des magazines comme Voici ou Gala sont exposés dans nos kiosques avec des seins carrément nus, alors que la photo du quotidien tunisien était simplement dénudée. Chaque journal ayant sa ligne éditoriale et c’est aux lecteurs de choisir ce qu’ils lisent et ce qu’ils boycottent. On rappelle qu'il n'y a pas eu de saisie de journal en Tunisie depuis plus de 25 ans et que ce type de photos dénudées étaient régulièrement publiées dans nos journaux, y compris les quotidiens francophones "sérieux" tels Le Temps ou La Presse (Pin Up en dernière page).
Quant au trouble de l’ordre public, il est évident que les conférences du moyenâgeux Wajdi Ghenim ont troublé mille fois plus cet ordre public que l’image dénudée parue ce matin sur Attounnissia.
Un journal peut faire des erreurs, c’est humain, mais quelle que soit l’erreur, elle ne justifie nullement l’arrestation de journalistes. Une amende suffit, comme cela se passe partout dans les pays démocratiques.

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