Comment Boubaker Ben Akacha a piégé Fayçal Jadlaoui

Businessnews.com.tn | publié le 16/12/2017 19:59

Pour capter l’audience et attirer le public tunisien vers lui, Boubaker Ben Akacha a réussi un coup de maître. On ne parle que d’Attessia depuis hier soir et la polémique déclenchée par la nouvelle émission « Houna Tounes » du journaliste. Violation du secret de l’instruction judiciaire, non respect de la déontologie, manœuvre pour orienter le juge dans une affaire encore en instruction… Les griefs sont nombreux.

 

Le premier épisode de l’émission « Houna Tounes » aura finalement été un succès grâce au choix d’un sujet qui capte l’opinion publique, celui du lobbyiste et homme d’affaires Chafik Jarraya en détention depuis le mois de mai 2017 pour suspicion d’atteinte à la sûreté de l’Etat, mise à la disposition d’une armée étrangère en temps de paix, corruption, faux et usage de faux... Il est, depuis, entre les mains d’un juge d’instruction près du Tribunal militaire.

Bien que le sujet intéresse fortement l’opinion publique, vu le caractère sulfureux du personnage et l’intérêt de cette opinion à la guerre ouverte contre la corruption menée par le chef du gouvernement, le parquet militaire a interdit catégoriquement aux médias de traiter le sujet. Après les avertissements verbaux adressés directement aux journalistes et certains patrons de presse, le parquet a publié en novembre dernier un communiqué officiel appelant tous les intervenants, et spécialement les médias, à ne pas semer le doute sur la justice, à ne pas transgresser la loi et à ne pas violer la constitution. Le parquet estime, en effet, que la couverture de l’affaire Jarraya est carrément contraire à la constitution. Les juristes trancheront sur cette lecture très particulière de la constitution (elle-même violant d’autres textes de la constitution), mais en attendant, la majorité des intervenants et des médias ont préféré respecter la consigne du parquet.

Cela n’a pas empêché pour autant ces mêmes médias de continuer à suivre l’affaire de près et à consulter les PV d’audition fournis, sous le manteau, par les avocats.

 

La nouvelle « saison » de la polémique Jarraya a été déclenchée par un post Facebook du député Sahbi Ben Fredj dans laquelle il affirme que certaines parties tentent d’enterrer l’affaire Jarraya en dépaysant l’affaire et en dessaisissant le juge. Il prend ainsi à témoin l’opinion publique et prémunit, quelque part, le juge d’instruction de toute ingérence politique ou extra-judiciaire dans l’affaire.  Il parait évident pour le député (et une bonne partie de l’opinion) que Chafik Jarraya est coupable et se doit donc de rester en prison. Au même moment, la chambre des mises en accusation est saisie pour pencher sur le recours mené par les avocats de Jarraya pour dépayser l’affaire et dessaisir le juge. Elle a tranché mercredi dernier en les désavouant.

C’était suffisant pour que l’avocat de ce dernier sorte de ses gonds et réagisse. Par la même voie de Facebook, il menace de faire chuter le gouvernement si ce « manège » continue. Pour lui, il ne fait aucun doute, son client est innocent et on veut remonter l’opinion contre son client et orienter l’affaire. Derrière ce manège, il soupçonne le chef du gouvernement qui tiendrait, d’après lui, les médias influents entre ses mains. Il accuse nommément Mofdi Mseddi, directeur de la communication du chef du gouvernement, d’avoir accès à ces mêmes médias et d’user du droit de réponse.

Il est cependant démenti dans l’heure qui suit la publication de son post, puisque ces mêmes médias ont relayé son post et ses accusations. Il oublie tout juste de mentionner que l’interdiction de traiter l’affaire provient du parquet et non du gouvernement et que c’est bien lui qui cherche à orienter l’affaire en tentant de transformer son client en un doux agneau.

 

Surfant sur la vague, le journaliste et animateur Boubaker Ben Akacha a annoncé mercredi soir qu’il allait jeter un pavé dans la mare. Il a créé le buzz autour de la première de son émission laissant le public en haleine, sans pour autant dire qu’il allait traiter de l’affaire Jarraya. Tout se sait cependant et les rumeurs ont fusé le matin du vendredi 15 décembre  quant à un recours en référé pour interdire la diffusion. Il n’en fut rien. On savait dès le matin que Boubaker Ben Akacha allait évoquer l’affaire Jarraya et inviter son avocat Fayçal Jadlaoui. Une invitation qui allait permettre à l’avocat de mettre à exécution ses menaces et de révéler au public les informations pouvant faire chuter le gouvernement qu’il détient. D’ailleurs, la question du journaliste a été directe et sans ambiguïté, « tu as dit que t’avais des informations pouvant faire chuter le gouvernement, vas y donne les, tu as l’antenne ! »

Ce même matin du vendredi 15 novembre, une autre information est révélée par les médias suivant l’affaire, Business News, puis Shems FM et Mosaïque FM :  Fayçal Jadlaoui est traduit devant le conseil de discipline de l’Ordre national des avocats et ce pour avoir révélé le nom du principal témoin dans l’affaire. Or Me Jadlaoui a révélé le nom de ce témoin depuis plusieurs mois. Pourquoi donc l’Ordre des avocats n’a-t-il réagi que cette matinée du vendredi, au lendemain de son post FB et le matin de sa participation à l’émission ? L’avertissement, entre les lignes, est clair : « si tu exécutes ce soir tes menaces, nous ne te défendrons pas en tant que corporation ». Il est toujours bon de rappeler l’avertissement du parquet militaire qui a interdit à tous les intervenants de violer le secret de l’instruction.

On soulignera au passage que le juge d’instruction, en fournissant le dossier de l’affaire aux avocats, a eu recours à une méthode cynique d’empêcher les fuites dans les médias : tout dossier remis est taggué en gros caractères et sur tout le long de la page par le nom de l’avocat ayant reçu le dossier en question. Nous pouvons en témoigner à Business News, nous avons eu à consulter des parties du dossier et ces parties ont toutes été tagguées du nom d’un avocat. Mais au vu de l’interdiction ferme du parquet, il nous était impossible de révéler le contenu. 

 

L’heure H est arrivée, Boubaker Ben Akacha a entamé son émission et elle était, dès le départ, orientée pour enfoncer Chafik Jarraya. Il ne saurait en être autrement puisque le contenu même de l’instruction enfonçait le lobbyiste. Pour donner l’impression faire l’équilibre, il a donné la parole à Fayçal Jadlaoui en le prenant en direct, mais sans présence sur le plateau comme les autres invités. Ceci permettait au journaliste de couper la parole à l’avocat quand il le désirait, ce qui a été le cas d’ailleurs. Les quelques 4 minutes de parole offertes à Me Jadlaoui ont été suffisantes pour que ce dernier tombe des deux pieds dans le « piège ». Il y a quelques mois, il a révélé le nom du principal témoin, hier il a livré les noms du chef du gouvernement, d’un patron de média, d’un ministre, d’un conseiller du ministre, sans pour autant dire ce qu’on leur reprochait. Vu qu’on connait le dossier, on sait que l’avocat était en train de brouiller les cartes et cherchait à politiser l’affaire, en jetant en pâture les noms de Youssef Chahed et de Mofdi Mseddi dans une tentative (vaine ?) de desserrer l’étau autour de son client. Une orientation de l’affaire ? Ça en a tout l’air.

 

Dès la fin de l’émission, les commentaires ont fusé jusqu’à samedi matin chez ceux qui suivent l’affaire de près, notamment les journalistes et les avocats.

« Il n’est pas du droit d’un média de mettre en place un procès parallèle d’un accusé en détention à la disposition de l’instruction. Ceci est contraire à la morale et à la déontologie dans les pays qui ont créé la liberté d’expression et ce dans l’objectif de préserver la justice de toute influence », a commenté l’expert des médias Maher Abderrahman, ex journaliste de la BBC et patron d’une société de production d’émissions journalistiques.

 « C’est contraire à la déontologie et vous ne participez pas à l’indépendance de la justice. Vous avez cherché à enfoncer un justiciable qui reste innocent jusqu’à son procès », a tancé l’avocat Nizar Ayed. « C’était orienté », a commenté le chroniqueur Sofiène Ben Hamida.

A dire vrai, et au vu du contenu global de l’émission, il y a beaucoup à dire d’un point de vue technique. Boubaker Ben Akacha  a réussi son coup en captant l’audience, a fait un bel effort louable en enrichissant le paysage audiovisuel d’une nouvelle émission, mais il a transgressé l’avertissement du parquet militaire en violant, ou en donnant l’occasion de violer, le secret de l’instruction. Tout dépend d’où l’on se place, mais c’est ainsi que l’on obtient la liberté d’expression. Reculer devant une telle ordonnance revient à perdre quelques avancées chèrement gagnées  en matière de liberté d’expression. Il est du droit du public de savoir, mais quid de la présomption d’innocence qui est également un droit des justiciables ? Un média peut-il jouer le rôle de juge ? Et quid du député qui avait besoin des médias pour faire barrage à la tentative de manipuler la justice au profit d’un suspect qui a de fortes chances d’être coupable au regard des documents fuités aux médias ?

 

En donnant la parole en duplex à Fayçal Jadlaoui, Boubaker Ben Akacha en fait trop ou pas assez. Pourquoi ne l’a-t-il pas invité sur plateau s’il voulait vraiment lui donner la parole ? Et pourquoi l’a-t-il invité à la base s’il ne cherchait pas à ce qu’il viole le secret de l’instruction ? L’avocat est en tout cas tombé des deux pieds dans le piège du journaliste.

Or, techniquement, Boubaker Ben Akacha n’avait pas à piéger quiconque, c’est contraire à la déontologie. Cette même déontologie qui n’a pas été respectée tout au long de l’émission, comme par exemple lorsque l’on montrait des coupures de presse sur l’écran en prenant soin de cacher le nom des médias, sauf pour Mosaïque FM, la radio où M. Ben Akacha travaille le jour, et où il était invité pas plus tard que ce matin. En clair, il profitait de son employeur du soir pour servir son employeur du matin. Et la réciproque est toute aussi vraie et pas uniquement chez M. Ben Akacha.

Le déroulement de l’émission et l’orientation qui lui a été donnée ont donc fait rebondir plusieurs professionnels du secteur, à commencer par le chroniqueur-polémiste même de l’émission, Zyed Krichen, qui a affirmé en direct sur le plateau qu’il n’était pas d’accord avec cette tournure. En clair, il s’est désolidarisé techniquement de son animateur parce qu’il a ressenti être dans une zone bien grise.

Que se passera-t-il maintenant ? Dans le milieu des avocats et des médias, on ne donne pas cher de la peau de Fayçal Jadlaoui qui a clairement violé le secret de l’instruction et envoyé balader le juge d’instruction et le parquet militaires. Si la loi est strictement appliquée, il devrait finir l’année en détention. Quant à l’émission, Boubaker Ben Akacha est appelé par plusieurs de ses pairs à en améliorer le traitement et la qualité pour réussir sur le long terme et obtenir le respect du public et de la corporation.

 

Nizar Bahloul

Comment Boubaker Ben Akacha a piégé Fayçal Jadlaoui

publié le 16/12/2017 19:59

Pour capter l’audience et attirer le public tunisien vers lui, Boubaker Ben Akacha a réussi un coup de maître. On ne parle que d’Attessia depuis hier soir et la polémique déclenchée par la nouvelle émission « Houna Tounes » du journaliste. Violation du secret de l’instruction judiciaire, non respect de la déontologie, manœuvre pour orienter le juge dans une affaire encore en instruction… Les griefs sont nombreux.

 

Le premier épisode de l’émission « Houna Tounes » aura finalement été un succès grâce au choix d’un sujet qui capte l’opinion publique, celui du lobbyiste et homme d’affaires Chafik Jarraya en détention depuis le mois de mai 2017 pour suspicion d’atteinte à la sûreté de l’Etat, mise à la disposition d’une armée étrangère en temps de paix, corruption, faux et usage de faux... Il est, depuis, entre les mains d’un juge d’instruction près du Tribunal militaire.

Bien que le sujet intéresse fortement l’opinion publique, vu le caractère sulfureux du personnage et l’intérêt de cette opinion à la guerre ouverte contre la corruption menée par le chef du gouvernement, le parquet militaire a interdit catégoriquement aux médias de traiter le sujet. Après les avertissements verbaux adressés directement aux journalistes et certains patrons de presse, le parquet a publié en novembre dernier un communiqué officiel appelant tous les intervenants, et spécialement les médias, à ne pas semer le doute sur la justice, à ne pas transgresser la loi et à ne pas violer la constitution. Le parquet estime, en effet, que la couverture de l’affaire Jarraya est carrément contraire à la constitution. Les juristes trancheront sur cette lecture très particulière de la constitution (elle-même violant d’autres textes de la constitution), mais en attendant, la majorité des intervenants et des médias ont préféré respecter la consigne du parquet.

Cela n’a pas empêché pour autant ces mêmes médias de continuer à suivre l’affaire de près et à consulter les PV d’audition fournis, sous le manteau, par les avocats.

 

La nouvelle « saison » de la polémique Jarraya a été déclenchée par un post Facebook du député Sahbi Ben Fredj dans laquelle il affirme que certaines parties tentent d’enterrer l’affaire Jarraya en dépaysant l’affaire et en dessaisissant le juge. Il prend ainsi à témoin l’opinion publique et prémunit, quelque part, le juge d’instruction de toute ingérence politique ou extra-judiciaire dans l’affaire.  Il parait évident pour le député (et une bonne partie de l’opinion) que Chafik Jarraya est coupable et se doit donc de rester en prison. Au même moment, la chambre des mises en accusation est saisie pour pencher sur le recours mené par les avocats de Jarraya pour dépayser l’affaire et dessaisir le juge. Elle a tranché mercredi dernier en les désavouant.

C’était suffisant pour que l’avocat de ce dernier sorte de ses gonds et réagisse. Par la même voie de Facebook, il menace de faire chuter le gouvernement si ce « manège » continue. Pour lui, il ne fait aucun doute, son client est innocent et on veut remonter l’opinion contre son client et orienter l’affaire. Derrière ce manège, il soupçonne le chef du gouvernement qui tiendrait, d’après lui, les médias influents entre ses mains. Il accuse nommément Mofdi Mseddi, directeur de la communication du chef du gouvernement, d’avoir accès à ces mêmes médias et d’user du droit de réponse.

Il est cependant démenti dans l’heure qui suit la publication de son post, puisque ces mêmes médias ont relayé son post et ses accusations. Il oublie tout juste de mentionner que l’interdiction de traiter l’affaire provient du parquet et non du gouvernement et que c’est bien lui qui cherche à orienter l’affaire en tentant de transformer son client en un doux agneau.

 

Surfant sur la vague, le journaliste et animateur Boubaker Ben Akacha a annoncé mercredi soir qu’il allait jeter un pavé dans la mare. Il a créé le buzz autour de la première de son émission laissant le public en haleine, sans pour autant dire qu’il allait traiter de l’affaire Jarraya. Tout se sait cependant et les rumeurs ont fusé le matin du vendredi 15 décembre  quant à un recours en référé pour interdire la diffusion. Il n’en fut rien. On savait dès le matin que Boubaker Ben Akacha allait évoquer l’affaire Jarraya et inviter son avocat Fayçal Jadlaoui. Une invitation qui allait permettre à l’avocat de mettre à exécution ses menaces et de révéler au public les informations pouvant faire chuter le gouvernement qu’il détient. D’ailleurs, la question du journaliste a été directe et sans ambiguïté, « tu as dit que t’avais des informations pouvant faire chuter le gouvernement, vas y donne les, tu as l’antenne ! »

Ce même matin du vendredi 15 novembre, une autre information est révélée par les médias suivant l’affaire, Business News, puis Shems FM et Mosaïque FM :  Fayçal Jadlaoui est traduit devant le conseil de discipline de l’Ordre national des avocats et ce pour avoir révélé le nom du principal témoin dans l’affaire. Or Me Jadlaoui a révélé le nom de ce témoin depuis plusieurs mois. Pourquoi donc l’Ordre des avocats n’a-t-il réagi que cette matinée du vendredi, au lendemain de son post FB et le matin de sa participation à l’émission ? L’avertissement, entre les lignes, est clair : « si tu exécutes ce soir tes menaces, nous ne te défendrons pas en tant que corporation ». Il est toujours bon de rappeler l’avertissement du parquet militaire qui a interdit à tous les intervenants de violer le secret de l’instruction.

On soulignera au passage que le juge d’instruction, en fournissant le dossier de l’affaire aux avocats, a eu recours à une méthode cynique d’empêcher les fuites dans les médias : tout dossier remis est taggué en gros caractères et sur tout le long de la page par le nom de l’avocat ayant reçu le dossier en question. Nous pouvons en témoigner à Business News, nous avons eu à consulter des parties du dossier et ces parties ont toutes été tagguées du nom d’un avocat. Mais au vu de l’interdiction ferme du parquet, il nous était impossible de révéler le contenu. 

 

L’heure H est arrivée, Boubaker Ben Akacha a entamé son émission et elle était, dès le départ, orientée pour enfoncer Chafik Jarraya. Il ne saurait en être autrement puisque le contenu même de l’instruction enfonçait le lobbyiste. Pour donner l’impression faire l’équilibre, il a donné la parole à Fayçal Jadlaoui en le prenant en direct, mais sans présence sur le plateau comme les autres invités. Ceci permettait au journaliste de couper la parole à l’avocat quand il le désirait, ce qui a été le cas d’ailleurs. Les quelques 4 minutes de parole offertes à Me Jadlaoui ont été suffisantes pour que ce dernier tombe des deux pieds dans le « piège ». Il y a quelques mois, il a révélé le nom du principal témoin, hier il a livré les noms du chef du gouvernement, d’un patron de média, d’un ministre, d’un conseiller du ministre, sans pour autant dire ce qu’on leur reprochait. Vu qu’on connait le dossier, on sait que l’avocat était en train de brouiller les cartes et cherchait à politiser l’affaire, en jetant en pâture les noms de Youssef Chahed et de Mofdi Mseddi dans une tentative (vaine ?) de desserrer l’étau autour de son client. Une orientation de l’affaire ? Ça en a tout l’air.

 

Dès la fin de l’émission, les commentaires ont fusé jusqu’à samedi matin chez ceux qui suivent l’affaire de près, notamment les journalistes et les avocats.

« Il n’est pas du droit d’un média de mettre en place un procès parallèle d’un accusé en détention à la disposition de l’instruction. Ceci est contraire à la morale et à la déontologie dans les pays qui ont créé la liberté d’expression et ce dans l’objectif de préserver la justice de toute influence », a commenté l’expert des médias Maher Abderrahman, ex journaliste de la BBC et patron d’une société de production d’émissions journalistiques.

 « C’est contraire à la déontologie et vous ne participez pas à l’indépendance de la justice. Vous avez cherché à enfoncer un justiciable qui reste innocent jusqu’à son procès », a tancé l’avocat Nizar Ayed. « C’était orienté », a commenté le chroniqueur Sofiène Ben Hamida.

A dire vrai, et au vu du contenu global de l’émission, il y a beaucoup à dire d’un point de vue technique. Boubaker Ben Akacha  a réussi son coup en captant l’audience, a fait un bel effort louable en enrichissant le paysage audiovisuel d’une nouvelle émission, mais il a transgressé l’avertissement du parquet militaire en violant, ou en donnant l’occasion de violer, le secret de l’instruction. Tout dépend d’où l’on se place, mais c’est ainsi que l’on obtient la liberté d’expression. Reculer devant une telle ordonnance revient à perdre quelques avancées chèrement gagnées  en matière de liberté d’expression. Il est du droit du public de savoir, mais quid de la présomption d’innocence qui est également un droit des justiciables ? Un média peut-il jouer le rôle de juge ? Et quid du député qui avait besoin des médias pour faire barrage à la tentative de manipuler la justice au profit d’un suspect qui a de fortes chances d’être coupable au regard des documents fuités aux médias ?

 

En donnant la parole en duplex à Fayçal Jadlaoui, Boubaker Ben Akacha en fait trop ou pas assez. Pourquoi ne l’a-t-il pas invité sur plateau s’il voulait vraiment lui donner la parole ? Et pourquoi l’a-t-il invité à la base s’il ne cherchait pas à ce qu’il viole le secret de l’instruction ? L’avocat est en tout cas tombé des deux pieds dans le piège du journaliste.

Or, techniquement, Boubaker Ben Akacha n’avait pas à piéger quiconque, c’est contraire à la déontologie. Cette même déontologie qui n’a pas été respectée tout au long de l’émission, comme par exemple lorsque l’on montrait des coupures de presse sur l’écran en prenant soin de cacher le nom des médias, sauf pour Mosaïque FM, la radio où M. Ben Akacha travaille le jour, et où il était invité pas plus tard que ce matin. En clair, il profitait de son employeur du soir pour servir son employeur du matin. Et la réciproque est toute aussi vraie et pas uniquement chez M. Ben Akacha.

Le déroulement de l’émission et l’orientation qui lui a été donnée ont donc fait rebondir plusieurs professionnels du secteur, à commencer par le chroniqueur-polémiste même de l’émission, Zyed Krichen, qui a affirmé en direct sur le plateau qu’il n’était pas d’accord avec cette tournure. En clair, il s’est désolidarisé techniquement de son animateur parce qu’il a ressenti être dans une zone bien grise.

Que se passera-t-il maintenant ? Dans le milieu des avocats et des médias, on ne donne pas cher de la peau de Fayçal Jadlaoui qui a clairement violé le secret de l’instruction et envoyé balader le juge d’instruction et le parquet militaires. Si la loi est strictement appliquée, il devrait finir l’année en détention. Quant à l’émission, Boubaker Ben Akacha est appelé par plusieurs de ses pairs à en améliorer le traitement et la qualité pour réussir sur le long terme et obtenir le respect du public et de la corporation.

 

Nizar Bahloul

Commentaires (20) Commenter
Indépendance de la justice
amador
| 18-12-2017 20:38
C'est une affaire très simple mêlée par quelques intervenants lui donnant un arôme particulier ressemble fortement à la chakchouka tunisienne dans laquelle chacun y met ses ingrédients préférés à sa guise. Or, si je crois réellement à l'indépendance de la justice, je peux prétendre qu'il n'y a rien de grave dans le dossier de CJ. L'émission télévisée préparée minutieusement à l'avance, diffusée le vendredi soir dernier sur la chaîne 9, en était la parfaite preuve pour le mettre en examen auprès de l'opinion publique. Toutefois, ce qui est marrant dans cette affaire que les sept mois écoulés dans l'instruction n'auraient pas été assez suffisants pour le traduire devant la justice et l'inculper d'un quelconque crime ? Du coup, ils se sont allés directement aux médias pour attirer le regard de l'opinion publique en vue d'enfoncer encore davantage le justiciable dans l'espoir d'avoir gain de cause. À travers cette émission, ils jettent le pavé dans la mare pour salir son image auprès du public. Ce qui s'est passé réellement durant cette émission est très grave me semble-t-il ? En fait, elle me paraît qu'elle est contraire à la déontologie de la profession et à l'indépendance de la justice. Tout compte fait, j'ai la confiance totale à la justice tunisienne pour trancher cette affaire le plus tôt possible afin de ne pas perturber l'union nationale et envenimer la paix sociale.
wahdek
afour
| 18-12-2017 08:38
wahdek ya zied le grand reste toujours grand heureusement que toi aussi tu n'est pas tombe dans le piege de Ben akacha
@Watani
Abel Chater
| 17-12-2017 18:35
@Watani
De quelle fin qui s'approche, tu nous parles ?
Il faut que tu saches, que partout sur ce globe terrestre, il faut un peu de tout pour faire un monde.
Si à chaque embrouillement dans une affaire juridique ou sociopolitique en Tunisie, tu cris à la fin du monde pour tout un pays, que pourrais-tu donc dire aux Syriens, aux Irakiens, aux Yéménites, aux Libyens, etc?
absence de professionalisme
brahms
| 17-12-2017 18:15
j ai suivi l emission par ce que suis tombé dans le jeu du buzz marketing organisé par Boubaker ben Akacha qui cherche à se placer et c est légitimr comme un journaliste politique .il va jusquà convaincre un Zied Krichene de l accompagner ei ainsi lui donner cette crédibilité tant rechercée.ceci dit Zied est grand et il sait certainement oû mettre le pieds et à quel prix.
Pour revenir au contenu sortez moi une seule analyse ou reflexion faite par l animateur et on en parlera
Brahms
La fin s'approche!
Watani
| 17-12-2017 17:52
Chaque jour qui arrive nous montre une autre facette de la décadence à laquelle est arrivée notre pays! La fin, qui s'approche à grands pas, va être tellement terrible qu'on risque de sombrer réellement dans un réel abime! Il sera alors trop tard!
Un beau roman policier d'Aghatha Christie, bien illustré par Nizar Bahloul.
Abel Chater
| 17-12-2017 16:08
L'histoire policière dont vient de nous régaler Nizar Bahloul avec un langage chronologique compréhensible et objectif, nous montre clairement que la scène médiatique tunisienne commence à virer vers les mêmes manipulations lobbyistes judaïques d'usage en Occident.
Une toile d'araignée médiatique financée par les juifs, commence à élaborer chez nous les mêmes méthodes scénaristiques qu'ils utilisent partout en Occident. Moïse ou Mosaïque fm avec d'autres radios fm régionalistes, en collaboration avec des télévisions du même financement juif aux mains de leurs marionnettes de la sorte de pauvres journalistes comme Sami Fehri ou Moez Ben Gharbia, ainsi que Nessma de Silivio Berlusconi, etc., ne sont en vérité que des outils médiatiques aux mains de Shlomo & Lévy.
Le journaliste Boubaker Ben Akacha et l'avocat de Jarraya, Fayçal Jadlaoui, ne sont en vérité que les pions d'une partie d'échecs que le Harki Sahbi Ben Frèj, mène en collaboration avec ses propres commanditaires.
Une partie d'échecs entre les intelligentsias étrangères, au but de discréditer notre Justice ou du moins, de l'intimider suivant leurs propres plans sataniques, basés sur les intrigues et la zizanie dans tous les sens contre la réussite de notre transition démocratique. Ils omettent toutefois, qu'ils ont affaire à la Justice militaire de l'armée tunisienne et aux fils du très Honorable et Valeureux Général Rachid Ammar, le père de notre Révolution du 14 janvier 2011. Ils oublient qu'ils ont affaire à la Justice militaire, de l'une des armées les plus professionnelles de ce monde, notre merveilleuse armée tunisienne.
Tout le reste n'est qu'une partie perdue par toute force intrigante étrangère. Le peuple tunisien aime beaucoup son armée nationale et la respecte et a beaucoup de confiance en son honnêteté et en sa crédibilité. Tout le reste n'est qu'un boomerang qui retournera à la figure de tout intrigant contre notre transition démocratique.
La vraie démocratie, c'est avant tout, le respect de la loi, le respect de la Constitution, le respect de la Justice et la confiance en toutes les Institutions républicaines de notre patrie. Les médias ne feront jamais la loi.
Arrêtez de manipuler la justice et de nous prendre pour des c....
Un tunisien qui ne comprend plus rien.
| 17-12-2017 13:06
Les principaux partis politiques sont corrompus,
Beaucoup d'hommes politiques sont corrompus,
Beaucoup d'hommes d'affaires sont corrompus,
L'appareil judiciaire lui-même est noyé dans la corruption,
Tout ce beau monde veut à tout prix libérer les corrompus non par solidarité mais par peur de les rejoindre :
Jarraya ne va pas rester éternellement muet sur les grands dossiers,
Tout ce qu'il a fait, il ne l'a pas fait tout seul !!!
Donc BRAVO M.Boubaker !!!!
La morale de l'histoire !
Ben
| 17-12-2017 12:07
La morale de l'histoire est que:
-Les intérêts du pays sont relégués aux derniers plan, seul le buzz de monsieur Ben Akacha et le succès de son émission importent,
-Au diable les intérêts du pays, seuls les intérêts pécuniaires du bureau de maitre Jadlaui importent,
-Au diable les intérêts du pays, seuls les calculs politiques et les sondages importent, même si pour cela il faut user et abuser de discours populistes qui ramènent la notation du pays, son image, les réserves en devises et la valeur du dinars au plus bas.
Un véritable cirque, dans une république bananière où tout est sens dessus dessous.
Pour quand la fin de la récréation?
@patriote
veritas
| 17-12-2017 11:45
Tout à fait ,et plus que ça ....
Ceci explique cela
Le Patriote
| 17-12-2017 10:53
La neutralité n'existe dans aucun journal et dans aucun pays du monde. Si ce n'est pas le pouvoir d'un groupe politique, ou l'influence d'un lobby quelconque, c'est le pouvoir de l'argent qui détermine la ligne éditoriale d'un journal.Rares sont les journalistes independants specialistes des investigations qui protegent leurs sources d informations.On en est tres loin,a des annees lumieres.
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