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Chers médecins : Disparaissez un peu? qu'on vous voie !

Chers médecins : Disparaissez un peu? qu'on vous voie !
Par Amel Belkhiria

Ils sont à la une de tous les médias, ces médecins ! qu’est-ce qu’ils font comme bruit !

« Ils ne veulent pas aller aux régions de l’intérieur », dit-on. «Ils veulent rester dans leur petit confort, ces petits bourgeois sans cœur », scande-t-on. «Ils doivent avoir honte de refuser de servir la patrie », dénonce-t-on ! Mais qui sont ces résidents au juste ? Comment osent-ils se dérober à leur devoir d’aller soigner les patients où qu’ils soient ?

Ces résidents sont ces jeunes médecins stagiaires, qui, en parallèle avec leurs études et examens, assurent la consultation externe, la prise en charge des patients en interne, les gardes de nuits et de jours fériés. Ce sont des médecins qui, durant 5 ans, se tapent des semaines de 70 à 80 heures, sans jamais songer aux heures supplémentaires, ni même à un repos compensateur après une garde de 24 ou 48 heures. Ces résidents passent leurs 5 années de spécialité à sillonner le pays, à changer d’un hôpital à l’autre sans jamais se plaindre des conditions, ni de l’éloignement de la famille, ni de la paie qui ne couvre pas l’effort. Ils sont tellement épris par la noblesse de leur métier et la sacralité de l’apprentissage, qu’ils cèdent tout au passage.

Durant des années, ces médecins, aux côtés de leurs séniors, étaient la seule fierté de la santé publique en Tunisie, dont le délabrement des établissements, la médiocrité des conditions et le manque de matériel ne sont un secret pour personne.
Aujourd’hui, Monsieur le ministre de la Santé publique voudrait leur imposer trois années supplémentaires de Travail OBLIGATOIRE. Eh oui, à l’ère des libertés révolutionnaires, on perd son droit de CHOISIR son travail. En confisquant leur diplôme, pour lequel ils ont mis entre parenthèses 12 ans de leurs vies après le Bac, le ministre voudrait utiliser ces médecins comme monnaie électoraliste pour se racheter une autre vie politique.

Une fois ce projet de loi rendu public, tout le corps médical (tous grades confondus, toutes catégories confondues) a manifesté son refus. Les médecins pensent que le problème de la santé publique, notamment dans les régions intérieures, est bien plus profond et plus grave pour être résolu par la seule présence des médecins spécialistes. Les différentes expériences successives de « parachuter » des médecins désarmés, sans matériel, sans équipements, sans étude globale des besoins de la région en matière de prestation de soins, ont toutes été suivies d’un échec lamentable, et ce malgré les offres financières alléchantes présentées aux médecins spécialistes qui acceptent d’exercer dans ces hôpitaux. Les médecins pensent que d’autres solutions, moins populistes, doivent être envisagées car la seule présence d’un chirurgien ne peut pas sauver un patient lorsque le bloc chirurgical est hors-service, et les exemples étayant ce cas de figure sont multiples (à l’hôpital de Sidi Bouzid, il y a 6 chirurgiens orthopédistes qui n’ont pas opéré depuis 5 mois, car il n’y a pas de table opératoire).

Dès lors, la croisade contre les blouses blanches a commencé. On remet en cause le patriotisme des médecins et leur humanité. On les compare aux autres corps de métiers plus « performants », paraît-il. Les instituteurs par exemple qui exercent dans les régions intérieures pour quelques années avant d’être affectés aux chefs-lieux. Mais on oublie que ces instituteurs ont CHOISI de servir dans le public et pas dans le privé, ils étaient avertis, ils connaissaient la règle du jeu avant de s’engager, mais ce serait un luxe qu’on refuse à ces jeunes médecins qui avaient opté pour la médecine avec un cursus de 12 ans pour un médecin spécialiste et non 15 ans.

Pire encore, ces médecins seront non seulement réquisitionnés pour un travail forcé, mais aussi pour un chômage forcé et ce pour un nombre considérable d’entre eux, car le ministère ne pourra pas les affecter tous pendant 3 ans (à partir de la 3ème année, si cette loi passe, ils seraient au nombre de 1800 en sachant qu’aujourd’hui, le ministère n’est pas capable de maintenir en place 300 médecins spécialistes recrutés aux régions intérieures, et ce…. pour absence de matériel).

Je ne m’attarderais pas sur l’argument de manque affreux et scandaleux du plus basique du matériel, ni sur le fait qu’on a des médecins dont la spécialité est très pointue qu’on ne pourra jamais affecter en dehors des grands centres Hospitalo-universitaires (médecine nucléaire, Neurochirurgie, Hématologie et la liste est longue) et qui passeront 3 années à ne rien faire, si ce n’est assouvir l’entêtement du ministre, car cela a été dit et redit par tous.

Mais ce qu’on semble oublier, c’est les êtres humains qu’ils sont (eh oui, même les médecins sont des êtres humains), on semble oublier qu’à 32 ans (âge minimum d’un médecin spécialiste) on a envie de se stabiliser (si ce n’est déjà fait), on a envie de fonder une famille, d’avoir un foyer, on semble oublier que cette loi ne fera que prolonger le calvaire de pères et de mères qui se sont sacrifiés des années durant pour enfin voir leurs enfants devenir des médecins spécialistes diplômés et leur renvoyer l’ascenseur, car contrairement à ce que l’on pense, tous les médecins ne sont pas des fils de riches.

On semble oublier que la dignité humaine implique le droit de déterminer son destin et le droit de pouvoir….choisir son travail ! Le problème c’est que les premiers à oublier cela, sont les élus du peuple qui sont censés défendre ces droits, ce sont ces mêmes élus qui rédigent une constitution supposée respecter les conventions internationales interdisant le travail forcé, ratifiées par la Tunisie et bafouées par cette loi (la Tunisie est membre de l’Organisation Internationale du Travail depuis 1957, et elle a ratifié dans ce cadre 2 conventions concernant l’abolition du travail forcé).

Aujourd’hui, nos résidents ont déserté les hôpitaux car ils refusent la médiocrité, ils refusent de consentir à la manigance populiste que mène le ministre et les députés de son parti, ils refusent d’accabler le pays de leurs salaires pendant 3 ans alors qu’ils ne seront pas en mesure de les honorer, ils refusent de mentir à leurs patients et de truquer le pronostic de la santé publique en Tunisie !

Pour ces médecins, la bataille est celle de la dignité de la médecine en Tunisie, c’est celle de la dignité du patient qui a droit à une prestation de soins décente et non à une vulgaire poudre qu’on lui envoie aux yeux ! Unis comme jamais, les bistouris se révoltent pour rendre sa fierté à la Blouse Blanche !

#‎RévolutionDuBistouri‬

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Commentaires

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DR INH EHK
| 17-01-2014 16:06
J'espère que tu n'attraperas pas une grande maladie,car les médecins sont rancuniers malgré le serment de socrate transforme pour l'occasion en serment d'Hippocrate ou d'hypocrite.
Les médecins ont leur code d'honneur malgré la présence de brebis galeuses mais quand vous vous prenez aux Mandarins,là vous venez de vous tirez une balle dans le pied!!!!!

Béchir Toukabri
| 12-01-2014 21:09
1) C'est révoltant; Tous les commentaires sont a coté de la plaque.
2) Madame Amel défends bien la caste des medecins petits bourgeois. Elle ignore l'autorité du réel. Si les medecins sont devenus des vedettes c'est à cause de la stupidité d'un ministre incompétent.
3) Le point positif est que les Tunisiens savent aujourd'hui qui est pour la révolution, la justice sociale, et qui est contre quelquesoit les arguments présentés.

mbesr
| 11-01-2014 17:19
J'apprecie beaucoup votre intervention, mais je ne suis pas d'accord, car le participe passe ne s'accorde avec le nombre et le genre que s'il est utilise avec le verbe "etre" et non pas le verbe avoir. Par exemple une dame peut dire :"j'ai ete evervee par ..." avec respect de l'accord, mais "il m'a enerve..ou elle m'a enerve..." sans accord.
Encore une fois excusez le manque d'accents aigus et graves dans mon texte....

Abel Chater
| 10-01-2014 01:00
@mbesr
La phrase « il m'a énervée » est correcte.
Le complément d'objet direct (m') est antéposé au verbe ' le participe passé s'accorde en genre et en nombre avec son complément d'objet direct (qui désigne lilou). @lilou doit être dans ce cas, une femme ou une fille).
Je te prie à toi aussi, de me pardonner mon intervention, mais c'est pour t'aider à voir juste.
Bonne journée.

Abel Chater
| 09-01-2014 20:37
@lilou
Je regrette de te contredire. Le titre de l'article est correct.
On dit au subjonctif, qu'on voie et non pas qu'on voit.
On dit il voit au présent, mais pas au subjonctif.
J'espère t'avoir aidé et te remercie beaucoup pour m'avoir supporté.
Bonne soirée.

Abel Chater
| 09-01-2014 20:32
@Herr
D'abord, je regrette de ne pas pouvoir te vouvoyer, comme je ne te l'ai pas demandé, parce que la règle générale du chat, nous impose le tutoiement à tout le monde. Une manière d'être décontracté, vu que l'Internet n'est en vérité qu'un espace virtuel. Tu ne me connais pas et je ne te connais pas.
Ceci changerait, dans le cas où l'interlocuteur se ferait identifier officiellement et que le chat change en discussion bien qu'officieuse. Mais ce que nous faisons nous deux, n'engage personne à vouvoyer l'autre, ça ne fait que compliquer les choses. Et tu les compliques à ce que je comprends, car tu parles toujours de tout et de rien, sauf de la question que je te pose pour la troisième fois : «pourquoi le médecin allemand qui finance tout seul ses études et ne reçoit pas cette bourse, que tu dénigres les charges, ne demande à son patient que l'équivalent de trois heures de travail SMIG, alors que chez nous ces sangsues de la nation, demandent quatre journées de SMIG au citoyen qui leur finança toutes leurs études et toutes leurs bourses ?».
Sans me répondre à cette question, aie la bonté de mettre fin à notre discussion.
Merci beaucoup d'avance.

mbesr
| 09-01-2014 17:31
Le titre de l'article est correct de point de vue grammatical mais je suis contre le contenu. Par contre dans votre remarque "cela m'a énervée" contient une erreur grave d'accord, car le verbe "enerver" est conjuge au passe compose avec le verbe avoir donc doit etre ecrit "cela m'a énervé" sans e a la fin.
Il y'a des accents qui manquent dans ma remarque, car j'utilise un PC avec clavier Americain.

Herr
| 09-01-2014 17:17
@Hope
Merci du rappel ; ça ne fait pas de mal. Grace à vous Hope va avoir accès à l'article.
Juste une petite remarque : le Bescherelle n'est pas nécessaire aujourd'hui. Il existe un excellent site : le conjugueur. C'est sponsorisé par un journal français de droite mais c'est gratuit. Cordialement

Hope
| 09-01-2014 16:46
Madame, le verbe "voir" au titre de l'article est au "Subjonctif"! n'avez-vous jamais rencontré ce temps lorsque vous étiez à l'école? Alors juste pour vous rafraichir la mémoire, le verbe Voir au subjonctif se conjugue comme suit:
que je voie
que tu voies
qu'il voie
que nous voyions
que vous voyiez
qu'ils voient

alors je pense maintenant que vous pourriez lire l'article, et en même temps réviser votre bescherelle!

lilou
| 09-01-2014 14:25
la 1ere chose qui m'a sauté aux yeux c'est cette faute de conjugaison dans le titre même!
voir est un verbe du 3ème groupe :on voit et non on voie !
la honte! je n'ai plus envie de lire l'article du coup tellement cela m'a énervée

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