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Carthage Cement au centre de l’AGO de la Banque de Tunisie

Carthage Cement au centre de l’AGO de la Banque de Tunisie

 

La Banque de Tunisie (BT) continue sur sa lancée et réalise pour l’exercice 2018 d’excellentes performances. Malheureusement, cette avancée ne s’est pas répercutée sur le bénéfice de la banque, en baisse à cause d’une augmentation des provisions, les déboires financiers de Carthage Cement ayant fini par la rattraper. Résultat des courses, les petits-porteurs, ayant le sentiment d'être les boucs émissaires de l’histoire, ont clamé haut et fort une hausse du dividende. Mais c’était sans compter sur la poigne d’Eric Charpentier, soutenu par Mohamed Habib Ben Saâd, pour sauvegarder les fondamentaux de la banque et ne pas distribuer un semblant de «dividende fictif». 

 

L’Assemblée générale ordinaire de la Banque de Tunisie (BT) pour l’exercice 2018 s’est tenue ce mardi 23 avril 2019, sous la houlette du nouveau président du Conseil d’administration Eric Charpentier et du directeur général de la banque Mohamed Habib Ben Saâd, globalement dans une bonne ambiance, hormis le débat sur le dividende.

La séance a commencé par un hommage rendu à l’ancien président du conseil Michel Lucas disparu tragiquement fin 2018 et qui siégé depuis 20 ans dans le conseil.

 

 

Eric Charpentier a exprimé la satisfaction du conseil par rapport à la progression des résultats enregistrés en 2018, où une croissance forte et équilibrée a été enregistrée. Le rendement par action était de 28,77%. Ceci dit, le résultat net était en baisse pour différentes raisons qui s'expliquent par la politique prudente décidée par la banque. Outre la forte provision pour Carthage Cement de 34 millions de dinars exigée par la Banque centrale de Tunisie, la banque a pris le parti de se préparer aux risques conjoncturels et à un actuel redressement fiscal qu’elle subit avec une hausse des provisions, respectivement de 20 millions de dinars (MD) pour risque général non affecté et 20,7 MD pour le risque fiscal. L’établissement a décidé aussi de changer sa politique de réinvestissement exonéré, estimant que les risques sont plus importants que les bénéfices (en baisse de 30 MD). La conséquence est immédiate : l’impôt dû a pratiquement doublé, passant de 24,76 MD à 45,75 MD, payant un taux plein d’impôt de 40%.

Ces choix se sont répercutés sur l’exercice 2018, la BT finissant l’année dernière avec un résultat net en baisse de 18,7% passant de 135,95 millions de dinars (MD) en 2017 à 110,55 MD. S’ajoutent à ceci une contribution conjoncturelle de 5,08 MD et une contribution au fonds de garantie des dépôts bancaires de 8,26 MD, qui font augmenter les frais généraux de 53,2%.

C’est pour cette raison que le dividende a baissé à 0,250 dinar par action, mis en paiement à partir du 6 mai 2019.

 

 

Pour sa part, le Produit Net Bancaire (PNB) a progressé de 22%, passant de 268,54 MD à 326,58 MD. La banque a bénéficié, comme toutes les autres d’un contexte de taux favorable à la marge nette d’intérêt. Ainsi, les intérêts et revenus assimilés ont augmenté de 35% pour se situer à 400,46 MD alors que les intérêts et charges assimilés ont augmenté de 43,4% pour atteindre 216,08 MD.

Les dépôts ont augmenté de 8,6%, se situant à 3.745,13 MD alors que les crédits nets à la clientèle, freinés par le nouveau ratio crédit/dépôt, ont évolué de 7,4%, atteignant 4.465,44 MD. Le coefficient d’exploitation a atteint 31,7% (-2,4 points) pour un ratio de solvabilité de 13,86% et un ratio de liquidité 100,8%.

Les provisions pour Carthage Cement ont malheureusement affecté les créances classées qui augmentent de 36,61%. Le taux de créances classées est ainsi impacté passant à 8,7% alors que le taux de couverture passe de 73,7% à 60,60%.

 

S’agissant du résultat consolidé, le groupe Banque de Tunisie a réalisé un résultat net consolidé en baisse, passant de 141,01 MD à 112,31 MD. Le PNB consolidé est, quant à lui, en hausse de 20,98% passant de 277,90 MD à 336,23 MD. Dans ce cadre, M. Ben Saâd a précisé que toutes les sociétés du groupe sont bénéficiaires. La Sicav Rendement et l’Astrée Assurance y participent respectivement avec un bénéfice de 22,08 MD et 16,32 MD.

 

 

Vu son impact sur le bénéfice de la BT, le dossier Carthage Cement a pris une place prépondérante dans l’assemblée entre les explications du DG sur l’avancement du dossier et les inquiétudes des actionnaires exprimées à travers les différentes interrogations. Mohamed Habib Ben Saâd a ainsi indiqué qu’après la vente ratée de la cimenterie, la BCT a demandé aux banques de la place qui ont participé au financement de provisionner à hauteur de 25% des engagements. Récemment, un plan d’assainissement a été accepté par les pouvoirs publics qui prévoit une augmentation de capital via le compte courant associés et en numéraire. Il sera présenté prochainement. Suite à quoi, la cimenterie sera remise en vente en juin prochain.

En réponse à plusieurs interrogations tout au long de la séance, M. Ben Saâd a précisé que les engagements de la banque sont passés de 170 MD en 2009 banque 125 MD actuellement. Il a souligné que la cimenterie est le 1er producteur de ciment du pays, sa production est vendue localement et exportée en Afrique subsaharienne. Il estime que le niveau d’engagement actuel de Carthage Cement de 350 MD est supportable.

En réponse à une question, le DG a affirmé que la banque a des garanties : des hypothèques sur la carrière et sur l’usine. Mais que le problème ne peut pas être réglé devant les tribunaux, l’affaire étant d’ampleur nationale.

 

 

Autres faits importants, Mohamed Habib Ben Saâd a indiqué qu’il y avait en lice deux intéressés : un Marocain et un Portugais. Le Marocain allait proposer une offre avantageuse, sauf que certains problèmes administratifs ont été derrière la non-conclusion de l’affaire et qui sont en cours de résolution, notamment le changement de la vocation d’un terrain d’agricole à industriel et la réduction du nombre d’employés de 82 personnes. En outre, le Danois NLS, filiale du groupe FLSmidth, est sur le départ, le contrat d'exploitation s’achevant cette année et des négociations étant faites en ce sens, ce qui devra faciliter le vente. C’est donc, l’équipe tunisienne qui va reprendre la main. Pour lui, le provisionnement est suffisant et pas besoin de provisions supplémentaires.

Pour appuyer le DG, Eric Charpentier a souligné que ce dernier suit le dossier depuis des mois de très près, la banque étant le chef de file des banques qui ont accordé des crédits à la cimenterie. «On ne va pas se laisser plumer», a-t-il dit ironiquement pour calmer l’inquiétude des actionnaires.

 

Autre débat, celui du dividende, qui a suscité plusieurs protestations de la part des petits porteurs, qui ont remis le sujet sur la table à maintes reprises. L'actionnaire Mustapha Chouaïeb a donc réclamé son augmentation estimant que 0,250 dinar n’était pas suffisant et l’indexant tantôt sur l’euro et tantôt sur le prix des légumes.

Une doléance appuyée par le président de l’Association des actionnaires minoritaires "ADAM", Khaled Ahres et Abdessatar Ibrahim. Ce dernier pensant que le bénéfice distribué est un dénigrement aux actionnaires minoritaires puisqu’il représente à peine 2% de la valeur de l’action. Et d’appeler à ce qu’il soit maintenu à 400 millimes au niveau de l’exercice 2017. M. Ahres a exprimé, pour sa part, sa non-satisfaction de la politique de distribution des banques privées qui reste tributaire du bon vouloir des conseils d’administration et veut se diriger vers le législateur pour fixer des normes.

 

 

 

D’autres sujets ont été également abordés. Une analyste a demandé le taux d’engagement de la banque dans le secteur immobilier et le secteur touristique. A ceci, M. Ben Saâd a répondu que l’établissement avait très peu d’engagements dans la promotion immobilière et ses engagements touristiques sont passés de 8% à 5,2% actuellement et représentent 40% des créances accrochées de la banque. Mais avec l’amélioration du tourisme, la banque compte récupérer une bonne partie des provisions en 2019 et sur les années à venir.

S’agissant du redressement, il a expliqué que le fisc revient chaque fois avec une nouvelle philosophie et une nouvelle approche et que la banque croit en son bon droit et va aller aux tribunaux. C’est dans ce cadre qu’elle a pu récupérer 10 MD de provision sur un contrôle social, le procès ayant été gagné en cassation.

En ce qui concerne le réinvestissement exonéré, le DG pense qu’il est devenu très risqué surtout que le fisc refuse le portage (cession prévue à l’avance). Il a rappelé que la banque a été souvent traitée de non-citoyenne ayant réduit au maximum son impôt. Là, c’est l’inverse, on lui reproche de trop payer d’impôt.

 

S’agissant de l’affaire Aquarius, M. Saâd a noté que la banque a assisté à 55 audiences et qu’elle a subi 11 ans de procédures. On lui a affirmé que la décision finale est prévue pour le mois de juin prochain, en espérant qu’elle soit à l’avantage de la banque. L’affaire concerne 16 hectares au bord de mer et la plus-value sera importante.

Sur le volet du dividende, le DG a souligné qu’en comparant le Payout, la BT se positionne en tête du taux de distribution sur résultat net avec 51% contre 28% pour la Biat, 29% pour l’Amen Bank, 20% pour la BH, 21,6% pour l’UIB et 50% pour l’UBCI. En volume, la banque se positionne juste derrière la Biat.

Eric Charpentier a martelé, pour sa part, que le conseil d’administration a longuement débattu sur le sujet, qu’il a beaucoup hésité mais que voyant les réactions des actionnaires aux différentes problématiques et notamment à l’affaire Carthage Cement, il est conforté dans la décision prise. «On ne va pas distribuer un dividende fictif au dépend de la solidité de la banque, mais il fallait le courage de prendre des décisions difficiles ».

 

 

Au volet des perspectives, Mohamed Habib Ben Saâd a affirmé : «2019 s’annonce bonne avec une croissance plus forte que 2018». La banque a ainsi mis en place un plan de liquidité pour assurer un développement dans le respect des normes prudentielles. Elle s’attend à un développement de l’activité de 7% et une croissance du résultat brut d’exploitation de 15%. Les chiffres du premier trimestre confortent ces prévisions, avec un PNB en hausse de 27,3%.

 

Imen NOUIRA


 

 

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