Tunisie - Élus – électeurs : la confiance brisée

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Il est lointain le jour où les Tunisiens patientaient dans les très longues files d’attente pour insérer dans l’urne leur bulletin de vote. C’était il y a sept mois à peine, pourtant. Mais il n’en fallait pas plus pour que les électeurs, toutes tendances confondues, perdent confiance en leurs élus.
Leurs différends permanents, les petits calculs et les mesquineries de beaucoup d’élus ont entaché l’image générale de l’Assemblée nationale constituante.
L’affaire de l’augmentation des salaires y a ajouté une couche et la façon avec laquelle les élus ont traité cette affaire y a rajouté une autre. La confiance est brisée et il faudra beaucoup de temps pour que les choses reprennent leur cours normal.


La révélation de Business News relative à l’augmentation des salaires des députés, publiée mardi 22 mai, a provoqué toute une polémique dans le monde politique tunisien.
Première réaction de plusieurs élus : la négation. S’en est suivie une série de leçons à la presse tunisienne qui devrait vérifier ses informations avant de les publier. Plus tard dans la soirée, le jour de la publication, on a commencé par acquiescer à demi-mots.
Le lendemain, on essayait de relativiser en parlant d’augmentation de 600 dinars, puis de 900 dinars, puis de primes. Bref, après toutes les surenchères, on en est arrivée à la déclaration d’une élue d’Ennahdha qui a dit que le salaire n’est « que » de 4200 dinars et non de 4800 dinars, comme indiqué précédemment. La même, suivie comme par des soldats, par plusieurs de ses collègues élus (de différents partis, y compris ceux dits modernistes) est partie dans de longues diatribes pour essayer de justifier l’augmentation.

Selon ces élus du PDP et d’Ennahdha, et autres, la Tunisie fait des économies en octroyant ces primes ! L’explication est que les élus étaient pris en charge à l’hôtel et que, désormais, ils vont se prendre en charge tous seuls grâce à la prime logement de 900 dinars.
Une élue évoque la précarité de certains d’entre eux, au point que l’un des députés ait dû resquiller dans le métro, n’ayant pas les quelques centaines de millimes pour s’acquitter de son ticket !
Une autre évoque les différents frais téléphoniques, de photocopie et de déplacement que doivent supporter les élus.
Dans un entretien téléphonique avec Business News, un élu (dont on taira l’appartenance) nous dit qu’il est nécessaire que l’élu soit bien rémunéré afin qu’il soit à l’abri de la … corruption !
L’autre élément qui a déclenché la polémique est la confidentialité de la prise de décision de ces primes. La quasi unanimité des députés qui ont fait des interventions radiophoniques ont fait valoir la légalité de la chose, feignant d’oublier que ce n’était pas là le problème.
Comme si tout cela n’était pas suffisant, les élus d’Ennahdha et ceux du PCOT se sont amusés à s’accuser sur le parti qui était derrière l’idée d’octroi des primes et de l’augmentation, avec des menaces de procès en sus.
La dernière tromperie nous viendra de cette députée d’Ennahdha, aujourd’hui sur Mosaïque FM, qui dément une autre information de Business News relative au blocage momentané des salaires par le ministère des Finances. La décision a été prise hier et on a bien signalé qu’elle était sujette à révision, mais la députée a omis de préciser cela. Et après vérification, il s’avère que c’est une contre-vérité puisque jusqu’à jeudi à 17 heures, les salaires des élus demeurent encore bloqués.
On signalera qu’aucun député n’a évoqué le salaire de Mustapha Ben Jaâfar et des vice-présidents qui seraient nettement plus importants. Nous avons une idée sur le chiffre et nous ne manquerons pas de le révéler dès sa confirmation.
Et on signalera enfin qu’aucun député n’a évoqué, publiquement, les salaires que cumulent certains députés qui ont des postes de ministres ou de conseiller auprès du président de la République et qui recevraient une double rémunération. Un petit calcul et on ne serait pas loin d’un salaire à cinq chiffres pour ces cas là.

Les dénégations répétées, la recherche du bouc émissaire (la presse qui ment, c’est l’autre qui a décidé, nous ne sommes pas au courant), les informations cachées et les excuses fallacieuses présentées donnent en tout cas un triste spectacle qui n’honore point nos députés et pas uniquement ceux de la troïka. Loin de là.
Quand un Iyed Dahmani ou Mahmoud Baroudi, par exemple, essaient de justifier l’augmentation en disant que la Tunisie fait des économies, ils donnent tout simplement l’image de personnes qui se moquent de leurs interlocuteurs.
La raison est toute simple, car les députés n’avaient pas à la base à être pris en charge à l’hôtel. Ils ont un salaire de 2300 dinars qui leur suffit amplement à payer leur séjour à Tunis, en plus de leurs frais dans leur région d’origine. C’était ainsi de tout temps et depuis des décennies.
De plus, cette question de prise en charge ne touche pas les 217 députés, mais uniquement ceux qui ne sont pas originaires de la capitale. Selon nos informations, il y aurait quelque 90 députés qui résident dans le Grand Tunis et qui ne seraient pas concernés par cette histoire d’hôtel. Pourquoi donc bénéficieraient-ils d’une prime de transport et d’une prime de logement ?

Le salaire principal, de 2300 dinars, avoisine déjà 10 fois le SMIG et il est déjà supérieur à celui de l’ensemble des directeurs généraux de la fonction publique. Il représente presque le double du salaire d’un enseignant universitaire qui, lui aussi, doit se déplacer de sa région d’origine jusqu’au lieu de son travail. Et lui aussi paie de sa poche certaines communications téléphoniques et certaines photocopies pour ses étudiants.
Tout cela, les Tunisiens le savent et beaucoup sont déçus par les arguments fallacieux justifiant l’augmentation, comme si l’augmentation à elle seule ne suffisait pas. Tout comme ils sont déçus par ce manque de courage lorsqu’ils accusent la presse (et Business News spécialement) de diffamation.
L’autre déception vient suite à cette question de la confidentialité injustifiée, et le fait de souligner sa légalité, par plusieurs députés, ne fait qu’enfoncer le clou. Car on découvre que l’on a prévu carrément un texte de loi pour cacher aux Tunisiens ce que l’on veut. Et plusieurs voient dans ces manœuvres la volonté de ces élus de financer leur parti d’origine en lui accordant de belles ristournes.
Le pot aux roses est découvert, grâce à la presse libre. Et grâce aux réseaux sociaux, il a pris l’ampleur nécessaire pour pousser les élus à reculer.
Espérons juste qu’ils abandonnent l’idée même de ces primes, car ils n’ont vraiment pas à être payés comme des ministres d’autant plus que personne ne les a poussés à se présenter aux élections.
Ils disaient vouloir servir le peuple, qu’ils le servent alors et les 2300 dinars leur seront suffisants !

Crédit dessin :
Lotfi Ben Sassi

Raouf Ben Hédi
25 commentaires
ETRE OU NE PAS ETRE
tara |29-05-2012 15:21
Au fait la question n'est pas être démocrate ou ne pas l'être, mais :
qu'est ce que la démocratie?
pourquoi veut- on être démocrates?
et comment parviendrons-nous à l'être avec cette poignée d'incompétents ??????
Cimetière de la gloire
tara |29-05-2012 15:13
Au cimetière de la gloire, il n y a pas cession à perpétuité, c'est dit:
je voudrais transmettre un message subliminal à tous les membres de l'ANC :
"de temps à autre un homme se dresse, en ce monde, étale sa fortune et proclame : c'est MOI
sa gloire vit l'espace d'un rêve frêle...
déjà la mort se dresse et proclame : c'est MOI!
O.KHAYAM

moralité: votre espace -vie est un feu de paille, ô vous, valeureux députés!!!!!!!!!!!!
PERCUTANT!
tara |29-05-2012 15:04
MERCI POUR CET ARTICLE MONSIEUR RAOUF,
VRAIMENT, CHAPEAU!!!!!!!
J'ESPERE QU'ILS AURONT HONTE DE LEUR ROUBLARDISE CES DEPUTES!
@Simon
J'aimais le Jasmin |26-05-2012 23:33
Simon, le cas psychiatrique, c'est plutot celui qui continue a s'en prendre a l'opposition alors que LES GOUVERNANTS ont des comportements indecents. Autrement dit, il faut balayer devant sa porte avant de critiquer son voisin.
L'opposition doit faire gaffe !!
je dis la vérité |25-05-2012 19:56
J'adresse un message inquiétant à tous ceux qui sont élus et qui sont soit disant dans le camps de "l'opposition" :

1/ soignez vos propos en vous adressant au public, à travers les médias. Pas de mots durs contre la "majorité". Les tunisiens sont sensibles aux propos blessants.

2/ Clarifiez vos programmes en vue des prochaines élections. Serrez vos rangs.

3/ Ennahda commet faute sur faute, mais ce mouvement a derrière beaucoup d'ignorants.
nos électeurs ignorants dans leur majorité
je dis la vérité |25-05-2012 19:34
Votre article ne relate pas, malheureusement la triste réalité. Nos élus qui gouvernent actuellement le pays savent très bien que le peuple tunisien n'est pas suffisamment instruit pour discerner ce qui est bon ou mauvais. Nous allons supporter ces hypocrites encore pour longtemps.
Mille et une façons d'arnaquer l'état.
Ridmir |25-05-2012 18:07
Vous dites confiance brisée OUI c'est sûr, mais dés le début nous l'avons pressentit et dit à haute voix, un avis partagé entre plusieurs lecteurs fidèles de BN. C'est clair et nette ils s'en fichent éperdument du sort du pauvre minable citoyen. Coûte que coûte chercher le moyen le plus facile à s'enrichir un de leurs favoris qui les préoccupent en ce moment. Ils sont soucieux, avertis que le temps ne jouera pas à leur faveurs, à présent et aux prochaines élections donc ramasser le maximum de fric et quitter cette scène politique pourrie le ventre gros et les poches pleines et dire c'est de l'argent « HALAL ».

R.F :alias Ridmir. Originaire de la ville de Monastir
« Mes pensées sont libres. Je suis en paix avec mes pensées »
Prenez une calculette svp
nanou |25-05-2012 16:52
2900 dinars x 217 = 629 300 dinars
629 300 x 18 mois = 11 327 400 dinars
+
(imaginons que les ministres ont la même solde)
2900 dinars x 80 = 232 000 dinars
232 000 x 18 = 417 600 dinars
au total 15 503 400 dinars...
qu'ils sont compatriotes nos gouvernants, les pauvres nous devrions faire une collecte pour eux. je comprends pourquoi ils sont encore à la 1ere phrase de la constitution, ils ont le ventre vide donc ils ne peuvent se concentrer. J'appelle tous les Tunisiens de faire une collecte de nourriture pour nos pauvres elus qui sont dans le besoin...nous avons se que nous méritons car s'ils nous prennent pour des cons c'est que nous le sommes puisque nous les laissons faire après notre pseudo revolution.
Maya Jerbi a refusé ce salaire de la honte.
Carthage Libre |25-05-2012 14:56
BN pourquoi vous mettez ce que l'on appelle "opposition" (en fait la majorité chez le peuple tunisien) et les vautours d'Ennahdha? Pourquoi vous n'avez pas publier l'intervention de Mme Maya Jeribi devant cette même Constituante, au nom du Parti Républicain pour refuser ce salaire de la honte? Soyez objectif je vous prie! Cette proposition d'augmentation vient directement d'Ennahdha, eux les pieux et honnetes gens.
RBH, vous projetez vos états d'âmes sur 10 MILLIONS DE PERSONNES ?
Simon |25-05-2012 12:03
Mais bon sang, mais ce n'est plus seulement du partisanisme, c'est une condition psychologique, voire psychiatrique ?

Ce n'est pas parce que vos champions du PDP vont se prendre une belle raclée aux élections que toute la Tunisie a perdu confiance.

Loin de là.
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