Tunisie – Béji Caïd Essebsi à la conquête de la majorité non islamiste

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Partant des résultats des élections du 23 octobre 2011, on ne peut que déplorer l’émiettement du vote. Seul le parti Ennahdha a pu tirer son épingle du jeu. De là à réfléchir à restructurer le paysage politique afin de réussir les conditions de l’alternance, ce n’est qu’un petit pas que Béji Caïd Essebsi (BCE) a franchi en lançant son initiative de Nida’ Tounes (l’appel de la Tunisie). Mais la crédibilité acquise de BCE, suite à la réussite de sa présidence du gouvernement de transition, suffit-elle pour faire le poids face à Ennahdha ? Et, surtout, parviendra-t-il à exorciser les diables des ex-RCD ?

De prime abord, une analyse objective de la situation tunisienne après la révolution du 14 janvier 2011 ne peut mener qu’à une valorisation de l’action entreprise par Béji Caïd Essebsi (BCE) et par son équipe gouvernementale qui sont parvenus à réaliser une transition en douce en Tunisie suite à des élections démocratiques et transparentes.
La personnalité de BCE n’est pas étrangère à cette réussite et y a gagné beaucoup de crédibilité auprès de la population autochtone mais aussi chez la communauté internationale. Si Béji a fait l’unanimité autour de lui et les éloges lui parvenaient de tous les bords.
Le vide de la scène politique aidant, le Premier ministre de la transition a été vite promu leader charismatique d’une société qui croit beaucoup au génie du ‘Chef’. Et, même une bonne frange de la classe politique, a vu en la réussite de BCE un bon tremplin à exploiter pour se hisser au devant de la scène. Mais chacun y allait à sa manière et selon ses convenances et petits calculs politiques.

Par ailleurs, il y a deux familles politiques intéressées par une telle initiative. D’une part, les destouriens et autres RCDistes qui veulent se refaire une virginité, en se dissociant de la ‘dictature’ de Bourguiba et de la ‘Mafia’ de Ben Ali. Béji Caïd Essebsi est parvenu à balayer d’un revers de main son ‘histoire’ avec ces deux régimes. Pourquoi pas eux ?
Les partis démocratiques de centre-gauche, comme le PDP, Ettajdid ou Afek Tounes sont aussi tentés par l’exploitation du potentiel de cette figure emblématique, qu’est désormais si Béji, eux qui ne sont pas parvenus à faire de l’ancrage au sein des masses populaires, véritables réservoirs électoraux, comme l’ont indiqué les résultats des élections du 23 octobre 2011.
Toutefois, l’apport de l’ex-premier ministre n’est pas perçu de la même manière chez ces différents partis politique. Ainsi, certains ont accepté sans problème son leadership, convaincus qu’ils sont de la nécessité de sa présence au haut du piédestal pour tirer profit électoralement de son image reluisante auprès de la population et, surtout, éviter les combats de coqs, pour diriger le nouveau parti, ce qui risquerait d’avorter le projet. On pense notamment dans ce clan à Ahmed Brahim et Kamel Morjane.

Une autre frange de partis politiques a voulu limiter l’apport de Béji Caïd Essebsi à une présence symbolique derrière cette initiative, le sage auprès duquel on cherche le bon conseil, voire la bonne parole. Ils n’ont juste pas repris les paroles de Rafik Abdessalem que son âge biologique en politique a expiré. Le leadership, ce n’est pas son affaire. Dans ce clan, il y a notamment Ahmed Néjib Chebbi, Amor S’habou mais, aussi, Mohamed Sahbi Basli.
Pour preuve de ce différend, alors qu’Ahmed Brahim et Kamel Morjane étaient assis aux côtés des fondateurs de Nida’ Tounes, Amor S’habou s’est retiré de l’initiative et ne s’est même pas déplacé. Néjib Chebbi a délégué Mongi Ellouze pour représenter le parti au lancement de Nida’ Tounes alors que Mohamed Sahbi Basli a quand même assisté, sachant qu’il n’a pas d’avenir politique en dehors de cette initiative.

Fait notable, Saïd Aïdi, ministre d’Emploi du gouvernement de transition et membre directeur du parti républicain, était par contre au milieu des membres fondateurs de l’initiative. Tout laisse croire qu’il va geler son membership au parti républicain, comme l’a fait Boujemaâ Remili pour Ettajdid.
L’architecture de la disposition de l’assistance lors du discours de Béji Caïd Essebsi a déjà donné une idée sur la première ligne du nouveau parti, en rapport avec ces diverses prises de position. Les organisateurs ont attendu la dernière minute pour mettre une rangée de chaises devant où se sont assis les membres fondateurs, Ahmed Brahim, Kamel Morjane, Saïd Aïdi, etc. Un signal fort pour dire que cette ligne constituera la cheville ouvrière de Nida’ Tounes, non pas ceux de la désormais deuxième ligne formée de Sahbi Basli, Mohamed Jegham, Mongi Ellouze et, même, Mohamed Sayah.

L’autre signal, adressé à l’UGTT, n’est pas passé inaperçu. C’est dans le discours même de Béji Caïd Essebsi qu’il a reconnu l’apport de la centrale syndicale dans la révolution, alors qu’il lui a renié toute coloration politique ou partisane. ‘Les locaux de l’UGTT ont constitué des relais pour les jeunes contestataires’, a-t-il notamment dit lors de son discours.
L’ex-premier ministre a également rappelé l’initiative de la centrale syndicale pour apaiser la vie politique et rabaisser la tension, afin de permettre la réalisation des objectifs de la révolution. Si l’on ajoute à cela la visite qu’il a rendue le 25 février à la place Mohamed Ali pour exprimer son soutien à l’UGTT, on comprend facilement le rôle important qu’il accorde à la centrale syndicale comme relais pour la réussite de son initiative sur le plan social.
Il est à rappeler, à ce niveau, que les objectifs politiques annoncés de la direction de l’UGTT ne diffèrent pas de ceux de l’initiative de si Béji, appelant à la décrispation de la situation et se positionnant en tant que force de propositions, qui contribue à la réalisation des objectifs de la révolution.

A l’actif de Nida’ Tounes donc, l’image reluisante de son leader, l’expérience des destouriens, la fougue des tajdidiens et autres démocrates indépendants et une perche tendue à l’UGTT. Mais, comment vont-ils éviter les critiques sur le retour des RCDistes à travers ce parti ?
Béji Caïd Essebsi a certes affirmé qu’il faut mettre fin à l’exclusion arbitraire en procédant à des poursuites juridiques en bonne et due forme contre tous ceux qui ont commis des délits qu’ils soient des personnalités politiques ou des hommes d’affaires, faisant ainsi d’une pierre deux coups.
Il est d’une part pour la reddition des comptes et ne s’est donc pas prononcé pour un pardon direct au nom de la réconciliation nationale. Il a, par ailleurs, régulièrement rappelé ces derniers mois des impératifs de la justice transitionnelle. D’autre part, il s’est prononcé contre une exclusion arbitraire des RCDistes de la vie politique pour des raisons électoralistes.
Un tel positionnement satisfait certainement une bonne frange de la population qui cherche plutôt une justice transitionnelle sereine qu’une vindicte populaire. Mais le mouvement Nida’ Tounes aura-t-il la force de pénétration nécessaire pour communiquer ces idées centristes au sein de la population en dehors des réseaux de l’ex-RCD ?

En tout état de cause, Béji Caïd Essebsi vise, surtout, la conquête de la majorité de Tunisiens non islamistes, car il ne faut pas perdre de vue que sur les 4 millions de votants, le 23 octobre 2011, pas moins de 2,5 millions d’électeurs se sont prononcés contre les islamistes.
Plusieurs observateurs pensent qu’il est nécessaire d’éloigner les RCDistes ‘véreux’ de ce projet politique pour assurer sa réussite. Mais est-ce possible alors que tout le monde sait que la politique n’a jamais été propre ?
That’s the question.

Crédit photo :
Ayoub Z - Groupe Récupérons notre pays sur FB

Mounir Ben Mahmoud
61 commentaires
bonne initiative
asma |19-06-2012 11:51
Bien que je suis pas d'acc sur qlq points mais nul ne peut dire le contraire à ce que BCS a pu mené bien la Tunisie au moment de la transition que maintenant... espérant que son initiative unira les tunisiens
ou kèn thib blédik
houda |19-06-2012 10:01
Unissons nous tous autour de Nida Tounes.
Initiative courageuse
ALIA |19-06-2012 09:54
BCE a conduit une transtion réussie malgré le leg immonde des decennies ben ali et les deux mois catastrophiques de ghannouchi au lendemain du 14 janvier. il est entrain de construire une force politique qui sera la pierre angulaire de la furuture démocratie tunisienne. car il n'y pas de démocratie sans perpectives d'alternance et sans une force rivale équivalente à celle de nahdha
pardon au moderateur...
riadh |18-06-2012 21:53
pardon au moderateur... mais voila aussi la 2 eme meilleure contribution des lecteurs selon moi... (ca vaut une contribution !!)

hess |17-06-2012 17:44 Nida tounes. C'est un cri de détresse ou d'impuissance. BCE a trop cafouillé lorsqu'il avait le pouvoir, en évinçant indument plusieurs hauts cadres et personnalités politiques et hommes d'affaires et en préparant naïvement le terrain aux islamistes. Beaucoup de gens en voulant casser avec le passé ont été trompés par des pseudo politiciens et des arrivistes. ZABA et son RCD ont laissé un gouffre derrière eux...Plusieurs tunisiens (des millions) sont maintenant dans le désarroi et cherchent encore l'oiseau rare. BCE est trop vieux et ceux avec lui sont aussi trop vieux (Filali, B.salah, Baccouche...). Les autres manquent de charisme et n'ont pas le calibre de leaders ou sont comme on dit "des cartes brûlées" (Jegham, Morjan...). Cependant l'initiative est à saluer rien que pour combler le vide et montrer ce que plusieurs tunisiens attendent de leur révolution : démocratie, liberté, mais aussi ordre et paix, et aspirent à être gouvernés autrement que par gens avides seulement de pouvoir et voulant imposer une théocratie dure, sans modernisme ni développement social et économique.
rien a dire de plus moi aussi, merci froza
riadh |18-06-2012 21:51
orza |17-06-2012 19:35 C'est la gauche tunisienne qui a casse le RCD par l'intermédiaire de l'instance Ben Achour. L'isolation et la dissolution de l'RCD a crié un vide politique et surtout un vide de machine électorale que les vrais démocrates (Ettakatol, PDP, PDM, Affek, MDS, Tunisie verte etc.) n'ont pas pu remplir. Ennahda avec ses équipes qui étaient présents tout le temps et attendaient l'heure zéro n'a trouvé aucune résistance pour vaincre contre une gauche dispersée et un RCD dissolu. Ennahda veut comme les frères musulmans en Egypte qu'on fasse le travail de nouveau pour leur victoire et je pense que les démocrates ne devront avoir aucun intérêt à isoler et empêcher des ex RCD de se présenter aux élections. Une dictature religieuse est la menace principale pour la Tunisie et Ettakatol et le CPR n'ont pas le poids ou la volonté pour contrer l'hégémonie d'Ennahda.
merci BCE
riadh |18-06-2012 21:43
ps; jamais vu autant d'attaques sur ce forum,

lol lol lol

une lettre de BCE les fait devenir fou,

un petit nouveau parti les rend malades lol

comment un "vieux " de 85 ans fait tramebler toute une génération nahdhoui de 30 ans plus jeune lol

le maitre face aux eleves frondeurs :)

mais...qui gere mieux la TUNISIE et TOUS les tunisiens?

en 1 an et demi, on le sait clairement aujourd'hui non??

tchao ennahdha
tchao salafiste

hello drapeau rouge au croissant et a l etoile
hello la Tunisie de toute les ambitions possible

by by ben laden
@Citoyen tunisien
riadh |18-06-2012 21:40
et bien la vache, vous proclamez a vous tout seul , mr "Citoyen tunisien", de représenter 5 catégories de tunisiens à vous seul...

ca va l'ego ? calmez vous et on pourra peut etre discuter nchalah...

ps : les gens de la marsa ou de tunis sont à 100% tunisiens comme vous, alors du calme svp, il n y a pas de "complot" on est tous dans la merde, avec nos "diversités" sociales ou religieuses..
un sacrifice est demandé
riadh |18-06-2012 21:36
BCE devrait faire "un sacrifice" et exclure à la bonne occasion un exRCDiste illustre, même si
honnete, de son parti..
c est nul, mais je croit "qu on a besoin d'un mouton sacrificiel pour offrir une virginité à son initiative" qui alors gagnera facilement
a citoyen tunisien
CHEBBI |18-06-2012 20:49
si vous haissez tant les francophiles comme vous semblez l'ecrire ,comment expliquer vous
-que les jeunes chomeurs qui au prix de leur vie tentent de rejoindre l'europe
-que l'elite de beaucoup de pays arabes et du monde partent en occident et surtout la france pour parfaire leurs connaissances se perfectionner et esperer y trouver une place
-la constitution francaise le code civile de J;J ROUSSEAU sont encores copiés et etudies
-le rayonnement culturel francophone est reconnu meme et surtout par le monde entier
le peuple francais decouvre,invente,reflechit ecritique et avance pendant que d'autres maintiennet leurs peuples dans l'ignorance la precarité et s'occupe plutot de leurs soireés futiles et parfois immonde ou de posseder des Yoth luxeux et pousser la futilité jusqu'a mettre une robineterie en or bref;;;;
il ne faut pas enfin ne PAS CRACHER DANS LA SOUPE QUI VOUS A NOURRI ET PEUT ETRE EDUQUÉ alors !!!!!!
-
arretons votre Ombrilisme pensez a votre pays
chebbi |18-06-2012 20:33
depuis longtemps les arabes sont connus pour etre une nation qui S"est ''definitevement entendu a NE PAS S'ENTENDRE''et encore une fois nous voila confronté a ce VICE
on peut critiquer l'initiative de si BEJI mais elle a le merite de tenter tous ceux qui refusent la politique tournée vers un monde fermé,obscurantiste ,retrogade et arriéré mais de continuer d'affirmer notre SPECIFICITE de pays moderne; evolué disposant de competences et civilisé;
Notre place geographique ,notre histoire le brassage qu'a vecu notre pays nous place sans conteste ouvert a toutes les cultures du contour mediterraneen expliquant notre ouverture vers l'occident et notre PLACE place particuliere dans le monde arabo-musulman pratiquant un islam tolerant et moderé
devant ce constant et la plethore des arrivistes ''qui bombent le torse'' si BEJI de part son age et surtout son charisme et experience pourrait declencher une redistribution politique representative des courants politiques tunisiens
ALORS n'essayons pas tout le temps de vouloir demolir toutes tentatives de sortir le pays de cette situation dramatique caracterisée par une tendance obscurantiste importée et a mon avis destructrice de notre specificité et une opposition dont chacun se veut le leader et lechef
faisons le paris de pascal cet homme est charasmatique et ne pourra pas empecher des jeunes d'asseoir leur experience politique et d'assurer la releve ;
d'autre part il y a un moment ou il faut savoir mettre fin a la vengeance, la jalousie mal saine et l'EGOCENTRISME : IL FAUT SAVOIR S'UNIR et regarder l'avenir et non se dechirer pendant que la troika et surtout les extremistes continuent de tisser leur implantation sans contre-pouvoir
les exactions , la barbarie de la semaine passée contre nos institutions notre elite et surtout les SENTANCES DE MORT proclamées par des illuminés et obscurantistes doivent nous faire reflechir et choisir le moindre mal
c'est pourquoi l'experience,le charisme et l'autorité de cet homme integre par ailleurs justifierai le choix d'aider si BEJI et son mouvement a sortir le pays de son impasse
les tunisiens aiment bien les fortes personalités tel un chef de navire qui en periode de tempete emmene le bateau TUNISIE a bon port
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