Quelles chances à l’initiative de l’UGTT ?

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Par Lotfi LARGUET

L’événement de la semaine est, sans aucun doute, l’initiative de l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens qui espère réunir sous une même bannière la majorité gouvernementale, les partis de l’opposition ainsi que les acteurs de la société civile pour trouver une issue à une crise qui prend l’allure, malgré les apparences et une certaine amélioration de la situation sécuritaire et économique, de paralysie de l’Etat et du pays.

Cette initiative est venue, rappelons-le, après une flambée de violence qui a secoué le pays d’une manière à la fois inhabituelle, par sa férocité et le sentiment de haine et de rancœur qui l’animait, et par sa coordination et sa généralisation à plusieurs régions du pays en même temps, ce qui a eu pour don d’inquiéter toutes les parties prenantes au processus de transition politique qui ont décelé un véritable danger planant sur son aboutissement.
Auparavant, toutes les parties ne souhaitaient plus se retrouver autour d’une table pour essayer de discuter de l’intérêt du pays ; la majorité s’appuyant sur sa légitimité électorale et refusant donc de tendre la main à l’opposition engageant une fuite en avant dont on ne voyait plus le bout ; alors que l’opposition mettait en doute la capacité des gouvernants et leur volonté de résoudre les problèmes du pays.
La majorité faisait donc la sourde oreille que ce soit à l’Assemblée nationale Constituante (ANC) où elle menait son « bateau » toute seule indépendamment des positions et des avis des élus de l’opposition, ou au niveau de la gestion quotidienne du pays où le gouvernement prenait les décisions unilatéralement tout en essayant de mettre la main sur les rouages de l’Etat.

Devant cette situation de blocage et d’incompréhension totale, et face aux dangers qui montaient de toutes parts, l’UGTT, fort de son statut historique et de son influence auprès de tous les acteurs politiques y compris auprès d’Ennahdha qui s’était évertué auparavant à tenter de l’amadouer voire de la mater, a donc pris cette initiative de proposer une issue de secours qui aurait pour avantage de sortir le pays de la crise politique et de réinstaller le dialogue entre toutes les composantes de la scène politique et de la société civile.
Autrement dit, la Centrale Syndicale souhaite réinstaurer le dialogue et établir une sorte de consensus sur toutes les questions ayant une dimension nationale. Ceci se ferait dans le cadre d’un Conseil national qui réunirait tous les partis et les organisations de la société civile, et qui, sans remettre en cause la légitimité de l’ANC, permettrait à tous les présents d’accorder leurs violons et donc de s’entendre sur les prochaines grandes décisions relatives à la vie politique et à la réussite de cette seconde période de transition démocratique.
Cependant, le plus dur serait, à notre humble avis, de voir toutes les parties concernées se mettre d’accord sur les principes premiers, fondateurs de ce consensus. En effet, l’UGTT a proposé à tous les acteurs qui souhaitent se réunir autour d’une même table d’entériner une série de principes généraux qui serviront de fondement au futur Etat tunisien et aux caractéristiques de la société tunisienne.

Ces principes sont les suivants :
* La préservation de l’Etat civil, du régime républicain démocratique et des acquis du peuple tunisien ;
* Le respect des droits de l’Homme et la garantie des libertés publiques et individuelles, et la consécration de la citoyenneté et de la justice afin de rompre avec l’autoritarisme ;
* Le refus de la violence, le respect de l’avis contraire, l’acceptation de l’autre et l’obligation de s’opposer au terrorisme et à tous les appels à l’utilisation de la violence ;
* La garantie de la neutralité de l’administration, des mosquées, des entreprises économiques, éducatives et universitaires et la mise en place des mécanismes de contrôle ;
* La reconnaissance aux institutions de l’Etat d’être considérées comme les seules garantes et responsables de l’application de la loi et de la protection des institutions, des biens et des personnes, et de veiller au respect des droits et libertés ;
* Et enfin, l’élaboration d’un nouveau schéma de développement afin de réduire les inégalités sociales et régionales, de lutter contre la pauvreté en encourageant l’investissement et la culture du travail et de la production.

Il s’agit donc d’une sorte de Pacte Républicain qui constituerait la plate-forme commune à tous les protagonistes.
Si les partis libéraux et démocratiques ou de gauche ont déjà approuvé l’initiative de l’UGTT, le gouvernement semble, lui aussi, y être favorable.
Maintenant, et si on revient à l’histoire récente, et notamment le déroulement des travaux de la Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la transition démocratique, et des réformes politiques, certains partis dont Ennahdha avaient refusé à l’époque ce pacte républicain qui les engageait à une certaine forme d’Etat et de société qu’ils ne souhaitaient pas implicitement.
Aujourd’hui, les exigences d’un consensus sont nécessaires si l’on veut vraiment éviter au pays des soubresauts qui risqueraient d’emporter ses assises et de le faire entrer dans un tourbillon de violences dans lequel personne, du moins en apparence, ne désire le voir entrer.

Ce consensus devrait toucher un certain nombre de questions qui se rapportent notamment aux blessés et aux familles des victimes de la révolution, à la consécration de la transparence dans le recrutement pour l’emploi et la mise en place de mécanismes pour assurer un minimum de couverture sociale, à la mise en place d’une feuille de route pour la fin de l’élaboration de la constitution et l’organisation des élections, à la composition de la future institution qui sera chargée d’organiser les élections et sur la loi électorale, à la composition de la Haute instance indépendante de l’information, à la consécration des mécanismes pour la mise en place de la justice transitionnelle, des modes de désignation des hauts fonctionnaires de l’Etat et la garantie de la neutralité de l’administration, ou à la réforme des forces de sécurité afin de concrétiser l’idée de la sécurité républicaine.

Bref, de quoi remettre le pays et le processus démocratique sur une bonne voie à moins que l’une ou plusieurs parties n’usent de moyens dilatoires pour faire capoter une proposition judicieuse dans ce contexte historique traversé par notre pays.
7 commentaires
Il faudrait,d'urgence,un Conseil National de Dialogue entre...
ZZZ |25-06-2012 11:08
Marzouki et Jebali.
Sophisme
stoura |25-06-2012 10:08
Il est urgent de cesser de recourir au sophisme et de céder au terrorisme intellectuel de l'UGTT. Cette organisation où sont retranchées des franges idéologiques agressives fait semblant d'être neutre et de chercher l'intérêt général. Or, les mouvements menés ne défendent que des intérêts particuliers très étroits: Ils écartent les chômeurs qui ont animé le soulèvement. Ils alourdissent les dépenses de l'état pour rémunérer le laxisme. Ils bafouent la valeur du travail. Ils créent un climat de violence qui risque de mettre en péril le caractère civil de l'état et de la société.Ils cherchent à transcender tout le monde pour rester impunis. Puisque l'ugtt a une constitution déjà prête pourquoi a-telle appelé à une assemblée constituante? On aurait dû faire un raccourci. Ses dirigeants restés les seuls organisés sous le règne de Ben Ali à qui ils ont décerné l'écusson d'or etc. sont des pyromanes qui deviennent des sapeurs pompiers. Dans une démocratie, les partis politiques font la politique, les organisations de la société civile au vrai sens du terme ont des intérêts à défendre et restent des soupapes de sûreté. Tout le reste c'est du sophisme y compris le discours de Jourchi.
initiative UGTT
tunisien |25-06-2012 10:04
La ou la situation du pays nécécite des personnages à la hauteur de la responsabilité, on trouve bien un lion de l'UGTT, qui essaie de baliser un chemin de sortie des crises généralisées ce qui rend l'initiative de ESSEBSI comme l'ane de la situation.
Les dés sont jetés
G&G |25-06-2012 09:35
L'UGTT wfa a3liha erray.
Rebelote. à la prochaine dans deux décennies.
oui, mais
ikbal |24-06-2012 23:15
bonne initiative, mais il faut qu'il y ait des décideurs sérieux,pas de ceux qui disent la chose et son contraire dans une même phrase, pas de ceux qui accusent et ne font aucune proposition, tout dialogue est bon pour tous,il faut de la patience,des compromis et le respect de la parole donnée. Quand on voit que même les textes écrits et signés ne sont pas respectés,on a des doutes!!!
le point de non retour
kr |24-06-2012 20:22
c'est la dernière chance à saisir par le gouvernement. Puisque tous les politiques ont manqué de patriotisme au lendemain du soulèvement populaire pour former un gouvernement d'union nationale. C'est l'occasion pour montrer leur regret d'avoir été responsables de la situation actuelle et du retard causé. Sans chercher à faire des comparaisons avec des pays qui se trouvent dans des situations pires . Nous voulons mieux .
Ceux qui travaillent!
naceff |24-06-2012 19:36
Si l'UTICA et les autres syndicats professionnels rejoignent l'initiative de lUGTT,en escamotant,pour un temps,leurs intérêts réciproques en trouvant un consensus.Ce serait un coup de massue pour les autres parties.Elles ne pourront jamais s'opposer au monde du travail_
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