En Tunisie, la chariâa s’injecte à petites doses

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Par Nizar BAHLOUL

Jeudi 26 juillet, un tremblement de terre est survenu dans les locaux de la présidence du gouvernement à la Kasbah et d’Ennahdha à Montplaisir. Houcine Dimassi, ministre des Finances claque la porte en évoquant des raisons que la majorité des médias et des partis de l’opposition ne cessent de répéter depuis des mois : la mauvaise gestion du pays par un gouvernement qui pense davantage aux élections et au parti qu’à son pays.
La messe est dite, tout le reste n’est que de la littérature.
De deux choses l’une, soit on est aveugle, sourd et doté d’une terrible mauvaise foi. Auquel cas, on rejette l’ensemble des déclarations de M. Dimassi, des observateurs et analystes politiques et du gouverneur limogé de la Banque centrale de Tunisie pour ne croire que les belles paroles de Samir Dilou and co.
Soit, on écoute ces différentes critiques et on essaie d’y répondre en apportant les solutions adéquates dans l’objectif de sauver le pays du marasme certain dans lequel « on » l’a engouffré.
Visiblement, c’est la première option qu’ont choisie Ennahdha et le gouvernement avec la stratégie de la fuite en avant et la tactique de la diversion.

Au lieu de parler de la dégradation de la note souveraine, du limogeage du gouverneur de la BCT, des motifs de la démission du ministre des Finances et de la question de l’indemnisation, Ennahdha a mis sur le tapis un projet de loi relatif à l’atteinte au sacré et un texte constitutionnel remettant en cause (dans la forme du moins) l’égalité de la femme avec l’homme. Diversion réussie.
En parallèle, la scène médiatique assiste (choquée) à la descente spectaculaire d’agents de la Douane sur les studios de la chaîne Ettounssia et les locaux de leurs clients, annonceurs publicitaires.
La scène syndicaliste assiste, pour sa part, à l’arrestation de quelques uns de ses dirigeants qui auraient été, selon la centrale syndicale de l’UGTT, torturés.
Et tout cela se passe en plein mois de ramadan, en pleines vacances, sous une chaleur estivale torride et dans des rues terriblement infectes. On parle carrément de choléra.
Avec cet ambitieux programme nahdhaoui, on était d’accord que la Tunisie allait reculer de quelques siècles, mais même le meilleur expert en prospective n’aurait parié que le retour en arrière s’accompagnerait par des retrouvailles avec des maladies officiellement et mondialement éradiquées.

Ce qui s’est passé la semaine dernière s’explique-t-il par une tentative de diversion de nos gouvernants aux événements chaotiques de la semaine d’avant, ou par une réelle politique (à moyen et court terme) du parti islamiste ?
Quelle que soit la réponse, les Tunisiens sont appelés à lutter sur plusieurs fronts simultanément. Le front économique, le front de la liberté d’expression, le front de la liberté de création, le front de la justice, le front du droit syndical, etc.

En sept mois, le pouvoir essaie d’injecter des lois et de prendre des décisions visant à mettre la main sur l’économie, à attirer les faveurs des extrémistes et à limiter des libertés acquises depuis des décennies.
- Gouverneur de la BCT limogé.
- On parle de l’indemnisation des anciens prisonniers politiques, sans préciser que ceux qui étaient accusés de terrorisme ou de tentatives de coups d’Etat sanglants en seront exclus.
- On s’apprête à criminaliser toute atteinte au sacré fermant ainsi le bec à toute critique de la religion, à toute recherche religieuse (dont le processus passe inévitablement par le déni), à tout prosélytisme. Tel qu’il a été soumis, le projet de loi criminalisant l’atteinte au sacré est si élastique que de simples articles journalistiques, dessins, caricatures, sketches ou films pourraient être considérés comme blasphématoires et sanctionnés de deux ans de prison.
- On propose un texte où l’on écrit que la femme est le complément de l’homme et il s’agit là de la première pierre ôtéesud mur de l’égalité hommes-femmes non encore construit entièrement.
Nos femmes (mères, sœurs, épouses et filles) qui aspiraient, il y a quelques années, à obtenir l’égalité de l’héritage se trouvent acculées à revenir en arrière pour défendre des points acquis depuis longtemps. Qui d’entre-elles « oserait » encore parler d’égalité de l’héritage maintenant ?
- Point angulaire de tous les droits, la justice. Celle-ci était aux ordres et, visiblement, on tient à ce qu’elle y demeure.
Sans justice indépendante, il est impossible de faire valoir ses droits. Que dire alors quand cette justice se trouve "pendante" à Dieu ?!

Naturellement, l’ensemble de ces arguments seront balayés d’un revers par le gouvernement. Naturellement, quelqu’un comme Samir Dilou jouera les vierges effarouchées et dira que ce ne sont que des diatribes et surenchères.
Naturellement, quelqu’un comme Mustapha Ben Jaâfar dira « mouch s’hih » (ce n’est pas vrai), les gens d’Ennahdha sont respectueux des libertés et des Droits de l’Homme. Soit. Qu’ils disent ce qu’ils veulent, on pensera ce qu’on voudra.
Mais quelles que soient les réponses mielleuses que donnent Samir Dilou, Ennahdha, le gouvernement et ses alliés en carton (CPR + Ettakatol), quels que soient les arguments que donnent leurs toutous (de plus en plus nombreux), les Tunisiens sont appelés à ne JAMAIS oublier les deux lapsus révélateurs de Hamadi Jebali : le premier en parlant du « califat », le second en parlant de « dictature naissante ».
Si l’on est de mauvaise foi, on pourrait même dire que ces deux lapsus sont les véritables lignes directrices du parti au pouvoir.
Tout ce que l’on observe là, ce ne sont que les premières marches d’un long escalier (descendant) vers l’objectif final : le califat islamique.
Abdelfattah Mourou, membre fondateur d’Ennahdha, l’a avoué, il y a un moment, lorsqu’il a dit que la génération actuelle est fichue, il faut tabler sur leurs enfants.
Ridha Belhadj, du parti extrémiste Ettahrir, l’a annoncé, il n’y a pas longtemps sur Mosaïque FM, en disant que ce que fait le gouvernement actuellement n’a rien à voir avec l’Islam. Ennahdha ne fait qu’observer la politique du pas à pas, dit-il, estimant que cette politique est trop lente et trop souple.

Les faits sont là. Les signaux avant-coureurs sont là. La Tunisie de demain risque de ressembler à l’Arabie Saoudite d’aujourd’hui et à la Libye d’hier.
Aux Tunisiens de choisir laquelle des versions retenir, celle que lui chantent les Marzouki, Ben Jaâfar et Dilou ou celle que lui crient l’opposition des zéro virgule et les médias de la honte.

Nota Bene : Constat amer après l'arrestation de mon confrère et ami Sofiane Chourabi pour avoir consommé de l'alcool sur une plage déserte à 5 heures du matin : Au lieu de s'occuper de ceux qui appellent au meurtre, au nom de l'Islam, ou de ceux qui n'ont pas de quoi boire ou manger, ce pouvoir s'occupe de ceux qui boivent et ne pratiquent pas une religion dont ils n'ont cure. Cela en dit long sur l'ordre des priorités dans la Tunisie de la révolution.

47 commentaires
et pourquoi pas ?
adell |07-09-2012 11:30
quelle est ton problème avec la chariâa, ya wilek, tu te rappellera de ces deux mots, j'en suis sure.
@ B N : la coalition d'athés autour de nizar bahloul
m.s |17-08-2012 12:35
le journal électronique B N qui est de toute évidence entre les mains de nizar bahloul est un journal qui tente de réunir le maximum d'athés, de déracinés, d'islamophobes pour contrecarrer le choix de la majorité des tunisiens lors des dernières élections. tous ses articles véhiculent une haine aux valeurs islamiques il se barricade derrière le déjà acquis qui n'est autre que les déformations successives de ces valeurs par la colonisation et ses disciples( bourguiba et son géolier ben ali ) .malheureusement pour vous; vous labourez dans la mer : l'islam est là malgrés vous et il n'a pas besoin qu'il soit reconnu de vos semblables (que vous essayez de réunir) . et c'est la chariaa qui nous impose d'aller par petites doses comme vous dites n'oubliez pas qu'elle nous parvient du CLEMENT ET MISERICORDIEUX peut etre que vous la préférez en une seule dose !!! vous étes incapable d'assimiler la moindre des révélations de l'islam vous etes plein de doute parmis les malheureux. LOUANGES A ALLAH MAITRE DES MONDES
@ABOU JAHL
Kikou |08-08-2012 22:29
Belle analyse pour ceux qui croient qu'Ennahdha est un phenomene passager...Bravo Aboun Jahl
@abeille : Je rectifie un tout petit peu.....
je dis la vérité |07-08-2012 00:20
@BN
abeille |05-08-2012 17:37
"dont ils n'ont cure", et non "dont il n'en ont cure" ; "jouer les vierges effarouchées" et non "jouer aux vierges effarouchées". C'est certes un point de détail, mais c'est important d'écrire correctement !

@abeille :
On peut dire :
"jouer les vierges effarouchées"
"jouer aux vierges effarouchées"
"prendre des airs de vierges effarouchées"

N.B. était dans son bon droit d'écrire "jouer les..."

"dont je n'en ai cure", " dont on n'en a cure", "dont nous en avons cure", etc..
Probablement, c'est une coquille qui est passé pendant la frappe par le rédacteur lui-même. C'est fréquent. Une bonne relecture est à recommander.
Merci, toujours pour la vigilance.
dures a cuire
canalou |06-08-2012 19:30
les fanatiques ont une carapace et vivent dans leur bulle .ils appellent a leur liberte et se mettent en victime avec des monsonges . Ensuite de victime ils deviennent bourreau . Ce que je reproche a B ali c est de ne pas avoir reagit au bon moment pour assurer une culture politique au peuple pour pouvoir se proteger contre l extremisme .Il les a combattus sans nous informer sur leur realite. i.l en a fait des victimes , alors que c est nous, les patriotes independants qui sommes des victimes de la guerre des politiques . De loin je prefere la stabilite des gouvernements precedents au virage dangereux que nous vivons aujourdhui .
Absolument
berliner |06-08-2012 13:53
Je suis tout à fait d'accord avec vous monsieur Bahloul, et comme le dit un de vos lecteur, faites attention à vous. je sais, c'est malheureux de dire ça, mais c'est une réalité. Nous sombrons de jour en jour vers les ténèbres, comme le montre si bien la caricature d'aujourd'hui. Le plus désolant dans tous cela, c'est les femmes qui appuient le projet de loi de ce partie *** qu'est ennahdha,
Bon courage
LA MESSE ETAIT DITE
ABOU JAHL |06-08-2012 13:51
Ennahdha agit en suivant un plan mais elle compte surtout sur la prédisposition de la société tunisienne à l'application de la chariaa. L'islamisation de la société tunisienne (et de toutes les sociétés arabes d'ailleurs) n'est pas un phénomène lié uniquement à l'influence d'un parti religieux, mais il s'agit d'une maturation d'un processus latent maintenant depuis une trentaine d'année au moins. Les régimes de Bourguiba et de Ben Ali ont essayé de le combattre, de l'endiguer, de le contrôler, de le récupérer, voire même de l'accompagner (on se rappelle des 'uvres dans ce sens telles que la banque ou la radio Azzaitouna ainsi que les cérémonies officielles ritualisées en grande pompe et ce depuis quelques années avant la chute du régime). A mon humble avis, la conjonction de deux paramètres ont déclenché le processus : d'un coté l'attitude de l'occident, se sentant leurs intérêts menacés par la révolution iranienne, vis à vis de l'islam. A noter aussi la présence de plus en plus importante d'une population immigrée musulmane et de plus en plus revendicatrice de droits religieux qui vont à l'encontre des valeurs morales et laïques dans les pays d'accueil. Toutes les réactions à ces agissements ont été interprétées comment étant une attaque contre l'islam et les musulmans. Si on doit retenir une date ça sera celle de l'affaire Salmane Rochdi qui a « conforté » l'opinion publique arabo-musulmane dans la fameuse théorie du choc des civilisations Le second paramètre est la révolution médiatique et la circulation de l'information via les chaines satellitaires.. La médiatisation des conflits par des chaines de télévision qui véhiculent un projet wahhabite en toute « impunité éthique » ; la couverture des deux guerres du golf, la guerre d'Israël contre Hezbollah et contre Hamas à Gaza , le conflit armé dans l'ex Yougoslavie et en particulier en Bosnie, dans l'Afghanistan'a un seul but celui de montrer que l'islam et les musulmans sont persécutés et qu'il existe un plan de la part de l'occident allié aux juifs afin de soumettre les musulmans, les humilier etc.'Cette couverture est doublé d'un discours de propagande qui essaie de culpabiliser les musulmans afin qu'ils se rendent compte que s'ils subissent ce sort c'est parce qu'ils se sont éloignés des préceptes de l'islam originaire d'abord et qu'ils ne combattent pas les impies à l'extérieur qui le menacent et leurs complices qui les gouvernent à l'intérieur. Cette stratégie était payante et le moment propice fut le jour quand on a organisé des élections libres et démocratiques. Ennahdha n'avait qu'à tendre le bras pour cueillir un fruit mûr. Il n'avait nullement besoin de faire campagne ou dépenser des sommes colossales et ce quelque soit le mode du scrutin. L'erreur de la société civile (dont une grande partie s'est convertie en partis politiques) et des partis politiques républicains démocratiques et laïques est d'analyser et d'agir à travers le prisme des valeurs politiques modernes ancrées depuis des siècles dans des pays qui ont eu un cheminement historique qui leur est propre. Vraisemblablement, l'opposition persiste à faire les mêmes erreurs ; elle n'a pas compris qu'elle a affaire à une société (dans sa majorité) qui n'a pas de traditions démocratiques et de surcroit endoctrinée et irrationnelle ( il suffit de voir que les partis qui sont arrivés en tête des élections sont ceux qui tiennent des discours démagogiques)
Il faut se rendre à l'évidence qu'une grande partie de la bourgeoisie et des hauts fonctionnaires (y compris dans l'armée et dans la sécurité) se jette dans les bras d'Ennahdha et « prête allégeance et dévotion » sans qu'elle le leur demande d'ailleurs. C'est ahurissant le nombre de ces opportunistes qui se sont pris d'une piété soudaine.
Remarque :J'espère que mon commentaire ne connaît pas le même sort (non publié) que celui relatif à l'ISIE et K Jendoubi dont j'assume seul la responsabilité des propos.
Ne pas avoir peur
cheguivara positif |06-08-2012 13:42
Ne pas avoir peur. Telle doit être la devise des tunisiens libres. Le masque est tombé depuis fort longtemps sur les visées réelles du gouvernement actuel et les soit disant lapsus avaient dévoilé les intentions réelles. Votre question sur le choix que doit faire le tunisien entre un régime saoudien et je dirai même un régime irano-saoudien et un régime démocratique moderne des zéro-virgule est la vraie question. Malheureusement, le tunisien ne sera pas dans les meilleurs conditions pour y répondre car la pression à laquelle il est soumis par les salafistes et par certaines parties au pouvoirs risque fort de peser lourd sur la balance. La peur oui la peur qu'on essaie de faire régner dans le milieu syndical, dans la rue, chez les femmes, les intellectuels et même chez les islamistes modérés, cette peur doit être bannie, doit être même utilisée comme le moteur de la résistance contre la dictature naissante, contre le retour en arrière. Les chefs de partis sont les premiers qui doivent donner l'exemple.
@Bravo Nizar
KArim |06-08-2012 13:36
Vous avez retracé en quelques lignes la tunisie d'aujourd'hui et celle de demain. Les tunisiens auront ce qu'ils méritent. Une vrai dictature religieuse et oui il fallait y pensé avant. Avant de d'aider la CIA à chasser leur protecteur Ben Ali. les traitent vont payer trés cher leur traitrise. Allez tous au diable
critique du parti ou critique de l'idéologie ?
vrai Tunisien |06-08-2012 13:03
Mr Bahloul, avec tous mes respects, mais crois tu que tu es en train de critiquer un parti politique qui gouverne ou tu es en train de présenter ton opposition à l'idéologie de ce parti. un peu de professionnalisme svp.
Conseille : si tu veux faire la politique, il faut adhérer à un parti et non à un journal (même électronique)
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