BCBG et BCT et le dilemme du dinar tunisien

Businessnews.com.tn | publié le 05/06/2017 09:47

Par Noomane Fehri

 

Je me suis livré à un exercice rapide et objectif pour mesurer la performance des gouvernements successifs depuis la révolution en utilisant un seul indicateur : taux de change Dinar-Dollar.

 

Cet exercice est bien évidement non complet car on ne mesure pas la performance économique par le simple indicateur du taux de change, aussi,  on ne mesure pas la performance des gouvernements par les indicateurs économiques seulement : il y a la sécurité, le bien être, la distribution des richesses …etc.

 

Mais ceci dit, cet exercice nous donne une simple appréciation assez objective

1- Béji Caïd Essebsi : le taux de change est resté constant à 0.70 à l’entrée et à la sortie du gouvernement

2- Troïka : le taux de change TND/USD est passé de 0,70 à 0,61 en 2 ans, soit une moyenne de 4.5 points par an (ou 8% par an)

3- Mehdi Jomâa : le taux de change TND/USD est passé de 0,61 à 0,52 en une année. Soit une moyenne de 9 points par an  (ou 15% par an)

4- Habib Essid : le taux de change TND/USD est passé de 0,52 à 0,45 en 18 mois. Soit une moyenne de 4,3 points par an (ou 8% par an)

5- Youssef Chahed : le taux de change TND/USD est passé de 0,45 à 0,41 en 9 mois. Soit une moyenne de 6 points par an (ou 8% par an)… s’il n’y a pas de redressement d’ici août

Je vous laisse tirer vos propres conclusions …

 

Mais il me semble qu’il y a quelques points importants à souligner :

-  Quel que soit le gouvernement, la politique de change n’est pas encore la bonne et elle nous emmène vers les abysses.

-  Une très grande partie des problèmes administratifs que nous vivons prend sa logique dans la législation de change

-  Le dilemme de la politique de change est le suivant : doit-on arriver à la valeur réelle du dinar en le laissant glisser ? Ceci a l’avantage de protéger l’économie formelle, mais ça encourage l’économie informelle. En effet, pendant ce temps, la BCBG (Banque Centrale de Ben Guerdène) grignote des parts de marché conséquentes à la BCT (Banque Centrale de Tunisie ). Et elle sera très vite la Banque Centrale qui fait la pluie et le beau temps en Tunisie.

Ou bien, doit-on libérer le dinar tout de suite, et subir la chute de la livre égyptienne d’octobre 2016 ?

 

Conclusion :

 Libérer le dinar (le rendre totalement convertible) va certainement avoir des effets perturbateurs sur l’économie, de premier abord.  Mais dans le moyen terme, ça ne peut qu’être  bénéfique. Ceci va libérer les énergies créatrices, surtout celles des jeunes du 21ème siècle,  et va certainement réduire la paperasse administrative non nécessaire de nos jours.

Une feuille de route claire et agressive,  pour libérer le dinar est plus qu’urgente pour contribuer à la sortie du marasme économique.

Une Task-force regroupant des spécialistes du gouvernementaux et d’autres pourrait cerner tous les tenants et aboutissants de cette question en moins de trois mois, et pourrait présenter au gouvernement les différents scénarios pour 2018-2019. Ces scénarios doivent être adoptés par le gouvernement avant la fin de 2017.

Sachant le gouvernement est très pris dans les feux de l’action, Youssef Chahed et Fadhel Abdelkafi, pourraient commissionner un rapport contenant les différentes options et leurs implications.

 

Biensûr, Il y a toujours une différence entre  la théorie et la réalité du marché. Il serait préférable d’impliquer des personnes compétentes et qui ont été dans le feu de l’action aussi.  A titre d’exemple, le couple Jalloul Ayed (ministre des Finances du gouvernement BCE), connu pour être très proactif,  et Mustapha Kamel Nabli (gouverneur de la BCT en 2011), connu pour être très prudent, était le couple le plus performant depuis la révolution sur cette question (voir le point 1 ci-dessus). Des spécialistes et praticiens comme eux  ou d’autres (et il y en a plusieurs Tunisie) peuvent travailler sur la question.

 

Il faut aussi aborder cette question avec les principes de l’économie du 21ème siècle et non pas les principes de l’économie des années 70 … car le monde a changé depuis et continue à changer très rapidement. 

BCBG et BCT et le dilemme du dinar tunisien

publié le 05/06/2017 09:47

Par Noomane Fehri

 

Je me suis livré à un exercice rapide et objectif pour mesurer la performance des gouvernements successifs depuis la révolution en utilisant un seul indicateur : taux de change Dinar-Dollar.

 

Cet exercice est bien évidement non complet car on ne mesure pas la performance économique par le simple indicateur du taux de change, aussi,  on ne mesure pas la performance des gouvernements par les indicateurs économiques seulement : il y a la sécurité, le bien être, la distribution des richesses …etc.

 

Mais ceci dit, cet exercice nous donne une simple appréciation assez objective

1- Béji Caïd Essebsi : le taux de change est resté constant à 0.70 à l’entrée et à la sortie du gouvernement

2- Troïka : le taux de change TND/USD est passé de 0,70 à 0,61 en 2 ans, soit une moyenne de 4.5 points par an (ou 8% par an)

3- Mehdi Jomâa : le taux de change TND/USD est passé de 0,61 à 0,52 en une année. Soit une moyenne de 9 points par an  (ou 15% par an)

4- Habib Essid : le taux de change TND/USD est passé de 0,52 à 0,45 en 18 mois. Soit une moyenne de 4,3 points par an (ou 8% par an)

5- Youssef Chahed : le taux de change TND/USD est passé de 0,45 à 0,41 en 9 mois. Soit une moyenne de 6 points par an (ou 8% par an)… s’il n’y a pas de redressement d’ici août

Je vous laisse tirer vos propres conclusions …

 

Mais il me semble qu’il y a quelques points importants à souligner :

-  Quel que soit le gouvernement, la politique de change n’est pas encore la bonne et elle nous emmène vers les abysses.

-  Une très grande partie des problèmes administratifs que nous vivons prend sa logique dans la législation de change

-  Le dilemme de la politique de change est le suivant : doit-on arriver à la valeur réelle du dinar en le laissant glisser ? Ceci a l’avantage de protéger l’économie formelle, mais ça encourage l’économie informelle. En effet, pendant ce temps, la BCBG (Banque Centrale de Ben Guerdène) grignote des parts de marché conséquentes à la BCT (Banque Centrale de Tunisie ). Et elle sera très vite la Banque Centrale qui fait la pluie et le beau temps en Tunisie.

Ou bien, doit-on libérer le dinar tout de suite, et subir la chute de la livre égyptienne d’octobre 2016 ?

 

Conclusion :

 Libérer le dinar (le rendre totalement convertible) va certainement avoir des effets perturbateurs sur l’économie, de premier abord.  Mais dans le moyen terme, ça ne peut qu’être  bénéfique. Ceci va libérer les énergies créatrices, surtout celles des jeunes du 21ème siècle,  et va certainement réduire la paperasse administrative non nécessaire de nos jours.

Une feuille de route claire et agressive,  pour libérer le dinar est plus qu’urgente pour contribuer à la sortie du marasme économique.

Une Task-force regroupant des spécialistes du gouvernementaux et d’autres pourrait cerner tous les tenants et aboutissants de cette question en moins de trois mois, et pourrait présenter au gouvernement les différents scénarios pour 2018-2019. Ces scénarios doivent être adoptés par le gouvernement avant la fin de 2017.

Sachant le gouvernement est très pris dans les feux de l’action, Youssef Chahed et Fadhel Abdelkafi, pourraient commissionner un rapport contenant les différentes options et leurs implications.

 

Biensûr, Il y a toujours une différence entre  la théorie et la réalité du marché. Il serait préférable d’impliquer des personnes compétentes et qui ont été dans le feu de l’action aussi.  A titre d’exemple, le couple Jalloul Ayed (ministre des Finances du gouvernement BCE), connu pour être très proactif,  et Mustapha Kamel Nabli (gouverneur de la BCT en 2011), connu pour être très prudent, était le couple le plus performant depuis la révolution sur cette question (voir le point 1 ci-dessus). Des spécialistes et praticiens comme eux  ou d’autres (et il y en a plusieurs Tunisie) peuvent travailler sur la question.

 

Il faut aussi aborder cette question avec les principes de l’économie du 21ème siècle et non pas les principes de l’économie des années 70 … car le monde a changé depuis et continue à changer très rapidement. 

Noomane Fehri
Commentaires (13) Commenter
Comptes en devises, avec 5 pour cent de pénalité
Fadi
| 06-06-2017 17:17
C'est la nouvelle dérogation pour ceux qui détiennent des devises (omlä saäba, dans le langage des années 60).
On copie le Maroc, et l'Algérie, c'est comme si quelqu'un après sa faillite, il a acheté un pétard mouillé.
Et si tu nous fais le VRAI bilan de...
hakiki
| 05-06-2017 22:30
Malta go? Est ce les dividendes vantés(6M' )couvrent au moins le service bancaire?(200 M' 8% de Taux et sur 5 ans seulement)
Le dibar n'est pas politiqiue
Tunisie Polémique
| 05-06-2017 15:48
M. Noomane Fehri parle du dinar comme s'il faisait de la politique. Le dinar mérite plus que çà et puis ne parlons pas de réglementation des changes là où il n'y en pas. Se battre contre le vent c'est çà votre task force et lors on aura donné l'impression de faire quelque chose, comme d'habitude d'ailleurs.
Il est temps que l'Etat se cantonne au contrôle et libérer l'économie et le citoyen.
rz
| 05-06-2017 13:58
Il faut tout libérer dans ce pays,le dinar et tout le reste, et supprimer toute autorisation pour entreprendre, et que tout citoyen qui veuille entreprendre ne trouve aucun obstacle en face de lui ni coupeurs de route ni saboteur de pipe line.
Courage
Sami
| 05-06-2017 12:54
Il faut complètement changer la réglementation de change ki date des annees 60 et ki est extrême penalisante a tout point de vue et crée l'informel !
En conclusion ?
Watani
| 05-06-2017 12:41
L'actuel gouverneur devenu trop vieux doit se recycler il est dépassé par les nouveautés mondiales.un jeune avec une bonne expérience EST INDISPENSABLE .
Assez de démagogie
Mohamed DJERBI
| 05-06-2017 12:18
Ya si Noomene, vous avez instauré la carte devise pour permettre à nos jeunes talents de pouvoir acheter à l'étranger librement un logiciel ou quelques pièces éléctroniques.
Votre trouvaille a été utilisée principalement pour parier sur les jeux de football.
En 2011, certains faux experts et malintentionnés de surcroit ont suggéré que les entreprises exportatrices ainsi que les actionnaires de ces dernières puissent avoir des devises à l'étranger pour faire des affaires et nous ramener les dividendes après. Ces autorisations ont permis à certains de faire fuire le plus légalement du monde et de spéculer contre le dinar et s'acheter des biens immobiliers à l'étranger.
Ya Si Noomane, si le dinar est mal mené c'est parce que le gouvernement veut que ce soit ainsi. Devant ces yeux, les banques mettent l'épargne publique à la disposition des concessionnaires auto pour vendre à crédit des voitures importées en devises et roulant avec du carburant importé. Mieux que cela, le gouvernement accorde des réductions des droits de douane pour l'importation des voitures.
Avant de libérer le dinar et de nous livrer ligotés aux banques étrangères, essayez au moins d'arrêter l'hémorragie de devises, encourager les gens qui veulent travailler et lever tous les obstacles qui empêchent phosphate gafsa et les champs pétroliers du sahara de travailler
IL FAUT TOUJOURS ETRE REALISTE
LIBRESPRIT
| 05-06-2017 11:52
Car il n'y a pas mieux que LA REALITE des choses...SVP crions fort sur tous les toîts: 'RIEN NE VAUT LA REALITE DES CHOSES'.
Ya nari ala Tounis...
DHEJ
| 05-06-2017 11:50
Un autre génie de l'UGET...

Un nul.
Oui...mais
Chokri bjz
| 05-06-2017 11:23
Il est indéniable, qu'une économie de marché dynamique, ne puisse fonctionner sans liberté de change.
Il est tout aussi flagrant, concernant la Tunisie, que la liberté de change, ne puisse précéder les grandes réformes, nécessaires à l'abandon des archaïsmes qui grèvent les grands équilibres des comptes de l'état (déficit budgétaire, déficit de la balance commerciale), malmenés par l'aventurisme économique et le laxisme budgétaire qui ont suivi le 14 janvier 2011.
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