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Chroniques

Au tour de la peine de mort maintenant

Au tour de la peine de mort maintenant

Par Marouen Achouri

 

Nous vivons dans un pays merveilleux. Nous oscillons entre mauvaises nouvelles et déceptions d’un côté, et de magnifiques avancées et de réels motifs d’espoir de l’autre. C’est le cas quand on a passé quelques jours à suivre les tribulations moyenâgeuses du palais de Carthage pour ensuite être les témoins d’une réelle révolution législative avec le vote de la criminalisation du racisme et de la discrimination.

 

Hier, l’assemblée a adopté la loi antiraciste après des années de combat mené par différentes associations et personnalités de la société civile. Il s’agit d’une première dans les contrées arabophones de cette planète. La Tunisie est, et restera un modèle dans la région. Heureusement que les voix de la raison concernant cette loi ont été plus nombreuses que les voix des intéressés et des inconscients. Entre un Yassine Ayari qui a voté contre cette loi pour faire l’intéressant et jouer au faux courageux, et une Hela Hammi qui ne voit pas l’intérêt d’une telle loi vu que nous n’avons pas de racisme en Tunisie, on l’a échappé belle. Ce genre de positions montre à lui seul la longueur du chemin qu’il reste à parcourir. Toutefois, donnons-nous le droit de célébrer le vote de cette loi en faisant abstraction des inepties et des bêtises, et il y en a eu durant la séance.

 

Il s’agit en effet d’une victoire pour la société civile tunisienne, qui ne tolère plus que des personnes se fassent agresser à cause de leur couleur de peau ou qui se font discriminer à l’embauche à cause de leur faciès. Et là, c’est l’une  des rares fois où, le législateur tunisien n’a pas fait la sourde oreille et a pris à bras le corps un problème de société sans détourner les yeux.

Les droits des individus et la défense de leurs libertés sont condamnés à avancer en Tunisie car il ne saurait y avoir de retour en arrière. Et à l’occasion de la Journée mondiale contre la peine de mort, il serait temps qu’on s’attelle, en Tunisie, à l’abolition pure et simple de cette condamnation.

 

Il en faut du courage pour combattre cette peine, demandez à un certain Robert Badinter. Il faut du courage et beaucoup de détermination pour aller à l’encontre de ce que l’être humain peut avoir de plus moche, à savoir la haine et la soif de vengeance. Il faut du courage pour aller contre les textes religieux qui consacrent la peine de mort et en font une punition tout à fait acceptable. Dans l’une de ses brillantes plaidoiries, Robert Badinter disait que « la justice ne pouvait ôter la vie de qui que ce soit pour la simple raison que ce n’est pas elle qui l’a donnée ».

 

Le débat sur la question de la peine de mort a trop longtemps été ajourné. La Tunisie observe depuis 1994 un moratoire de fait sur la peine capitale, sans jamais avoir franchi le cap de l’abolition. La justice peut ainsi condamner à mort mais sans appliquer la sentence. Ce fragile compromis ne peut durer plus longtemps surtout lorsque l’on voit la vindicte populaire à chaque fois que l’opinion est choquée par un fait divers. Nous ne sommes pas à l’abri d’un politicien qui lèverait ce moratoire pour gagner quelques points dans les sondages. Il est temps de mettre fin à cette hypocrisie qui permet de ménager la chèvre et le chou car c’est une position intenable sur la durée. Par ailleurs, la moralité de cette nation et l’avancement de sa conscience exigent de nous une justice qui ne tue pas, qui ne condamne pas à mort, qui respecte la vie et qui ne l’ôte pas.

Nous n’avons pas le droit aujourd’hui de nous draper derrière la lâcheté dont a fait preuve l’ANC sur cette question, malgré les combats sincères de certains députés. C’est lors de la rédaction de la constitution que la question de la peine de mort aurait dû être tranchée et que celle-ci aurait dû être abolie. Le débat peut s’envenimer, se tendre, diviser mais avant toute chose il doit être ouvert. C’est un débat et une décision qui mettra la Tunisie en tête des pays de la région sur la question. Mais c’est surtout un débat qui nous permettra à tous, collectivement, de nous élever moralement et éthiquement. C’est aussi un débat qui permettra de faire le truc dans nos dirigeants et politiciens, et Dieu sait si nous en avons besoin…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Commentaires (2)

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L'astronaute
| 10-10-2018 19:39
Cher Marouen, je vous tire mon chapeau pour avoir eu le courage qui fait tant défaut aux politiques tunisiens. Quels que soient les inimitiés que votre édito vous attirera, et vous savez qu'il y en aura, vous défendez une cause juste et noble.
Je vous copie, avec tout mon respect, une courte lettre écrite par Julos Beaucarne, peu de temps après l'assassinat de sa compagne par leur jardinier (9 coups de couteau):
"Amis bien-aimés
Ma Loulou est partie pour le pays de l'envers du décor, un homme lui a donné neuf coups de poignard dans sa peau douce. C'est la société qui est malade, il nous faut la remettre d'aplomb et d'équerre par l'amour et l'amitié et la persuasion.
C'est l'histoire de mon petit amour à moi arrêté sur le seuil de ses 33 ans. Ne perdons pas courage ni vous ni moi. Je vais continuer ma vie et mes voyages avec un poids en plus et mes deux chéris qui lui ressemblent.
Sans vous commander, je vous demande d'aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches : le monde est une triste boutique,les coeurs purs doivent se mettre ensemble et l'embellir, il faut reboiser l'âme humaine. Je resterai sur le pont, je resterai un jardinier, je cultiverai mes plantes de langage. A travers mes dires vous retrouverez ma bien aimée ; il n'est de vrai que l'amitié et l'amour.
Je suis maintenant très loin au fond du puits des tristesses. On doit manger dit un sac de charbon pour aller au paradis. Comme ce serait bon les retrouvailles. En attendant ; à vous autre, mes amis de l' ici-bas, face à ce qui m'arrive je prends la liberté, moi qui ne suis qu'un historien, qu'un comédien qui fait du rève avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire ce à quoi je pense aujourd'hui: je pense de toutes mes forces qu'il faut s'aimer a tort et à travers.
Julos"

Letranger
| 10-10-2018 18:41
"... plus de peine de mort ? que messieurs les assassins commencent..."

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