alexametrics
Tribunes

Colibe : est-il temps de faire un pas de plus ?

Colibe : est-il temps de faire un pas de plus ?

Par Hella Ben Youssef*

 

La première constitution républicaine de 1959 avait permis une avancée considérable en matière de reconnaissance des droits des femmes par la confirmation du code du statut personnel de 1956. Avec le temps de nouvelles aspirations ont trouvé leur traduction législative, tels, le droit de vote et d’éligibilité ou plus spécifiquement le droit à l’avortement.

 

La constitution de la deuxième République élargit le champ des libertés individuelles et collectives et confirme les droits inaliénables à la vie et à la liberté de conscience. Elle consacre l’égalité entre les hommes et les femmes. Bien entendu, cette nouvelle constitution, résultante de compromis difficiles, n’est pas sans comporter quelques ambiguïtés et difficultés d’interprétation pour le législateur.

Le travail entrepris par la commission des libertés individuelles et de l'égalité (Colibe) vient à point nommé pour lever les obstacles interprétatifs mais aussi la portée effective de droits individuels en particulier. Le rapport rendu public, vient d’appuyer fermement l’application de certains articles de la constitution comme le droit à la vie, à la dignité, à la santé, à l’intégrité physique et morale de la personne. La commission Colibe propose d’insérer ces principes dans une loi organique. Elle propose aussi des amendements à des articles de loi afin de les rendre conformes à la nouvelle constitution. Le rapport passe en revue ce que les juristes appellent « les zones grises ». Autrement dit les aspects les plus équivoques et problématiques, voire controversés, tels, la peine de mort, l’incitation au suicide, le droit des personnes en danger, le devoir de secours et l’égalité dans l’héritage.

 

Si ce rapport a le grand mérite d’exister par les avancées qu’il suggère, permet-il, pour autant, de réduire voire de faire disparaître les « ambivalences » propres à certaines formulations juridiques ? Exemple édifiant : Le droit à la vie. Si le sens commun du citoyen en comprend la signification immédiate et en identifie les domaines d’application, il en va tout autrement pour le juge. Celui-ci reste confronté à l’interprétation du caractère « sacré » de la vie. Le droit à l’avortement pourrait alors être remis en question sous prétexte d'atteinte à la sacralité de la vie. De plus, il se réduit à une exception au travers d'un alinéa du code pénal. Un autre exemple s’illustre de façon similaire à travers la formulation relative à « l’intégrité physique de la personne » qui passe sous silence « la liberté de disposer de son corps » autre tabou bien ancré dans notre société conservatrice. Que dire « du droit égal à l’héritage », la commission laisse la porte ouverte aux options les plus antagoniques. Le législateur est ainsi libre de décider en conscience d’accepter comme de refuser le principe d’égalité homme-femme.

Dès sa divulgation le rapport Colibe a ravivé les passions. Face à un manque de pédagogie, aux cris d’enthousiasme poussés par une frange de la population, hommes et femmes confondus, se sont vus opposés un tollé d’indignations d’une autre fraction de la population arguant d’une offense inadmissible et d’un outrage intolérable à la religion et « au sacré ». Comme on le constate, et sans que cela constitue pour autant une surprise, les islamistes et leur alliés ultraconservateurs, -car il faut bien les appeler par leur nom-, sont de nouveau vent debout. Il fallait s’y attendre.

Dès lors la question cruciale se pose : Quel pourrait être le devenir de ce rapport ? Se transformer en lois qui viendraient renforcer et consolider les droits des citoyens et singulièrement ceux des femmes dans toute leur plénitude ? Devenir une loi alibi avec seulement quelques articles consensuels, ou bien encore finir aux oubliettes de l’Histoire, relégué aux archives nationales ? Une question pour l’instant sans réponse immédiate car il est peu probable que le gouvernement ou même une fraction de députés veuille s’emparer de ce sujet et le proposer sous la forme d’un projet de loi.

 

Certains, et ils seront malheureusement nombreux, se donneront bonne conscience pour enterrer ce projet en arguant du fait que le contexte politique actuel ne s’y prête pas tant les préoccupations de nos concitoyens sont ailleurs ou parce que le président de la République voudrait en faire usage à des fins électorales. Il n'en demeure pas moins qu’il convient à nous femmes et hommes, -qui aspirons à une société authentiquement démocratique-, à ce futur combat qui ne manquera pas de revenir sur le devant de cette nouvelle page de l’Histoire, en marche.

Je convie donc les hommes et les femmes épris de liberté, -chacun à sa manière et selon ses réelles possibilités-, à multiplier les actions de sensibilisation sous toutes les formes possibles. L’expérience nous enseigne que rien n’est gagné ni perdu d’avance. Si l’égale liberté pleine et entière de tous et de toutes est une exigence incontournable, elle n’en reste pas moins un combat. Alors soyons lucides et déterminés, car d’évidence, l’ensemble de ces droits ne nous seront jamais au grand jamais concédés, il nous faudra les arracher… !

 

 

*Vice-Présidente d’Ettakatol

*Vice-Présidente de l’Internationale Socialiste des Femmes

 

 

 

 

 

 

Votre commentaire

(*) champs obligatoires

Conditions d'utilisation

Les commentaires sont envoyés par les lecteurs de Business News et ne reflètent pas l'opinion de la rédaction. La publication des commentaires se fait 7j/7 entre 8h et 22h. Les commentaires postés après 22h sont publiés le lendemain.

Aucun commentaire jugé contraire aux lois tunisiennes ou contraire aux règles de modération de Business News ne sera publié.

Business News se réserve le droit de retirer tout commentaire après publication, sans aviser le rédacteur dudit commentaire

Commentaires (11)

Commenter

J.trad
| 09-08-2018 15:28
Le mouton par instinct ,n'arrache pas , il préserve la source de sa nourriture , s'il faut arracher ,il faut faire attention ,à ce que on va ,arraher ,(arracher ,estenployé dans cet article ,dans le sens d'obtenir un droit) l'auteur de l'article,avec un peu de logique , et une réflexion un peu plus profonde, peut trésor bien découvrir qu'elle nage dans une polémique sans fin ,Allah le dit clairement ,qu'il donne à certains des garçons,à d'autres des filles,à d'autres des filles et des garçons ,(wa yaj3alou Man yachâou 3a9iman),Allah défend l'avortement ,(la ta9toulou awladakom khachyata imla9in ,Allahou yarzoukouhom wa iyyakom) ,les menace contre ceux qui enterraient les filles vivantes ,est digne de toutes attention ,mes dames vous êtes entrain de jouer avec le feu , vous refuser le code d'Allah ,qui pèse les droits (bil 9istass),et vous vous instaurez en justiciers ?!!!!! Même le plus grand amoureux de la liberté j.paul Sartre ,dans ses aveux n'a pas caché de juger ,et d'avouer et de déclarer que (la liberté,est malédiction) à moins un Sartre se serait prosterner devant l'égalité et le justice d'Allah .les femmes seraient mieux à leurs places de mamans (li i3mar Al ardh)

J.trad
| 09-08-2018 14:44
Tu n'était peut être pas encore née ,lorsque les Tunisiens ,avaient tourné cette expression en anecdote,Bourguiba ,disait et résidait dans ses discours ( achcha3b ettounsi Kan 3ala'hafhouf...) Il qualifiait la période d'avant (el isti9lal) mais comme il y avait beaucoup d'opposants ,ceux-,la ,tournait la phrase en anecdote ,il l'achevaient par une complémentaire (bil isti9lal zidna khatwa) c'est à dire qu'on est tombé (fil hafhouf),les opposants extrémistes ne voient que la moitié vide du verre,il y a des opposants plus logiques ils jugent le pour et le contre ,j'ai écrit ce commentaire ,avant de lire l'article .

Tonton Macoute
| 09-08-2018 14:17
Ce rapport ne resultera en rien, car il s agit d une attaque frontale est desesperee contre la religion du peuple tunisien, solidement ancree dans som identite arabo musulmane, exception faite de la minorite des oligarchies de Bourguiba et de Ben Ali qui croit pouvoir perpetuer son hegemonie economique,sociale, culturelle et ideologique, en deislamisant le peuple tunisien et s assurer ainsi le soutien et la protection de l occident, ignorant le fait que desormais, c est le peuple qui decidera du futur de son identite et de sa foi et non la cravache des autoproclamees "elites" de Bourguiba et de Ben Ali qui vivent tres mal que grace a la Revolution, le peuple tunisien retrouve son identite arabo musulmane et ses racines islamiques, que ces pretendus elites deracinees de la Tunisie profonde croyaient grace a la tyrannie de Bourguiba et de Ben Ali, avoir eradique. Sinon, De Grace! cessez de qualifier tout ceux qui s opposent au rapport du Colibe d islamistes et d ultras consevateurs sous entendu pour les elites de Bourguiba et de Ben Ali, infeodees mentalement et culturellement a l occident islamophobe, est synonyme d obscurantiste, d arriere, de sous developpe de non civilise, parcque musulman,.Car si ce que vous dites est vrai, il s agit probablement de 85% du peuple tunisien qui sont contre les idees du Colibe,chose qu qui obligera Essebssi a faire
malgre lui, marche arriere et de laisser tomber les membres du Colibe pour lesquels ce rapport devrait livrer le dernier combat contre l heritage islamique, selon la presidente du Colibe.

Mohamed 1
| 09-08-2018 01:00
La démocratie n'est pas le gouvernement par référendums. Sinon le parlement est renvoyé chez lui.
En général les réformes les plus nécessaires sont les plus impopulaires. Elles seront rejetées par voie référendaire.
Donc le parlement mandaté par le peuple seul décide pour le bien de la nation et le gouvernement exécute.

hamma
| 08-08-2018 23:16
Ce projet de loi sera comme un formidable coup de pied dans la fourmilière de nos toutes petites mentalités moyenâgeuses . C'est la claque de l'Histoire qui nous réveillera de notre sommeil ancestral . C'est la vraie révolution , celle des mentalités , celle du respect fondamental de toute personne et de l'égalité radicale entre tous , celle qui nous détachera définitivement de ce monde tiers vers la vraie civilisation . D'autant plus que ce projet ne touche en rien les grands principes de la foi et de la morale islamique , bien au contraire , il les renforce ! Ce grand projet de civilisation chassera tous les fantômes du passé et nous débarrassera des conservateurs & co . C'est not chance les gars , la vraie . Ne la ratons pas .

Limou
| 08-08-2018 20:56
Ce que vous appelez madame "ultra-conservateurs c'est le Tunisien Lambda tout court. Par contre vous représentez les extrémistes de gauche qui sont par principe contre toute notion de sacré. Alors pour trancher ces questions comportons nous comme de vrais démocrates et faisons un référendum. Mais le résultat est connu d'avance !

Nizar Lahyani
| 08-08-2018 20:10
cet article ne nous dit pas plus que l'on sait déjà, et sa proposition à la fin ne fait que confirmer l'affiliation d'Ettakattol au ghannouchisme.
On aurait pu s'en passer.

Ali Baba au Rhum
| 08-08-2018 19:15
Madame, la Colibe n'est pas enjeu de partis, mais civilisation . Mis à part cela, mes hommages !

kol
| 08-08-2018 18:06
"Freedom is the sure possession of those alone who have the courage to defend it."

Il faut que notre peuple merite la liberte que le Colibe lui offre... malheureusement, la majorite silencieuse manquant de bravoure a laisse trop de place a la minorite moyenageuse...

Sad...

Samir
| 08-08-2018 17:52
Mohamed1 si MBJ à prit sa retraite donc cherche autre chose que cette loubana fade

A lire aussi

Sous la pression de son partenaire islamiste, le président de la République a parlé de l’héritage et

13/08/2018 21:46
3

Comme il est de mise chaque année, le 13 août , voit la présidence de la République inviter un

13/08/2018 10:59
43

Je regarde des vidéos de ce matin contre la Colibe. Une affreuse impression de déjà-vu. Un nœud à

11/08/2018 17:54
18

Au nom des organisations soussignées, nous souhaitons apporter notre soutien au rapport de la

10/08/2018 11:40
7

Newsletter