alexametrics
Chroniques

Ennahdha est déjà dans l’étape suivante

Par Nizar Bahloul

Après des semaines de tergiversations, de marchandages d’épicier, de tractations et de transactions, les politiques tunisiens sont finalement tombés d’accord. Les élections législatives précéderont la présidentielle. Ennahdha l’a voulu, Ennahdha l’a obtenu. Ennahdha voulait un régime semi parlementaire, il a obtenu le régime semi parlementaire. Il voulait les législatives avant la présidentielle, il a obtenu les législatives avant la présidentielle. Comme dirait une amie « A force de vouloir danser avec le loup, c'est le loup qui les a tous fait danser et à son rythme !!! »
Désormais, et contrairement à la majorité des grandes démocraties, la Tunisie votera pour un parlement avant d’avoir un président.
Concrètement, les alliances négociées tout au long des deux dernières années tombent à l’eau. Il ne sert plus à rien que les petits partis se liguent avec de grands partis. Chacun militera pour son camp pour obtenir un maximum de voix et que le meilleur l’emporte.
Au vu des derniers sondages, on aura deux partis qui tournent autour de 30% de voix, et une ribambelle de partis-nourrissons qui auront entre 1% et 5% de voix.

Traduction : si Ennahdha arrive premier, on aura un chef de gouvernement islamiste. Et si Nidaa dépasse même d’une voix, c’est Béji Caïd Essebsi qui nommera le futur chef du gouvernement.
En face de ce gouvernement, il y aura un parlement ressemblant comme deux gouttes d’eau à l’assemblée constituante actuelle. On aura de nouveaux guignols pour remplacer (ou s’ajouter) aux anciens. Et il n’est pas improbable que des personnes de qualité soient absentes de la future configuration parlementaire.
Ce parlement sera dominé par deux grands partis qui partagent 60% des voix approximativement et des individualités. Bref, une mosaïque de laquelle la Tunisie ne tirera rien de bon. On perpétuera les querelles autour du sexe des mouches et on s’affrontera sur tout et sur rien.
Quel que soit le nom du parti vainqueur des élections, il n’aura in fine que 30% et ne pourra pas gouverner sans de larges alliances avec les autres. Le gouvernement issu sera fragilisé et bloqué dans toute décision, aussi saine soit-elle.

Pour le camp démocrate, le danger est plus accentué. Vu que les législatives précèdent la présidentielle, les partis vont attaquer les élections en rangs dispersés pour que chacun puisse mesurer son véritable poids. Le parti islamiste, cependant, va partir en rangs unis. Et d’un !
De deux, non seulement les partis démocrates vont partir en rangs dispersés, mais les électeurs de ces partis ne sont pas spécialement connus pour leur discipline, contrairement aux électeurs islamistes qui vont courir aux urnes. Nous n’en sommes pas encore là, car avant d’arriver à ce stade, le camp démocrate va devoir subir de véritables guerres intestines. Et il n’est pas dit que ces partis démocrates vont arriver indemnes à la campagne électorale. Pourquoi ? C’est encore une question de discipline.
A Ennahdha, il y a le « majlis choura » qui va fixer les listes électorales. Autrement dit, c’est ce « majlis » qui va désigner les futurs députés en mettant qui il veut aux têtes de listes. La discipline étant de rigueur dans ce parti, tous les candidats sont là pour servir son intérêt général et son idéologie, et non des ambitions personnelles.
Au camp démocrate, en revanche, il n’y a pas d’idéologie et d’intérêt suprême qui prime. Il n’y a que les égos et les ambitions personnelles des uns et des autres. On imagine mal à Nidaa, à Al Joumhouri ou à l’Alliance des candidats accepter de laisser leur place à des « camarades » mieux armés pour affronter les élections. Chacun se croit le plus apte à attaquer la bataille, chacun se croit supérieur aux autres, chacun se prend pour un Bruce tout puissant.
En résumé, dans le camp islamiste, c’est « tous pour un, un pour tous ». Dans le camp démocrate, c’est le « chacun pour soi et Dieu pour tous », et la deuxième partie de la citation reste à vérifier.

Une fois les législatives déroulées, il va y avoir la présidentielle. En pleine campagne de la présidentielle, les partis vont être occupés par leurs alliances. Quant au président et son « rendez-vous avec le peuple », il n’a qu’à se débrouiller tout seul ! Il y aura une réelle démobilisation de l’électorat qui sait, d’avance, que les jeux sont faits. Dans notre nouveau système semi-parlementaire, le président de la République ne pèse pas grand-chose. A quoi sert-il donc de mouiller la chemise pour un président de la République alors que le chef du gouvernement est déjà identifié ?

L’autre scenario était de faire précéder la présidentielle. Les machines des partis auront joué pour les différents candidats, mais il n’y aura eu, à la fin, qu’un seul et unique vainqueur. Ce vainqueur, une fois à Carthage, aura mobilisé ses troupes et noué les alliances nécessaires pour confirmer sa victoire et lui donner le pouvoir nécessaire à avoir un gouvernement issu de ses rangs.
Le vaincu, pour sa part, ne se démobilisera pas pour autant et aura, lui aussi, mobilisé ses troupes et noué les alliances nécessaires pour équilibrer la balance et ne pas laisser le pouvoir entre les mains du vainqueur.
Ennahdha n’a pas voulu cela et à raison. Le parti islamiste sait que son poids réel dans la société, selon les récents sondages, n’est que de 30% et ce poids n’a de sens que s’il y a une dispersion en face. Il sait que 70% de la société le rejette et qu’il n’a de réelles chances d’accéder de nouveau au pouvoir qu’avec ce système semi-parlementaire où l’on fait précéder les législatives. Le parti islamiste a obtenu gain de cause et c’est lui qui continuera à mener la danse lors des prochaines élections.
En 2011, il s’est acoquiné de Marzouki et Ben Jaâfar. En 2014, il s’acoquinera d’autres personnalités.

Le camp démocrate est encore occupé par les futilités et les querelles intestines, antérieures et futures, alors que le camp islamiste est déjà dans l’étape suivante. Regardez les murs FB des uns et des autres. Chez les islamistes, vous allez trouver des photos prises sous le Capitole de Washington entre Laârayedh, Atig et Chebbi. Chez les démocrates, vous allez trouver des photos de belles Brésiliennes à la Coupe du monde et des analyses (très intéressantes et de haute facture) sur les différents matchs.
Rappel d’une évidence, les croupes brésiliennes sont belles, mais la campagne électorale va se jouer à Hay Ettadhamen et non à Rio de Janeiro !

Votre commentaire

(*) champs obligatoires

Conditions d'utilisation

Les commentaires sont envoyés par les lecteurs de Business News et ne reflètent pas l'opinion de la rédaction. La publication des commentaires se fait 7j/7 entre 8h et 22h. Les commentaires postés après 22h sont publiés le lendemain.

Aucun commentaire jugé contraire aux lois tunisiennes ou contraire aux règles de modération de Business News ne sera publié.

Business News se réserve le droit de retirer tout commentaire après publication, sans aviser le rédacteur dudit commentaire

Commentaires

Commenter

Rachid Barnat
| 28-06-2014 05:16
Ghannouchi mène l'opposition par le bout du nez !
Ghannouchi aura eu raison une fois de plus d'une opposition décidément trop molle; de plus en plus un boulet pour les tunisiens et pour l'ensemble de la société civile ! C'est lui qui mène encore la danse.

http://latroisiemerepubliquetunisienne.blogspot.fr/2014/06/comment-obtenir-lunion.html

Hanibal
| 19-06-2014 11:47
Voici mon commentaire corrigé, je m'excuse pour les erreurs de langue. L'article est intéressant et les critiques ne peuvent que l'enrichir, et il mérite d'être suivi d'un autre plus approfondi. D'autre part, le problème tunisien dépasse tout le monde, parceque c'est l'état qui façonne le peuple, et le peuple tunisien a été mal façonné (le travail incomplet de HB a été démoli par ZABA). La présence de Nahda et Nidaa donne un certain équilibre à la Tunisie pour le moment, le pays doit rester Islamique-Laïque, et c'est l'interaction entre ces deux partis (Droite-Centre) qui donne cet équilibre, en espérant que le pays converge vers la suprématie de la loi et des bonnes valeurs. La Gauche est pour une laïcité totale, ce qui est incompatible avec la nature de ce pays.

-En résumé, dans le camp islamiste, c'est « tous pour un, un pour tous ». Dans le camp démocrate, c'est le « chacun pour soi et Dieu pour tous », et la deuxième partie de la citation reste à vérifier-
Donc:
1. Vous affirmez que Nahda est meilleure pour le pays que les autres?
2. Vous affirmez que Nahda est à être un modèle pour les autres?
3. Vous classez les familles politiques en 2 (Islamiste et Démocrate) alors qu'elles sont de 3 (Droite, Centre, et Gauche)?
-En 2011, il s'est acoquiné de Marzouki et Ben Jaâfar. En 2014, il s'acoquinera d'autres personnalités-
Oui:
Le nouveau président sera ANChebbi!
Conclusion:
L'objectif de l'article n'est pas clair, sauf inciter les -démocrates- à suivre Nahda. L'auteur semble ne pas comprendre la réalité tunisienne. L'auteur n'a pas évoqué l'UGTT (un parti politique gauche) qui est entrain de remplacer le RCD dans la fonction publique, les municipalités, etc. L'auteur n'a pas réussi à identifier le lobbying comme étant la nouvelle dictature en Tunisie. L'auteur a omis que la gauche n'a aucun avenir en Tunisie, suite à ses manières progressistes!

Rachid Barnat
| 19-06-2014 02:09
Ghannouchi mène toujours la danse et mène l'opposition par le bout du nez !
Il aura eu raison une fois de plus d'une opposition décidément trop molle; de plus en plus un boulet pour les tunisiens et pour l'ensemble de la société civile !

http://latroisiemerepubliquetunisienne.blogspot.com/2013/02/lopposition-un-vrai-boulet-pour-les.html

assurance
| 17-06-2014 23:56
Merci!

Lyne
| 17-06-2014 19:31
Merci de partager avec nous vos analyses

swaly
| 17-06-2014 16:11
!!

Hanibal
| 17-06-2014 15:57
-En résumé, dans le camp islamiste, c'est « tous pour un, un pour tous ». Dans le camp démocrate, c'est le « chacun pour soi et Dieu pour tous », et la deuxième partie de la citation reste à vérifier-
Donc:
1. Vous affirmer que Nahda est meilleure pour le pays que les autres?
2. Vous affirmer que Nahda est à être un modèle pour les autres?
3. Vous classez les familles politiques en 2 (Islamiste et Démocrate) alors qu'ils sont de 3 (Droite, Centre, et Gauche)?
-En 2011, il s'est acoquiné de Marzouki et Ben Jaâfar. En 2014, il s'acoquinera d'autres personnalités-
Oui:
Le nouveau président sera MNChebbi!
Conclusion:
L'objectif de l'article n'est pas clair, sauf inciter les -démocrates- à suivre Nahda. L'auteur semble ne pas comprendre la réalité Tunisienne. L'auteur n'a pas évoqué l'UGTT (un parti politique gauche) qui est entrain de remplacer le RCD dans la fonction publique, dans les municipalités, etc. L'auteur n'a pas réussi à identifier le lobbying comme étant la nouvelle dictature en Tunisie. L'auteur a omis que la gauche n'a aucun avenir en Tunisie, suite à ses manières progressistes!

Contributeur
| 17-06-2014 11:22
Ou vous croyez au père Noël ou vous faites semblant d'y croire...et dans les 2 cas de figure endosser le costume démocrate et patriotique à Ennahdha et moindre mesure le CPR me fait rire !!

amt
| 17-06-2014 10:45
Puisqu'il y pas de SESSI en Tunisie, il faut tout simplement et avant les élections mettre la lumière sur le meurtre de Belaîd, Brahmi et enfin l'affaire de mont Chânnbi...

observator
| 17-06-2014 10:36
Aujourd'hui en Tunisie il existe, si on peut dire, deux camps :
-Le camp organisé autour de Nidaa-rcd. Ce camp, chapeauté par des privilégiés de la dictature est un ramassis essentiellement de régionalistes, rcdistes, pseudo-gauchistes mercenaires et arrivistes.
Ce qui les unit ce sont essentiellement leurs intérêts personnels ou la sauvegarde de leurs privileges. Ce camp n'a rien de démocrate ni de moderniste. Tout au contraire nous avons vu sa politique de sabotage de la transition démocratique et le soutien qu'il a apporté au putsch en Égypte en est l'illustration la plus claire et comment il a tenté de reproduire ce même scenario en Tunisie l'été dernier (direction UGTT comprise).
Ce camp a pratiquement la main mise mise sur l'espace médiatique issu de la dictature. Il produit même ses propres sondages où il se taille la part du lion pour induire l'opinion publique en erreur.

Le deuxième camp est c'est le plus démocrate est celui qui regroupe un ensemble composé essentiellement de : Ennahdha, Ettakattol, Aljoumhouri, CPR ainsi que d'autres partis..... Hamdi .. mahabba.. tous ces sociaux-démocrates et même elmoubadra s'il éclaircit sa position. .
Bien sure ce camp doit être ouvert à tous les ceux qui ne veulent pas un retour en arrière.
Tous ceux qui sont pour le respect des règles démocratiques, qui sont pour la prospérité de tous les tunisiens de toutes les régions pour le respect des nouvelles institutions du pays, pour la sauvegarde des libertés et qui mettent l'intérêt général avant celui de leur parti doivent être intégrés dans ce camp.

Les médias défendant le 1er camp veulent nous présenter 2 camps : un islamiste et l'autre moderniste-democrate sur une base idéologique complétement dépassée aujourd'hui.. Dans l'islamiste, ils fourrent tous ceux qui sont contre la dictature et les privileges.
Nous avons vu la troika, au pouvoir, gérer une situation des plus difficile pour le pays.
Elle a fait face au défis avec patience face aux difficultés en privilégiant l'intérêt du pays avant celui des partis tout en protégeant l'essentiel à savoir les libertés individuelles et publiques et en assurant la transition démocratique.
Et quand l'intérêt du pays l'a exigé,la troika a quitté le gouvernement alors qu'elle a été élue par les tunisiens. . Auparavant Mr Jbali avait démissionné. C'était une première dans les annales politiques de ce pays. C'est un geste symbolique fort et en encourageant dans un pays arabe habitué à la dictature et le culte de la personnalité où celui qui s'en procure une chaise en attrape le virus.

A lire aussi

La grève se poursuit chez les professeurs de l’enseignement du secondaire public. La tension est à

23/04/2018 14:32
10

La commission des finances, de la planification et du développement au sein de l’ARP a rejeté

22/04/2018 17:05
7

Il ne fait pas de doute que le bras de fer engagé entre le gouvernement et la Fédération de

20/04/2018 10:57
9

Ils sont à peu près quatre millions de personnes. Quatre millions qui ont le bonheur d’avoir des

18/04/2018 15:59
4

Newsletter