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PDG de la Cnam, les véritables raisons d’un limogeage

Temps de lecture : 4 min
PDG de la Cnam, les véritables raisons d’un limogeage

 

Les limogeages tout comme les nouvelles nominations sont devenus très courants, ces derniers jours, aux plus hauts postes de l’Etat. Certains créent la polémique, d’autres passent inaperçus. Le limogeage du PDG de la Cnam en est un parfait exemple. Bien qu’annoncé par tous les médias, les raisons d’une telle décision n’ont pas été communiquées. Retour sur les dessous de cette affaire.

 

 

Il y a quelques jours de cela, plus précisément le 7 février 2020, le limogeage du PDG de la Cnam, Béchir Yarmani a été annoncé à travers un bref communiqué rendu public par le ministère des Affaires sociales, sans la moindre explication des raisons d’une telle décision. Cette décision est pourtant d’une grande importance, dans la mesure où la Cnam occupe une place capitale dans le quotidien des citoyens. Outre toutes les problématiques s’y référant et les appels constants des experts en économie pour un plan de réforme urgent pour l’ensemble des caisses sociales en Tunisie.

 

En se penchant de près que la question, Béchir Yarmani s’avère être une personnalité très compétente. Haut diplômé en économie et fiscalité, il jouit d’une excellente réputation, et ce, dans les divers postes qu’il a occupés à la tête de plusieurs établissements publics. Il est reconnu pour son intégrité et son honnêteté. Sans parler des résultats positifs qu’il réalise. D’ailleurs, bien que les dettes de la CNSS et de la CNRPS envers la Cnam s’élèvent à 4 milliards de dinars, et que ces dettes ne lui permettent pas d’avoir la liquidité nécessaire pour honorer ses engagements envers le secteur public d’environ 1,68 milliard de dinars, mais aussi envers le secteur privé de 85 millions de dinars, elle demeure l’unique caisse à avoir réalisé, en 2018, des résultats comptables positifs de l’ordre 547 millions de dinars.

 

Pour avoir de plus amples détails sur son limogeage, Business News a pu savoir de sources internes bien informées que les raisons directes de cette décision reviennent à une affaire de corruption impliquant des fonctionnaires de la Cnam. Ces fonctionnaires auraient détourné des sommes d’argent de l’assurance groupe, à travers la fabrication d’actes fictifs et des bulletins de soin fictifs dans le cadre de l’assurance complémentaire. Constatant ces dépassements, M. Yarmani a ordonné l’ouverture d’une mission d’inspection administrative, et les fraudeurs présumés ont été traduits devant le conseil de discipline.

Parallèlement à cette procédure administrative, le PDG de la Cnam a mis l’affaire entre les mains de la justice. Toutefois, le conseil de discipline n’a pas émis une décision unanime. Dans une première du genre, les représentants de l’administration ont revendiqué le licenciement, alors les représentants des agents n’ont pas vu l’intérêt d’infliger des sanctions à ces fonctionnaires puisque l’affaire concerne l’assurance complémentaire.

Face à cette situation inédite et aux divergences d'interprétations, Béchir Yarmani a décidé d’une mise à pied de deux mois pour les fonctionnaires impliqués, en attendant le verdict définitif de la justice. Ainsi, si la justice les déclare coupables, leur licenciement sera automatique.

 

« Objectivement, lorsqu’une personne est complice dans une affaire de corruption, il ne la soumet pas à la justice. M. Yarmani a voulu que la décision finale revienne à la justice, mais il a été limogé pour cette raison. Une raison qui n’est désormais pas la principale, puisqu’il ne s’agit que de la partie immergée de l'iceberg, puisque les motivations de sa révocation sont bien plus profondes », nous assure-t-on.

 

Ainsi, les raisons réelles de son limogeage reviennent à des conflits entre la Cnam et quelques réseaux de professionnels du secteur de la Santé. Parmi les principales affaires, celles concernant l’appareillage lourd. Dans cette affaire, il y a une commission relevant du ministère de la Santé, où la Cnam est représentée. Elle accorde les autorisations pour l’acquisition des scanners et l’ouverture des centres de radiologie, tout en accordant la priorité aux régions de l’intérieur du pays. Or, certaines autorisations ont été accordées sans la tenue de cette commission et donc sans la présence de la Cnam. Du coup, la Cnam a pris une position ferme par rapport à cette affaire, en décidant de ne pas de se conventionner avec ces professionnels.

Les tensions ont commencé depuis cet incident. Une autre affaire concerne, des laboratoires de renommée ayant voulu faire entrer sur le marché des médicaments coûteux et n’ayant pas prouvé leur efficacité, tout en étant pris en charge par la Cnam. M. Yarmani a refusé cette démarche puisque les coûts prévus de ces transactions serviraient dans d’autres volets beaucoup plus importants. Il s’agit de très grandes firmes et les enjeux de cette affaire sont énormes.

 

En tout état de cause, il est clair que cette décision de limogeage dépasse de loin le communiqué laconique du ministère des Affaires sociales. Elle ne s’arrête pas non plus à une décision de licenciement non prise. Les enjeux sont bien plus importants et les règlements de comptes politiques et financiers au sein de l’Etat ne se suffisent plus aux dossiers juridiques, parfois, confectionnés sur mesure. Certaines personnes profitent pleinement du vide politique dans le pays, pour gérer les affaires courantes à leur guise sans le moindre contrôle.

 

 

Sarra HLAOUI

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Commentaires (11)

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Y'en a marre
| 15-02-2020 22:27
Sincerement, trop c'est trop. Sans vouloir juger ce haut fonctionnaire.
Pour des fonctionnaires ayant falsifié des documents, vous voulez laisser entendre que Mr. Le PDG est hautement qualifié et intègre par conséquent il veut laisser la justice trancher et ne pas toucher aux faussaires.
C'est la faute de Mr. Chahed et au gouverneent de Mr. Chahed de rappeler ses responsabilités a ce compétent par conséquence.
Votre sous-entendu dépasse tout entendement.

Giselle
| 14-02-2020 10:20
@ Omrane - Langue français
Je croie bien "parceque" s'écrit en 2 mots "parce que".
Bonne journée!

Ammar Akoubi.
| 12-02-2020 14:32
D après l article sieur Bechir Yarmani a pris la mauvaise décision de ne pas décider la révocation de agents incriminés puisque la législation est claire dans le cas de l espèce. Il était sûrement influencé par la partie syndicale en s alignant sur la proposition des représentants du personnel dans la commission paritaire réunie en matière disciplinaire. Il appartient à la génération des responsables guidés par les syndicats. Quelque soit sa compétence, il ne peut être au plus haut niveau de la hiérarchie et c est d ailleurs le cas de la plus grande majorité des PDG.

Dr Farhat
| 12-02-2020 14:27
L'intégrité nuit dans un pays de corrompus. Mr Yermani est réputé pour son intégrité ses compétences et son ardeur au travail, des qualités malvenues dans un pays aux mains de lobby corrompus avides et puissants.

Nephentes
| 12-02-2020 10:40
Cette sinistre de la sante je ne l'ai jamais blairee
Elle couvre des malversations extremement dangereuses
Si un jour elle devait etre jugee elle ecoperait de dizaines d'annees

DHEJ
| 12-02-2020 09:50
Des médecins épinglés pour fraude et ils sont FREE...

Linoucha
| 12-02-2020 09:35
Au pays de tararanni tout est permis : des bleus au centre du pouvoir,des LPR nomment des ministres, des corrompus sont partout,des contres bandiers participent aux législatives ,on peut se présenter à n'importe quelle élection sans quitus du fisc et sans bulletin numéro 3 etc...alors c'est tout à fait normal que les honnêtes et les compétents n'auront pas de places dans cette jungle

Faouzi38
| 12-02-2020 08:54
'?a fait 10 ans que je pleure ma Tunisie, depuis que le malheur Islamistes s'est abattue sur notre Tête en 2011,
Et si le Peuple Tunisien, Si personne ne fait rien ont n'a pas fini de verser des chaudes larmes

Selma
| 12-02-2020 07:06
Excellent article! Merci BN pour cet excellent article d'investigation a sein de l'administration. Il serait très utile d'en faire régulièrement sur tous les secteurs, car malheureusement l'état est absent, seuls les médias peuvent mettre à nu les magouilles criminelles qui ruinent le pays.

Omrane
| 12-02-2020 06:25
L'article semble être écrit à la hâte, comme pour remporter une course à l'exclusivité! Des phrases alambiquées, des tournures lourdes... Tout celà parceque :
- on ne revoit pas la copie avant publication,
- on pense en arabe et on rédige en français.
Autrefois, personnellement je lisais Business News avec plaisir. Moins maintenant.

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