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Tunisie ? Chronique d'une Révolution unique et encore en marche

Tunisie ? Chronique d'une Révolution unique et encore en marche

La Tunisie continue à vivre, au quotidien, à travers tout le pays, au rythme des marches pacifiques appelant, entre autres, à dissolution du gouvernement d’union nationale, à la dissolution du RCD et à la mise en place d’une assemblée constituante.
Mais la dernière est en train de se dérouler. Des milliers de manifestants sont partis, samedi 22 janvier 2011 de Sidi Bouzid avec l’objectif de marcher sur Tunis jusqu’à la Place de la Kasbah. Et en cours de route, cette marche rallie, à chaque étape, des compagnons en renfort. Leur arrivée dans la capitale est prévue pour mardi, probablement. Y parviendront-ils ? Si oui, ils seront combien à Tunis à la Place de la Kasbah?
Il semble que la détermination est telle que les premiers flux seraient arrivés, déjà, à Tunis par des moyens de transport motorisés divers. En attendant qu’ils soient rejoints par le reste des contingents.
Dimanche soir 23 janvier, une ambiance bon enfant régnait parmi les centaines de personnes observant le sit-in à La Kasbah. Un grand élan de solidarité de la part des citoyens a été observé avec l’apport des matelas, des couvertures, de la nourriture (du lait, du yaourt, des fromages, du pain du café, etc.). Car les protestataires comptent bien y passer la nuit et maintenir la pression sur le gouvernement d’union nationale.



Il faut dire aussi que la Révolution, qui a payé un lourd tribut de 78 martyrs et 98 blessés (chiffre officiel à vérifier), ne veut être récupérée par personne ni par aucune partie. C’est la révolution du peuple et elle tient à le rester. Et ce peuple veille à ce qu’on ne la lui vole pas. Alors, elle est encore en marche. Et au rythme où vont les événements, personne ne peut prédire jusqu’où elle ira…
Chronique d’une révolution unique dans les annales de l’histoire des peuples…



Le 15 décembre 2010, personne ne pouvait prédire ce qui se passe aujourd’hui en Tunisie. Et même, lorsque le jeune Mohamed Bouazizi s’est immolé par le feu, le 17 du même mois, devant le siège du gouvernorat de Sidi Bouzid, personne ne pariait un sous sur les conséquences historiques qui allaient en découler à une vitesse vertigineuse.
Et comme d’habitude, en de pareils cas, les autorités en place à l’époque prenaient les choses à la légère et, pire, n’en parlaient même pas.
Mais c’était compter sans la persévérance des jeunes de Sidi Bouzid et des régions environnantes, d’abord, puis dans tout le pays, qui ont crié leur ras-le-bol. Et les événements de se précipiter à une cadence inouïe.
-Le 20 décembre 2010, première évocation anonyme, s’agissant, comme à l’accoutumée d’une source officielle qui a qualifié l’affaire Bouazizi de « cas isolé»
-Le 24 décembre 2010 : premières précisions du ministère de l’Intérieur (enfin !) sur « les incidents », selon les termes du communiqué, de Menzel Bouzayane faisant 1 mort et 2 blessés suite à des tirs des forces de l’ordre dans le cadre de « légitime défense »
Preuve que les autorités à l’époque continuaient de prendre le mouvement à la légère, et alors que le président déchu brillait par son absence curieuse et totale de la scène, on a assisté à une multiplication des conseils régionaux des gouvernorats du Nord-ouest avec plein de chiffres abstraits, histoire de dire ; « taisez-vous puisque l’on s’occupe de ces régions défavorisées ».
Recourant aux stratégies habituelles, on assistait à la multiplication des déclarations de soutien à la politique du chef de l’Etat de l’époque émanant, plus particulièrement, des deux Chambres des députés et des conseillers ainsi que des organisations dites nationales à savoir notamment, l’Utica de Hedi Djilani, de l’Unft de Saloua Terzi, de l’Utap de Mabrouk Bahri et de l’Otm de Saïda Agrebi.



Le 28 décembre 2010 : le président de la République déchu daigne, enfin, se manifester en opérant un léger remaniement ministériel et un autre mouvement dans le corps des gouverneurs, en se rendant au Centre de traumatologie de Ben Arous où le martyr Bouazizi était hospitalisé dans un état de mort clinique déjà, en recevant les familles des 3 victimes et en faisant une adresse très fade au peuple tunisien.
-Le 9 janvier 2011 : Nouveaux communiqués du ministère de l’Intérieur annonçant 4 morts et 2 blessés à Regueb et 2 morts et 3 blessés à Kasserine.

-Le 10 janvier 2011 : nouvelle allocution du président déchu, encore plus fade que la première. Pourtant l’horaire inhabituel de 16 heures laissait supposer des annonces et des décisions exceptionnelles. Il n’en fut rien. Au contraire, il a été menaçant en réaffirmant qu’il appliquera la loi.
Et ce fut la goutte qui fit déborder le vase. La spirale des manifestations de protestation de la population allaient crescendo et gagnaient plusieurs autres régions du Nord au Sud. De Bizerte à Ben Guerdane, le peuple était en colère et le palier des revendications devenait de plus en plus haut.
Tout en maintenant les revendications sociales, les manifestants scandaient des slogans carrément politiques réclamant, sans la moindre ambigüité, le départ du président déchu, des comptes à rendre aux clans de la «famille » et la mise à l’écart du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD).
-Le 11 janvier 2011 : conférence de presse improvisée en catastrophe du nouveau ministre de la Communication, Samir Laâbidi pour rassurer les journalistes.

-Le 12 janvier 2011 : Ahmed Friâ est le nouveau ministre de l’Intérieur comme annoncé par le Premier ministre lors d’une autre conférence de presse essayant de colmater les brèches. Mais il était clair que Mohamed Ghannouchi n’en était pas convaincu en terminant cette rencontre avec les médias par un « que Dieu nous réserve le bien ».
Le 12 janvier 2011 : Couvre feu décrété dans les 4 gouvernorats du Grand Tunis de 20h à 5h.
Entretemps, des tentatives désespérées du RCD pour contre-attaquer en organisant des marches dites populaires un peu partout à travers le pays. Mais ce n’était qu’un feu de paille. Les jeux étaient faits.
-Le 13 janvier 2011 : grande manifestation et grève à Sfax, puis dernier coup, mais toujours avec un tempo en retard, du président déchu en prononçant une allocution au cours de laquelle il a lâché du leste. Mais les Tunisiens ne le croyaient plus.

-Le14 janvier : marche imposante à Tunis devant le siège même du ministère de l’Intérieur et grève générale dans le Grand Tunis. Le coup de grâce à un pouvoir chancelant qui, en l’espace de quelques heures, s’est désagrégé comme un tigre en papier.
-Le 14 janvier 2011 : le président déchu quitte le pays dans la confusion générale. En effet, dans un premier temps, Mohamed Ghannouchi, évoque l’article 56 de la Constitution pour se proclamer président de la République à titre provisoire.
-Le 15 janvier 2011 : coup de théâtre avec l’apparition des membres du Conseil constitutionnel annonçant l’application de l’article 57 de la Constitution. Et du coup, c’est Foued Mebazzaâ, président de la Chambre des députés qui devient président provisoire de la République et charge Mohamed Ghannouchi de former un gouvernement d’union nationale provisoire.

Ensuite, les événements continuent à se précipiter à une vitesse effrénée. La formation dudit gouvernement d’union nationale s’est faite dans la douleur avec des démissions des représentants de l’UGTT et du président du Forum démocratique pour le travail et les libertés.
A mentionner le retour à la patrie de plusieurs personnalités condamnées, par le passé, à l’exil dont notamment Dr Moncef Marzouki, la démission des membres du nouveau gouvernement du RCD, dont en premier lieu Foued Mebazzaâ et Mohamed Ghannouchi.
On notera la libération totale du paysage médiatique, le règne de l’insécurité pendant pas moins de quatre jours et la propagation des rumeurs les plus folles.

On signalera la floraison de déclarations de toutes parts, les langues, muselées pendant des décennies, s’étant déliées et les populations, toutes catégories confondues, longtemps frustrées, se sont lancées dans un déchaînement compréhensible et salutaire.
On ne passera pas sous silence, le mot d’ordre consistant à adresser un « Dégage » à tout responsable qui ne plait pas à ses employés, et ce dans de nombreuses entreprises et institutions , notamment, publiques.

On n’oubliera pas la débandade de la bande à Trabelsi et Materi dont certains ont quitté le pays alors que d’autres ont été arrêtés avant de pouvoir le faire.
On n’oubliera pas l’arrestation d’Ali Seriati, ancien chef de la garde présidentielle qui tentait de fuir alors que ses sbires tentaient de semer un climat de terreur parmi la population.
On n’oubliera pas les mouvements spontanés des journalistes dans les différents organes de presse pour avoir les mains libres et faire l’information crédible qu’ils veulent.

On n’oubliera pas… on n’oubliera pas, mais on oubliera, forcément, des faits et des faits, tellement les rebondissements étaient fréquents et très rapides. Il faudra sûrement des livres et des livres pour pouvoir cerner cette Révolution tunisienne, sans pareille.
La Révolution tunisienne est encore en marche et veut s’assurer que son rêve est devenu, vraiment, une réalité irréversible. Une fois pour toutes…

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Commentaires

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foulen
| 26-01-2011 17:36
Mr. Ksontini sans s'attarder à critiquer un le commentaire de Zied qui, en plus des fautes d'orthographe et de construction, est vide de tout sens.
Parlons plutôt de la chronique de Mr. HLAOUI. C'est plus intéressant à mon avis.

El Mokh
| 24-01-2011 23:07
Nizar donne envie de vômir à un tas de gens en traitant les Tunisiens de sdf de prolétaires ... voir les chroniques précédentes ... ceci dit, voici la suite : il y aura un remaniement ministérielle, Ghanouchi et Morjane resteront, les autres rcdistes : bye bye barbara, et là ce sera parfait ... autre choses : vers 2014 Ghanouchi sortira un livre ou il nous revelera des secrets actuels. Quand au futur président, ce sera Chebbi ou Jabnoun, et que Sihem Ben Sedrine sera dans le gouvernement. Ben Ali est un franc maçon (il subventionne même ces gens) et pour devenir un franc maçon, il faut entre autre renier sa religion d'une manière abominable que je n'ose même pas écrire.

Samir Ksontini
| 24-01-2011 15:23
A ceux qui critiquent Mr Noureddine Hlaoui, je dirai que vos propos sentent le règlement personnel. Ce journaliste n'a fait, par le passé, qu'exercer honnêtement sa profession d'une manière disciplinée. Quand il était responsable dans des jopurnaux relativement indépendants, il avait soutenu la vraie opposition et la LTDH, et quand il a exercé au journal gouvernemental de La Presse, il a respecté la ligne éditorial de ce journal. Et citez moi un seul journaliste de La presse qui n'a pas fait l'éloge de Ben Ali et de son régime. Allons donc !
Et si on suit votre raisonnement et votre logique, on va accuser la majorité des citoyens d'avoir retourné leur veste.
Quant à Mr Zied, on aimerait bien savoir qui il est et quel est son niveau pour se permettre d'émettre un tel jugement de valeur. je lui dirai, également, qu'il ferait mieux d'apprendre d'abord à écrire en bon français avant de se permettre de critiquer quelqu'un qui a un 3ème cycle en lettres d'une des facultés françaises les plus réputées et qui appartient à la vielle école des années soixante et soixante-dix.
Je dirai à Mr Zied qu'on n'écrit pas "il fallait mieux", mais "il valait mieux", qu'on n'écrit pas "décallage", mais "décalage", qu'on n'écrit pas "Sa façon de rédiger médiocre" mais "Sa façon médiocre de rédiger".
Alors, d'entre les deux, qui est le médiocre ?
Alors, je vous en prie, cessez de régler des comptes personnels tout en ayant la lâcheté de vous cacher derrière derrière des pseudos...

nesserine
| 24-01-2011 14:48
il faut arrêter ces manifestations qui tournent à l'anarchie et l' hystérie. c'est pas possible! il faut reprendre le travail et penser aux élections sinon elles ne pourront pas se dérouler... et il faut arrêter avec le dégage pour tous les employés qui pense ou qui sont surs que leur patron est corrompu il ya une justice il ya des avocats à contacter sinon c'est la loi de la jungle, et au pire un régime militaire et on verra si on aura encore le droit de manifester ou même de parler !!!! appel au calme SVP trop de liberté tue la liberté en plus pendant cette période on trouvera toujours koi dire sur n'importe kel dirigeant

HORCHANI Salah
| 24-01-2011 14:47
Et, que vous êtes d'ici ou d'ailleurs, cosommez tunisien.

HORCHANI Salah

Haffa
| 24-01-2011 14:28
aux manifestants de la marche du Rgueb pour la dissolution du gouvernement, c'est qoui leurs alternatives... il me semble qu'ils ont oublie d'amener avec eux un gouvernement plus populaire... c'est redicule... je ne suis pas RCDiste, mais je suis conscient que le RCD est mort, et je ne suis pas presse de l'enterrer.

zehda
| 24-01-2011 13:11
vous voulez être solidaire laissez les tunisiens travailler pour ke l'ebled ne sombre dans le néant

Zied
| 24-01-2011 13:06
Noureddine HLAOUI, en le lisant la première fois, je me suis rendu compte du décallage qu'il a déjà avec Nizar BAHLOUL au niveau des chroniques, deux choses importantes les séparent, la qualité de la rédaction et le contenu.

La deuxième fois que je l'ai lu, j'ai vu qu'il fallait mieux ne plus le faire.

Sa façon de rédiger médiocre... ne me donne guère envie de le lire.

Mohsen
| 24-01-2011 11:23
Bravo Mr Hlaoui.
C'est ce qu'on appelle l'art subtil de retourner sa veste.

HORCHANI Salah
| 24-01-2011 10:40
Vous vous sentez solidaires du Peuple Tunisien ?
Vous voulez soutenir la « Révolution de Jasmin » ?
Alors, programmez vos prochaines vacances en Tunisie.
HORCHANI Salah

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